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Spiritualité

  • Dialogue spirituel avec Frère Pierre Quantin, Fils de saint Benoît

     

    Pierre quantin écrit:"Magnifique ! A tous mes Frères Orthodoxes, avec mon Amour !


    "Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionne

    lle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
    Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
    P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

     

    Le métropolite Michel Laroche répond:

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    Cher Frère en Christ Pierre dans votre belle Ile de la Réunion, merci de ce beau texte du Père Lev Gillet que nous avons très bien connu lorsque, jeune prêtre, il y a 40 ans ( 1972)  et les années d'après,  nous nous rendions à ses entretiens spirituels. Je me souviens de son commentaire que j'ai repris dans ma dernière homélie à propos du commandement du  Bon Samaritain à  l'Aubergiste:"Ce que tu dépensera en plus je te le rendrai à mon retour" Il nous faut dépenser en plus disait le Père Lev,puisons dans notre coeur dans la réserve inépuisable déposer en nous de l'amour du Christ!

  • Grand Carême 2012: en chemin vers la Résurrection.

    Le Bon Samaritain.jpgGrand Carême 2012

     

     

     

    En chemin vers la Résurrection

     

    par Son Éminence le Métropolite Michel de Paris ( Patriarcat de Kiev)

     

    « Pardonnons tout à cause de la Résurrection et crions ainsi : Christ est ressuscité des morts, par Sa mort il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie. »

    Le Dimanche du Pharisien et du Publicain commence le temps mystique du Triode de Carême, et nous nous préparons tous intérieurement au sacrifice volontaire du jeûne en nous efforçant de trouver les chemins du repentir (métanoïa), du regret de nos faiblesses, dans l’espérance du pardon illimité du Christ sur Sa Croix. Le temps du Triode de Carême avec le Grand Carême lui-même ont en perspective la résurrection intérieur de l’âme du  Croyant dans une nouvelle humanité inscrite dans la Résurrection du Christ. L’âme meure volontairement dans cette période du Triode à la vie obscure qu’elle menait en ce monde, pour ressusciter dans une vie nouvelle portée dans la chair lumineuse du Christ Ressuscité.

    Les différents Jeûnes, privations aux quels l’homme  se soumet  volontairement  ne sont là que pour lui rappeler les limites de la chair par rapport à la vie de l’Esprit, et par sa faim et soif de nourritures terrestres qui procure la vie au corps,  la prise de conscience de son manque de faims et soifs de nourritures spirituelles qui donne la vie à l’âme. Mais tous ses jeûnes, toutes ces privations, tous ces offices avec la lecture quotidienne du Triode sont bien inutiles si le pardon imploré pour nos péchés n’est pas exalté dans nos actes par le pardon répandu comme de la bonne huile sur les blessures du  moribond étendu sur le bord de la route, comme le fais, avec générosité, le Bon Samaritain (Lc X, 25-37). L’acte éternel exalté par le Christ dans cette parabole, c’est le pardon universel qui fait passer l’âme à demi morte à cause du péché, à la Résurrection en la conduisant à la Bonne Auberge qui symbolise l’Église. Mais c’est l’acte lui-même que nous voudrions vous invitez à contempler : cet étranger, cet hérétique, le Samaritain, l’ennemi héréditaire des Juifs,  est choisi par le Christ dans sa parabole pour représenter le pardon qui est  l’expression sur terre la plus parfaite pour les homme de l’amour. Le pardon  des ennemis et  la prière pour eux s’apparentent au pardon universel du Christ assumé sur Sa Croix,  pour les bons comme pour les méchants, leur promettant à tous comme, s’ils croient en Lui, comme au Bon Larron, le salut. Oui nous voyons dans cet acte d’une délicatesse infini, dans ce geste de douceur, lorsque le Bon Samaritain répand sur ce Juif qui ne l’a jamais aimé, l’huile du pardon, l’huile qui restaure, l’huile qui donne les arrhes de la guérison intérieure, l’huile qui contribue avec l’aubergiste à la Résurrection de l’âme et du corps.

    Notre carême n’aurait aucun sens, serait une perte de temps, si nous contentions d’être des ritualistes, observateur zélé des règles extérieure comme ce prêtre et ce lévite de la Parabole qui passent en faignant de ne pas voir ce frère étendu, à demi mort, sur leur chemin. Arrêtons nous  devant ce frère ou  cette sœur, qui nous dérangent, et prenons le dans nos bras, faisons le monter à notre place sur notre monture,  qui symbolise  l’effort qu’il est demandé dans le pardon « de prendre sur sois », de faire reculer le moi au profit de l’autre, et répandons avec le Bon Samaritain, qui est le Christ, l’huile du pardon sur les blessures de celui qui nous a blessé.

    Car alors la promesse que nous donne l’Église dans le Tropaire de la Résurrection dans  de la Neuvième Ode du Canon de saint Jean Damascène déversera sur nous l’huile de l’allégresse : « Pardonnons tout à cause de la Résurrection »

     

    L’Église Orthodoxe insiste sur le fait que la Résurrection du Christ est inscrite dans le Mystère de la Crucifixion du Christ qu’il subit volontairement pour nous pardonner  nos péchés. « Remets-nous  nos dettes comme nous remettons nous aussi à nos débiteurs ». Ce pardon absolu que le Christ nous enseigne d’observer, et qu’il a inscrit dans la prière essentielle du « Notre Père » a sa source dans la Croix. Saint Jean Damascène aurait put écrire « Pardonnons tout à cause de la Crucifixion ». Il ne l’a pas fait car il a discerné que la Croix et la Résurrection sont deux mystères inséparables, l’un ne survenant qu’à la suite de l’autre, le premier la Croix étant nécessaire à la venue de l’autre, la Résurrection. Le second la Résurrection prenant sa source dans le premier la Croix avec le Tombeau. Si nous sommes pardonnés par la Croix, nous sommes sollicités à exercer la grâce du pardon du Christ dans l’énergie lumineuse de la Résurrection. Il existe même une synonymie mystique entre « résurrection » et « pardon ». Le pardon est sur terre l’exercice de la grâce de la Résurrection. Celui qui pardonne ressuscite son âme du péché. Celui qui pardonne efface pour lui-même la multitude de ses péchés. La grâce du pardon n’est efficace que si elle s’exerce envers autrui. De très nombreux chrétiens supplient avec ferveur le Seigneur d’effacer leur dette, alors qu’eux-mêmes oublient de pardonner à leur prochain en négligeant la prière qui est également un commandement absolu du Seigneur : « Remets-nous nos dettes comme nous remettons nous aussi à nos débiteurs ». Ces chrétiens, en s’obstinant à ne pas pardonner, se ferment les portes du Ciel et n’obtiendront jamais le moindre pardon pour eux. Si l’aumône, le jeûne, l’observation des règles de l’Église contribuent à purifier l’homme de ses péchés, il n’existe cependant rien au-dessus de l’exercice du pardon. Le pardon nous greffe à l’arbre de la Croix dont la sève mystique est la lumineuse Résurrection.

    « Pardonnons tout à cause de la Résurrection » est plus qu’un commandement, c’est le signe que nous sommes agissant dans la grâce de la Résurrection. La Croix et le Tombeau du Christ sont pour nous, car en pardonnant, nous nous affirmons comme coparticipant de la Chair blessée, souffletée, outragée, flagellée et crucifiée du Christ. Le Christ a assumé non seulement nos péchés envers Lui, mais les péchés de nos frères envers nous qui seront toujours des péchés contre Lui : « Au plus petit à qui vous l’avez fait c’est à moi que vous l’avez fait. » Celui qui nous a blessé a d’abord et avant nous blessé le Christ. Si le Christ lui a pardonné, comment pourrions-nous, dès lors, lui refuser ce pardon. N’oublions jamais que le pardon, comme tous les dons du Saint Esprit, s’exerce en synergie avec notre libre arbitre et notre bonne volonté. Le Christ répand sur l’ensemble de l’humanité et sur chaque être humain en particulier Sa grâce du pardon. C’est donc de Son pardon généreux et illimité que nous pouvons à notre tour exercer le pardon. Sans le pardon initial du Christ, il n’existe pas de véritable pardon personnel. Priver de sa source le pardon ne sera qu’une caricature de pardon dans laquelle nous écrasons l’autre en lui disant d’une situation élevée : « Je te pardonne ! » Évitons le Je dans le verbe pardonner pour laisser passer le Christ. Le véritable pardon se pratique avec délicatesse et humilité en nous plaçant toujours en dessous de celui envers qui nous avons une dette à effacer. Nous lui dirons alors : « Le Christ Ressuscité te pardonne. » Le pardon est la synergie de la Résurrection du Christ et en exerçant le pardon nous répandons dans le monde les rayons bienfaisants et lumineux de la joie pascale.

    Que la Trinité Toute Sainte vous bénisse tous.

     

     

    +Métropolite Michel de Paris

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Dialog despre învăţătura Rugăciunii Euharistice a Numelui lui Iisus, cu stareţul Cleopa de la Sihăstria

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    Dialog despre învăţătura Rugăciunii Euharistice a Numelui lui Iisus, cu stareţul Cleopa de la Sihăstria

    Traduit par Madame Mihaela Mihăilă ( La version française se trouve sur ce Blog à la date du 12 03 2010)

    Vreau să relatez aici învăţătura, sau, mai bine zis, Tradiţia pe care mi-a transmis-o, acum mai bine de patruzeci de ani, în 1973, la Mănăstirea Sihăstria, părintele Cleopa (traducea părintele Petrioniu, însă ar fi putut şi Sfinţia Sa să dea întocmai aceleaşi învăţăminte). Aş vrea să prezint cadrul acestei convorbiri, ale cărei impresii, atât spirituale, cât şi fizice, le mai păstrez încă în toată fiinţa mea. Părintele avea un ton grav în învăţămintele pe care le dădea în trapeză(1) sau în biserică. În schimb, când ne împărtăşea învăţăturile Sfinţiei Sale afară, pe munte, dincolo de mănăstire, ne aşeza pe nişte pături, ne dădea mere şi pâine şi îşi intercala poveţele duhovniceşti precise cu exemple de greşeli de care trebuia să ne ferim, pe care ni le prezenta cu umor, râzând şi bătându-se pe coapse, într-o pedagogie unică, pentru a ne vorbi mai pe înţeles şi pentru a nu ne simţi culpabilizaţi atunci când vorbea de greşeli duhovniceşti în care şi unii şi alţii căzusem deja, inevitabil(2). Nu am mai întâlnit niciodată o asemenea metodă pedagogică, la nici un duhovnic, în cei aproape patruzeci de ani care au urmat, din acea zi de neuitat, la Mănăstirea Sihăstriei din Moldova.
    Fără îndoială, pentru că eram oaspetele mănăstirii şi nu eram acolo decât pentru vreo două săptămâni, iar cei alţi câţiva tineri rasofori stăteau de obicei mult mai mult la Sihăstria, în timpul predaniei Sfinţiei Sale, părintele Cleopa mi se adresa mai ales mie, în afară de momentele în care vorbea de greşeli şi de generalităţi: „Părinte Michel, după ce v-aţi împărtăşit, nu vă mai sustrag nevoile păstoririi, ca în parohia frăţiei voastre. Aici, la mănăstirea noastră, sunteţi liber. Retrageţi-vă de îndată ce puteţi, fără să vorbiţi cu nimeni, duceţi-vă singur în pădure, aşezaţi-vă pe un trunchi de copac şi rugaţi-vă Hristosului care se află în inima frăţiei-voastre prin Împărtăşania pe care aţi primit-o. Şi spuneţi-I în şoaptă Numele: «Iisuse, Iisuse, Iisuse.» Aşa să faceţi mâine dimineaţă(3). În felul acesta, dacă păstraţi atenţia inimii, veţi păstra aprinsă în dvs. candela sufletului cu uleiul binecuvântat al Duhului nedespărţit de Hristosul Euharistic care se află în dvs. Atât timp cât şoptiţi dulcele Nume al lui Iisus, Hristosul Euharistic rămâne în dvs. şi dvs. în El – o oră, o zi, o săptămână, o lună, un an… După cum spune Apostolul: «Duhul să nu-l stingeţi.»(4) Oare câţi oameni, după ce se împărtăşesc, nu-I pierd aproape imediat Prezenţa prin discuţii deşarte, uitând că Îl purtau în ei pe Hristos?”
    Când, mai târziu, după mulţi ani, am descoperit opera unui mistic sirian uriaş, Ioan din Daliata, m-am oprit brusc în faţa acestui fragment, care relua experienţa interioară a părintelui Cleopa în privinţa Împărtăşaniei: „De ce primeşti tu preasfânta anafură asemenea cuiva care nu vede în ea strălucirea care vine de la Tatăl? De ce bei tu din cupa cu Sângele Mântuitorului nostru asemenea cuiva care nu înţelege că în timp ce o bea, ea se amestecă cu fiinţa lui, în Taina cuminecăturii? De ce consideri Sfintele Taine ca pe ceva în afara ta, când se cuvine să le priveşti ca fiind înăuntrul tău?”(5) Ioan din Daliata continuă apoi cu un adevărat imn de închinare la Hristosul interior: „Taina mea este a mea! Taina mea este a mea! Taina mea este atât a mea, cât şi a prietenilor mei! Căci desfătarea noastră este în noi, de vreme ce Împăratul nostru este înăuntrul nostru.”(6) Acelaşi sfat de păstrare a tăcerii pe care mi-o dăduse părintele Cleopa după primirea Hristosului Euharistic este exprimată de misticul sirian: „Închide-ţi porţile, Ierusalime, pentru ca Mirele tău să rămână înăuntrul tău! Ţine-ţi ferestrele închise, ca să adaste mireasma Sa.” (7)
    Pentru părintele Cleopa, ca şi pentru Ioan din Daliata, este indispensabil ca după Împărtăşanie să te străduieşti să menţii o tăcere deplină a gândurilor, retrăgându-te pentru aceasta într-un loc izolat, unde, ferit de orice lucruri care ţi-ar distrage atenţia, să poţi trăi o adorare a Hristosului interior. Este bine să I te rogi Hristosului Euharistic în interiorul tău (8), după ce te-ai împărtăşit cu Preasfântul Său Trup şi Sânge.
    Ideea centrală pe care o exprima părintele Cleopa era că după ce l-ai primit pe Hrisos înăuntrul tău, trebuie să-I întreţii prezenţa prin rugăciunea Numelui Său, asemenea unui foc aprins în vatră şi care se întreţine adăugând lemne peste el. Aici, lemnul care întreţine focul este Rugăciunea lui Iisus. Vatra este inima noastră. Atâta timp cât ne rugăm chemând numele lui Iisus, Hristosul Euharistic îşi păstrează aprins jarul duhovnicesc în inima noastră. Ioan din Daliata se referă la aceeaşi experienţă atunci când scrie: „Alimentează focul lui Iisus, pentru ca să se aprindă atunci când întâlneşte curăţia sufletului tău.”(9) Cel care reuşeşte să ajungă la această realitate harismatică devine un al doilea altar pe care stă Hristosul Euharistic: „Fericit e cel ce are altarul înăuntrul său şi îl are pe Sfântul Sfinţilor înăuntrul lui.” (10) Ioan din Daliata insistă şi asupra nevoii de a nu risca „stingerea acestui foc, lăsând să pătrundă în suflet ape străine” (11). Apele străine sunt gândurile lumeşti.
    Părintele Cleopa îi cunoştea „pe de rost” pe toţi Părinţii Bisericii, el însuşi fiind unul din ei. Transmiţându-mi această învăţătură uitată despre Rugăciunea lui Iisus, el mergea la izvoare, atât în gândirea pură a Părinţilor isihaşti, cât şi în propria experienţă duhovnicească. Şi iată, abia după aproape patruzeci de ani, revin mai profund la învăţătura sa. Patruzeci de ani care mi-au permis să străbat pustiul acestei lumi şi să ajung acolo pe Muntele Horeb, unde mi-a fost transmisă Legea celor zece porunci ale Sfinţilor Părinţi, fără de care n-aş fi putut să-mi însuşesc învăţăturile părintelui Cleopa. Nemaivorbind de faptul că pentru a pune în aplicare învăţătura părintelui Cleopa, trebuia să cunosc toţi Părinţii Bisericii. În dimineaţa următoare, imediat după Liturghie, m-am dus pe munte, în sus, dincolo de mănăstire şi pentru prima oară în viaţa mea am început să-i spun în şoaptă, spontan, Hristosului Euharistic din inima mea: „Iisuse, Iisuse, dulcele meu Iisus.”
    Însă pentru a mă plasa în Tradiţia de aproape două milenii a Sfinţilor Părinţi, trebuia să primesc din partea acestora aceeaşi învăţătură pe care o primise Părintele Cleopa, care citise în munţi toţi Părinţii pustiei şi ai Bisericii. Pentru a transmite într-o zi această învăţătură de foc, trebuia ca sufletul meu să fie îmbibat de gândirea Sfinţilor Părinţi. Pentru ca învăţătura părintelui să prindă rădăcini în mine, era nevoie să se presare pe solul meu sărac şi needucat mraniţa bogată a Tradiţiei Părinţilor isihaşti.
    Părintele i-a adus orăşeanului care eram atunci prin educaţia mea, o altă învăţătură, care, la ora respectivă, m-a luat prin surprindere. E adevărat că nu mă întorsesem la credinţa strămoşilor mei bizantini decât cu nouă ani în urmă, iar cultura mea patristică făcea încă primii paşi: „Părinte Michel, o dată ajuns în pădure, uniţi-vă rugăciunea cu lauda naturii. Să nu credeţi că natura e nesimţitoare în faţa lui Dumnezeu: copacii, plantele, florile, iarba câmpului, toate îl laudă pe Domnul, aşa cum psalmodiem în fiecare noapte, la slujba Utreniei  (12) : «Munţii şi toate dealurile, pomii cei roditori şi toţi cedrii»  (13). Corpurile cereşti şi astrele sunt şi ele chemate să-l laude pe Domnul: «Lăudaţi-L pe El, soarele şi luna, lăudaţi-L pe El, toate stelele şi lumina. Lăudaţi-L pe El, cerurile cerurilor şi apa cea mai presus de ceruri.»  (14) David îşi încheie chiar şi psalmii astfel: «Toată suflarea să laude pe Domnul»  (15). «Toată suflarea» înseamnă tot ce are viaţă de la Dumnezeu. Întreaga zidire căzută năzuieşte şi ea la Parusie  (16).» Iar Părintele adăugă: «Atunci când contemplaţi frumuseţea zidirii, gândiţi-vă că ea este o oglindire a incomparabilei frumuseţi dumnezeieşti şi daţi slavă Domnului pentru toată creaţia Lui, chiar dacă aceasta de aici este căzută şi mai puţin frumoasă decât cea din Rai, unde era perfectă. Contemplarea naturii face să izvorască din inimă o rugăciune dulce ca mierea.» Părintele Petroniu, care traducea, punându-se pe sine în umbră în faţa cuvântului inspirat al Părintelui Cleopa, dovedea, prin smerenia sa remarcabilă, că aceasta era şi practica duhovnicească a Sfinţiei Sale, atât în privinţa Rugăciunii euharistice a lui Iisus, cât şi în privinţa rugăciunii în natură. Prin aceşti doi oameni transfiguraţi prin Duh, aveam în faţă întreaga Tradiţie isihastă: Cuvântul şi tăcerea. Cuvântul Părintelui Cleopa şi tăcerea Părintelui Petroniu, care, prin însăşi smerenia lui, îmi dădea de înţeles că numai Părintele Cleopa vorbea. Erau la fel ca Moise şi Aaron.
    Nici la ora aceea, nici acum, după toţi aceşti ani, nu am găsit în nici o lucrare contemporană despre rugăciunea isihastă aceste învăţăminte de foc ale Părintelui Cleopa despre Rugăciunea euharistică a Numelui lui Iisus şi rugăciunea în natură. Numai pe baza acestei transmiteri directe a Tradiţiei isihaste am regăsit mai apoi, la anumiţi Părinţi ai Bisericii şi la numeroşi alţi duhovnici această învăţătură. Mulţumesc, Părinte Cleopa, că ne-aţi descoperit faptul că izvorul autentic şi unic al Rugăciunii lui Iisus este Împărtăşirea Euharistică cu Sfântul Trup şi Sfântul Sânge al lui Hristos. Fie ca prin mijlocirea Sfinţiei Voastre la tronul Sfintei Treimi mulţi credincioşi să fie îndrumaţi către practica Rugăciunii Euharistice a Numelui lui Iisus.  (17)
    Am ezitat înainte de a scrie cele ce urmează, pentru că aceste două mărturii mă scot pe mine în evidenţă şi nu sunt „îmbrăcate” în caracterul universal al învăţămintelor preacuviosului părinte. Cu toate acestea, recitind celelalte relatări pe care le-am cules, referitoare la viaţa şi învăţăturile sfântului, nu am mai citit nimic asemănător, iar acest aspect al sfinţeniei sale pune într-o lumină nouă o formă importantă a harismelor pe care le avea părintele.
    Cu ocazia aceleiaşi convorbiri, în timp ce stăteam aşezaţi pe pătura întinsă pe promontoriul de deasupra mănăstirii, părintele s-a oprit brusc din învăţătura pe care mi-o dădea, privindu-mă cu ochii lui profunzi, care aveau totodată o sclipire a bucuriei învierii: «Părinte Michel, dacă în timp ce practicaţi Rugăciunea lui Iisus, simţiţi o durere în inimă, aceasta se datorează unei atenţii prea mari a «nous»-ului  (18) asupra inimii; şi atunci nu trebuie să vă mai concentraţi atenţia pe inimă, ci” – arătă Părintele, punându-şi degetul la baza gâtului: „exact în acest loc, la baza gâtului. Altfel, riscaţi să vă afectaţi inima. Toţi monahii care practică Rugăciunea lui Iisus ştiu asta. Apoi, o dată ce a trecut durerea, îşi reîntorc atenţia asupra inimii.” Eu simţeam exact această durere chiar în momentul în care îmi vorbea părintele şi nu îndrăznisem să-l întreb despre asta în faţa celorlalţi monahi. Părintele îmi văzuse în suflet şi îşi dăduse seama de preocuparea mea duhovnicească. Însă convorbirea nu se terminase încă şi aveam să primesc o profeţie neliniştitoare, astăzi în mare parte înfăptuită, care avea să-mi contureze întregul curs al vieţii.
    Îmi dau perfect seama că relatarea care urmează poate părea în afara subiectului şi fără legătură cu acest capitol despre Rugăciunea lui Iisus. Şi totuşi, tocmai prin primirea acestei învăţături de foc asupra Rugăciunii lui Iisus mi-a fost transmis acest lucru, şi nu în alt moment. Însuşi contextul acestei profeţii era invocarea Numelui lui Iisus.
    Astăzi, după trecerea timpului, înţeleg mai bine că acest drum plin de încercări pe care mi-l anunţa părintele era inseparabil legat de învăţătura lui despre Rugăciunea lui Iisus. Profeţiile autentice sunt rareori agreabile. Mai mult, în momentul în care le auzim, nu dispunem de elementele din viaţa noastră care ne-ar ajuta să presimţim situaţiile descrise profetic. Totul pare ireal, imposibil de realizat şi totuşi, într-un destin consacrat slujirii lui Hristos, ca viaţa mea, previziunile cele mai pesimiste sunt cele mai verosimile. Sfânta Tereza de Avila, din Biserica Romano-Catolică, spunea, adresându-se lui Hristos într-o propoziţie plină de cutezanţă, dar nu lipsită de dragoste: „Doamne, când vedem cum te porţi cu prietenii Tăi, înţelegem de ce ai atât de puţini.” Cine a citit Minologhionul (Vieţile Sfinţilor), ştie că vieţile lor nu sunt decât nişte drumuri pline de încercări. Ca părintele Cleopa să-i prezică unui foarte tânăr preot un drum al crucii după ce i-a descoperit nişte puncte esenţiale despre rugăciunea isihastă, nu numai că nu părea fără legătură cu învăţătura lui, ci, dimpotrivă, făcea parte consubstanţială din ea. „Cel care cheamă Numele Celui Răstignit nu trebuie să se mire de faptul că existenţa şi carnea lui sunt marcate de urma Crucii Sale”, ar fi putut să-mi spună Părintele.
    Însă pe vremea aceea, eu nu realizam acest lucru. Părintele mi-a spus: „Părinte Michel, va trebui să daţi mărturie despre credinţa ortodoxă a frăţiei voastre. Episcopul vostru este stăpânit de demonul teologiei false, care are rangul de «arhonte» în ierarhia iadului. El va relua teologia «trihotomismului», care a fost deja condamnată de Biserică. Domnul vă cere să vă opuneţi învăţăturii sale. Veţi avea mult de suferit, veţi trece prin multe încercări din cauza acestei lupte. Calea frăţiei voastre vă va duce la singurătate, însă tocmai prin aceste suferinţe vă va curăţi Hristos de păcatele dvs. Iar suferinţele frăţiei voastre sunt necesare şi pentru curăţirea Bisericii Ortodoxe Franceze, care nu s-a născut încă şi care se va naşte, într-o zi.”
    Nu cunoşteam nici una din noţiunile la care făcea aluzie părintele; nici cea a trihotomismului  (19), nici ce era acela un „arhonte”  (20). Şi eram îngrozit numai la gândul de a combate nu numai o doctrină despre care nu ştiam nimic, ci şi un episcop pe care-l respectam şi-l iubeam. De asemenea, aveam destul bun-simţ să-mi dau seama că deşi aş fi avut argumente teologice convingătoare, angajându-mă într-o luptă deschisă împotriva unui episcop mi-aş fi atras ani de-a rândul neîncrederea întregului episcopat ortodox pentru îndrăzneala de a fi pus sub semnul întrebării unul dintre ei, fapt care, ulterior, s-a şi confirmat. I-am răspuns părintelui, ştiind că era puţin probabil ca reputaţia sfinţeniei lui să lase loc erorii: „Am să mă supun Sfinţiei Voastre, Părinte şi am să denunţ în parohia mea învăţătura greşită a episcopului, de îndată ce acesta o va rosti.” Părintele Cleopa ridică tonul şi-mi spuse cu mânie: „Demonul e cel care vă inspiră această teamă şi acest răspuns. Trebuie să daţi mărturie nu numai în parohia frăţiei voastre, ci şi în faţa conştiinţei întregii Biserici Ortodoxe”. Şi adăugă acest cuvânt, care mi-a rămas întipărit în minte pentru totdeauna: „Mai bine să scandalizezi oamenii prin cuvânt, decât să-L scandalizezi pe Dumnezeu prin tăcere!” Îmi explică apoi în ce consta erezia trihotomismului, indicându-mi operele Părinţilor Bisericii, pe care le cunoştea la perfecţie şi care mă puteau instrui în privinţa antropologiei patristice, pe care nu o cunoşteam, pentru a mă pregăti pentru o luptă viitoare, care a venit peste câţiva ani, în 1975-1976.
    Părintele adăugă: „În această mărturisire a Adevărului, pe care v-o cere Domnul, un păcătos, dumneavoastră, sunteţi cel care daţi mărturie despre Adevărul perfect, care este Hristos. Invocând Numele Domnului în timp ce veţi da mărturie despre Adevărul care este Hristos, Adevărul Însuşi vă va curăţi prin încercările care vor apărea în urma mărturisirii pe care o veţi face despre Credinţa Ortodoxă”. Această discuţie, această profeţie parţial împlinită m-au făcut să iau în viaţa mea din Biserica Ortodoxă, căi pe „de-a dreptul” pe care n-aş fi vrut să le iau.  (21) Această mărturie a mea ar fi incompletă dacă n-aş menţiona smerenia absolută a Părintelui Petroniu, unicul traducător al tuturor acestor convorbiri, care îl plasau în postura lui Aaron faţă de Moise. Din cauză că Moise era bâlbâit, Aaron era cel care declama poporului evreu cuvintele inspirate pe care Moise i le spunea la ureche. În cazul nostru, faptul că eu nu cunoşteam limba română îl obliga pe părintele Cleopa să „treacă” prin părintele Petroniu pentru a comunica cu mine. Astăzi îmi este imposibil să nu-i atribui decât Părintelui Cleopa cuvintele pe care le-am primit atunci, pentru că deseori – lucru pe care nu l-am mai relatat în naraţiunea mea – părintele Petroniu îmi explica gândirea părintelui despre Rugăciunea lui Iisus şi mai ales atunci când a venit vorba despre profeţie, care m-a tulburat mult. Însă cred cu tărie că şi fără această necesitate de moment, cei doi erau asemenea sfinţilor Varsanufie şi Ioan din Gaza, care aveau un singur Duh.
    Peste patru ani, în vara lui 1977, întorcându-mă la Sihăstria, l-am revăzut pe părintele Clepa, iar Sfinţia Sa a mai adăugat o dimensiune învăţăturii sale. Este poate util să amintesc circumstanţele acelei revederi. La prima mea şedere la mănăstire, venisem efectiv pentru a petrece puţin timp acolo şi pentru a-l cunoaşte pe părinte, de care auzisem ca despre un om harismatic, cu darul profeţiei.
    A doua şi ultima mea întrevedere cu Părintele a fost diferită. Eram însoţit de nişte enoriaşi pe care îi adusesem să viziteze mănăstirile din Moldova şi eram doar în trecere prin Sihăstria. Părintele Petroniu era deja la Bucureşti, pe punctul de a pleca la Muntele Athos. Enoriaşii care mă însoţeau, şi ei la fel de doritori să-l cunoască pe părinte, făceau, prin prezenţa lor, imposibilă intimitatea pe care avusesem privilegiul să o cunosc alături de părintele Cleopa. Aveam la mine o scrisoare de redomandare pentru toate mănăstirile din România, din partea Mitropolitului Antonie Ploieşteanul  (22), pe vremea aceea episcop vicar patriarhal al României, care îmi conferea statutul de vizitator oficial. Când l-am întrebat pe stareţul mănăstirii dacă îl pot vedea pe Părintele Cleopa, adăugând că în nici un caz nu doream să fie deranjat, din păcate abia acum este clar pentru mine că era aproape imposibil pentru părintele stareţ să-mi refuze cererea. Aşa că s-au dus să-l caute pe părinte. Acesta a sosit şi nu a părut să mă recunoască, deşi m-am prezentat Sfinţiei Sale aducându-i aminte de ultima şi prima mea întâlnire cu dânsul. Un monah tânăr care era de faţă, traducea. Cei doi enoriaşi care mă însoţeau au primit binecuvântarea părintelui, ne-a spus să ne aşezăm şi, dintr-o dată, fără nici o tranziţie, mi s-a adresat direct: „Părinte Michel, nu ne putem împărtăşi întotdeauna în timpul dumnezeieştii liturghii, fie din cauză că nu ne-am pregătit, fie din alte motive. Există cuminecarea dorinţei: Hristosul prezent în Altar în Trupul şi Sângele Lui umple tot şi toate cu Prezenţa Sa şi comunică în fiecare suflet viaţa Sa dătătoare de viaţă în Duhul Sfânt, de la începutul şi până la sfârşitul dumnezeieştii liturghii. Toţi participanţii la dumnezeiasca liturghie, chiar dacă nu se împărtăşesc fizic din Hristosul prezent în altar, se împărtăşesc în mod nevăzut cu Hristosul din Duhul Sfânt din adâncul inimii lor. Nu există porţiune din liturghie care să nu fie locuită de Hristos”. Părintele nu mi-a mai vorbit în ziua aceea despre Rugăciunea lui Iisus, dar acest lucru se subînţelegea.
    În Biserica Ortodoxă nu există împărtăşire frecventă. Înainte de a se împărtăşi, credincioşii trebuie să ţină un post complet de trei zile şi trebuie să fie spovediţi. Aceste prevederi fac împărtăşirea dificilă. În comunităţile din diaspora, deşi spovedeania este în continuare obligatorie, din ce în ce mai mulţi preoţi de parohie admit deasa împărtăşire şi nu cer decât un post din seara din ajun. Însă în România, la fel ca în Grecia sau în Rusia, împărtăşirea este rară, fiind rezervată sărbătorilor mari, precum Paştele. În acest context îmi transmitea părintele Cleopa învăţătura sa. Un alt mare duhovnic român, care şi-a încheiat viaţa la mănăstirea Cernica, lângă Bucureşti, unde mergeam şi stăteam de fiecare dată cu Sfinţia Sa mai multe săptămâni  (23), şi care a fost cu adevărat părintele meu spiritual, Părintele Benedict Ghiuş, era mânhit de această practică, despre care spunea că „îi privează pe credincioşi de forţa lui Hristos, căci numai El se poate opune păcatului şi îi poate curăţi de greşelile lor, după cum spunem după ce ne împărtăşim: „Iată S-a atins de buzele mele şi va şterge fărădelegile mele şi de păcatele mele mă va curăţi”. Preoţilor nu li se cere postul de trei zile, căci fără împărtăşanie, aceştia n-ar putea sluji. Cred că în ziua de astăzi ar trebui aplicată aceeaşi regulă de postire atât pentru credincioşi, cât şi pentru preoţi”. De notat că mulţi Părinţi isihaşti s-au pronunţat în cadrul Bisericii Ortodoxe în favoarea împărtăşaniei frecvente. Cuviosul Ieronim al Eghinei, de exemplu, recomanda împărtăşirea de două ori pe lună, ceea ce în Grecia ar fi foarte des. Această învăţătură are coerenţă cu Rugăciunea lui Iisus: căci avându-l pe Hristos în noi, prezent acolo prin Trupul şi Sângele Lui, ne adresăm Lui, şoptind: „Iisuse, Iisuse, Iisuse”.
    La ora respectivă, am interpretat cuvintele părintelui Cleopa în singurul mod pe care tocmai l-am arătat. Însă cuvintele semănate în Duhul Sfânt îşi fac drum în sufletul nostru şi întocmai ca un grăunte pus în pământ, cresc acolo, ajungând uneori un arbore mare. De fapt, la vremea aceea eu nu eram capabil să înţeleg gândirea atât de înaltă a părintelui, experienţa sa petrecută în „pustiul” munţilor şi pădurilor Moldovei, acolo unde, asemenea asceţilor din deşert, stătuse luni întregi departe de slujbele liturghiei şi totuşi atât de aproape de ele cu mintea, într-o comuniune de dorinţă, care la el era nedespărţită de şoptirea dulce a Rugăciunii lui Iisus.
    Mai târziu am înţeles că părintele „mă aştepta”. Şi că nu voise, de faţă cu ceilalţi doi oaspeţi, să marcheze printr-o atitudine, fie şi pur amicală, vreo legătură spirituală cu mine. Însă învăţăturile pe care mi le-a transmis în acele zile memorabile s-au înscris pentru totdeauna în adâncul inimii mele. 
    Dându-mi aceste învăţături, părintele Cleopa mi-a deschis sufletul spre contemplarea tainelor, care s-au descoperit nu dintr-o dată, ci treptat, pe măsură ce mă străduiam să pun în aplicare cuvintele sale inspirate. 
    Mai târziu, citind viaţa Sfintei Maria Egipteanca, am găsit, reunite la o singură persoană, cele două învăţături ale părintelui despre Rugăciunea lui Iisus şi comuniunea de dorinţă. 
    Maria Egipteanca cunoscuse această comuniune de dorinţă în timpul celor patruzeci de ani de singurătate petrecuţi în deşert, unde, când l-a întâlnit, în sfârşit, prin providenţa divină, pe Avva Zosima, care se retrăsese în pustiu în timpul Postului Mare pentru a se pregăti de Paşti, l-a rugat să revină anul următor în acelaşi loc, pentru a-i aduce Trupul şi Sângele lui Hristos şi a se putea împărtăşi. În dorinţa ei de a-L primi în suflet pe Hristos, oare cât nu va fi murmurat Maria Egipteanca – şi, fără îndoială, cât nu va fi strigat ea? – în pustie, de-a lungul celor patruzeci de ani, dorinţa ei după Hristosul Euharistic: „Iisuse, Iisuse, Iisuse”! Ea îşi lua această forţă din împărtăşirea euharistică pe care o primise după convertirea la Hristos, înainte de a pleca pentru totdeauna în deşert. Timp de patruzeci de ani, menţinuse prezenţa dumnezeiască a Hristosului Euharistic în locul cel mai adânc al inimii ei, prin însăşi dorinţa ea de a-L primi din nou. Striga: „Iisuse, Iisuse, Iisuse”, vărsând şiroaie de lacrimi, nu numai pentru păcatele ei, ci şi din cauza acestei dorinţe noi, care îi ardea în continuu inima.
    Deşi e tăcută în privinţa doctrinei care leagă Rugăciunea lui Iisus de Împărtăşanie, Biserica Ortodoxă a „infuzat” această învăţătură în rândul tuturor credincioşilor ei prin pravilele de rugăciuni pregătitoare, pe care orice credincios, monah, diacon, preot, episcop trebuie să le citească în ajunul şi chiar în dimineaţa zilei în care, după spovedanie, se pregăteşte să se împărtăşească. Unii isihaşti spun în fiecare zi aceste rugăciuni, în săptămânile care preced ziua în care se vor împărtăşi cu Trupul şi Sângele lui Iisus. Astfel, invocarea permanentă a Numelui lui Iisus pe care o fac aceştia se bazează atât pe Hristosul Euharistic prezent în ei din ziua în care s-au împărtăşit, cât şi pe dorinţa lor arzătoare de a-I reînnoi Prezenţa în ei printr-o nouă împărtăşanie.
    Dorim să menţionăm aici câteva din aceste rugăciuni, care spun foarte multe despre legătura harismatică – chiar ontologică – dintre invocarea Numelui lui Iisus şi Euharistie.
    De exemplu, „Canonul Preadulcelui Iisus” al monahului Teoctist începe astfel:
    „Iisuse Hristoase Cel Preadulce,
    Iisuse îndelung-răbdătorule, vindecă rănile sufletului meu.
    Iisuse Cel plin de bunătate, umple inima mea de dulceaţă.
    Iisuse, mă rog Ţie fierbinte,
    Mântuieşte-mă şi Te voi preaslăvi.”
    Acest canon este compus din opt cântări, care au toate în vedere Împărtăşania Euharistică şi care, în acest sens, îl fac pe cititor să invoce, într-un fel de rugăciune permanentă, „dulcele Nume al lui Iisus”. Ceea ce este important de subliniat este că invocarea „dulcelui Nume al lui Iisus” are ca unic ţel unirea, prin împărtăşirea euharistică, a celui care se roagă astfel, cu Iisus Hristos Cel Euharistic.
    Noţiunea de dorinţă, proprie isihaştilor, autori ai multor rugăciuni asemănătoare cu cele menţionate aici, se regăseşte în rugăciunea finală dintr-unul din aceste canoane, care, de fapt, este opera Sf. Isaac Sirul:
    „Stăpâne, Hristoase, Dumnezeul nostru,
    Tu, care cu Pătimirea Ta mi-ai vindecat patimile,
    Şi care prin rănile Tale mi le-ai închis pe-ale mele,
    Dă-mi mie, celui care mult am păcătuit în faţa Ta,
    Lacrimi de pocăinţă.
    Uneşte-te cu trupul meu prin Trupul Tău cel dătător de viaţă
    Şi îndulceşte-mi sufletul prin Preacuratul Tău Sânge, îndepărtând amărăciunea cu care l-a adăpat vrăjmaşul (…),
    Numără-mă cu oile turmei Tale alese; hrăneşte-mă împreună cu ele pe pajiştea Sfintelor Tale Taine  (24), pentru rugăciunile Precuratei Tale Maici şi ale tuturor sfinţilor Tăi. Amin.”
    Textele de acest fel sunt nenumărate în comunităţile monahale ortodoxe. Deşi aceste canoane nu sunt însoţite de nici o doctrină pe tema unirii Numelui lui Iisus cu Împărtăşania, aşa cum a fost învăţătura pe care am primit-o verbal de la Părintele Cleopa, ele constituie bătăile de inimă ale Bisericii Ortodoxe, alături de chemarea în şoaptă a „dulcelui Nume al lui Iisus” şi „gravarea” nevăzută [în suflet] a acestuia.
    Nu ştiu dacă această tradiţie s-a păstrat până astăzi, însă pe vremea ucenicului Sf. Siluan Athonitul, părintele Sofronie (în a cărui mănăstire din Maldon, Anglia – cu hramul Sf. Ioan Botezătorul – am stat, într-o vizită pe care am făcut-o acolo cu peste treizeci de ani în urmă) ştiu că toate rugăciunile pregătitoare împărtăşaniei, inclusiv Utrenia, fuseseră înlocuite doar de chemarea: „Doamne Iisuse Hristoase, Fiul lui Dumnezeu, miluieşte-mă pe mine, păcătosul”, aşa cum este şi acum tradiţia în unele schituri din Muntele Athos, aceasta fiind un obicei provenit direct din practica duhovnicească a Sf. Siluan Athonitul.
    Sf. Isihie din Batos  (25) ne vorbeşte clar despre această noţiune a dorinţei de foc în rugăciunea euharistică a Numelui lui Iisus: „Să facem cu adevărat lucrarea invocării Domnului nostru Iisus Hristos – această lucrare care se reia mereu, chemând, cu inimă de foc, Sfântul Nume al lui Iisus, pentru a ne cumineca cu El.”
    În acel ultim an al vieţii ei, aşteptând venirea Avvăi Zosima, care-i aducea Sfintele Taine, pe care în sfârşit avea să le primească, Sf. Maria Egipteanca murmura, cu o dorinţă îndoită de a-L primi prin Trupul şi Sângele Lui şi de a părăsi această carne moartă cu care era îmbrăcată, pentru a-şi avânta sufletul în sfârşit eliberat, către Mirele Cel Ceresc, cu inima plină de dragoste nebună şi murmurându-i: „Iisuse, Iisuse, Iisuse”.
    Ceea ce dorim să subliniem în această lucrare este faptul că Tradiţia nescrisă continuă şi în zilele noastre să-şi reverse şuvoaiele de apă vie ale Iordanului ei spiritual în mănăstirile ortodoxe, mai ales în rândul monahilor care trăiesc acolo şi, uneori, în chip minunat şi în câte un oaspete trecător, în căutarea unor poveţe duhovniceşti sau a sensului vieţii sale. Publicarea textelor Filocaliei, oricât de importantă este ea, nu va înlocui niciodată învăţătura directă a acestor experimentatori ai harului, care au primit la rândul lor această tradiţie de la alţi părinţi, într-un proces neîntrerupt de la Apostoli încoace.
    Pe cei care s-ar tulbura la gândul că asemenea învăţături înalte, precum cele menţionate în acest capitol, au putut fi transmise unui foarte tânăr preot de mir, aflat în trecere printr-o mănăstire, care nu dispunea de nici o experienţă sau capacitate duhovnicească deosebită şi nu unor ucenici direcţi ai acestor mari duhovnici, care cu siguranţă aveau mai mult decât el înclinaţiile duhovniceşti necesare primirii unor astfel de învăţături, îi trimitem la exemplul lui Motovilov. Acesta a primit, nefiind la ora aceea nici monah, nici preot, nici ucenic apropiat al Sf. Serafim de Sarov (1759-1833)  (26), revelaţia cea mai înaltă a învăţăturii acestuia despre dobândirea Duhului Sfânt, prin vederea luminii necreate, împreună cu sfântul, care era transfigurat. Domnul este Cel care rânduieşte în iconomia Lui asemenea evenimente de neînţeles pentru inteligenţa omenească.  (27)
    După cum spuneam mai devreme, Nicetas Stethatos (1000-1090), ucenic al Sfântului Simeon Noul Teolog (949-1024) în ultima parte a vieţii acestuia – pe care l-a întâlnit abia în 1020, cu numai patru ani înainte de săvârşirea sfântului – a primit din partea preacuviosului scrierile acestuia, care nu fuseseră difuzate niciodată în timpul vieţii acestuia, cu sarcina de a le publica. Această publicare nu a avut loc decât după naşterea în Cer a Sfântului Simeon.
    În ce priveşte răspândirea mesajului Sfântului Serafim de Sarov, acesta i-a prezis lui Motolivov că ea se va face prin intermediul lui şi că mesajul va fi transmis în întreaga lume. Eveniment cu atât mai improbabil, cu cât se ştie că Motolivov nu a transcris decât după câţiva ani convorbirea lui cu Sf. Serafim, cu o scris aproape ilizibil şi că abia după moartea lui, soţia lui, care a găsit manuscrisul în pod, a făcut apel la scriitorul şi editorul Serghei Nilus  (28) pentru a descifra textul şi a o ajuta să-l publice.
    Să nu credem că de la începutul vieţii monahale şi anahoretice, această rugăciune a fost rezervată doar călugărilor. Deja, citim într-o scrisoare adresată unui mirean, cu care Sf. Varsanufie din Gaza întreţinea o corespondenţă din chilia lui, unde trăia ca anahoret, nu departe de celălalt Bătrân (în greacă, gheronda)  (29), Sf. Ioan din Gaza: „De asemenea, cheamă Sfântul Nume al lui Iisus, spunând: Doamne Iisuse Hristoase, miluieşte-mă pe mine.”  (30) Formularea „spunând Doamne Iisuse...” arată faptul că era vorba aici de o rugăciune cunoscută şi uzuală, a cărei utilizare era bine stabilită.
    Aş vrea să închei acest capitol cu o altă învăţătură, a celuilalt mare duhovnic român, părintele Petroniu, a cărui voce blândă se împleteşte în memoria mea cu cea a celui care avea un singur duh cu el, părintele Cleopa: „Părinte Michel, priviţi în jurul dumneavoastră, în această mănăstire (era duminică şi eram în faţa uşii bisericii principale a mănăstirii, unde se înghesuiau numeroşi credincioşi), uitaţi-vă la toţi aceşti credincioşi care vin aici să se roage. Puţine lucruri ne deosebesc de ei pe noi, călugării. Noi avem ascezele noastre, ei le au pe ale lor. Sunt ţărani şi duc şi ei o viaţă grea, la fel ca noi. Ţin aceleaşi posturi ca noi, participă la aceleaşi slujbe ca noi. Şi o să fiţi surprins: toţi practică Rugăciunea lui Iisus şi vin să se verifice, căutând sfatul mohanilor mai încercaţi în această rugăciune. Nu există decât o singură diferenţă între noi: ei cunosc căsătoria, iar noi suntem călugări. Este singura diferenţă. Şi mulţi sunt sfinţi.”  (31)
    De notat că la popoarele ortodoxe, majoritatea practicanţilor sunt toţi ataşaţi unei anume mănăstiri, unde îşi au părintele duhovnic (acel pneumatikos (32)), care îi spovedeşte şi le urmăreşte viaţa duhovnicească, fapt care nu are loc fără unele probleme cu preoţii de mir din oraşe si sate, care, de multe ori, nu văd bine această „concurenţă”  (33). Însă aceasta este o tradiţie care vine de la începuturile Bisericii, iar pustnicii au atras întotdeauna, fără să caute acest lucru, credincioşii din oraşe. Sf. Simeon Noul Teolog scrie acest lucru în operele sale; el avea ucenici mireni din Constantinopol, pe care îi considera ca având o viaţă duhovnicească uneori mai înaltă decât cea a călugărilor. Observăm acelaşi fenomen în scrierile Sfinţilor Ioan şi Varsanufie de Gaza, apoi mai târziu, în operele ucenicului lor, Sf. Doroteu de Gaza. Da! „Fie Numele Tău preaslăvit” înseamnă pentru ei toţi slăvirea Numelui lui Iisus prin rugăciunea făcută în templul nostru interior, după cuvântul Apostolului: „Oricine va chema numele Domnului se va mântui”.  (34)Şi după acest alt cuvânt: „Ca să se preaslăvească în voi numele Domnului nostru Iisus şi voi întru el”  (35). Aceste cuvinte ale Apostolului dovedesc clar că el invoca permanent Numele lui Iisus şi că le cerea ucenicilor lui să practice şi ei acest lucru. Tocmai în aceasta rezidă taina preaslăvirii Numelui; căci Apostolul s-ar fi putut exprima la fel de bine într-un mod sinonimic, spunând: „Numele Domnului nostru Iisus va fi sfinţit în voi şi voi în El.”
    Să ne aducem aminte de cuvântul Domnului, redat de Apostol, după ce îl implora pe Hristos: „Şi pentru ca să nu mă trufesc cu măreţia descoperirilor, datu-mi-s-a mie un ghimpe în trup, un înger al Satanei, să mă bată peste obraz, ca să nu mă trufesc. Pentru aceasta de trei ori am rugat pe Domnul ca să-l îndepărteze de la mine. Şi mi-a zis: «Îţi este de ajuns harul Meu, căci puterea Mea se desăvârşeşte în slăbiciune.»  (36) Aşadar, nu este ceva neobişnuit, în cadrul Tradiţiei, ca oamenii slabi şi păcătoşi, aflaţi sub jugul unui ghimpe implantat în trup, să fie martorii şi primitorii puterii lui Dumnezeu.
    1 1Trapeză: refectoriul monahilor, care în general este acoperit de fresce reprezentând scene din viaţa lui Hristos sau a Părinţilor Bisericii. Călugării mănâncă aici în linişte, ascultând lectura vieţii unui sfânt sau a mai multor sfinţi ai zilei, text citit din Minologhion (sau Vieţile Sfinţilor).
    2 2 Monahii nu râd niciodată. Râsul este considerat în viaţa monahală ca un semn de relaxare duhovnicească. Părintele Cleopa râdea din compasiune. Însă şi umorul face parte din învăţătura marilor duhovnici: în viaţa Sf. Ambrozie de la Optina, ni se spune cum sfântul, care îl invitase într-o iarnă pe un monah (care, din vanitate, a pretins că este bolnav, pentru a nu veni) împreună cu alţi monahi, pentru a asculta învăţăturile sfântului, le-a spus unor monahi mai tineri să-l care, pentru a nu călca prin zăpadă şi astfel «să-i nu-i fie rece la picioare». La mijlocul drumului, la îndrumarea sfântului, monahii îi dau drumul în zăpadă. În acea seară, au fost mai mult decât zâmbete…
    3 3 Sfânta Liturghie se slujeşte în mănăstiri în fiecare dimineaţă. Când am vizitat Sihăstria în 1973, Utrenia se slujea seara.
    4 4 Tes. V, 19
    5 5 Ioan din Daliata, «Omilia» XII bis H. 20, col. 1, «Învăţătura spirituală a lui Ioan din Daliata», de Robert Beuley, p. 177, ed. Beauchesne, Paris, 1990
    6 6 «Colecţia de scrisori a Sf. Ioan din Daliata», de Robert Beuley. Patrologia Orientalis, T. XXXIX, fasc. 3, nr. 180, scrisoarea 36, p. 401-403, vers. 2, ed. BREPOLS, Belgia, 1978
    7 7 Ibidem
    8 8 Există aici un decalaj clar între Tradiţia isihastă a adorării Hristosului interior, aşa cum este relatată ea aici şi cea din Tradiţia Bisericii Catolice, de adorare a Sfintei Taine prezentă în ostia sfinţită, pusă într-un ostensoriu.
    9 9 Ioan din Daliata, ibidem, Scrisoarea 15, vers. 8, p. 351
    10 10  Ibidem, Scrisoarea 36, p. 401-403, vers. 5
    11 11 Ibidem
    12 Orthros (ορθρος): utrenie, slujbă care are loc, în general, dimineaţa devreme, dar care în unele mănăstiri se slujeşte seara, înainte de asfinţit.
    13 Ps CXLVIII (48), 9
    14 Ps CXLVIII (48), 3 şi 4
    15 Ps CL (50) 5
    16 Parusie, în greacă, παρουσια, termen din teologia ortodoxă care înseamnă atât cea de-a doua venire a lui Hristos, cât şi regenerarea naturii căzute în natură (ουσια) nestricăcioasă şi transfigurată, paradisiacă.
    17 Recomand lectura unei lucrări despre acest mare duhovnic : «Le Père Cléopas» («Părintele Cleopa»), de părintele Ioanichie Bălan, editura L’âge d’homme, Paris, 2003. 
    18 A se vedea nota precedentă despre «nous» (în greacă, νους).
    19 Erezie antropologică, condamnată de Biserica Ortodoxă la Conciliul din Atena din 18 decembrie 1878, care a excomunicat autorul acesteia (Apostolos Makrakis), care relua o temă veche. Trihotomismul înlocuieşte Duhul Sfânt din triada Epistolei lui Pavel (din Tesaloniceni V, 23 - «duhul, sufletul şi corpul») cu un duh creat, suprapus sufletului şi trupului; un fel de duh intermediar între Dumnezeu şi om. Sf. Ireneu, Sf. Ieronim şi Sf. Grigorie Palama, alături de o mulţime de alţi Părinţi, ne spun că în această triadă este vorba despre «ipostaza omului duhovnicesc, format din Duhul Sfânt, suflet şi corp». Încă de la botez, omul este cel despre care vorbeşte Pavel, înveşmântat în harul Sfântului Duh, în suflet şi în corp.
    20Arhonte: demnitate însoţită de un oficiu, în Imperiul Bizantin, atribuită în cadrul Patriarhiei Constantinopolelui, în catedrala Aghia Sophia, clericilor, adesea diaconi, însă a căror autoritate era cu mult peste cea a preoţilor. Ei sunt cei care gestionau finanţele patriarhiei, iar alţii erau verigile de legătură dintre împărat şi patriarh.  
    (21) Sfântul Sinod al României a condamnat doctrina episcopului respectiv în urma unui apel scris al autorului, bazat pe un studiu al Părinţilor Bisericii, inspirat de Părintele Cleopa, în 1976.
    (22) Mitropolitul Antonie Plămădeală (1926-2005), care a fost mai apoi mitropolit al Ardealului, era un fost călugăr de la Sihăstria şi ucenic al Părintelui Cleopa. El însuşi mi-a relatat evenimente din viaţa părintelui, la care fusese martor în mănăstire, şi care nu au fost publicate decât după zeci de ani mai târziu, după adormirea întru Domnul a părintelui. Părintele Antonie avea o admiraţie la fel de mare şi pentru părintele Petroniu, care a devenit stareţul schitului românesc Prodromu din Muntele Athos.
    1975, 1976, 1977; ultima mea întrevedere cu Părintele a fost în 1978, pentru o singură zi.
    24 Adică Împărtăşania.
    25 Batos (în greacă, βατος): tufiş, termen care face trimitere la Rugul Aprins din Muntele Sinai. Isihie (sec. al VII-lea) a fost egumenul mănăstirii Sf. Ecaterina din Muntele Sinai, construită, conform Tradiţiei, în apropierea locului în care i-a apărut lui Moise Rugul Aprins, de la care mănăstirea şi-a luat numele de «Batos» («a Rugului»).   
    26 El a devenit ucenicul cel mai râvnitor al Sf. Serafim de Sarov şi ocrotitorul monahiilor „Morii”, foarte dragi sufletului sfântului, după acea revelaţie care a urmat vindecării lui miraculoase dintr-o paralizie.
    27 Părerea noastră este că părintele Cleopa sesizase că într-o zi îi voi publica învăţătura sa singulară despre Rugăciunea euharistică a Numelui lui Iisus.
    28 Îi datorăm istoriei Bisericii o tristă realitate: este acelaşi Serghei Nilus care a publicat falsa istorie antisemită, «Protocoalele înţelepţilor Sionului».
    29 În greacă: gerontos (Γεροντος).
    30 «Varsanufie şi Ioan de Gaza. Corespondenţă», N° 446, p. 302, editura Solesmes, 1972
    31 Cuvinte care mi-au fost spuse în iulie-august 1973.
    32 Greacă: pneumatikos (πνευματικος), din πνευμα – duh, spirit
    33 Foarte mulţi preoţi români se plângeau de această tradiţie, spunându-mi că penitenţele (canoanele) date de ieromonahi nu pot fi aplicate în viaţa mirenească, şi că adesea, credincioşii veneau la preotul lor paroh pentru micşorarea canonului. Pe de altă parte, subliniau şi faptul că nu este nici bine şi nici corect să ai doi duhovnici, care automat vor da sfaturi diferite şi uneori, opuse. Aceşti preoţi îmi spuneau: «Doi medici riscă să-i dea aceleiaşi persoane medicamente care, luate separat, sunt bune, dar care amestecate, pot fi mortale». Însă fondul chestiunii nu era abordat corect de către aceşti preoţi, altfel remarcabili şi ale căror învăţăminte asupra vieţii duhovniceşti de zi cu zi erau juste – pentru că nici unul din cei care mi-au vorbit astfel nu practicau Rugăciunea lui Iisus. Pe de altă parte, preoţii de mir cu care am discutat şi care practicau Rugăciunea lui Iisus, dimpotrivă, îşi încurajau enoriaşii să stea perioade lungi în mănăstiri, pentru a beneficia de sfaturile unui duhovnic în privinţa practicii Rugăciunii lui Iisus.
    34 Rom. X, 13
    35 II Tes. I, 12
    36 II Cor. XII, 7-9

  • Cuvinte pentru Postul Mare - 2012 : Pe drumul Învierii

    Pe drumul Învierii 

     

    Î.P.S. Michel, Mitropolitul Parisului 

    (Patriarhia Kievului)

     

    Traduit par Madame 

    Mihaela Mihăilă


    „Să iertăm toate, pentru Înviere si asa să strigăm: Hristos a înviat din morti, cu moartea pre moarte călcând; si celor din morminte, viată dăruindu-le.”

    Cu duminica vamesului si fariseului se deschide perioada de adâncă trăire duhovnicească a Triodului Postului Mare, în care ne pregătim cu totii, în interiorul nostru, pentru jertfa de bună voie a postului, străduindu-ne să găsim căile pocăintei (metanoiei), părerea de rău pentru neputintele noastre, în nădejdea iertării fără de margini a lui Hristos Cel Răstignit. Atât perioada Triodului, cât si Postul Mare în sine au ca perspectivă învierea dinăuntrul sufletului credinciosului, întru primenirea acestuia si nasterea unui om înnoit, părtas al Învierii lui Hristos. În această perioadă a Triodului, sufletul moare de bună voie vietii întunecate pe care o ducea în această lume, pentru a învia într-o viată nouă, în care este învesmântat trupul luminos al Mântuitorului Înviat.  

    Diversele posturi si privări la care omul se supune de bună voie nu există decât pentru a-i aminti acestuia limitele cărnii fată de viata Duhului, iar prin foamea si setea sa de alimentele pământesti care-i procură corpului viată, să-si constientizeze lipsa de foame si sete pentru hrana spirituală, care dă viată sufletului. Însă toate aceste posturi, toate aceste privări, toate aceste slujbe care se oficiază, cu citirea zilnică a Triodului, sunt cu totul inutile, dacă iertarea, pe care o cerem cu ardoare pentru păcatele noastre, nu este transpusă si în faptele noastre, într-o iertare care să se întindă asemenea uleiului tămăduitor pe rănile celui lăsat aproape să moară la marginea drumului – asa cum o face cu mărinimie bunul samarinean(Luca 10, 25:27). Fapta eternă transpusă de Hristos în această parabolă este iertarea universală, care face să treacă sufletul - pe jumătate mort din cauza păcatului - la Înviere si îl conduce la „han”, care simbolizează Biserica. Însă tocmai această faptă este cea pe care vă invităm să o priviti: acest străin, acest eretic – samarineanul, dusmanul ereditar al iudeilor, este ales de Hristos în parabola Lui pentru a reprezenta iertarea, care, pentru oameni, este expresia pământească desăvârsită a iubirii. Iertarea vrăjmasilor si rugăciunea pentru acestia sunt legate de iertarea universală a Hristosului de pe Cruce; o iertare atât a celor buni, cât si a celor răi si care le făgăduieste tuturor mântuirea, dacă vor crede în El, la fel cum i-a fost făgăduită si tâlharului de pe cruce. Da, vedem în acest act de o delicatete infinită, în acest gest de blândete, prin care bunul samarinean îl unge pe acest iudeu, care nu l-a iubit niciodată, cu uleiul iertării: uleiul care restaurează, uleiul care oferă arvuna tămăduirii dinăuntru, uleiul care ajută, împreună cu hangiul, la Învierea sufletului si trupului.

    Postul nostru Mare nu ar avea nici un sens, ar fi o pierdere de timp dacă ne-am multumi doar să fim niste ritualisti, niste oameni care respectă zelosi niste reguli exterioare, întocmai ca acel preot si acel levit din parabolă, care au trecut mai departe, prefăcându-se că nu l-au văzut pe acest frate întins la pământ, pe jumătate mort, în drumul lor. Să ne oprim în fata acestui frate – acestei surori – care ne deranjează si să-i luăm în brate, să-i „urcăm” lângă noi (simbol al efortului care ni se cere în iertare, de „a lua asupra noastră” greselile celuilalt, de a te da înapoi pentru a-l pune pe celălalt înaintea ta) si să ungem cu uleiul iertării, alături de Bunul Samarinean, care este Hristos, rănile celui care ne-a rănit.

    Pentru că atunci, făgăduinta pe care ne-o face Biserica în Troparul Învierii, în Cântarea a noua a Canonului Sfântului Ioan Damaschinul, va face să se reverse asupra noastră uleiul bucuriei: „să iertăm toate,  pentru Înviere”. 

     

    Biserica Ortodoxă stăruie asupra faptului că Învierea lui Hristos este înscrisă în Taina Răstignirii Lui, pe care El a suferit-o de bună voie, pentru iertarea păcatelor noastre. „Si ne iartă nouă greselile noastre, precum si noi iertăm gresitilor nostri”. Această iertare absolută, pe care Hristos ne învată să o urmăm si pe care El a inclus-o în rugăciunea esentială, „Tatăl nostru”, îsi are izvorul în Cruce. Sfântul Ioan Damaschinul ar fi putut scrie: „să iertăm toate, pentru Răstignire”. Nu a făcut acest lucru, pentru că a sesizat faptul că Răstignirea si Crucea sunt două taine de nedespărtit, în care unul decurge din celălalt – Crucea fiind necesară venirii celeilalte: Răstignirea. Învierea îsi găseste sursa în Cruce, alături de Mormânt. Dacă suntem iertati prin Cruce, ni se cere totodată să exercităm si iertarea lui Hristos, în slava plină de lumină a Învierii. Există chiar si o sinonimie duhovnicească între termenii „înviere” si „iertare”. Iertarea înseamnă, pe pământ, exercitarea harului Învierii. Cel care iartă îsi înviază sufletul din păcat. Cel care iartă îsi sterge multimea păcatelor lui. Harul iertării nu lucrează decât dacă este exercitat fată de o altă persoană. Foarte multi crestini se roagă fierbinte Mântuitorului să le ierte „datoria”, uitând ei însisi să-si ierte aproapele si neglijând această rugăciune, care este si ea o poruncă absolută a Domnului: „si ne iartă nouă greselile noastre, precum si noi iertăm gresitilor nostri”. Încăpătânându-se să nu ierte, acesti crestini îsi închid singuri portile spre Cer si nu vor dobândi niciodată nici cea mai mică iertare pentru ei însisi. Desi milostenia, postul, respectarea regulilor Bisericii îl ajută pe om să-si curete păcatele, nu există nimic mai important decât iertarea. Iertarea ne face un altoi pe pomul Crucii, a cărei sevă spirituală este Învierea plină de lumină. 

    „Să iertăm tot, în temeiul Învierii” este mai mult decât o poruncă; este semnul că suntem trăitori în harul Învierii. Crucea si Mormântul lui Hristos sunt pentru noi, căci iertând, ne afirmăm ca părtasi ai Trupului rănit, pălmuit, batjocorit, biciuit si răstignit al lui Hristos. Hristos a luat asupra Lui nu numai păcatele noastre, ci si păcatele fratilor nostri fată de noi, care vor fi tot păcate împotriva Lui: „întrucât ati făcut acestea unuia din acesti frati mai mici ai Mei, Mie Mi-ati făcut”. Cel care ne-a rănit, în primul rând si înaintea noastră L-a rănit pe Hristos. Iar din moment ce Hristos l-a iertat, cum am putea noi să-i refuzăm această iertare? Să nu uităm niciodată că iertarea, ca toate darurile Sfântului Duh, se exercită în sinergie cu liberul nostru arbitru si cu buna noastră vointă. Hristos răspândeste asupra întregii omeniri si asupra fiecărei fiinte umane, în mod deosebit, harul iertării Sale. Asadar, datorită iertării Sale generoase si fără de margini, putem si noi, la rândul nostru, să iertăm. Fără iertarea initială a lui Hristos, nu există nici o iertare personală veritabilă. Lipsită de izvorul ei, iertarea nu va fi decât o caricatură a iertării, în care ne strivim unul pe celălalt, adresându-i-ne lui de sus: „Te iert!”. Să ne ferim de acest „eu” în conjugarea verbului a ierta, pentru a-I face astfel loc lui Hristos. Adevărata iertare se practică cu delicatete si smerenie, iar cel care iartă se asează întotdeauna mai prejos de cel căruia trebuie să-i steargă o datorie. Îi vom spune, asadar: „Hristos cel Înviat te iartă”. Iertarea este sinergia cu Învierea lui Hristos, iar în exercitiul ei, noi răspândim în lume razele binefăcătoare si luminoase ale bucuriei pascale. 

     

    Fie ca Sfânta Treime să vă binecuvânteze. 

    + Î.P.S. Michel, Mitropolitul Parisului 

     

  • Dialogue sur l’enseignement de la Prière Eucharistique du Nom de Jésus avec le Starets Cléopas Ilie de Sihastria.

     

    Ce texte consititue le chapitre 10 de mon ouvrage à paraitre, nous l'espérons,  en 2013 "La prière du Nom de Jésus dans la Tradition du Notre Père " . Il nous a semblé qu'il ne fallait pas attendre l'édition de mon livre pour faire connaitre cet enseignement de feu sur la "Prière Eucharistique du Nom de Jésus" déjà esquisé dans mon ouvrage "La vie en son nom" éditions Présence(1992)  et édité en langue Roumaine" Viata intru Numele" éditions Sophia Bucarest ( 2004). Une traduction en roumain de ce "dialogue sur l’enseignement de la Prière Eucharistique du Nom de Jésus avec le  Starets Cléopas Ilie de Sihastria" sera, elle aussi,  placée sur ce blog dans une semaine. Je remercie la traductrice a qui nous devons déjà  la remarquable traduction de notre médiation sur le Carême, Madame Mihaela Mihăilă. Nous saluons ici tous nos nombreux lecteurs et amis roumains en nous confiant tous aux prières du saint Starets Cléopas.

    + Métropolite Michel Laroche

     

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    De gauche à droite : deux grands Starets,  le Père Cléopas et le Père Justin Popovitch

    Je dois rapporter ici l’enseignement, ou plutôt, la transmission de la Tradition que j’ai reçue il y a bientôt quarante ans  en 1973, dans le monastère de Sihastria par le Père Cléopas (c’était le Père Pétronios qui traduisait, mais il aurait pu exactement donner lui-même les mêmes préceptes).  Je voudrais situer le cadre de ce dialogue dont je conserve encore les impressions à la fois spirituelles et physiques dans mon être entier.  Le starets était grave dans ses enseignements donnés à la trapeza 1  ou dans l’église.  En revanche lorsqu’il nous instruisait  dehors sur la montagne, au-dessus du monastère, il nous faisait nous assoir sur des couvertures, distribuait des pommes et du pain, et entrecoupait ses conseils spirituels précis d’exemples d’erreurs à ne pas commettre qu’il présentait avec humour  en riant et se frappant sur les cuisses, dans une pédagogie unique, pour se mettre à notre portée et que nous nous sentions pas culpabilisés lorsqu’il abordait des erreurs spirituelles dans lesquelles les uns et les autres étions forcément déjà tombés.2  Je n’ai jamais rencontré une telle pédagogie auprès d’aucun autre Starets dans les presque quarante années suivantes, depuis ce séjour inoubliable au Monastère de Sihastria en Moldavie roumaine.

    Le Père Cléopas sans doute parce que j’étais l’invité du monastère, que je n’y séjournais que pour une dizaine de jours, et que les quelques autres jeunes  moines razophores  avaient la vocation de demeurer un temps beaucoup plus  long à Sihastria s’adressa principalement à moi durant son enseignement, sauf lorsqu’il parlait d’erreur et de généralité :« Père Michel lorsque vous avez communié et que les nécessités pastorales ne vous en empêchent pas, comme dans votre paroisse. Ici au monastère vous êtes libre. Retirez-vous dès que vous le pouvez sans parler à personne, allez seul dans la forêt, asseyez-vous sur un tronc d’arbre, et priez le Christ qui est présent dans votre cœur dans l’Eucharistie que vous avez reçue. Et murmurez silencieusement  son Nom : « Jésus, Jésus, Jésus ». Vous ferez ainsi demain matin. 3 De cette manière si vous gardez l’attention du cœur, vous conserverez allumée en vous la lampe de votre âme avec l’huile bienheureuse de l’Esprit inséparable du Christ Eucharistique qui repose en vous. Tant que vous murmurez le doux Nom de Jésus, le Christ Eucharistique demeure présent en vous, et vous en Lui,  une heure,  un jour, une semaine, un mois, une année… Et comme le dit l’Apôtre : «N’éteignez pas l’Esprit. »4  Combien de personnes après avoir communié ont perdu presqu’aussitôt  Sa présence dans des conversations futiles,  pour avoir oublié qu’elles étaient porteuses du Christ. »  Lorsque des années plus tard je découvrais l’œuvre d’un immense mystique syriaque Jean de Dalyatha, je tombais en arrêt devant ce texte qui recoupait l’expérience intérieure du Père Cléopas sur l’Eucharistie : « Pourquoi reçois-tu le Pain très saint comme quelqu’un qui n’y voit pas l’éclat qui vient du Père ? Pourquoi bois-tu la coupe du Sang de Notre Sauveur comme quelqu’un qui ne comprend pas  qu’en étant son breuvage il se mêle à lui dans le mystère de l’union ?  Pourquoi te représentes-tu les sacrements en dehors de toi, alors qu’il convient de les voir à l’intérieur de toi ? »5  Jean de Dalyatha poursuit un véritable hymne à l’adoration du Christ intérieur : « Mon Mystère  est à moi ! Mon Mystère est à moi ! Mon Mystère est à moi ainsi qu’à mes amis! Car notre délectation est en nous, puisque notre Roi est à l’intérieur de nous. »6  Le même conseil de silence que m’avait donné le Père Cléopas après avoir reçu le Christ Eucharistique est exprimé par le mystique syriaque : « Ferme les portes, Jérusalem, pour que ton Époux reste au-dedans de toi ! Tiens  les fenêtres closes pour que persiste l’odeur de ses parfums.»7
    Pour le Père Cléopas, comme pour Jean de Dalyatha, il est indispensable après avoir communié de s’efforcer d’observer le silence parfait des pensées et pour cela de se retirer dans un lieux isolé,    afin sans distraction, de  pouvoir vivre une adoration du Christ intérieur. Il convient de prier le Christ Eucharistique, après avoir communié à Son Saint Corps et Son Saint Sang, à l’intérieur de soi.8
    L’idée centrale qu’exprimait le Père Cléopas c’est qu’après avoir reçu le Christ en soi, il convenait d’entretenir sa présence par la prière du Nom de Jésus comme un feu que l’on a allumé dans l’âtre que l’on entretient en y remettant du bois. Ici le bois qui prolonge le feu c’est la prière du Nom de Jésus. L’âtre c’est notre cœur. Tant que nous prions en invoquant le Nom de Jésus, le Christ Eucharistique maintient son brasier spirituel dans notre cœur. Jean de Dalyatha  parle de la même expérience lorsqu’il s’écrie :« Donne des aliments au feu de Jésus pour que s’enflamme à son contact la pureté de ton âme. »9  Celui qui parvient à cette réalité charismatique devient un second autel sur lequel repose le Christ Eucharistique : « Heureux celui dont l’autel est en lui et dont le Saint des Saints est à l’intérieur de lui-même »10  Jean de Dalyatha insiste également sur la nécessité de ne pas risquer « d’éteindre ce feu en laissant pénétrer dans l’âme de l’eau étrangère »11  L’eau étrangère des pensées de ce monde.
    Le Père Cléopas connaissait « par cœur » l’ensemble des Pères de l’Église, et il était lui-même l’un de ces Pères. Il puisait, en me transmettant cet enseignement oublié sur la prière de Jésus, dans la pure pensée des Pères Hésychastes ainsi que dans son expérience spirituelle. Ce n’est que presque quarante ans plus tard que je reviens en profondeur sur son enseignement. Quarante ans qui m’ont permis de traverser le désert de ce monde, et d’y rencontrer le Mont Oreb sur lequel la Loi des dix commandements des Pères m’a été transmise, sans lesquels je n’aurais pu intégrer en moi les enseignements du Père Cléopas.  Non pas qu’il fallait pour mettre en pratique l’enseignement de Père Cléopas connaître l’ensemble des Pères de l’Église. Dès le lendemain matin, aussitôt après la Divine Liturgie  je suis allé dans la montagne au-dessus du monastère, et pour la première fois de ma vie j’ai murmuré spontanément au Christ Eucharistique dans mon cœur : « Jésus, Jésus, mon doux Jésus  ».
    Mais pour me placer dans la Tradition presque deux fois millénaire des Pères, il me fallait recevoir des saints Pères le même  enseignement qu’avait reçu le Père Cléopas qui avait lu dans la montagne tous les Pères du désert et de l’Église. Pour transmettre un jour cet enseignement de feu il fallait que mon âme soit imbibée de la pensée des Pères.  Pour que l’enseignement du Starets prenne racine en moi il était nécessaire de répandre sur ma pauvre terre inculte, le riche terreau de la Tradition des Pères hésychastes.
    Le Starets  ajouta au citadin que j’étais alors par mon éducation, un autre enseignement qui, à l’époque, me surprit. Il est vrai que je n’étais retourné à la foi de mes ancêtres byzantins que neuf ans auparavant, et ma culture patristique était balbutiante : « Père Michel dans la forêt, unissez votre prière avec la louange de la nature. Ne pensez pas que la nature est inconsciente devant Dieu : les arbres, les plantes, les fleurs, l’herbe des champs, tous louent le Seigneur, comme les psaumes que nous psalmodions chaque nuit durant l’office de l’Orthros 12  : « Montagne et vous toutes les collines, arbres fruitiers et vous tous, les cèdres»13 . Les astres et les étoiles sont appelés, eux aussi, à louer le Seigneur : « Louez-le, Soleil et lune, louez-le, vous toutes les étoiles de lumière, louez-le, Cieux des cieux, eaux qui êtes au-dessus des cieux ! »14  David conclue même ses psaumes par : «  Que Tout souffle loue le Seigneur »15  . « Tout souffle » signifie tout ce qui tient sa vie de Dieu. La création déchue aspire, elle aussi dans son ensemble, à la Parousie16 . » Il ajouta : « Lorsque vous contemplez la beauté de la création, pensez qu’elle est un reflet de l’incomparable beauté divine et rendez grâce au Seigneur pour toute sa création, bien que celle-ci soit déchue et moins belle que dans le Paradis où elle était parfaite. La contemplation de la nature fait sourdre du cœur une prière qui est douce comme le miel. ». Le Père Pétronios qui traduisait en s’effaçant devant la parole inspirée du Père Cléopas attestait par sa remarquable humilité que telle était sa pratique spirituelle tant sur la prière Eucharistique du Nom de Jésus que sur la prière avec la nature. J’avais avec ces deux êtres transfigurés par l’Esprit la totalité de la Tradition hésychaste : la Parole et le silence. La parole du Père Cléopas et le silence du Père Pétronios qui dans son effacement même, me donnait à entendre que c’était le seul Père Cléopas qui s’exprimait, comme Moïse et Aaron.
    Dans aucun ouvrage contemporain écrit sur la prière du hésychaste, je n’avais trouvé à l’époque, ni aujourd’hui depuis toutes ces années, ces enseignements de feu du Père Cléopas  sur la prière Eucharistique  du Nom de Jésus et la prière avec la nature. C’est uniquement à partir de cette transmission directe de la Tradition Hésychaste que j’ai ensuite retrouvé, chez certains Pères de l’Église, et de nombreux Starets cet enseignement. Merci Père Cléopas de  nous avoir révélé que la source véritable et unique de la prière du Nom de Jésus est la Communion Eucharistique au Saint Corps et au Saint Sang du Christ.   Que votre intercession auprès de la Trinité  conduise de nombreux croyants à la pratique de la prière Eucharistique du Nom de Jésus.17  
    J’ai hésité avant d’écrire ce qui suit, car ces deux témoignages me mettent personnellement en cause et ne sont pas revêtus du caractère universel de l’enseignement du bienheureux. Pourtant en relisant les autres récits recueillis sur la vie et les enseignements du saint je n’ai rien lu de comparable, et cet aspect de sa sainteté éclaire d’un jour nouveau une forme importante de ses charismes.
    Lors de la même conversation durant laquelle nous étions étendus sur  la couverture posée sur  ce promontoire au-dessus du monastère, il arrêta soudain son enseignement en me regardant de son regard profond emprunt d’une joie résurrectionnelle : « Père Michel, lorsque dans l’exercice de la prière  du Nom de Jésus, vous ressentez une douleur au cœur, celle-ci est  due à une trop intense attention du « nous »18  sur le cœur, vous ne devez plus vous concentrer sur le cœur », mais indique-t-il avec son doigt qu’il pose à la base de son cou : « … à cet endroit précis sur la base du cou. Sinon vous risqueriez d’endommager votre cœur. Tous les moines qui pratiquent la prière du Nom de Jésus savent cela. Puis ensuite, la douleur passée, ils reviennent à l’attention du cœur. » J’éprouvais précisément cette douleur au moment même où il s’adressait à moi et je n’avais pas osé devant les autres moines lui poser la question.  Le starets avait pénétré mon âme et avait discerné ma préoccupation spirituelle. Mais la conversation n’était pas encore achevée, et j’allais recevoir une prophétie angoissante, aujourd’hui en grande partie réalisée, qui allait déterminer le cours de toute ma vie.
    J’ai parfaitement conscience que ce qui suit peut paraitre hors sujet, et ne pas concerner ce chapitre sur la prière Eucharistique du Nom de Jésus. Et pourtant c’est bien en recevant cet enseignement de feu sur la prière de Jésus qu’il m’a été transmis et pas à un autre moment. Le contexte même de cette prophétie était l’invocation du Nom de Jésus.
    Aujourd’hui avec le recul du temps je comprends mieux que ce chemin d’épreuves que m’annonçait le Starets, était inséparable de son enseignement sur la Prière du Nom de Jésus. Les  prophéties véritables sont rarement agréables. De plus, au moment où nous les entendons, nous n’avons pas les éléments dans notre vie qui nous donneraient à pressentir  les situations décrites prophétiquement.  Tout paraît irréel, impossible à réaliser, et pourtant dans une destinée consacrée, comme ma vie, au service du Christ, les prévisions les plus pessimistes sont les plus vraisemblables. Sainte Thérèse d’Avila dans l’Église Catholique Romaine disait en s’adressant au Christ, dans une phrase audacieuse non dénuée d’humour : «  Seigneur lorsque l’on voit comment tu traites tes amis, on peut comprendre pourquoi tu en as aussi peu. » Pour qui a lu le Ménologe (la vie des saints), ce ne sont que des chemins d’épreuves. Pour le Père Cléopas prédire à un très jeune prêtre un chemin crucifère après lui avoir révélé des points essentiels de la prière hésychaste, ne paraissait, non seulement pas déconnecter de son enseignement, mais en faisait consubstantiellement parti. « Celui qui invoque constamment  le Nom du Crucifié, ne doit pas s’étonner de ce que son existence et sa chair, soient marquées par l’empreinte de Sa Croix. » aurait-il pu me dire.
    Mais à cette époque je n’en avais pas conscience. Le Starets me dit : « Père Michel vous allez devoir témoigner de votre Foi Orthodoxe. Vous allez beaucoup souffrir, connaître beaucoup d’épreuves à cause de ce combat.  Votre chemin vous conduira à la solitude, mais c’est par ces souffrances que le Christ vous purifiera de vos péchés. Et vos souffrances sont également nécessaires pour la purification de l’Église Orthodoxe de France qui n’est pas encore née et qui naîtra un jour. »
    Je ne connaissais aucune des notions auxquelles faisait allusion le Starets,et  j’étais terrifié à l’idée même de ce combat.   Je répondis, en sachant que la réputation de sainteté du Starets ne laissait probablement pas de place à l’erreur : « Je vous obéirai mon Père, et je confesserait la foi orthodoxe dans ma paroisse" Il me répondit : «  C’est le démon  qui vous inspire cette peur et cette réponse : Vous devez témoigner non seulement dans votre paroisse, mais devant la conscience de toute l’Église Orthodoxe. » Et il ajouta cette parole qui restera à jamais gravée dans mon esprit : « Il vaut mieux scandaliser les hommes par sa parole que de scandaliser Dieu par son silence. » 
    Le Starets ajouta : «  Dans cette confession de la Vérité que le Seigneur vous demande, c’est un pécheur, vous, qui témoignez de la Vérité parfaite qui est le Christ. En invoquant le Nom du Seigneur, tout en témoignant de la Vérité qui est le Christ, c’est la Vérité elle-même qui vous purifiera à travers les épreuves occasionnées par votre confession de la Foi Orthodoxe. » Cette conversation, cette prophétie partiellement réalisée   a fait prendre à ma vie dans l’Église Orthodoxe des chemins de traverses que je n’aurais pas souhaité suivre.21  Ce témoignage serait incomplet si je ne mentionnais pas l’humilité absolue de Père Pétronios, l’unique traducteur de toutes ces conversations qui le plaçait dans la situation d’Aaron par rapport à  Moïse. Moïse étant bègue, c’était Aaron qui déclamait au Peuple Hébreu les paroles inspirées que Moïse lui disait à l’oreille. Ici, c’était ma méconnaissance de la langue roumaine qui obligeait Père Cléopas de passer par Père Pétronios pour communiquer avec moi.  Il est impossible aujourd’hui de n’attribuer qu’au seul Père Cléopas les paroles que j’ai reçues, parce que, souvent, ce que je ne relate pas dans la narration de mon récit, le Père Pétronios m’expliquait la pensée du Starets sur la prière Eucharistique du Nom de Jésus, et surtout lorsqu’il s’est agi de la prophétie qui me troubla beaucoup. Mais je crois fermement, que même sans cette nécessité d’un moment, les deux hommes étaient comparables à saint Barsanuphe et Jean de Gaza qui avaient un seul Esprit.
    Quatre années plus tard en été 1977 de retour à Sihistria j’ai revu le starets Cléopas, et il a ajouté une autre dimension à son enseignement. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler les circonstances de cette entrevue. Lors de mon premier séjour au monastère j’étais véritablement venu pour y  faite une retraite et rencontrer le Starets dont j’avais entendu parler comme d’un homme charismatique au don de prophétie.
    La seconde et dernière entrevue était différente. J’étais accompagné de paroissiens à qui je faisais visiter les monastères de Moldavie et nous ne faisions que passer à Sihistria. Le Père Pétronios était déjà à Bucarest sur le point de partir au Mont Athos. Les paroissiens qui m’accompagnaient, eux aussi désireux de rencontrer le Starets, rendaient par leur présence impossible l’intimité que j’avais eu le privilège de connaître avec le Père Cléopas. J’étais muni d’une lettre de recommandation pour l’ensemble des monastères de Roumanie de la part de Monseigneur Antoine de Ploesti22 , alors évêque vicaire patriarcal de Roumanie, qui me donnait la position d’un visiteur officiel. Lorsque je demandais  au Starets23  du monastère si je pouvais rencontrer le Père Cléopas, en ajoutant que surtout je ne souhaitais pas qu’on le dérange, il est malheureusement évident pour moi aujourd’hui, qu’il était presque impossible au supérieur du monastère de refuser ma requête. On  chercha donc le Père. Celui-ci arriva et ne parut pas me reconnaître bien que je me sois présenté à lui en lui rappelant ma dernière et première rencontre avec lui. Un jeune moine présent traduisait. Les deux paroissiens qui m’accompagnaient prennent sa bénédiction, il nous fait nous asseoir, et d’emblée sans aucune transition il s’adresse directement à moi : « Père Michel, nous ne pouvons pas toujours communier lors de la Divine Liturgie, soit parce que nous ne nous sommes pas préparés, ou pour d’autres motifs. Il existe la communion de désir : Le Christ présent sur l’Autel dans Son Corps et dans son Sang, remplit tout et tous de Sa présence, et communique dans chaque âme sa vie vivifiante dans l’Esprit Saint,  du commencement à la fin de la divine liturgie. Tous les  participants à la divine Liturgie, même s’ils ne communient pas physiquement au Christ présent sur l’autel, communient invisiblement au  Christ dans l’Esprit Saint au fond de leur cœur.  Il n’existe pas une parcelle de la liturgie qui ne soit pas habitée par le Christ.» Le Starets ne m’a pas reparlé ce jour là de la prière du Nom de Jésus, mais c’était implicite.
    Dans l’Église Orthodoxe la communion fréquente n’existe pas. Les croyants doivent observer un jeûne complet de trois jours avant de communier, et s’être confessés préalablement. Ces dispositions rendent la communion difficile. Dans la diaspora, si la confession est toujours exigée, de plus en plus de prêtres de paroisses admettent la communion fréquente et n’exigent qu’un jeûne à partir de la veille au soir. Mais en Roumanie, comme en Grèce ou en Russie, la communion est rare, réservée aux fêtes majeures comme Pâques. C’est dans ce contexte que le Père Cléopas me transmettait son enseignement. Un autre grand starets roumain qui finit sa vie au monastère de Cernica près de Bucarest, où je séjournais auprès de lui plusieurs semaines 24  , qui fut mon véritable Père spirituel, le Père Bénédict Ius, se désolait de cette pratique qui selon lui: « privait les croyants de le la force du Christ qui seul peut s’opposer au péché et les purifier de leur faute comme nous le disons après avoir communié : « Ceci a touché mes lèvres, mes fautes sont pardonnées et de mes péchés je suis purifié ».  On n’exige pas un jeûne de trois jours pour les prêtres qui sans cela ne pourraient pas célébrer. Je pense qu’il faudrait aujourd’hui appliquer le même jeûne pour les fidèles que pour les prêtres. » Il est à noter que de nombreux Pères hésychastes se sont prononcés dans l’Église Orthodoxe pour la communion fréquente. Saint Jérôme d’Égine par exemple recommandait de communier deux fois par mois ce qui en Grèce est considérable. Cet enseignement est en cohérence avec la prière Eucharistique du Nom de Jésus : c’est à partir du Christ qui est présent en nous dans son Corps et dans son Sang que nous nous adressons à lui en lui murmurant « Jésus, Jésus , Jésus. »
    À l’époque j’interprétai dans la seule signification que je viens d’indiquer les paroles du Starets. Mais les paroles semées dans l’Esprit Saint se font un chemin dans notre âme, et comme une graine plantée, elle croissent dans notre esprit pour devenir parfois un grand arbre. En réalité je n’étais pas à l’époque capable de comprendre la pensée si élevée du Starets, son expérience passée dans le « désert » des montagnes et des forêts  de Moldavie, là où semblable aux ascètes du désert, il vivait de longs mois loin des célébrations de la liturgie, et si près d’elles par son esprit, dans la communion de désir, inséparable chez lui du doux murmure de la prière du Nom de Jésus.
    J’ai par la suite compris que le Starets « m’attendait ».  Et qu’il n’avait pas voulu devant les deux autres visiteurs marquer par une attitude, même simplement amicale, un lien spirituel avec moi. Mais les enseignements qu’il m’a transmis lors de ces journées mémorables sont inscrits pour toujours  au plus profond de mon cœur.
    En recevant ces transmissions du Starets, celui-ci  a ouvert mon âme à la contemplation de mystères qui se sont révélés, non pas instantanément, mais progressivement au fur et à mesure que je m’efforçais de mettre en pratique ses paroles inspirées.
    Plus tard en lisant la vie de sainte Marie l’Égyptienne je trouvais rassembler en une seule personne les deux enseignements du Starets sur la prière Eucharistique du Nom de Jésus, et sur la communion de désir.
    Cette communion de désir, sainte Marie l’Égyptienne l’avait connue durant quarante années de solitude dans le désert, où par la providence divine rencontrant enfin un moine Abba Zosime,  faisant une retraite pendant le Carême pour se préparer à la Pâques, elle lui demanda si  l’année suivante il pourrait revenir dans le même lieu lui apporter le Corps et le Sang du Christ pour qu’elle puisse communier. Comment sainte Marie l’Égyptienne dans son désir de recevoir en elle le Christ tout au long de ces quarante années n’aurait-elle pas murmuré -mais sans doute criait-elle aussi dans le désert- son désir du Christ Eucharistique : « Jésus, Jésus, Jésus. » Elle puisait cette force dans la communion eucharistique qu’elle avait reçue après sa conversion au Christ et avant de partir pour toujours au désert. Durant quarante années elle avait maintenu la divine présence du Christ Eucharistique au plus profond de son cœur par son désir même de Le recevoir à nouveau. Elle criait : « Jésus, Jésus, Jésus », versant des torrents de larmes non seulement sur ses péchés, mais à cause de ce nouveau désir qui incendiait perpétuellement son cœur. L’Église Orthodoxe, bien que silencieuse sur la doctrine qui rattache la Prière du Nom de Jésus à l’Eucharistie, a infusé cet enseignement pour l’ensemble de ses croyants dans les canons des prières préparatoires que le fidèle, moine, diacre, prêtre, évêque doit lire la veille et le matin même du jour où, après s’être confessé, il se prépare à communier. Certains hésychastes disent chaque jour ces prières les semaines qui précédent leur communion au Corps et au Sang du Christ.   Ainsi leur invocation perpétuelle du Nom de Jésus de fonde-t-elle autant sur le Christ Eucharistique présent en eux depuis le jour de la communion que par le désir ardent qu’ils éprouvent de renouveler Sa présence par une nouvelle communion Eucharistique.
    Nous voulons mentionner ici quelques unes de ces prières qui sont très éloquentes  sur le lien charismatique, voire ontologique qui relie l’invocation du Nom de Jésus à l’Eucharistie.
    Par exemple dans  le « Canon au Christ Très doux » du moine Theoktiste, qui commence ainsi :
    «  Jésus Christ plus que doux,
    Jésus longanime, guéris les plaies de mon âme ;
    Jésus plein de bonté, remplie mon cœur de douceur.
    Jésus je t’implore,
    Sauve moi je t’exalterai. »
    Ce canon est composé de huit odes, qui toutes ont en vue la Communion Eucharistique, et dans ce but, font invoquer par l’orant dans une forme de prière perpétuelle le « doux Nom de Jésus ». Ce qui est important de souligner, c’est que l’invocation du « doux nom de Jésus » a comme unique objet l’union par la communion Eucharistique de celui qui prie ainsi avec le Christ Jésus Eucharistique.
    La notion de désir propre aux hésychastes auteurs de nombreuses prières comparables à celle-ci, se retrouve dans la prière finale de l’un de ces canons, qui est en réalité l’œuvre de saint Isaac le Syrien :  
    « Maître Christ notre Dieu,
    Toi dont la Passion a guéri mes passions,
    Et qui par tes plaies à refermer mes plaies,
    Accorde à moi qui ai beaucoup péché devant Toi,
    Les larmes d’humilité
    Unis-toi à mon corps par le contact de  Ton Corps vivifiant,
    Et adoucis mon âme par Ton sang précieux de l’amertume dont l’ennemi l’a abreuvé (…)
    Compte-moi parmi les brebis de Ton troupeau choisi ; nourris-moi avec elles de la verdure de Tes divins Mystères 25  par les prières de ta Mère toute pure et de tous tes saints. Amen
    De tels textes sont innombrables dans les milieux monastiques orthodoxes. Bien qu’aucune doctrine écrite sur le sujet de l’union du Nom de Jésus et de l’Eucharistie, tel que l’enseignement que j’ai reçu oralement de la part du Starets Cléopas, n’accompagne ces canons, ceux-ci constituent les battements du cœur de l’Église Orthodoxe avec le murmure du « doux Nom de Jésus » et son écriture invisible.
    Je ne sais pas si cette tradition s’est conservée aujourd’hui, mais du vivant du disciple du Starets Silouane du Mont Athos le Père Sophrony auprès du quel j’ai séjourné dans son monastère « Holy John the Baptist » à Maldon en Angleterre, il y a plus de trente ans. À l’époque toutes les prières préparatoires à la communion eucharistique, y compris l’Orthros, étaient remplacées par l’unique invocation : « Seigneur Jésus Christ Fils de Dieu aie pitié de moi pécheur » comme c’est encore la tradition dans certaines skites du Mont Athos, usage qui venait directement de la pratique spirituelle athonite du Starets Silouane.
    Saint Hésychius de Batos 26  nous parle clairement de cette notion de désir de feu dans  la prière Eucharistique du Nom de Jésus : « Attachons-nous réellement à l’œuvre de l’invocation de Jésus Christ Notre Seigneur, cette œuvre toujours recommencée, en appelant avec un cœur de feu, afin de communier au saint Nom de Jésus. » Et cette dernière année  de sa vie, lors de cette attente de la venue d’Abba Zosime porteur des Saints Dons qu’elle allait  enfin recevoir,  sainte Marie l’Égyptienne murmurait dans un double désir de Le recevoir dans Son Corps et dans Son Sang, et celui de quitter cette chair morte dont elle était revêtue, pour élancer son âme enfin libérée vers l’Époux, le cœur brûlant de l’amour fou en lui murmurant : « Jésus, Jésus, Jésus »
    Ce que nous voulons souligner ici,  dans cet ouvrage, c’est que la Tradition non écrite continue, de nos jours, de répandre les flots d’eau vive de son  Jourdain spirituel dans les monastères Orthodoxes auprès, principalement, des moines qui y vivent, et  parfois, miraculeusement, auprès d’un visiteur de passage en quête de conseils spirituels ou de sens à sa vie. La publication des textes de la Philocalie, aussi importante puisse-t- elle être, ne remplacera jamais l’enseignement direct  de ces expérimentateurs de la grâce qui ont eux-mêmes reçu d’un autre Père cette tradition, et cela  d’une façon ininterrompue depuis les apôtres eux-mêmes.
    Pour ceux que troubleraient l’idée même que des enseignements élevés, mentionnés dans ce chapitre, aient pu être transmis à un très jeune prêtre séculier de passage, sans aucune expérience ou capacité spirituelle  particulière, et  non à des disciples directs de ces grands starets, qui avaient certainement plus que lui des dispositions spirituelles à recevoir un tel enseignement,  nous les renvoyons à l’exemple de Motovilov. Celui-ci reçu, alors qu’il n’était ni moine, ni prêtre, ni à l’époque un disciple proche du Starets Séraphim de Sarov (1759-1833) 27  , la révélation la plus élevée de son enseignement sur l’acquisition de l’Esprit Saint, dans la vision de la lumière incréée qu’il partagea avec le saint qui était transfiguré. C’est le Seigneur qui dispose dans Sa Providence de tels évènements incompréhensibles à l’intelligence humaine. 28  
    Nous l’évoquions plus haut, Nicétas Stetatos (1000-1090) lui-même un disciple tardif de saint Syméon le Nouveau Théologien (949-1024) - il ne le rencontra qu’en 1020, soit seulement quatre ans avant le trépas du saint- reçoit de la part du bienheureux ses écrits  jamais diffusés de son vivant avec la charge pour lui de les publier. Cette publication ne se fera que bien après la naissance au Ciel de saint Syméon. Pour la diffusion du message de saint Séraphim de Sarov, le Starets prédit à Motolivov qu’elle se ferait par son intermédiaire et que le message serait diffusé dans le monde entier. Évènement d’autant plus improbable, lorsque l’on sait que Motolivov  ne transcrivit que quelques années plus tard son entretien avec Séraphim, dans une écriture quasi illisible, et que c’est après sa propre mort que son épouse retrouvant dans son grenier le manuscrit, fit appel à l’écrivain éditeur Serge Nilus 29  pour déchiffrer le texte et l’aider à le publier.
    Ne pensons pas que dès le commencement de la vie monastique et anachorétique dans le désert  cette prière était réservée aux seuls moines. Déjà nous lisons dans une lettre adressée à un laïc avec lequel saint  Barsanuphe de Gaza entretenait une correspondance,  depuis sa cellule par où il vivait en anachorète non loin de l’autre vieillard (en grec, guérontos) 30   saint Jean de Gaza : «  Invoque aussi le Saint  Nom de Jésus en disant le : Seigneur Jésus Christ aie pitié de moi. » 31  La formulation « en disant le Seigneur Jésus … » indique qu’il s’agit là d’une prière connue et usuelle dont l’usage est bien établi.
    Nous voudrions conclure ce chapitre par un autre enseignement de cet autre grand Starets roumain le Père Pétronios dont la voix douce se confond dans ma mémoire  avec celle de celui qui avait un seul esprit avec lui, le Starets Cléopas : « Père Michel regardez autour de vous dans le monastère, - c’était un dimanche et nous étions devant la porte de l’église principale du monastère, où de nombreux fidèles se pressaient - tous ces croyants  qui viennent y prier. Peu de choses nous différencient, nous les moines, d’eux. Nous avons nos ascèses, ils ont les leurs. Ce sont des paysans et ils ont une vie rude comme la nôtre. Ils observent les mêmes jeûnes que nous, ils participent aux mêmes offices que nous. Je vais vous surprendre : tous pratiquent la prière de Jésus et ils viennent se vérifier auprès des moines les plus expérimentés dans la prière. Il n’y a qu’une différence : ils connaissent le mariage et nous sommes des moines. C’est là la seule différence. Et beaucoup sont des saints. » 32  Notons que dans les nations orthodoxes la majorité des pratiquants sont tous attachés à un monastère en particulier dans lequel ils ont leur pneumatikos 33  ou spirituel qui les confessent et les vérifient dans leur vie spirituelle, ce qui ne va  pas sans poser quelques problèmes avec les prêtres séculiers des villes et des villages qui vivent, souvent mal, cette « concurrence » 34 . Mais c’est une tradition qui remonte au début de l’Église et les ascètes du désert ont toujours attiré, sans le rechercher, les croyants des cités. Saint Syméon le nouveau Théologien  l’écrit dans ses œuvres, avait des disciples  laïcs dans Constantinople, dont il considérait que la vie spirituelle était parfois plus élevée que celle des moines.  Nous observons le même phénomène dans les écrits de Jean et Barsanuphe de Gaza, puis plus tard dans les œuvres de leur disciple saint Dorothée de Gaza. Oui ! « Que Ton Nom soit sanctifié » signifie pour eux tous  la sanctification du Nom de Jésus par la prière dans notre temple intérieur selon la parole de l’Apôtre : « Quiconque invoquera le nom de Jésus sera sauvé. » 35   Et cette autre parole : « Le nom de Notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous et vous en lui ». 36    Ces paroles de l’Apôtre attestent clairement qu’il invoquait constamment le Nom de Jésus et qu’il demandait à ses disciples de pratiquer ainsi. C’est exactement cela le mystère de la sanctification du Nom car l’apôtre aurait aussi bien pu écrire cette  synonymie : « Le Nom de Notre Seigneur Jésus sera sanctifié en vous et vous en Lui. »
    Souvenons nous de la parole du Seigneur rapportée par l’Apôtre qui suppliait  le Christ :« Il m’a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter, pour que je ne m’exalte pas.  À ce sujet  trois fois j’ai prié le Seigneur. Mais il m’a déclaré : «  Ma Grâce te suffit.  Ma puissance a son plein effet dans la faiblesse » 37   Que des hommes faibles et pécheurs, sous le joug d’une écharde plantée dans la chair,  soient les témoins et les réceptacles de la puissance du Seigneur, n’est donc  pas inhabituel dans la Tradition.

     

     

     

    1) Trapeza : le réfectoire des moines qui en général est recouvert de fresques représentant des scènes de la vie du Christ, ou des Pères de l’Église. Les moines y mangent en silence en écoutant la lecture de la vie d’un ou plusieurs  saints  du jour tirée du ménologe (ou sanctoral).
    2) Les moines ne rient jamais. Le rire est considéré dans la vie monastique comme un signe de relâchement spirituel. Le starets riait par compassion. Mais l’humour fait également partie de l’enseignement des grands starets : Dans la vie de saint Ambroise d’Optimo, nous voyons le Starets inviter un moine en hiver qui par vanité se disait malade pour ne pas venir, avec les autres moines, écouter l’enseignement du saint, à se faire porter par des moines plus jeunes dans la neige « pour lui éviter de se refroidir les pieds ».  Et les moines au milieu du chemin, sur la consigne du Starets, le laissent tomber dans la neige. Il y eut ce soir là plus d’un sourire…
    3) La Divine Liturgie est célébrée chaque matin dans les monastères. A Sihastria lorsque j’y étais en été 1973 l’Orthros (Matines) était célébré le soir.
    4) I Thim. V, 19
    5) Jean de Dalayatha « Homélie» XII bis H. 20 Col. 1  In « L’enseignement spirituel de Jean de Dalayatha » par Robert Beulay. P.177 Éd. Beauchesne. Paris.1990
    6)  in «  La collection des lettres de Jean de Dalyatha » par Robert Beuley. Patrologia Orientalis T. XXXIX Fasc. 3 N° 180  Lettre 36 P.401-403 Vers. 2  Éd BREPOLS Belgique 1978
    7) Ibidem
    8) Il ya ici un véritable décalage entre  la Tradition hésychaste  de l’adoration du Christ intérieur  telle que relatée ici, et celle de  la Tradition de l’Église Catholique d’adorer le Saint Sacrement présent dans l’hostie consacrée  placée dans un ostensoir.
    9) Jean de Dalyatha Ibidem Lettre 15 Vers 8 P. 351
    10)Ibidem  Lettre 36 P. 401-403 Vers. 5
    11) Ibidem
    12) Orthros  (ορθρος) : Matines, office qui se célèbre généralement tôt le matin, mais qui dans certains monastères est célébré de soir avant le coucher.
    13) Ps CXLVIII(48) , 9
    14)  Ps CXLVIII(48) , 3 et 4
    15) Ps CL (50) 5
    16)Parousie en grec παρουσια, mot de la théologie orthodoxe qui signifie à la fois la seconde venue du Christ et la re-génération de la nature déchue en nature (ουσια) incorruptible et transfigurée, paradisiaque.
    17) Je recommande la lecture d’un ouvrage sur ce grand starets : « Le Père Cléopas » par le Père Ioannicié Balan Éd. L’âge d’homme. Paris 2003. 
    18)Voir note précédente sur le « nous », en grec νους .
    19)  Hérésie anthropologique condamnée dans l’Église Orthodoxe lors du Concile d’Athènes du 18 décembre 1878 qui en excommunia l’auteur (Apostolos Makrakis) qui reprenait une thèse ancienne. Le trichotomisme remplace dans la Triade de l’Épitre de Paul aux Thessaloniciens V, 23  « Esprit, âme et Corps »  l’Esprit Saint par un esprit créé superposé à l’âme et au corps, sorte d’esprit intermédiaire entre Dieu et l’homme.   Saint Irénée,  Saint Jérôme et St Grégoire Palamas nous disent avec une multitude d’autres Pères qu’il est question dans  cette triade de « l’hypostase de l’homme spirituel qui est composée de l’Esprit Saint, de l’âme et du Corps ». Des le baptême, l’homme est celui dont parle Paul revêtu de la grâce de l’Esprit Saint, de son  âme et de son corps.
    20)  Archonte : dignité assortie d’un  office  dans l’Empire Byzantin attribuée dans le patriarcat de Constantinople dans la cathédrale Aghia Sophia à des clercs, souvent diacres, mais dont l’autorité étaient très au-dessus de celles des prêtres. Ce sont eux qui gèrent les finances du patriarcat, d’autres sont les agents de liaison entre l’empereur et le patriarche.  
    21) Le Saint Synode de Roumanie condamna la doctrine de l’évêque en question à la suite d’un appel écrit de l’Auteur fondé sur l’étude des Pères de l’Église inspirée par le Père Cléopas, en 1976.
    22)  Monseigneur Antoine Plamadéala (1926- 2005), qui fut ensuite métropolite de Transylvanie était un ancien moine de Sihastria et un disciple du Strarets Cléopas. Lui-même m’a raconté des événements dont il avait été le témoin au monastère, de la vie du Starest, et  qui n’ont été publié que des dizaines d’années plus tard après son trépas. Il avait une admiration égale pour le Père Pétronios qui devint le Supérieur de la skite roumaine « Prodromul » du mont Athos.
    23) Dans l’Église Roumaine l’appellation de « Starets » que nous employons ici à la russe pour désigner un Père Spirituel est utilisée dans l’Église Orthodoxe Roumaine pour l’higoumène (abbé) du Monastère.
    24) 1975,  1976, 1977 et ma dernière entrevue avec lui en 1978 pour une journée seulement.
    25)  C’est-à-dire  l’Eucharistie.
    26) Batos , βατος en grec : buisson, nom se référent au Buisson Ardent du Mont Sinaï.  Hésychius (VII ème siècle)  a été higoumène du monastère de Sainte Catherine du Mont Sinaï construit selon  la Tradition à proximité du lieu de l’apparition du Buisson Ardent à Moïse auquel il doit son nom de « monastère du Buisson »  (Batos).   
    27) Il devint le disciple le plus fervent de saint Séraphim de Sarov et le protecteur des moniales du Moulin chères au cœur du Starets,  après cette révélation qui suivait sa guérison miraculeuse d’une paralysie.
    28) Nous pensons que le Starets avait discerné que je publierai un jour son enseignement si unique sur la prière Eucharistique du Nom de Jésus.
    29) Nous devons à l’histoire de l’Église une triste réalité : c’est le même Serge Nilus qui publia le faux historique antisémite « Le protocole des sages de Sions » !
    30) Grec :  Gérontos : Γεροντος.
    31) In « Barsnauphe et Jean de Gaza. Correspondance »  N° 446 P. 302. Éd. Solesmes 1972
    32) Paroles reçues en  juillet- août  1973.
    33) Grec :  Pneumatikos : πνευματικος de πνευμα esprit
    34) De très nombreux prêtres roumains se plaignaient de cette tradition en me disant, que les pénitences infligées par les hiéromoines étaient inapplicables dans une vie séculière, et que bien souvent les croyants venaient ensuite voir leur prêtre de paroisse pour faire diminuer la pénitence. Le fait également qu’il n’est ni bon ni juste d’avoir deux pères spirituels, qui donnent forcément des conseils différents et parfois opposés. Ces prêtres me disaient : «  Deux médecins risquent de donner à la même personne des médicaments qui pris séparément sont bons, mais mélangés ensemble peuvent devenir mortels ».  Mais le fond de la question n’était pas abordé correctement par ces prêtres, par ailleurs remarquables, et dont les enseignements sur la vie spirituelle quotidienne étaient justes,  car aucun de ceux qui m’ont parlé ainsi ne pratiquait la prière du Nom de Jésus. Les prêtres séculiers, avec lesquels j’ai communiqué,  pratiquant la prière du Nom de Jésus, favorisaient pour leurs ouailles, au contraire, les séjours conséquents dans un monastère avec une vérification sur la prière de Jésus par un père spirituel.
    35) Rm X, 13
    36)   II Th. I, 12
    37)II Co. XII, 7-9

  • Răspuns pentru un tânăr ortodox, în privinta gândurilor rele

     

    Ancien du Mont Athos.jpg

    Răspuns pentru un tânăr ortodox, în privinta gândurilor rele

     Nous remercions notre amie et sœur en Christ Madame Mihaela  Mihaila pour sa traduction en langue roumaine.

    Părinte,

     

    Cum putem fi tari în credintă si cum putem să-l „percepem” pe Dumnezeu în timpul rugăciunii? Pentru că am fost victima unor gânduri rele, care încercau să mă îndepărteze de Dumnezeu. De atunci, am impresia că mi-am pierdut, într-un fel, perceptia lui Dumnezeu în timpul rugăciunii.

     

    Vă multumesc mult pentru răspuns.

     

    Dragă Teofil, iartă-mă că nu ti-am răspuns mai devreme, dar, citind pagina mea de pe Facebook, probabil ai aflat că mama mea tocmai a adormit întru Domnul luna aceasta, la vârsta de 104 de ani si acest fapt a constituit elementul central al vietii mele în ultima vreme.

     

    Fiecare dintre noi, indiferent în ce situatie ne aflăm, suntem chemati să-I slujim Domnului în Biserica Lui – sau, folosind un termen vechi, în acea „ecclesia”, adunarea celor botezati, care constituie Trupul Lui. Satana face tot posibilul să se împotrivească fiecărui suflet care încearcă din toată inima să-L urmeze pe Hristos, în această chemare pe care Domnul i-a hărăzit-o încă înainte de zidirea lumii. A ne îndepărta de Dumnezeu nu înseamnă numai a nu ne mai gândi la El; înseamnă să nu-l mai asezi pe Dumnezeu ca pe „primul slujit”, după cum spunea atât de bine Ioana d’Arc; înseamnă, de asemenea, să nu-I cerem, în rugăciunile noastre, să se facă voia Lui,  astfel încât să Îl urmăm, în această viată. Nu toate vietile oamenilor sunt neapărat închinate vietii monahale sau preotesti. Aceste lucruri sunt vocatii specifice. Însă Biserica nu este formată numai din preoti si călugări. Un muzician de mare talent, care-si asează arta în fata Domnului, îsi împlineste vocatia în fata lui Hristos. Un inginer care construieste un proiect si face acest lucru întru Hristos, îsi împlineste vocatia în fata Lui. Separarea fată de această lume are loc în interior, nu în exterior. Vamesul, care avea o activitate în lume, prin smerenia si prin rugăciunea lui, avea, în taină, duhul în afara lumii. Sfânta Singlitichia spunea că „există oameni care au trăit în pustie si care s-au pierdut pentru că, prin gândurile lor, vietuiau în lume si oameni care trăiau în lume dar care s-au mântuit, pentru că, prin gândurile lor, vietuiau în pustie”.

     

    Se consideră adesea că aceste gânduri impure sunt numai si numai de ordin sexual. Pentru credinciosii ferventi, aceste gânduri sunt identificate imediat si pot constitui un izvor de smerenie: „Doamne, vezi că sunt doar o fiintă din carne, atât de putin duhovnicesc. Cum pot să mă înfătisez înaintea Ta, cu asemenea gânduri? Dă-mi, Doamne, lacrimile care curătă sufletul de toate întinăciunea”. Însă ranchiuna, invidia, tinerea de minte a vreunui rău care ni s-a făcut sunt gânduri de care trebuie să ne temem mult mai mult, căci ele sunt cele care ne despart cu adevărat de Dumnezeu, care ne-a poruncit să ne iubim vrăjmasii si să ne rugăm pentru ei. Pacea pe care ne-o făgăduieste Dumnezeu în ultimul cuvânt al Patimii Sale – „Pace las vouă, pacea Mea o dau vouă, nu precum dă lumea vă dau Eu” – acea pace a sufletului si a gândurilor nu începe să-si facă sălas în suflet decât după iertarea nemărginită a rănilor pe care ni le-au făcut dusmanii nostri si după ce simtim o dragoste nemărginită pentru ei, prin rugăciune fierbinte; numai după stergerea deplină a tuturor datoriilor fratelui nostru - „si ne iartă nouă greselile noastre, precum si noi iertăm gresitilor nostri”, după cum spunem în fiecare zi în rugăciunea „Tatăl nostru” – altfel, nu ne vom găsi tihna sufletului. Lupta cu gândurile începe si se termină cu iertarea aproapelui nostru. În rest, totul nu e decât amăgire. Să ne aducem aminte că, atunci când privim Crucea lui Hristos, atunci când ne rugăm, El pe noi ne poartă în trupul Lui rănit, străpuns si încoronat cu spini – pentru noi a murit si pentru toti apropiatii nostri, inclusiv pentru cel care ne prigoneste si care este, poate, un nou Sfânt Pavel, care ieri îl ucidea pe Stefan cu pietre, iar mâine va fi apostol.

     

    Dialog despre lupta împotriva gândurilor rele. Partea a II-a: îndoiala

     

    Vă multumesc mult pentru răspuns. Si-atunci, concret, ce mă sfătuiti să fac? Există, de altfel, si gânduri care ne atacă, încercând foarte perfid să ne îndepărteze de Dumnezeu si să ne facă să ne îndoim de El si de puterea Lui. Ce-i de făcut în acest caz?

    Vă multumesc din nou.

     

    Dragă Teofil,

    Lupta împotriva gândurilor este cea mai grea luptă, care durează cel mai mult; de fapt, ea nu se încheie niciodată. Un părinte al pustiei spunea că atunci când cineva începe să se roage, vrăjmasul începe să ducă un război necrutător cu el, prin gândurile de tot felul cu care-i năpădeste mintea. De pildă, gânduri legate de treburi grabnice pe care am uitat să le facem. Într-un astfel de caz, apare un gând care ne spune: „fă întâi cutare si cutare si după aceea o să fii mai linistit când te-asezi la rugăciune”. Si, bineînteles, dacă cedăm acestui gând, duhul rugăciunii este nimicit si nu mai putem să ne rugăm, odată ce am cedat.

    Când încep să mă rog”, spunea un părinte, „diavolul îmi pune în fată tot ce trebuie să fac: făgăduinte date fratilor, sarcini de care nu te poti lipsi în mănăstire si de care am uitat... eu, care, de obicei, am o tinere de minte slabă, în momentul rugăciunii îmi amintesc de toate, întocmai. Desigur, atunci când gândul îmi spune: «ridică-te si pune-ti lista asta pe hârtie!», stiu că dacă as face asa, duhul rugăciunii care a venit să mă cerceteze ar dispărea numaidecât. Atunci când duhul rugăciunii te caută, uită lumea – iar lumea, cu toate ale ei, o să te uite si ea”.

    Noi suntem suspiciosi fată de gândurile necurate, însă pentru un călugăr, nici nu există gânduri pure. Orice gând, chiar si aparent neutru, este un mijloc prin care suntem distrasi de la rugăciune si de la linistea care însoteste rugăciunea – asadar, gândul cu pricina nu este curat.

    Mă întrebi despre „gândurile care încearcă cu perfidie să ne îndepărteze de Dumnezeu si să ne facă să ne îndoim de El”.

    Credinta înseamnă convingere? A crede sau nu este adesea rezultatul unui proces intelectual si rational prin care omul ajunge la convingerea că Dumnezeu există sau nu există. Fără îndoială, am să te sochez spunându-ti că pentru mine, a spune: „Nu cred în Dumnezeu” are, în acest caz, aceeasi valoare ca si a spune: „Cred în Dumnezeu”. „Orice gând” – ne spune Sfântul Grigorie Palama – „poate fi”, în acest sens, „respins de un alt gând”. Credinta religioasă, spre deosebire de convingerea pur omenească, este un dar al Duhului Sfânt, care se cultivă si creste, la fel ca talantii din parabolă, prin rugăciune – care este o întâlnire în Duhul Sfânt - autorul oricărei rugăciuni, după cum ne învată Sfintii Părinti. „Dacă I te rogi lui Dumnezeu, dacă Îi dai laudă lui Dumnezeu, nu de la tine Îl lauzi pe Dumnezeu, ci de la Dumnezeu Îl lauzi pe Dumnezeu”, învăta genial Evagrie Ponticul. Mai aproape de timpurile noastre, Sfântul Serafim de Sarov ne vorbeste de nevoia dobândirii Duhului Sfânt. Fără ajutorul Duhului Sfânt, nu ne putem ruga si, deci, nu suntem uniti cu Hristos. În cea de-a saptea rugăciune a Utreniei, care se spune, din păcate, pentru poporul care nu o cunoaste, cu voce joasă, se zice asa: „Căci nu stim cum să ne rugăm Tie, dacă Tu Însuti, Doamne, nu ne îndrumi prin Duhul Tău Sfânt”. Fără ajutorul Duhului Sfânt, alături de buna noastră vointă, dorinta noastră de a ne ruga - nu ar exista rugăciune. Rugăciunea este o unire cu Dumnezeu, pentru a fi si mai uniti cu El.

    Si aici ajung în miezul subiectului nostru. Diavolul, de care-mi spui, nu are acces în intimitatea sufletului nostru, atunci când acesta este unit cu Hristos în Duhul Sfânt – si mai ales atunci când sufletul îl întâlneste pe Dumnezeu prin vederea harică a păcatelor proprii si prin vărsarea lacrimilor asemenea păcătoasei si văitându-se asemenea vamesului. „Cel care îsi vede propriile păcate este mai mare decât cel care înviază mortii cu rugăciunea”, ne învată Sf. Isaac Sirul. Nimic nu apropie sufletul mai mult de Dumnezeu decât constientizarea bolii de care suferă; nimic altceva nu ne apropie mai mult de El, care a spus: „N-am venit pentru cei drepti, ci pentru cei păcătosi”. În acele momente metanoice de rugăciune se întâlneste sufletul nostru cu Hristos, în vederea întinăciunilor noastre, în vederea noastră ca praf si cenusă - ceea ce si este, de fapt. Dar din acest praf, printr-un act de milostivire dumnezeiască, Hristos ne remodelează după chipul si asemănarea Lui, printr-o nouă nastere din Duh, după cum spun si în lucrarea mea, „La Voie du silence” („Calea tăcerii”). Aceste întâlniri repetate pe care le avem prin rugăciune, în rugăciune, cu Hristos, întru Duhul Sfânt, în care „se sfintesc desăvârsit întregul nostru duh, si sufletul, si trupul” (Tes. V, 23) – căci „ipostasul omului înduhovnicit e format din Duhul lui Dumnezeu, suflet si trup”, ne învată, alături de toti Sfintii Părinti, Sfântul Grigorie Palama – ne lasă în întreaga noastră fiintă – repet: „Duh, suflet, trup” – o amprentă de nesters: amprenta Hristosului Celui Înviat, care ne învie sufletul din moartea lumii. Din prezenta lui Hristos în noi – prezentă întărită prin împărtăsirea euharistică pe deplin constientă, în care, asa cum m-au învătat acum patruzeci de ani, la mănăstirea Sihăstria, părintele Cleopa si părintele Petroniu – Îi invocăm, cu inima arzătoare, prezenta, prezenta Hristosului Euharistic în noi, soptindu-I: „Iisuse, Iisuse, dulcele meu Iisus”. Din prezenta Lui Euharistică, pe care o constientizăm înăuntrul nostru, ne va veni convingerea că El este viu. Si atunci nu mai e vorba de convingere, ci de credintă, întemeiată pe experierea, în inima noastră, a Hristosului Înviat, a credintei noastre, clădită pe Piatra Hristosului Euharistic.

     

     +Mitropolit Michel Laroche

     

    Vă invit să cititi, tot pe acest blog, despre învătătura referitoare la „Hristosul Euharistic”, pe care am relatat-o pe baza convorbirilor pe care le-am avut la mănăstirea Sihăstria cu cei doi mari părinti duhovnici de acolo (publicată pe 12 martie 2010 si intitulată „Dialog despre învătătura rugăciunii euharistice a Numelui lui Iisus, cu părintele Cleopa de la Sihăstria”).

     

  • Réponse à Un jeune Orthodoxe sur les "Mauvaises pensées"

     

     

    Monseigneur,

     

     

     

    Comment être bien ferme dans sa foi et bien "percevoir" Dieu lors de la prière ?

     

     

     

    Parce que j'ai été victimes de mauvaises pensées dont le but était de tenter de me détourner de Dieu. Depuis, j'ai l'impression que j'ai un peu perdu la perception de Dieu lors de la prière.

     

     

     

    Merci beaucoup de votre réponse.

     

     

     

     

    Cher Théophile, pardonnez moi d'avoir tardé à vous répondre mais vous devez peut-être savoir en regardant ma page FaceBook que ma mère agée de 104 ans c'est endormie dans le Seigneur ce mois de janvier et que cela m' a beaucoup occupé.

     

    Chacun de nous, chaque hypostase est appelée par le Seigneur à le servir dans son Église: ecclésia, l'assemblée des baptisés qui constitue le Corps du Christ. Satan s'efforce de contrecarrer chaque âme qui cherche de tout son cœur à suivre le Christ dans la vocation que le Seigneur lui a assigné depuis avant  la fondation du monde. Se détourner du Seigneur ne consiste  pas uniquement à ne plus penser à Dieu; c'est à ne pas placer Dieu comme "premier servi" selon la parole si juste  de jeanne d'Arc; c'est aussi de ne pas lui demander dans nos prières qu'elle est Sa volonté pour le suivre dans cette vie? Toutes les vies ne sont pas nécessairement un engagement dans la vie monastique ou sacerdotale. Cela constituent des vocations particulières; mais l'Église n'est pas constituée uniquement de prêtres et de moines. Un musicien au grand talent qui place son art devant le Seigneur accomplie sa vocation devant le Christ. Un ingénieur qui édifie un ouvrage et qui le fait devant  le Christ accomplit sa vocation devant Lui. La séparation avec ce Monde est intérieur et non pas extérieur. Le publicain qui avait une activité dans le monde par son humilité et sa prière avait en secret  son esprit hors du monde. Sainte Syclétique disait "qu'il y avait des personnes qui vivant au désert mais qui par leur pensées étaient dans le monde, se sont perdu; et qu'il y avait des personnes qui étant dans le monde se sont sauvées parce que par leur pensées elles étaient au désert." On pense souvent que les pensées impures sont uniquement celle d'ordre sexuelle. Pour des croyants fervents ces pensées sont  immédiatement identifiées et peuvent être source d'humilité:" Seigneur vois comme je suis un être de chair, si peu spirituel. comment puis-je me présenter devant Toi avec de telles pensées. Accordes-moi les larmes qui purifient l'âme de ses impuretés." Alors que la rancune, la jalousie, le non pardon d'une méchanceté qui nous a été faite sont des pensées bien plus redoutables et qui elles séparent véritablement du Seigneur qui nous a commandé d'aimer nos ennemis et de prier pour eux. La paix que nous promet le Seigneur dans son dernier discours de Sa Passion, "je vous donne ma paix non comme le monde la donne mais comme moi je vous la donne", Cette paix de l'âme et des pensées, ne commence à habiter une âme qu'après le pardon illimité  des blessures que nous ont infligé nos ennemis, et l'amour illimité pour eux avec une prière fervente; sans la remise complète de la dette de notre frère" Remet nous nos dettes comme nous remettons à nos débiteurs" que nous disons chaque jours dans  la prière du "Notre Père" il n'y a pas de paix de l'âme.Le combat des pensées commence et fint par le pardon à notre prochain. Tout le reste n'est qu'illusion. Souvenons-nous que lorsque nous regardons en le priant sur la Croix le Christ, il a dans sa chair blessée transpercées couronnée d'épines nous-même pour qui le Christ est mort, et tous nos prochains y compris notre persécuteur qui est peut être un nouveau saint Paul, hier assassin qui lapide Stéphane et aujourd'hui apôtre.

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    Avec amour en Christ +Métropolite Michel Laroche

  • Dialogue avec une Jeune Fille aimant le Christ

     

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    -Monseigneur je vous demande des prieres pour moi puisque je veux vivre dans le silence spirituel, pour ecouter a Dieu , Pere amoureux. je prie avec vous pour votres inte

     

     

    - Chère soeur en Christ, je suis très ému par votre mot . Il nous est donné à tous la possibilité de découvrir que notre âme est la fiancé promise de l'Époux: le Christ . le Père organise les Noces, comme dans la parabole, mais ce sont les Noces de Jésus, que nous invoquons de tout notre coeur afin que le coeur absorbe Jésus que Jésus absorbe notre coeur et que les deux deviennent un comme l'enseignent les Pères. Lorsque vous recevez le Christ Eucharistique dans la communion , Il est dans votre coeur. Vous pouvez murmurez son Saint et Divin Nom, dans cette union incomparable:Jésus, Jésus, Jésus. C'est ainsi que votre coeur devient l'Autel d'une nouvelle liturgie.  Comme  vous pouvez le contempler sur l'Icône de la Vierge du Signe, c'est le Christ Eucharistique qui est présent dans le Coeur de la Théotokos ( Mère de Dieu) comme il est présent dans le cœur de tous ceux qui le reçoivent dans Son Corps et dans Son sang et murmurent amoureusement son nom divino-humain, Avec amour en Christ +Métropolite Michel

     

  • Seconde Naissance ( suite)

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    Chers Frères et Sœurs dans le Christ des problèmes d'ordinateur ont depuis un mois considérablement retardé la parution  sur ce blog des chapitres de "Secondes Naissance". D'autre part la publication de mon nouvel ouvrages aux éditions Albin Michel " La voie du silence dans la tradition des Pères du désert" a occupé une grande partie de mon temps. Le fait est que de recopier un ouvrage prend plus de temps parfois que la rédaction d'un article ou d'un livre. Je vous prie donc de me pardonner ce retard, et je vous promet un chapitre chaque mois et non les deux initialement envisagés. Bonne lecture.

    +Métropolite Michel Laroche

     

    Chapitre 5 : Réflexions sur l’angoisse dans la vie professionnelles

    Deuxième partie : L’angoisse du jugement de l’esprit du monde.

    Il est certain que des milieux particuliers qui vivent davantage selon les valeurs du monde, dans le superficiel et l‘éphémère, avec un culte de l’homme poussé parfois à de extrêmes de subtilité, d’intelligence et même de beauté, mais dont Dieu est le grand absent, rejetteront comme les remettant tout particulièrement en cause ceux, qui tout en fréquentant ces sociétés, témoignent, par leur existence et leur mode de vie, d’une distance très grande et ne tous cas d’une non-adhésion à celle-ci.

    Une angoisse se situe ici. Certaines personnes côtoient professionnellement de tels milieux mais marquent bien, même discrètement qu’elles n’y adhèrent pas. Cette société, même si elle comporte des éléments agréables et contient des richesses incontestables sur le plan humain, dans son ensemble cherchera à rejeter l’élément étranger qui a osé s’y introduire en parasite. Ce rejet se fera sous la forme du jugement. Le jugement c’est de poids que l’on ressent physiquement comme des griffes sur la nuque, comme une couverture de plomb qui, de la tête au bas du dos, frappe durement l’être.

    Ce jugement angoisse le chrétien. Car en réalité, cet homme voudrait être accepté, voudrait, sans autre compromission, être reçu par ce milieu. Une des sources de l’angoisse qui accable l’insertion du chrétien dans la société des hommes, n’est pas simplement le rejet de celle-ci à son endroit ; elle réside aussi dans son adhésion personnelle à des valeurs que par ailleurs il sait ne pas être les siennes.

    C’est pourquoi les Saints Pères de l’Église ont toujours dit que le monde n se vainc pas à l’extérieur de sois, mais à l’intérieur. L’assumation du monde, c’est cela : voir que dans l’âme, il y a des traces du monde, que l’homme ; quelque part, voudrait pouvoir impunément fréquenter le monde sans en être atteint et aussi sans être repéré dans son identité de chrétien. Mais le monde mène la vie dure à ceux qui veulent suivre le Christ. Et c’est une alternance de séduction : « Lâche donc un peu de ce que tu es pour devenir comme nous, et nous ne te poserons plus aucune problème, car tu seras des nôtres. » Et puis : «  nous ne te ressemblons pas car tu n’es pas des nôtres, tu n’as rein à faire ici, va-t’en » Et pourtant le chrétien doit assumer ces contradictions en lui, car il doit demeurer là où il est, sans pour autant être ce qu’il n’est plus.

    C’est cela adorer le veau d’or, c’est refuser cette contradiction à laquelle avait voulu échapper le peuple élu. Peuple de Dieu, il l’était, mais il voulait pactiser avec le monde en adorant le veau d’or.

     

    Ainsi le chrétien, placé dans cette situation, « ressent » qu’il est un étranger, ou pis encore qu’il est d’une autre race, objet alors du racisme des autres. Il se sent rejeté, jugé, parce qu’il n’a pas les mêmes règles, ne se plie pas à la même morale, ne respire pas selon les mêmes valeurs que la société dans laquelle, cependant il circule et agit

    L’angoisse qui l’étreint, que nous avons vue plus haut, ne vient pas seulement de ce rejet, cela serait trop simple et manichéen. L’homme spirituel discerne qu’il a en lui des éléments qui pactisent avec le monde et le plongent dans une sorte de culpabilité morbide.

    « Après tout, en me mettant en dehors des normes, c’est moi qui suis le fautif. » « Peut-être y a-t-il eux façons d’agir, une dans la société et l’autre dans ma vie personnelle et spirituelle ? » « D’ailleurs, il est impossible d’appliquer dans le monde les dogmes de la vie spirituelle, je suis dans l’utopie et l’illusion, et il n’y a aucune chance que dans ce chemin je m’adapte aux règles sages de la société… »

    Ce type de réflexions est très fréquent et jette l’homme dans le désarroi. L’angoisse ce n’est plus seulement le refus des autres, c’est le refus de soi-même par soi-même. Il hésite et, après tout, « Si tout cela n’était qu’illusion et folie… »

    Une seconde culpabilité provient par rapport à l’ « agir » des autres. En effet tous ceux avec lesquels on travaille se donnent comme plus sérieux plus engagés, en apparence du moins, que le chrétien dans son activité professionnelle. En effet, dans le milieu des cadres tout au moins, mais pas seulement, ils n’hésitent pas à mettre au premier plan, parfois même avant leur faille, leurs responsabilités par rapport à la société qui les paie et les fait vivre. C’est par rapport à ce sens des valeurs renversé qu’une seconde angoisse liée à une culpabilité profonde peut atteindre le chrétien. C’est bien l’angoisse par rapport à l’institution, qui engendre un sentiment de dépendance d’autant plus marqué que les responsabilités sont plus grande. L’angoisse, c’est toute cette résistance qu’oppose notre âme à cette séduction, car c’est bien de séduction dont il s’agit.

    Quelles sont ces lois liées à la sagesse du monde ? Que le travail est la véritable religion de l’homme : l’homme ne peut vivre sans travailler et s’il travaille durement, il peut espérer justifier son existence par des acquis matériels. En d’autres termes, l’homme doit à la société qui le paie un travail qui, dès lors a plus de valeur, plus de poids, que toute ses autres responsabilités ; parce que la société paie, elle enchaîne.

    Personne bien sûr n’adhère à ce que je viens d’écrire aussi brutalement. Cependant, dans la pratique, tout se passe exactement comme cela. Quel chef de service, quel directeur, hésitera à sacrifier un tant soit peu sa vie familiale à ses responsabilités professionnelles sans prendre le recul nécessaire ? Le chrétien, lui, a le recul de sa foi, de sa prière et de sa spiritualité. Peut-être assumera-t-il matériellement, dans les faits, des actes semblables à ceux qui ne prennent pas de recul. Mais au moins, il placera comme étant plus important sa responsabilité spirituelle, son engagement spirituel, et l’équilibre de sa vie familiale.

    L’angoisse c’est bien toute l’oppression qui vient de l’institution, qui pèse de toutes ses forces sur ceux qu’elle emploie ; d’autant plus qu’individuellement les hommes qui la compose ne sont pas comme l‘institution qui les rassemble. ( Ces pages ont été écrite plus de vingt ans avant que l’on parle des suicides à « France Télécom » et dans d’autres multinationales. Métropolite Michel Laroche) Comment très concrètement , ne pas tomber dans les pièges et s’intégrer à la société sans pactiser avec les principes pervers qu’elle porte en elle ?

    La technique spirituelle qui permet d’assumer le problème dont nous parlons a été largement évoqué dans un précédent ouvrage ( Sur la Terre comme au Ciel- la vie spirituelle au quotidien. Éd. Nouvelle Cité). Nous devons cependant l’évoquer ici. C’est dans notre regard que nous pouvons transformer l’homme. L’homme dans la société doit apprendre à regarder les personnes qu’il côtoie avec le regard de Dieu sur chacune d’elle. Il doit s’efforcer de placer le Christ au centre de toute relation humaine, de toutes ses relations humaines. En d’autres termes ; le chrétien doit spiritualiser son contact avec les autres en introduisant la reconnaissance de cet autre dans sa vérité personnelle, l’aidant à se découvrir lui-même et - s’il est possible - à se réaliser. En effet, la société est un immense lieu où tout est possible, le meilleur comme le pire ; le chrétien, lui, cherchera le meilleur, c’est-à-dire comment stimuler ce qu’il a de positif, de créatif, de novateur dans ceux qu’il côtoie ; c’est donc dans la relation personnelle, à chaque fois individualisée, que le chrétien rayonnera de l’autre lumière.

    L’engagement spirituel est dans la relation à autrui où s’applique le commandement du Seigneur : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toute ta force, et ton prochain comme toi-même. »

    Aimer son prochain comme soi-même a son implication dans le terrain concret de la vie professionnelle. C’est dans cette relation d’ agapé c’est-à-dire d’amour divin, que se trouveront les solutions les plus concrètes, créatrices et novatrices, aux problèmes les plus matérielles de la société. Le paradoxe est que l’homme spirituelqui assume le monde en étant crucifié au monde, transfigure la société dans laquelle il circule et travaille, apporte le recul, par un autre regard, une imagination et une créativité plus grande dans son travail vécu !

    Toutes ces réflexions ne sont pas le fruit de la méditaion solitaire d’un théologien orthodoxe, elles sont fondées sur une expérience pastorale, en particulier sur des conversations au sujet de la vie professionnelles de chacun de ceux qu’il m’est donné de côtoyer depuis presque vingt ans dans ma vie de prêtre (ce livre a été publié en 1986 et à l’époque j’étais le recteur d’une paroisse située à Saint Ouen en Seine Saint Denis).Mais il fallait parler de l’angoisse et de ce paradoxe étonnant que d’un côté il y a comme l’Égregore d’une société qui parrait rejeter le chrétien engagé ; l’Égregore se manifeste également dans la foule qui peut même dans certains excès, nous le constatons devenir homicide, mais lorsque l’on détache chacun des éléments qui sont des hommes, en s’adressant à eux personnellement, alors on peut trouver le Christ dans chacun d’eux. C’est cet autre côté que le chrétien doit explorer.

    C’est pourquoi, je le rappelle ici, le christianisme n’a jamais prétendu venir transformer la société, la détruisant pour en reconstruire une soi-disant meilleure. Le christianisme prône le changement individuel et personnel de l’homme. Le chrétien dans la société, par sa propre angoisse, remportant en lui-même une victoire contre le monde, assume l’homme et entre en contact ou plutôt en communication privilégiée avec chaque homme, y découvrant le Christ. C’est par ce seul moyen, de chercher dans l’autre ce qu’il y a de meilleurs et de plus véridique, que le chrétien, peut-être, et sans que cela soit son but, transfigure la société.

  • Chapitre 5 : Réflexions sur l’angoisse dans la vie professionnelles

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    Première partie : Vous ne pouvez servir deux maîtres à la fois

    Il y a une forme d’angoisse qui s’exprime particulièrement dans ce que j’appellerais « le rapport au monde », c’est-à-dire la confrontation permanente et incontournable c du chrétien avec les valeurs de ce monde.
    Le monde, c’est dans l’Évangile, Satan se présentant devant le Seigneur et lui disant en lui montrant tous les royaumes du monde : « De tout cela je te ferai don, si tu te prosterne devant moi… » (Mt,IV,9 ;  Lc IV, 6-7). Le Christ nomme Satan « prince de ce monde » car il est le grand truquer, le serpent antique, le falsificateur, celui qui inspire la sagesse de ce monde et des solutions athées, c’est-à-dire d sans Dieu, pour résoudre les problèmes de notre société.
    La sagesse de ce monde a été polluée dès la chute adamique, et Satan y a accès. Si ce langage paraît désuet à tous ceux qui ne considèrent l’Écriture sainte que comme une légende, le véritable chrétien ne nie pas l’existence du démon. Pour cette raison les moines du désert allient dans des lieux désolés  pour y combattre l’adversaire.
    Mais plus prosaïquement, le monde, c’est toute notre société humaine qui n’est pas réunie autour du Christ, mais autour d’une idéologie quelle qu’elle soit, ou d’un centre d’intérêt quel qu’il soit et qui n’a pas le Christ comme but, ni comme moyen d’atteindre ce but.
    C’est ici que l’on trouve l’un des paradoxes le plus difficile à comprendre et à assumer du christianisme : le Seigneur n’a, en effet,  jamais commende à un chrétien de fuir physiquement le monde, ni de se soustraire totalement à ses lois. Bien plus l’apôtre Paul rapporte qu’il faut être soumis aux princes et aux chefs de la société telle qu’elle est. Lorsqu’il  dit : « Esclaves, soyez soumis à vos maîtres » il n’exprime pas autre chose. Il n’approuve pas l’esclavage mais ce n’est pas son problème de le supprimer. Le Seigneur Lui-même, lorsqu’on essaye, pour l’embarrasser, de lui demander s’il faut payer le tribut à César, confond ceux qui l’interrogent ainsi en leur disant : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Mais il ajoute ailleurs Nul ne peut servir deux maîtres à la fois, Dieu ou Mamon » c’est-à-dire le monde et les richesse. ( Mt VI, 24)
    Ainsi le chrétien est-il convié par le Christ, non pas à fuir le monde, mais à crucifier le monde en l’assumant ; Le chrétien est crucifié au monde comme le Seigneur est crucifié sur sa Croix. Il assume le monde comme  le Seigneur porta sa croix au sommet du Golgotha. Cette crucifixion est en même temps le ferment de sa mort au monde dans laquelle il connaît alors la résurrection de son âme. La croix manifeste, bien symboliquement, d’une part la verticalité de la transcendance, de cette permanence de l’Esprit dans l’homme, et d’autre part, dans son horizontalité, le plan de ce monde que l’homme doit également assumer.
    L’angoisse est justement le signe de cette contradiction fondamentale et pourtant nécessaire entre la distance que doit prendre le chrétien par rapport au monde (il n’est pas de ce monde) , et l’assumation de celui-ci comme le Christ assume sa Croix. Ce n’est pas donc en s’éloignant du monde que le chrétien peut mourir au monde. Là se situe l’angoisse de l’homme spirituel par rapport à son entrée volontaire dans la société des hommes, quelque soit la forme de cette société ; quelles que soient ses bonnes ou mauvaises intentions.
    Ce que le Seigneur propose à l’homme c’est de faire entrer Dieu dans cette société impure ; Lorsque Dieu deveint homme pour que l’homme devienne Dieu dans le mystère de l’Incarnation, l’apôtre Paul commente ainsi : «  Il s’est fait péché pour nous. » Non point parce qu’il y a eu en lui une trace du péché ; tout au contraire, il n’y a pas dans le Christ la moindre trace de péché. Mais parce qu’Il assume la nature déchue qui elle même est une conséquence du péché ; Il assume une nature corruptible et passible alors que Lui est impassible et incorruptible de par sa nature. Et étant sans tache, il assume le péché du monde qu’Il ne porte pas en lui-même. Et c’est précisément parce qu’il ne le porte pas qu’il peut l’assumer.
    C’est parce qu’il n’y a nulle trace en Lui du péché qu’il est le seul homme à pouvoir, étant Dieu, porter le péché des hommes. Cette réalité possède en elle-même sa propre énergie, devenant alors l’archétype selon l’image et la ressemblance  d’un comportement spirituel qui doit guider et inspirer tous eux qui si suivent le Christ. C’est ce cette manière que le chrétien assume le monde. Dans sa participation à l’Église qui est toujours intègre et vierge, rendu pur par la purification ultime du sacrifice de la Croix, ayant acquis sa résurrection dans la Résurrection du Christ, le Chrétien , même si’l est personnellement un pécheur, est intègre comme membre du Christ, cellule vivante du corps mystique du Seigneur.
    Cet exposé théologique est indispensable pour appréhender l’angoisse qui, si elle est  d’un ordre expérimental, résulte de l’entré inévitable dans toute société humaine du chrétien, conscient  qu’il obéit  à ce commandement du Seigneur : « Qui voudra être mon disciple devra renoncer à soi-même, prendre sa croix chaque jour et me suivre. » Prendre chaque jour sa croix , c’est être crucifié au Monde volontairement.
    En effet, le Christ Lui-même s’est laissé crucifié sur la croix de César, l’instrument de torture romain qui manifeste particulièrement la puissance de ce monde.
    Le chrétien c’est-à-dire celui qui est conscient qu’il suit le Christ va très rapidement découvrir le mystère de cette affirmation du Seigneur lors de sa passion : « Si le monde m’a haï, il vous haïra aussi, sil n’a pas écouté ma parole, il n’écoutera pas la vôtre. » ( Jn, XXV, 20)
    Le monde rejette toujours ce qui ne lui ressemble pas. Le monde a sur ce point bien précis un instinct sûr : il discerne toujours ceux qui lui sont étranger, et qui ne joue pas selon les règles de son jeu démoniaque. Le monde frappe durement ceux qui ne s’engagent pas pleinement dans la loi du pouvoir  de la possession, de l’ambition.
    Mais chaque société humaine est-elle entachée jusque dans ses structures les plus profondes de tous ces maux ? Il faut être nuancé. Dans une société qui est du monde, parce qu’elle n’a pas comme but ni comme moyen le Christ, il y a certes des hommes de bonnes volontés, doués d’altruisme et qui introduisent  dans cette société des valeurs spirituelles et ce consciemment ou inconsciemment. Mais il subsistera  toujours au sein  de cette même société, et jusque dans ses fondements le principe pervers dont il est question.
    Dans sa vie chacun a pu faire cette expérience de rejet dont le racisme est malheureusement l’illustration la plus fréquente.
    Lorsqu’un groupe est formé, chaque élément étranger qui y est introduit est presque toujours rejeté, simplement par sa différence et non forcément par une contradiction interne. Eh bien, ce rejet est encore plus fort et plus grand lorsqu’il s’agit de personnes qui manifestent, même silencieusement, une indépendance par rapport à la société dans la quelle elles sont, et qui sont »sur la terre comme au ciel ».