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  • Faire descendre en nous l'Esprit Saint et pardonnez à nos ennemis

    Le métropolite Michel Laroche dans son homélie pour le Dimanche de la Pentecôte, nous explique que les premiers Pères de l'Église savaient que dans la prière du "Notre Père", lorsque le Christ nous fait lui demander "Que ton Règne arrive" il s'agissait de demander la venue de l'Esprit Saint: que ton Esprit saint arrive!Si nous voulons prier nous avons besoin de l'Esprit Saint qui donne la prière à celui qui le prie...Mais il n'y a pas de véritable prière sans le pardon illimité et l'amour des ennemis enseignent les Starets Orthodoxes.

  • Pardon et combat spirituel dans le sacrement du mariage

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    Un article d’actualité pastorale

    Pardon et combat spirituel dans le sacrement du mariage (1)

    Par le  Métropolite Michel Laroche


    Dans notre vie de prêtre de paroisse depuis l’année 1969 nous avons eu à connaître des couples mariés traversant de graves crises de confiances, soit dues à l’adultère de l’un des conjoints ou à des situations très diverses dans lesquelles la confiance dans l’autre était ébréchée, parfois anéantie. Les causes de cette perte de la confiance sont toujours les mêmes : la dissimulation et le mensonge liés à l’adultère ou à d’autres circonstances que ce soit des secrets de familles,  des secrets dans la vie professionnels de l’un  des conjoints, des secrets liées à leurs vies avant le mariage. Nous utilisons le mot secret pour définir ce qui n’est pas connu par l’autre que ce soit légitime ou illégitime.
     Dans toutes ces situations qui bien qu’à chaque fois étaient uniques,   se retrouvaient toujours un dénominateur commun : comment accorder à nouveau sa confiance à une personne qui selon le point de vue de l’autre membres du couple, l’avait trahie ?
    Nous nous sommes très souvent retrouvés dans la position de nous voir reprocher « notre trop grande miséricorde » envers le pécheur repentant, en devenant son avocat face à l’autre, tourmenté, blessé, traumatisé par la « faute impardonnable » de son conjoint. L’homme ou la femme adultère, pour ne prendre que cet exemple, regrettant sincèrement sa faute, et désirant reprendre sa vie commune dans de nouvelles dispositions se retrouve souvent face à une personne blessée ne parvenant pas à oublier, à pardonner, à refaire confiance. Celle-ci se sentait alors doublement blesser par notre instance à lui demander de pardonner, de refaire confiance, en lui parlant du pardon illimité du Christ.   
    Des commandements du Seigneur comme « aimer nos ennemis »(2), « Priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent »(3)   « Remets nous dettes comme nous remettons à nos débiteurs »(4)  «  Ne jugez pas » (5) sont d’une actualité permanente dans la vie conjugale. Le premier prochain  que l’on se doit d’aimer comme soi-même est le conjoint. Le premier prochain envers lequel nous devons apprendre à exercer le pardon illimité du Christ est le conjoint.
    Nous l’avons douloureusement  constaté dans notre vie pastorale, combien il est parfois difficile voir impossible à des couples, unis pourtant dans le sacrement de l’amour, d’exercer le pardon illimité du Christ, qui ne se mesure plus pour eux alors en fonction de la grâce reçue qui est oubliée, mais  dans la comptabilité étroite des soupçons, de la défiance,  de la méfiance, des ressentiments, des « règlements de comptes » qui sont les étouffoirs de la grâce reçue  de ce sacrement. Cette grâce sacramentelle et charismatique toujours présente dans le couple pour que chacun de ses membres y puisent dans la source illimité de l‘amour divin les ressources d’un pardon illimité  sans cela inatteignable. L’erreur la plus courante que nous avons observés, c’est dans son effort à pardonner, lorsque ce désir existe, de rechercher le pardon  dans le tréfonds des ses possibilités humaines et non pas à la source même de tout pardon dans le Christ Crucifié. Le pardon est charismatique et agit en synergie avec notre libre volonté humaine de chercher à pardonner.
    Le pardon divin est extrêmement différent du pardon humain.  Combien de fois avons nous eu ce dialogue  sous l’épitrachilion (l’étole) avec celui qui n’arrivait pas à pardonner : « Crois-tu que le Christ te porte sur Sa Croix  dans son pardon au sein de Sa chair blessée, transpercée, couronnée d’épines souffleté ?
    Oui je le crois mon Père.
    Crois-tu que le Christ porte sur Sa Croix  tous les hommes dans son pardon au sein de Sa chair blessée, transpercée, couronnée d’épines souffleté ?
    Oui je le crois mon Père.
    Crois-tu que le Christ porte sur Sa croix Ton conjoint  dans son pardon au sein de Sa chair blessée, transpercée, couronnée d’épines souffleté et qu’il te demande à ton tour de pardonner à celui auquel il a déjà pardonné ?
    Ha ! ça non mon Père ! Ce qu’ il m’a fait est impardonnable. »
    Le véritable pardon charismatique et divin n’argumente jamais, il se porte avec la Croix du Christ, il se situe toujours en dessous de l’autre dans l’humilité comme le Christ « semblable à un agneau muet devant celui qui le tond ». (6) Alors que le pardon humain se monnaye toujours, pardonne du haut du piédestal  de sa situation de victime, souvent en écrasant l’autre dans un sentiment de culpabilité,  en exigent une compensation,  un sacrifice expiatoire ; toutes formes judaïsantes totalement étrangères aux vertus du Christ.
     Ô bien sûr, nous objectera-t-on, il y avait de « Bonnes raisons » pour ne plus lui faire confiance et exiger de lui ( ou d’elle ) des preuves, encore et toujours des preuves, de sa nouvelle loyauté,  c’est-à-dire au fond de son cœur la preuve qu’il ( ou elle ) n’a pas changé et ne changera jamais; voir les rechercher soi-même en fouillant dans le cas ou il ( ou elle)  tenterait de nous les dissimuler, comme un juge d’instruction qui enquête à charges, dans les vieux papiers  d’un grenier obscurs, dans les tiroirs poussiéreux de sa vie passées, dans les secrets inavoués d’avant la vie commune. Ils reproduisent cette parole : « Moïse dans la Loi nous a ordonné de lapider de telles femmes, Toi que dis-tu ? » (7)
    L’horrible faute originelle  étant découverte le (ou la)  coupable démasqué dans ses mensonges, dissimulations, coupables omissions, il sera impossible de lui refaire confiance, alors que la sincérité de son repentir, son désir ardent de continuer, malgré sa faute, dans la vie commune. Cette attitude enferme ou tente d’enfermer l’autre dans un sentiment d’éternelle culpabilité.

    C’est dans l’hymne à l’amour  (en grec : agapé) que l’apôtre Paul nous guide pourtant dans l’application de ce charisme : « L’amour, se fie à tout,  supporte tout, espère tout résiste à tout »  (8). Si ces paroles divines ne s’appliquaient que dans conditions  aisées ne nous posant aucun problèmes, sans exigences particulières,  où se situerait la synergie qui est demandée à chaque chrétien dans l’agir humain en puisant par la prière dans l’énergie divine de la grâce incréée du sacrement de l’amour ?
    Le véritable problème se situe non pas dans la faute elle-même, toujours traumatisante, mais parce que la plus part du temps les solutions envisagées pour résoudre la crise qui en découle  s’éloignent des commandements d’amour et de pardon du Christ. Nous ne sommes chrétien que lorsqu’il n’y a pas de problème menaçant l’intégrité du mariage ; mais dès que cette intégrité est menacée, nous invoquons  les lois du monde, même, si à l’évidence, elles contredisent les lois divines de pardon du Christ.
    C’est bien évidemment dans des circonstances difficiles que se mesure la qualité du  métal de l’amour qui nous a été confié dans le sacrement pour être amélioré, fructifié, comme les talents de la parabole. (9)
    A contrario, dans le soupçon de l’autre il  y a l’abandon de la grâce, du charisme du sacrement de l’amour : on ne se fie plus à l’autre, on ne supporte plus l’autre dans tel ou tel circonstance que nous justifions,  on n’espère plus dans une transformation possible de l’autre et on ne résiste  plus au poids de sa culpabilité dont à chaque instant on soupçonne d’autres preuves. C’est dans de tels comportements que la grâce est oubliée et enterrée.
    Aucun couple ne peut résister au soupçon. L’un des deux conjoints est-il tombé dans l’adultère. Nous prenons l’exemple dans la vie du Starets Silouane qui  conseille alors qu’il est un soldat de l’armée russe, à l’un de ses camarades de pardonner à sa jeune épouse « coupable » d’adultère ayant un enfant d’un autre.  Le  jeune époux s’en retournant dans son village  va prendre dans ses bras  l’enfant en en faisant  le sien et conduire sa jeune épouse dans leur maison commune.  Pourtant les preuves du forfait étaient là présentes aux yeux de tous.  Tout le monde dans son village aurait justifié, applaudit,  qu’il repousse sa femme et demande le divorce.  Et s’il avait décidé sans véritable pardon de conserver à ses côté cette épouse infidèle, quelle aurait été leur existence à tous deux dans un climat de soupçon permanant.
    Les circonstances qui entourent une faute de notre conjoint, péché confessé assumé et regretté,  ne doivent produire de notre part qu’une seule réponse : L’amour supporte  l’erreur de notre conjoint, se fie à notre conjoint,  espère en lui dans sa transformation,  et résiste aux tentations de jugements d’enfermements. Sans ces vertus du Christ qui sont présentes charismatiquement dans la grâce incréée  du sacrement du mariage, nous prenons le risque  de transformer sa responsabilité reconnue, en culpabilité éternelle. Alors nous œuvrons dans une autre synergie malsaine avec l’Accusateur qui nous dénonce après notre mort devant le Juge suprême : Satan lui-même qui a ce rôle. La culpabilité vient toujours de démon. Responsabilité n’est pas culpabilité. Il (ou elle) est  responsable de cette erreur, mais celle-ci n’est pas le fond de son Hypostase qui elle brille de la lumière divine.
    Nous avons observé que dans les circonstances que nous évoquons les conjoints ou le conjoint « trompé, trahis,  etc. » donne un pois très grand à la faute et  oublie, presque toujours, le pois bien plus lourd, sans mesure, de la grâce du sacrement. Il mesure l’autre à l’aune de sa faute et non à l’aune de la grâce du sacrement de l’amour dans lequel il pourrait - devrait - puiser en l’exerçant  le pardon divin.

    Le prêtre qui célèbre un mariage devrait d’avantage insisté dans son homélie sur l’importance de la grâce qui est accordé dans le grand sacrement du mariage. C’est l’amour incréé et divin qui est déposé  au sein du Couple comme source de son unité dont l’union de la chair est couronnée par celle de la grâce. Devenir « une seule chair » dans le sacrement du mariage n’est pas de même nature que d’être une seule chair en dehors de celui-ci. L’apôtre Paul souligne que celui qui s’unit à une prostituée fait une seul chair avec elle : il est bien évident que cette union en-dehors de la grâce n’est pas de la même nature que celle dans la grâce du saint mariage bénit et uni  par Dieu. (10) L’unité qui préside dans la grâce du mariage est celle qui unit le Christ à Son Église ; elle  est celle qui unit le Verbe à l’humanité dans le mystère de l’Incarnation. C’est l’unité ontologique de notre salut.  Brisée cette unité est un péché. Bien que l’Église Orthodoxe par « économia » permette, dans certaines circonstances, le divorce et un  second mariage (11) elle ne minimise pas le péché que constitue cette rupture qui est un éloignement de la très  précieuse grâce reçue pour conférer cette unité charismatique au couple et le temps des épreuves venues, y puiser sans limite en vu de maintenir l’unité du couple.
    Ce n’est pas moins que le sacrifice permanant toujours actuel de la Croix  qui est la source de tout pardon de toute remise de dettes. Si le conjoint trahi évoque son impossibilité d’oublier et rentre à son insu dans un processus d’autodestruction du couple sous l’inspiration de l’Adversaire qui haie le pardon,  en disant : « Je lui pardonne mais je ne peux oublier »   et en continuant de soupçonner le « Pardonné » d’être capable de recommencer, alors qu’il ne se leurre pas sur lui-même : Le véritable pardon n’existe qu’avec l’oublie de la faute. Si le Christ nous regardait après la confession de notre faute comme si nous étions condamnés à recommencer, alors il n’y aurait de salut pour personne. Le véritable pardon sollicite le regard du Christ qui voyait dans Saul le persécuteur, au moment même où il commettait ses forfaits, l’Apôtres des nations l’un des plus grands saint de l’Église : hier et aujourd’hui assassin ; demain un saint ! Discernons dans celui qui nous a blessé le saint et nous l’aiderons dans notre regard à devenir  le saint que le Christ avait prévu dans sa prescience divine. Nous savons combien ces paroles choqueront tous ceux et celles qui ont été blessé par de réelles fautes, parfois au-delà du supportable. Mais nous parlons ici de conjoints qui regrettent  sincèrement leurs erreurs et cherchent à se corriger et non pas de ceux qui s’entêtent dans des comportements délétères.

    Puisez dans la grâce du sacrement du mariage la force qui vous manque humainement. Ne pensons pas trouver pour résoudre une crise que le couple traverse toutes les solutions dans les psychothérapies, les analyses, les anti dépresseurs et les avocats. Certes parfois  des aides extérieures sont nécessaires, mais la prière également a sa fonction  primordiale et l’appel à la grâce du sacrement reçu vient affermir l’idée même que l’on a pas célébré simplement une jolie fête, mais qu’au fond cette célébration du  mariage serait derrière nous. L’appel à la grâce par la prière fait reprendre conscience au couple qu’il  détenteur d’un trésor et qu’il suffit parfois d’y puiser pour recouvrer ce regard qu’ils portaient  l’un vers l’autre…il y a bien longtemps.
    La grâce du mariage, avec celle du baptême, se cultive et se fait fructifier chaque jour et même à chaque instant comme les talents de la parabole et c’est précisément dans les moments de crises que la foi s’affermit en s’affirmant. Ne pas avoir conscience de la grâce est exactement comme un soldat qui reçoit sa formation militaire extrêmement poussé en temps de paix, mais qui prendrait la fuite en jetant ses armes  dès le premier combat de la première bataille. Il aurait pu combattre et ne l’a pas fait.
    Cette grâce est particulièrement donné au couple, dans l’Église Orthodoxe, lors des paroles du célébrant qui couronne chacun des deux époux en leur disant : « Le serviteur de Dieu Y est couronné à la Servante de Dieu X au Nom du Père du Fils et du saint Esprit. » et «  La servante de Dieu X est couronné au Serviteur de Dieu Y au Nom du Père du Fils et du saint Esprit. ». Nous faisons observé qu’à cet instant dans la grâce chacun devient la couronne de martyr de l’autre car désormais pour le meilleur comme pour le pire ils sont unis par les liens de la grâce et portent les qualité comme les imperfection de l’autre.
    Nous ne saurions jamais assez insisté sur cette notion de combat spirituel dans la voie étroite et resserrée du mariage dans laquelle chacun est appelé à aider l’autre à se purifier, car personne n’est parfait et que personne n’est statique et que  tous sont appelés par le Seigneur à une transfiguration de son hypostase, de passer de la mort à ce monde et ses illusion à la Résurrection intérieur dans la vie en Christ.
    C’est la notion même du sacrement du mariage,  sa réalité charismatique et son but qui sont remis en cause parce que l’enseignement qui est donné dans l’Église est souvent défaillant et n’est rappelé dans sa plénitude que lorsqu’il est parfois trop tard. La préparation au mariage devrait insister sur  le pardon qui fait partie intégrante du sacrement de l’amour, car il n’y a pas de véritable amour sans pardon. Souvent les jeunes couples « amoureux » n’envisagent qu’un aspect de leur amour, celui de l’élection, le choix de l’autre transfiguré dans  la perception qu’ils ont l’un de l’autre. Ce regard  de l’autre est charismatique, prophétique et le danger c’est souvent qu’il discerne, sans le savoir, l’autre tel qu’il a la possibilité de devenir, mais qu’il n’est pas encore. De là, des déceptions, des malentendus, lorsque quelques années après, cet autre nous apparaît dans certains des aspects de sa personnalité  différend de ce que nous avions crû percevoir,  parfois même, comme un inconnu. Nous avons abordé cet aspect des choses dans notre ouvrage « Une seule chair ». Mais le second malentendu dans le couple c’est son but même.  Ce but ne se résume pas à une entente plus en plus profonde du couple.  En réalité davantage chacun des membres du couple, en synergie de vie spirituelle l’un avec l’autre, se rapprochera du Christ, davantage leurs union sera renforcée dans la grâce de Celui qui est Un avec le Père et le Saint Esprit et source en nous dans la venue dans l’Esprit Saint de toute union.  Dans l’Église Orthodoxe le but du mariage saint et béni par Dieu, c’est l’union supérieur avec le Christ, qui a son commencement dans l’union du couple. Le Christ est à la fois la cause  de l’unité  du Couple et son but suprême. Le but du sacrement du mariage n’est en cela aucunement différent de celui de la vie monastique : « La vie en Christ et son union avec lui ».  C’est lorsque ce but est oublié que le couple est en danger.


    +Métropolite Michel Laroche

    (1) C’est un chapitre qui manquait dans notre ouvrage publié  il y a près de trente ans (1984) qui est  toujours réédité à l’étranger, mais épuisé depuis trois ans en France : « Une seule chair - L’aventure Mystique du Couple » (près de 80.000 exemplaires vendu dans le monde).
    (2) Mt V, 43-48
    (3) Mt V, 43-48
     (4) Mt VI, 12
    (5) Lc VI 37
    (6) Is  CIII, 7-8
     (7) Jn VIII, 5
     (8) I Co. XIII, 7
    (9) Mt XXV, 14-30
    (10) I Co VI, 16
    (11) Lire notre ouvrage sur ce sujet « Secondes Noces ». Ed. Bayard-Presse. Paris.  Éd. Le Centurion. Bayard Presse. Paris 1996. Épuisé