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Histoire et géopolique de l'Église.

  • Lire d'urgence notre article dans DIPLOMATIE (N° d'août - septembre 2011) intitulé:

    LA PATRIARCAT DE LA DISCORDE: VATICAN - PATRIARCAT DE MOSCOU: AVIS DE TSUNAMI

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  • Éléments de l'histoire de la Roumanie

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    Eléments de l'Histoire de la nation et de l'Eglise Roumaine.

    Il nous faut maintenant aborder l’histoire particulière de la Roumanie, qui, par sa situation géographique va se trouver au centre des cultures Slave, Byzantine et Latine, et en cela constitue un exemple unique en Europe. La Roumanie est née du mélange de sa population autochtone, les  Daces ou les Scythes, avec les légionnaires Romains, des vétérans à qui l’empereur Trajan donnait après la conquête de 105 commémorée sur la célèbre Colonne de Trajan à Rome,  dans cette région, des terres pour s’y retirer et y fonder une famille.  Les habitants du IIIe siècle parlaient le latin vulgaire, et cette langue, comme les nombreux prénoms en usage à Rome «  Trajan », « César », « Aurélien » s’inscrit depuis cette époque, jusqu’à aujourd’hui,  dans le patrimoine de la Roumanie. C’est dans l’histoire un exemple unique, où les différents envahisseurs ultérieurs en particulier les Goths, ont été absorbé dans une culture- ici latine- et ont ensuite manifesté une nouvelle identité : la romanité à partir de cette culture linguistique. En France par exemple, à contrario, il existait une multitude de langues et de dialectes, « Langue d’oc, identité Occitane, langue d’oïl, breton- identité Celte- le Provençal, la langue Germanique parlé en Alsace, le Français parlé dans la haute bourgeoisie et à la cour, et une multitude de patois locaux. Jusqu’à la Renaissance, le latin était la langue de la culture, véhiculée par le clergé. Le roumain, lui ne connaît, pour ainsi dire, pas de dialectes(1) . Il absorbe les différentes cultures provenant des occupants. Le Christianisme s’est imposé avec la conscience qu’avaient les Roumains, comme leur nom l’indique, d’être des Romains. Lorsque l’Empire devient Chrétien, la Roumanie est dans l’Empire comme l’attestent une multitude de pièces de monnaies de cette époque retrouvées dans de très nombreux sites archéologiques.
    L’on voit, successivement, au premier Concile Œuménique (325) un évêque Romano-Schyte nommé Théophile y participer, et ensuite trois évêques de cette région, toujours Romano-Schyte, se  rendre en délégation au deuxième Concile Œuménique de Constantinople (381).  Ce sont Terentius dont nous connaissons le siège : Tomes capitale de la province, et  Ætherius et Sevastinus (2).  La nation Roumaine est déjà présente dans les frontières de ces éparchies(3) . Observons que leurs évêques portent tous des noms latins. Leurs sièges étaient situés vers le bas Danube sur la rive nord de ce fleuve recouvrant les régions connues aujourd’hui sous les vocables de Transylvanie, Bessarabie, et Slavonie. Cet empiétement de nations les unes sur les autres est fréquent, avec les déplacements de populations et de frontières liés aux multiples invasions auxquelles a été, comme tant d’autres, soumise cette nation. Les Schytes du Nord constituaient une race différente de ceux du Sud.  Une multitude de vestiges paléochrétiens datant des premiers siècles attestent de l’ancienneté d’une forte et dynamique présence Chrétienne dans les régions notamment à Tomis à Cluj, à Bintan près de Sibiu, à Alba-Uulia, Vetel, Drbeta, et Romula. L’on sait aujourd’hui que le latin fut la première langue liturgique de cette région en usage jusqu’au Ve siècle (4) . Vers la fin du IVème siècle c’est saint Nicète qui est considéré comme l’apôtre des Daco-Roumain bien que son siège soit situé aujourd’hui dans la ville de Bela-Panka en Serbie, nommée à l’époque Rémésiana,  alors territoire peuplé de Roumains. À la même période l’évêque Théotime de Tomis (Scythie Mineure) soutenait activement saint Jean Chrysostome dans son combat contre le patriarche Théophilos d’Alexandrie qui aboutit à la déposition du patriarche de Constantinople  lors du synode du Chêne (403). Cela prouve qu’à cette époque les éparchies danubiennes étaient encore dans la juridiction du patriarcat de Constantinople.

    Mais avec l’apparition d’un monde slave  qui s’organisait en Église autocéphale, débordant son territoire sur celui des Roumains, le slavon devint pour de nombreux siècles la langue liturgique des Roumains, brièvement remplacé par le grec, lorsque l’Église Bulgare, dominante, fut hellénisée par le patriarcat de Constantinople durant la période Ottomane (5) . L’usage de la langue Roumaine dans la liturgie est une décision due au prince et Premier ministre (6)  Alexandre Cuza.
    Nous attribuons donc, dans l’histoire des racines Chrétiennes de l’Europe, l’incontestable apport Slavo-Byzantin de la Roumanie, par le fait même de l’adoption par cette nation -pourtant Chrétienne depuis le commencement du christianisme-, pour de nombreux siècles, de la liturgie dans le rite Byzantino-Slave. Celle-ci a laissé des vestiges nombreux, tant dans le chant liturgique, que dans les édifices ultérieurs, témoins d’une originalité propre, qui se crée une place à part, qui n’appartient dans ses monuments, ni à la copie pure et simple du modèle Byzantin, ni à la tradition Russe ou Bulgare, comme en témoignent, par exemple, les fresques extérieures des églises monastiques de la Moldavie Roumaine (XVI-XVIIe siècle), unique en Europe, ou l’architecture de certaines Églises qui constituent des créations originales, en particulier, dans sa forme  haute et étroite, très austère en pierre, qui rappelle de l’intérieur,  celle de la coque d’un vaisseau renversé, de l’église monastique de Tismana en Valachie (1378). En revanche, l’église monastique située en Moldavie roumaine de Cetatuia (1665) appartient au style des églises Roumaines qui s’est imposé majoritairement dans le pays, et qui singularise l’architecture propre aux édifices religieux de cette nation. Tous ses bâtiments mentionnés, ici, et que l’Auteur a visités, ont été construits, à l’emplacement de monuments plus anciens, qui reproduisaient une architecture bien établie depuis des siècles pour concourir à un rite liturgique séculaire.
    Au Xe siècle la population roumaine s’est enrichie d’éléments slaves, et elle est connue désormais sous le nom de Valaques. Les deux sièges primatiaux, sans entrer dans les détails historiques qui ne constituent pas, ici, notre sujet, qui englobent cette population de langue latine, sont tour à tour  l’archevêché autocéphale de Justinian-prima fondé par l’empereur Justinien (527-565) qui comprenait toute la Dacie et le patriarcat (Bulgare) d’Ohrida.(7)  Notons qu’avec la fondation par l’empereur Justinien  du fameux siège de la ville métropolitaine de Justianana Prima (535) qui lui voyait soumise  l’importante région d’au-delà du Danube  c’est une église de langue daco-roumaine qui s’organise et elle constituait au sein de l’Empire Byzantin, avec ses frontière diocésaines, l’identité d’un nation dans les frontière d’une Église.  Mais cette première autocéphalie Roumaine ne durera pas et sous le règne de Samuel (980-1014) qu’un patriarcat s’implante, pour un temps assez long à Ohrida- fondé par le tsar Syméon de Bulgarie (893-927),  à partir du IXe siècle. Il aborbera la majorité des teritoires peuplés de Roumains avec leurs éparchies en langues daco-romuaines qui progressivement adopteront le slavon pour de nombreux siècles.  Son premier patriache était Damien. Son histoire nous intéresse car elle est révélatrice de la lutte qui continue dans cette région, entre Rome et Constantinople.  Nous observons dans tous ces faits que les frontières de la nation roumaine sont nées avec celle de ses éparchies, qui étaient le principal vecteur de la conservation de la culture, de la langue, du sentiment national toujours présent quelques fut l’occupant, et de sa foi Chrétienne Byzantine qui en était le ciment.
    Nous avons expliqué les motifs politiques qui inspiraient le Tsar des Bulgares, celui-ci, souhaitant organiser son État selon le modèle Byzantin, ce qui impliquait obligatoirement une Église patriarcale qui ne dépendrait pas d’un autre État, et de surcroît avec lequel, il était régulièrement en guerre. Syméon remportait une victoire militaire éclatante en Thrace  contre l’armée Byzantine en 894, et à nouveau lors de la bataille de Bulgarophygon en 896. Un autre motif, tout aussi important politiquement, qui renforçait sa détermination de disposer d’une Église Nationale,  est que le monarque Bulgare souhaitait être  couronnée comme Basileus, et dans le Typikon Byzantin, seul un patriarche, pouvait conférer le titre impérial à un souverain. Syméon souhaitait que ses successeurs n’aient pas à recourir, comme il le fera lui-même,  pour leur couronnement impérial, au patriarche de Constantinople. Bénéficier de son propre patriarche était dans cette perspective, indispensable. Tous ces faits ne doivent pas, pour autant, dissimuler le fait que  le souverain Bulgare voulait profiter de la minorité du jeune empereur Constantin VII en ignorant l’amiral Romain Lécapéde qui gouvernait alors l’Empire, pour se faire reconnaître empereur de tout l’Empire Byzantin. Sans la fermeté, et les qualités de diplomate du patriarche Nicolas Mystikos (907-925)(8) , il y serait sans doute parvenu. En 913, ses armées plantées devant la capitale Byzantine, il se fait couronné dans le palais impérial par Nicolas Mystikos qui convainc  le Conseil de Régence, d’accepter un compromis pour sauver l’Empire. Il propose donc au souverain Bulgare, le couronnement impérial,  assorti de la promesse d’un mariage de l’empereur Constantin VII avec la fille du nouveau basileus Bulgare.(9)   Cette dernière promesse ne sera jamais tenue, l’impératrice Zoé s’y opposant par la suite fermement. Syméon devient donc dans son esprit co-empereur, mais comme en témoignent les courriers ultérieurs qu’il entretient avec le patriarche Nicolas, celui-ci lui reproche d’ajouter à son titre de Basileus des Bulgares qui lui est reconnu, celui de « et des Romains »(10)  que la cour de Constantinople ne lui concédera jamais. Comme le patriarche Nicolas Mystikos refusait jusque-là, énergiquement d’élever son Église au rang de patriarcat, il s’adressait en 925 avec succès au pape Jean X, qui cette fois-ci, espérant toujours un changement d’alliance, lui octroyait immédiatement ce qu’il demandait : la dignité patriarcale pour son candidat, Damianos. C’est à partir de cette date, que prendront source dans cette nouvelle Église qui englobait un vaste territoire qui comprenait une diversité d’ethnies, outre les Bulgares, des Serbes, des Valaques (Roumains) des Croates, des Albanais et des Byzantins, les futures Églises locales autocéphales du millénaire suivant. La fracture elle-même, qui sera entretenue, comme nous allons le voir, par l’empereur Basile le Bulgaroktonos (11)  se perpétuera, le patriarcat de Constantinople n’acceptera, en effet,  jamais l’existence d’une Église nationale Bulgare indépendante. Tout au long des dix siècles suivants, cette situation provoquera un schisme entre les deux Églises, qui ne s’éteindra qu’avec l’effondrement de l’Empire Ottoman et la renaissance de la Bulgarie comme état souverain au XXe siècle(12) . Dans ce vaste ensemble, la nation Roumaine était née, non pas avec les frontières de son propre état souverain, mais dans les frontières ecclésiastiques de diocèses entièrement Roumain, depuis, au moins,  le troisième siècle, qui s’étaient incorporés dans les Églises autocéphales dominantes de ses conquérants. Les premières frontière de la Roumanie sont bien ses frontières diocésaines ou ecclésiastiques qui recouvraient une profonde réalité, cultuelle, culturelle et linguistique. Le sentiment national de la Roumanie était ancré, pour les siècles à venir, dans son Église Locale. Nous reviendrons dans le dernier chapitre de notre ouvrage sur les origines de l’État Roumain moderne.
    Nous le constatons, il est impossible d’envisager l’existence des différents états sans prendre en compte leurs racines Chrétiennes, qui sont autant géopolitiques que religieuses. À l’inverse, la fondation du patriarcat d’Ohrida, qui répondait à une ambition politique, concrétise la différenciation nécessaire, entre les peuples directement soumis à l’Empire Byzantin, relevant de Constantinople et les nouvelles nations Byzantino-Slaves devenues Chrétiennes, mais aussi, comme avec les Roumains, d’anciennes ethnies déjà chrétiennes, qui marchaient toutes vers leur organisation progressive, à travers le facteur religieux, vers leur installation dans de nouveaux états : Roumanie, Serbie, Slovaquie, Russie, et naturellement la Bulgarie.
    Lorsque l’empereur Basile II réduisait au rang de simple Église Autocéphale, sous le titre « d’Archevêché autocéphale d’Ohrida », le patriarcat Bulgare  après l’écrasement des armées Bulgares et la soumission de ces derniers  à l’Empire Byzantin (1018-1019), celui-ci ne songe pas à faire disparaître une Église distincte de celle de Constantinople. En supprimant le patriarcat Bulgare il détruisait un symbole, mais il avait la sagesse de comprendre, qu’il lui fallait conserver une Église Bulgare disctincte du partriarcat de Constaninople.  Basile, conservait le souvenir des patriarches, puissants politiquement, tels Tarasios, Méthodios,  Photios, et Nicolas Mystikos, qui empiétaient trop, selon lui, sur le pouvoir de l’empereur. Basile II, accordait des privilèges remarquables à l’archevêque Jean d’Ohrida : en réalité l’Église Bulgare  devenait beaucoup plus puissante que du temps de son patriarcat. L’archevêque d’Ohrida était directement nommé par l’empereur, et comme il a été déjà dit, il ne dépendait donc pas du patriarcat de Constantinople, et il figurait sur les listes des sièges épiscopaux de l’Empire dans un rang qui le plaçait, juste après les quatre patriarcats Orientaux et devant tous les autres métropolites. Il était exempté du contrôle fiscal et judiciaire ce qui signifiait qu’il avait lui-même à exercer cette fonction judiciaire, non seulement auprès du clergé, mais sans doute, auprès de tous ceux qui faisaient appel à son tribunal. Tous ces  privilèges étaient confirmés par trois chrysobulles de 1019-1020. De telles dispositions existaient seulement  pour les patriarches. Le génie de cet empereur lui avait fait comprendre qu’il fallait conserver à ce peuple vaincu, une très large autonomie, dans le respect de sa noblesse et de ses institutions. L’empereur Basile II consacrait tous ces faits en plaçant les Valaques (Roumains) par un chrysobulle impérial sous la juridiction de l’archevêché autocéphale d’Ohrid. L’Église d’Ohrida devenait la pièce géopolitique maîtresse de cet édifice. Son territoire s’étendait sur de vastes contrées : du Danube à la Thessalie et de la chaîne de Rila à l’Adriatique (13) .  
    Répétons-le, toutes les souverainetés nationales du futur, avec leurs Églises locales autocéphales, de ce vaste  territoire, ont leur origine dans ce découpage géopolitique du grand empereur, connu dans l’histoire, sous le nom de « tueur de Bulgare » ! Que ce soit l’État Bulgare et son Église, l’État Roumain et son Église, l’État Serbe et son Église, l’État Macédoniens et son Église(14) , c’est dans cette fondation qui échappait au pouvoir du patriarcat de Constantinople, que réside l’histoire des schismes, du  prochain millénaire, mais aussi celle de la conservation de l’identité nationale de chacun de ces peuples lorsque viendront pour eux, après les chaînes de l’occupation Ottomane, le temps de leurs résurrections en  tant qu’États souverains au XIXe et XXe siècles(15) .
    Dans les dernières années du IXe siècle (896) les Magyars, autrement dit les Hongrois,  autre tribu de la souche Ural-Altaïque, apparentée aux Huns, aux Gépides, aux Avares et aux Turcs, franchissent les Carpates, et soumettent le fragile état de Moravie en occupant les vastes plaines du bassin danubien (vieux paradis des Huns) où ils se maintiennent jusqu’à aujourd’hui. La plupart des historiens, pensent que les ancêtres des Roumains, Daces romanisés, se sont maintenus sur ce territoire, notamment en Transylvanie, se réfugiant parfois dans les montagnes lors des invasions, mais revenant ensuite dans les plaines. Les Hongrois affirment qu’ils ont remplacé dès cette époque les premiers habitants (de langues Latines) de cette région, qui n’y sont revenus que tardivement au XIIIe siècle(16) . La présence attestée par de nombreux vestiges archéologiques de monuments paléo-chrétiens, et plus tard Byzantins, dans cette région attestent que celle-ci était occupée depuis le commencement du Christianisme par les Roumains, comme nous l’avons dit plus haut, non pas dans les limites d’un État organisé, mais dans celles d’éparchies parfaitement structurée dans des frontières ecclésiastiques connues. C’est sans doute avec cette dernière réalité que certains historiens Hongrois ont transformé, pour affirmer qu’il n’y avait là qu’un vaste territoire entièrement vide, ce qui aurait constitué un exemple unique dans l’histoire de l’Europe!
    La victoire décisive d’Otton le Grand met fin à l’avance de cette ethnie Ural-Altaïque qui se replie en Pannonie. Cette fois-ci c’est de la papauté elle-même que viendra la mission chrétienne, qui déterminera leur maintien, et celui des peuples qu’ils soumettent, en s’assimilant à eux, dans la région, à la forme Romaine de la Liturgie. Le duc Étienne reçoit la couronne royale « apostolique » des mains du pape Sylvestre II en l’an 1000. La mission Byzantino-Slave de Cyrillios et Méthodios était définitivement anéantie en Pannonie.
    Un autre évènement capital du bref pontificat de Sylvestre II et qui aura des conséquences dans l’histoire de la Transylvanie,  sera l’envoi de la couronne apostolique à Étienne de Hongrie avec ses Légats pour sacrer le nouveau roi, le 1er janvier 1001, cette date étant choisie, afin d’échapper, l’année précédente, aux prédictions funestes d’une fin du monde annoncée par de nombreux mystiques pour l’an Mil. Cet acte, hautement géopolitique, arrimait fermement la mission Hongroise directement à la papauté Latine, bien que des aides  de hiérarques germaniques puissent ensuite être sollicitées.
    Là où Nicolas, Hadrien II et Jean VIII avaient partiellement échoué avec la mission Slave, Sylvestre remportait sur les territoires de l’Europe de l’Est, une victoire sans précédent, qui modèlerait, jusqu’à aujourd’hui, un peuple dans des racines Chrétiennes Latines. Étienne, comme les autres monarques convertis au Christianisme, prenait pour son royaume les législations en usage dans le reste de la Chrétienté Occidentale, dont nous savons qu’elles sont d’inspiration épiscopale. Le principe territorial renforcé par l’organisation de diocèses, se substituait au système tribal. Le pays était divisé en dix diocèses, et plus tard douze, sous l’autorité d’un primat, l’archevêque de la ville d’Esztergom.  Un second archevêché fut érigé à Kaloska. Les frontières des États sont consolidées, pour les rendre incontestables, par les frontières des Églises Locales.
    L’épiscopat Byzantin de langue et de culture Roumaine qui était sur place en Transylvanie, était chassé au profit des évêques Latins, comme cela s’était produit en Pannonie et en Grande Moravie pour les missionnaires slaves. Mais ici nous assistons à un autre phénomène.  Il ne s’agissait pas d’une population homogène Hongroise présente depuis toujours sur ces territoires à qui l’on donnait des évêques Germano-Latins, mais du nouvel occupant Magyar. Les évêques de rite Byzantin qui dépendaient de l’archevêché autocéphale d’Ohrida s’occupaient, en Transylvanie des autochtones de langue Roumaine, en majorité des cultivateurs, des fermiers et des bergers, habitants les lieux, dans des villages, depuis des siècles dans la région, ce qui est attesté précisément par la présence, antérieure à la nouvelle mission Latine, de ces évêques Orientaux, ainsi que de nombreux monastères de rite Byzantin. Seuls, les monastères  seront tolérés, et demeureront présents tout au long des siècles suivants, malgré de multiples  tentatives de destructions par des incendies volontaires, et qui encouragèrent, une résistance religieuse de la population Roumaine aux tentatives de conversion au catholicisme, en Transylvanie, qui ne s’intégrera jamais aux structures ecclésiastiques Latine de leurs nouveaux maîtres Hongrois.  Tous ces faits aboutiront, plusieurs siècles après, à l’intégration de la Transylvanie à la nouvelle Roumanie, lors du traité de Versailles (Grand Trianon) de 1919 de cette population Roumaine qui avait su, grâce au facteur religieux et linguistique, conserver, durant des siècles, son identité nationale. C’est mon grand-père Jules Laroche qui sera l’acteur de la conclusion géopolitique de la lointaine action du pape Sylvestre II, à propos du destin de la Transylvanie sous domination Hongroise.  Jules Laroche Ambassadeur de France (17) , à l’époque Sous-Directeur du Quai d’Orsay, eut à jouer un rôle déterminant pour que la Transylvanie fût attribuée aux Roumains et non aux Hongrois. Je le cite : «Une des questions qui provoquèrent le plus d’opposition de la délégation italienne fut celle de la délimitation de la Transylvanie. Elle voulait laisser à la Hongrie les grandes villes qui se trouvent à l’extrémité occidentale de cette province. Leur existence s’explique par la géographie. La Transylvanie est traversée par des vallées qui descendent des Carpates, et au débouché desquelles seulement ont pu trouver place des agglomérations dont l’importance économique est liée à l’arrière-pays. Les détacher de celui-ci, ç’eût été ruiner la région. J’emportai la décision en faisant valoir qu’en outre, dans ces villes,  les Hongrois étaient l’élément immigré, alors que dans les campagnes avoisinantes, les paysans, race peu vagabonde et par conséquent autochtone, étaient Roumains. J’avais été appuyé par les Américains, et surtout par les Britanniques, à qui je devais le rappeler plus tard lors du Partage de la Haute Silésie.»(18) 
    La nation Roumaine et, bien entendu, l’Église Orthodoxe Autocéphale Roumaine moderne n’existeraient pas, telles que nous les connaissons, sans cet accord. Bratianu le chef du gouvernement Roumain ne se présenta à la Conférence de Paris que le 22 février 1919, c’est-à-dire après l’attribution de la Transylvanie à la Roumanie par les Grandes Nations, qui fut confirmée par le traité de paix du Grand Trianon, grâce en partie au travail diplomatique dû à mon grand-père Jules Laroche. Il est vrai que cent mille Roumains avaient acclamé le 1er décembre 1918 à Alba-Iulia,  l’union de la Transylvanie avec le reste de la Roumanie, votée le même jour par la Grande Assemblée d’Alba-Iulia. La synergie de l’Église et de l’État fonctionnait toujours, car cette union était soutenue par l’Église Autocéphale Roumaine de Transylvanie, devenue  une première fois autocéphale par le Patriarcat de Karlowitz le 24 décembre 1864 -5 janvier 1865 dont le Synode érigeait, alors, une « Métropole Autocéphale de Transylvanie » dont le  Siège était alors à Hermannstaad(19) .
    Les deux autres Principautés, Moldavie et Valachie qui venaient de s’unir politiquement en un seul état, constituaient désormais les nouvelles frontières de la Roumanie, qui vient depuis le 1er janvier 2007, d’entrer dans l’Union Européenne. La Roumanie, selon l'expression de l'ouvrage fondamental "Byzance après Byzance" du génial  professeur Nicolae Iorga semblable à son model byzantin est  consubstantielle  à son Église et plus qu'aucune autre nation elle constitue un exemple unique (l'Empire romain avait précédé l'existence de son Église) de la naissance d'un nation dans les frontières de ses diocèses.
    Métropolite Michel Laroche

    Extraits de notre ouvrage à paraître en principe  cette année : « Les racines Chrétiennes de l’Europe. Les Synergies et les antinomies de l’État et de l’Église, et leurs enjeux géopolitiques de 313 (Édit de Milan) à l‘an 1000, dans la formation de l’Europe. 600 pages
    1)Professeur Dumitru Berciu In « Roumanie pages d’Histoire » N° 1 Mars 1976 P. 23  Ed Agerpress Bucarest Roumanie.
    2)In « Églises orientales et rites orientaux » par R. Janin P 235-237 Ed .Letouzez & Ané Paris 1955 ; «  Histoire des Roumains et de leur civilisation » par N. Iorga Éd. Henri Paulin. Paris 1924 ; «  Histoire des
    Roumains » par N. Iorga Bucarest 1937 ;  «  Histoire des Roumains » par R.W. Watson Ed PUF Paris 1937  « Histoire de l’Église » T.4 par Wladimir Guettée P 2-4 Ed Fischbacher Paris 1869 et sv. « L’Église Orthodoxe Roumaine Éd. Institut biblique et de mission Orthodoxe Bucarest 1968. « De la théologie orthodoxe roumaine jusqu’à nos jours » Éd. Institut Biblique et de mission Orthodoxe Bucarest 1974. «  Les Roumains – précis historique » par Mircéa Eliade Éd. Roza Vînturilor, Bucarest 1994.
    3)Éparchie autre mot du vocabulaire byzantin pour dire un diocèse.
    296 : Ibidem note 294
    4)Lire sur ce sujet notre ouvrage qui retrace l’histoire de la période Ottomane du patriarcat de Constantinople et des anciennes Églises nationales: « La papauté orthodoxe » Éd. Présence Paris 2004.  
    5) C’est Napoléon III qui obtint des autres nations Occidentale l’émancipation d’une partie de la Roumanie au Congré de Paris en 1856 en deux principautés et le choix par elles-mêmes d’un hospodar où « Premier ministre – Président du Conseil » L’adoption de la langue roumaine dans la liturgie date de cette époque.
    6) Nous parlerons de la Transylvanie à la fin du chapitre XXIII de notre ouvrage lorsqu’il sera question de la  mission de la papauté en Hongrie, et du couronement du roi Étienne Ier sous le pontificat du pape Sylvestre II.
    7) Avec une interruption de son patriarcat en 912.
    8)I n « Les Slaves »  par François Dvornik P 120 Éd.   Du seuil Paris1970. François Dvornik ne croit pas à la thèse historique de l’envoi de Légats par le pape pour -avant cet épisode- faire couronner Syméon empereur.
    9) Les Byzantins se considérent comme les véritables Romains. C’est l’Empire éternel de Rome qui se perpétue à Constantinople dans la nouvelle capitale de l’Empire.
    11) Bulgaroktonos :en grec,  le tueur de Bulgare.
    12) Pour plus de détails lire notre ouvrage qui traite en profondeur cette question : « la papauté orthodoxe » Ed Présence. Paris 2004
    13) Au XII ème siècle après la fondation de l’Empire Roumano-Bulgare  des Assan était fondé l’archevêché de Tirnovo, dont le titualire était « Primat des Bulgares et des Valaques (Roumains). Ce siège deviendra ensuite un patriarcat. C’est le premier patriarcat Roumain.
    14) La Macédoine qui a sur son territoire la ville d’Ohrida  revendique la continuité historique de sa filiation avec l’ancienne Église autocéphale d’Ohrida.
    15) Pour l’ensemble de ce chapitre lire « Byzance-le monde orthodoxe » par Alain Ducellier Ed Arman Colin Paris1986.
    16)Tous les ouvrages cités précédemment en note font état de ces deux théories.  Nous renvoyons le lecteur également à l’«Atlas des peuples d’Europe centrale » par André Sellier et Jean Sellier P. 136. Éd. la découverte paris 1990
    17) Jules Laroche, Ambassadeur de France : « Au quai d’Orsay, avec Briant et Poincacaré-1913-1926 »  Hachette Paris.
    Au Quai d’Orsay avec Briand et Poincaré 1913-1926. Page 73. Jules Laroche Ambassadeur de France Éd. Hachette Paris 1957- Ouvrage couronné par l’Académie Française-
    18)La régle qui avait été instaurée, pour le traité de Versailles était celle-ci : Seule les quatre Grande Puissance siégeaient et présidaient les commissions qui avaient à régler les questions territoriales et des nouvelles frontières de l’Europe. Les autres nations devaient donc,  chacune à leur tour, se présenter devant l’une des commission pour plaider leur dossier. Dans la plupart des cas les décisions étaient ainsi déjà prise avant le plaidoyer du ministre de la nation concernée, comme dans le cas précis de la Roumanie.
    19) Aujourd’hui la ville de Timisoara en Roumanie.