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  • Orthodoxie, homophobie et homosexualité : « Ne jugez pas », un enseignement oublié du Christ.

     

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    Orthodoxie, homophobie et homosexualité : « Ne jugez pas »,  un enseignement oublié du Christ.

     

     

     

    Par le  Métropolite Michel Laroche

     

     

     

    I Changeons notre regard.

    Dans cette première Semaine du Triode de Carême nous pensons utile de parler  de l’importance du non jugement, comme pédagogie christocentrique pour la guérison de l’âme et du corps de chacun d’entre nous.  Pour cela nous aborderons un sujet  de société qui se prete au jugement : l’homosexualité et son corolaire l’homophobie. Nous  n’appréhenderons pas la question de l’homosexualité de son point de vue de la théologie morale, mais dans son aspect sociale et  pastoral de la part des Églises Chrétiennes et tout particulièrement de l’Église Orthodoxe.  Nous invitons ceux qui désireraient approfondir le versant moral,  éthique et théologique de la question à se reporter sur le remarquable article du théologien Père Marc-Antoine Costa de Beauregard (que l’on peut trouver sur l’Internet en tapant son nom) qui a traité ce sujet délicat avec une rare inspiration. 

    Le sujet de l’homosexualité pose de nombreuses questions aux  Églises Chrétiennes, mais nous dirions de la même manière que ceux posés  par les  personnes  divorcées remariées à la quelle l’Église Orthodoxe apporte une réponse généreuse en permettant un second, voir un troisième mariage religieux (1)[1], ou celle de l’avortement, de la contraception, des relations amoureuses hors ou dans le mariage[2] et une multitude de thèmes dans les quels éthique et morale s’entremêlent et à propos desquels les Églises tentent de donner des réponses en accord avec leurs dogmes.

    Toutes ces questions sont également posées quotidiennement  à de  simples  prêtres de paroisses, qui  avec leur foi et  compréhension, sont confrontés à une foultitude de situations dramatiques qui ont abouti, parfois, à la destruction des personnes,  ces blessés de la vie, et qui requièrent de leur part un accompagnement qu’ils s’efforcent d’accomplir chaque jour par l’amour du Christ dont ils sont les plus humbles témoins. Dans cet article, c’est ce regard de compassion du modeste prêtre de paroisse ou du Père spirituel inconnu dans un monastère, appelé par le Christ à exercer la miséricorde dans la justesse de la foi orthodoxe envers tous ces malades, ces estropiés de la vie que nous nous efforcerons de recouvrer. Nous pensons particulièrement aux femmes que nous avons croisées dans notre existence, lorsque nous étions  un simple de prêtre de paroisse durant plus de trente ans, qui avaient vécu dans leur chair le drame, la déchirure de l’avortement et qui demandaient une prière de  l’Église et surtout de la compassion. Est-ce que nous devions leur dire que nous les condamnions,  en renforçant de cette manière leur culpabilité, où devions-nous tout simplement nous efforcer de les « comprendre » et de les aimer ? Nous pensons aussi  aux femmes battues qui  s’étant séparées et remariées ne supportaient pas la seconde condamnation, ce jugement en pointillé que l’on désigne dans l’Église Catholique  par  la dénomination : «  Les divorcés remariés » portée,  elle aussi, comme une étoile de David.

    Le jugement de l’autre commence toujours par sa mise en ghetto verbale ou institutionnelle. L’homme pour exclure l’autre, le condamner commence par le désigner et à forger autour de son sujet une définition qui supplante toute réalité de la personne. Si nous avons soulevé la question des « divorcés remariés » c’est précisément parce que dans l’Église Orthodoxe il n’existe pas de catégorie répondant à cette définition, nous avons des personnes divorcées et remariées à l’Église, qui ne se distinguent pas d’avantage que cela des autres. En revanche elles sont désignées de cette manière, même pour leur dire qu’on les aime, par l’Église Catholique. Précisément l’erreur commence ici.

    Celui qui par exemple dit qu’il a des «amis juifs » est bien évidement un antisémite, car il désigne cet autre qu’il considère comme différent catégoriellement et non personnellement : mon ami  « un tel » ; de même celui qui affirme qu’il a des « amis homosexuels »  est-il  au fond de lui-même allergique aux personnes homosexuelles, et celui qui  prétend avoir des « amis arabes »  éprouvent à leur endroit un amalgame avec l’islam fondamentaliste. La liste est longue ;  trop longue.  

    Abordons maintenant le sujet de l’homophobie. Le mot sémantiquement désigne, non pas comme on le pense, à tort, aujourd’hui, celui qui aurait la phobie des homosexuels, mais tout simplement celui qui a la phobie de l’homo tout seul c’est-à-dire de l’homo sapiens, l’être humain. Le Robert est précis sur ce mot : « Latin homo, hominis, homme.  Genre de la famille des hominidés auquel appartient l’espèce humaine. » Et cela me convient parfaitement,  puisqu’il définit l’ensemble de l’humanité auquel nous appartenons tous. Nous sommes dans la justesse d’un mot qui n’enferme pas et qui ne désigne pas en se singularisant par une définition qui n’exprimerait absolument pas le mystère de la personne humaine.

    Nous pouvons bien entendu parler des Juifs, des Musulmans et des Chrétiens, et en affinant nos critères,  des Orthodoxes, des Catholiques et des Protestants, et pourquoi pas des personnes divorcées remariées, non pas comme des espèces singulières, mais comme des situations qui se rencontrent dans la vie ; pourquoi pas de même pour l’homosexualité. Il ne faut pas confondre le sujet comme des questions qui se posent  dans notre société avec des catégories artificielles qui sont créés par nous, au seul fait  que nous en avons peur, et qu’elles nous dérangent d’une manière ou d’une autre. Certes les Chrétiens, comme les Juifs, comme les Protestants, les Musulmans,  sont constitués en « ecclésia » (assemblée). Il en est de même pour l’appartenance à un parti politique.   D’un membre du parti socialiste nous disons qu’il est « Socialiste » . Tout cela est du domaine de la conviction religieuse ou philosophique personnelles, et ne peut être invoqué comme une mise en ghetto, sauf par la personne elle-même, si elle le revendique. Rien de répréhensible dans ces définitions qui ne désignent que des   courants de pensée. En revanche une frontière est franchie lorsque nous parlons d’un groupe humain dénommé les : « avortées », les « divorcée »,  les « adultères » ou  les « homosexuels » les « femmes avortées. »  Cette mise en ghetto est préjudiciable à la dignité de la personne humaine, comme image de Dieu. Certes le péché voile l’image de Dieu dans chaque homme, mais cela est vrais pour tout péché et non pour une seule catégorie qui serait plus blâmable qu’une autre. Qui sommes nous pour réduire une personne à une action délétère en la désignant plus qu’une autre dans une réduction de son humanité créée à l’image de Dieu ? Il est urgent de changer notre regard sur l’autre, cet étranger, cette personne qui nous dérange ou qui nous scandalise.

     II Juger au Nom du Christ ou ne pas juger au Nom du Christ ?

     Juger au Nom du Christ ou ne pas juger au Nom du Christ ? La question est bien réelle. Le Christ nous dit dans son Évangile « Ne juger pas. » (3)[3] Parfois des responsables religieux chrétiens, comme hier les Pharisiens, jugent et les condamnent au Nom du Christ, en se séparant « de facto » de l’Évangile, un groupe humain, comme nous l’avons évoqué au début de cet article.

    Nous aimons précisément cet Évangile où l’on conduit devant le Christ une femme surprise dans l’adultère punie de lapidation à cette époque dans la tradition  Juive. Pour embarrasser le Christ dont on avait à plusieurs reprise éprouvé l’inlassable amour, des Pharisiens l’interrogent en lui disant : « Notre loi condamne cette femme à la lapidation et  toi que dis-tu ? » Le Christ répond cette phrase toute simple qui est un véritable  défi à toute exégèse compliquée : « Que celui qui n’a jamais péché lui lance la première pierre ».( 4)[4] Et  tous, à commencer évidement par les personnes les plus âgées se retirent, nous précise l’Évangile, sans doute parce que sur la longueur de  leur existence elles avaient eu, davantage que les plus jeunes, des occasions de chutes, parfois même en  secret dans le même péché. En regardant de la même  manière que ceux qui conduisirent au Christ la femme adultère, des personnes que nous désignons arbitrairement  comme « pécheurs publiques »,  nous signifions que leur péché est plus important qu’un autre péché, que nos propres fautes. Nous établissons une hiérarchie inquiétante entre des péchés invisibles qui seraient moins grave que des péchés visibles.  Nous reviendrons plus loin  sur cette hiérarchisation des fautes.  Tous ceux, Églises comme individus, qui stigmatisent de cette manière un groupe de personnes dans une dénomination singulière, telles que celles que nos avons énoncé : prostituées, adultères, homosexuels, ivrognes, drogués,  avortés, et autrefois publicains, … participent monstrueusement à l’annihilation  du mystère de la personne unique qui disparaît dans le nouvel étiquetage du  « péché » dans lequel elle est dénaturée, déshypostasiées. Tous les signes  dans ses personnes privées d’hypostase qui pourraient les conduire au repentir et  à la sainteté sont niés. Le regard que nous sommes amenés à porter sur elles est un regard qui tue et non un regard qui sauve. Le Christ ne regarde pas ainsi le pécheur sinon il n’y aurait plus l’espérance du salut.

    Saint Séraphim de Sarov apporte une réponse savoureuse à cette question,  dans un récit présent uniquement dans une de ses vies, écrite par le grand Starets Serbe le Père Justin Popovitch. Séraphim fait une prédiction terrible à un de ses disciples, un colonel russe extrêmement vertueux et pieux, respectant toutes les règles de l’Église,  en lui prophétisant qu’après sa dormition il deviendrait un ivrogne, mais qu’à la fin de sa vie il guérirait,  et qu’il mourait en paix.  L’ivrognerie n’est pas un péché anodin ; elle est considérée par l’Église comme une passion pouvant conduire l’âme à de graves égarements comme pour Lot. Ce pauvre colonel qui avait confiance dans le saint était mortifié de cette révélation, et Séraphim lui expliqua : «  Dieu permet parfois à des âmes de tomber dans des péchés visibles afin que par l’humilité venant de l’humiliation d’une faute  publique, elles leurs évitent les péchés invisibles beaucoup plus mortels ». Le saint avait en vu l’orgueil qui accompagne souvent la vertu extérieure.

    Comme il est commode et rassurant de ranger ainsi les gens dans des tiroirs bien étiquetés et de leur donner la bonne recette, la punition adaptée,  de distinguer la brebis galeuse qui risque de contaminer le troupeau.

    III Aujourd’hui assassin et demain un saint

    Quelqu'un est-il capable de répondre à cette question: quelle était la démarche intérieur que Paul avait et qui le conduisit pourtant au Christ, lorsqu'il persécutait les premiers chrétiens ? Dans quelle catégorie aurait-il fallu le classer ? Ceux qui voyaient Saul était convaincu qu’il ne changerait jamais et qu’il était un ennemi acharné du Christ. Lorsque Saul assistait en l'approuvant à la lapidation de Stephanos , il était pourtant, sans le savoir, déjà en présence du Christ, qui transfigurait Stéphanos. Un Abba raconte cette métaphore : Saul croisa le regard de saint  Stéphanos qui ne le jugeait pas, qui semblait même l'aimer et l'admirer. Troublé il se demanda : pourquoi cet homme dont je hais la doctrine, m'aime-t-il au seuil de la mort. Pourquoi semble-t-il m'admirer? Est-il fou ? Stéphanos explique cet Abba voyait en Saul le futur Paul. Son regard semait de la bonne graine dans le bon côté du jardin de Saul. Aujourd'hui assassin, mais peut-être demain un saint. Tel doit-être notre regard sur tout être humain, même si c’est notre ennemi,  qu’il nous persécute et nous calomnie. Lorsque quelqu'un semble être un étranger au Christ, jusqu'à persécuter ses serviteurs, lorsque quelqu'un te fait du mal, ne le juge pas car tu risquerais de condamner le Bon Larron qui se converti au seuil de la mort; tu risquerais par ton regard d'empêcher la conversion de Saul en Paul. Car ton mauvais regard sème de la mauvaise graine tenace dans le mauvais côté du jardin de celui que tu juges. Connais -tu le plan du Seigneur sur cette hypostase? Es-tu Dieu à la place de Dieu ? Car celui qui juge se prend pour Dieu.  Au contraire sème dans le Bon côté du jardin de ton frère; crois que le Christ va agir en lui comme il le fit pour Paul. Regarde celui qui te persécute au nom d'une fausse vérité, comme si tu savais qu’il allait un jour devenir un saint, alors que toi, tu n'es qu'une poussière. Tiens toi toujours comme le dernier de tous, le pire de tous. Prie pour les ennemis et pratique le pardon illimité « alors la paix de Dieu qui surpasse tout intellect gardera ton cœur en Jésus Christ » ( Ph. IV-7)  

    La question de fond est posée par le Christ dans l’Évangile de la femme adultère : qui sommes-nous pour porter des jugements, voir des condamnations  sur autrui ? Le rejet des personnes homosexuelles, car il est question de cela dans l’homophobie, est en réalité beaucoup plus vaste que ce seul sujet. Certains nous objecterons : «  Mais l’Église condamne l’homosexualité ! » L’Église rejette également l’adultère, l’égoïsme,  l’orgueil, l’avarice, la médisance, le jugement d’autrui, la haine,  le non pardon, la jalousie, l’envie,  le meurtre, l’hérésie, …et le jugement !  La liste est trop longue pour mentionner tous les sujets sur lesquels l’Église exprime des réserves, voir des réprobations. Nous n’abordons pas dans et article le sujet de la nature de chacun de ces péchés que l’Église réprouve, non pour condamner la personne, mais pour la délivrer de ses passions. Mieux vaut montrer toute la beauté qui est perdue à cause d’un péché,  que de trop insister sur le péché lui-même, car alors nous prenons le risque d’identifier cette personne au péché.  Le péché n’est jamais une définition de l’homme, il n’est  que l’enferment momentané d’une personne dans une passion. Affirmer :« Il est égoïste » place au niveau de l’hypostase la passion qui, peut-être, entache pour un moment cette âme. Nous devrions exprimer : « Il agit pour le moment d’une manière égoïste ».  Alors nous comprenons que tout bannissement catégoriel dans l’Ecclésia, que ce soit, selon notre exemple, les égoïstes, ou les prostitués, ou les Publicains, ou les   homosexuels est à bannir.

     

     Les Pères du désert, avec Séraphim de Sarov qui reprend dans une forêt de la profonde Russie leur vie anachorétique et leur enseignement, nous disent : « Aime le pécheur, mais haïs le péché. » Ne nous trompons pas de « cible » ; à vouloir que les autres soient parfaits nous nous hissons à la hauteur de Dieu, et nous oublions que nos péchés moins visibles sont sans doute pires que celui que nous dénonçons.

     

     Celui qui rejette un autre, quel qu’il soit, c’est en réalité toute l’humanité qu’il rejette.  Il ne fait que commencer par rejeter cet autre, cet homosexuel, ce divorcé, cet adultère, cette prostituée, ce juif, cet arabe, ce trisomique[5],  mais ensuite cette singularisation qui se poursuit en condamnation  de l’autre s’étend, invariablement, à toute l’humanité. Il faut se souvenir que dans les camps de concentration on exterminait non seulement des « Juifs » des « Tziganes », les « Serbes Orthodoxes »,  mais aussi des « Homosexuels »  qui étaient désignés non par l’étoile de David, mais par un triangle rose. Le  groupe artificiel « Homosexuels » avait sa propre  rouelle[6] (6).

    Le Christ prend comme exemple de la prière parfaite, celle d’un « Publicain »(7)[7] qui était à son époque un être humain condamné unanimement par toute la société civile comme religieuse. Les publicains étaient des « collabos » qui percevaient les impôts pour l’occupant Romain.  Ils appartenaient réellement à la catégorie des pécheurs publics dans laquelle certaines églises aujourd’hui enferment les personnes homosexuelles comme les divorcés remariés. Pourtant, c’est la prière de ce réprouvé, de cet exclu,  qui est donnée en exemple par le Christ comme étant la prière de l’humilité parfaite : le publicain ne juge personne, et il examine ces problèmes personnels en homme libre devant Dieu seul qui l’écoute. Et dans la même parabole le Christ discerne le jugement et la fausse prière qu’il produit, que le vertueux Pharisien porte sur ce Publicain, n’ont aucune valeur spirituelle. Un Père du désert disait à ses disciples: «  Tant que tu juges un seul homme, tu n’as pas commencé à prier. » On raconte également  qu’un frère vient voir son Abba pour dénoncer le péché d’un frère de la communauté. L’Abba silencieusement se prosterne devant son disciple. Celui-ci proteste : « Relèves-toi mon Abba. Pourquoi te prosternes-tu devant mon indignité ?» Et l’Abba de lui répondre :  « Parce que tu es sans doute devenu Dieu pour pouvoir ainsi juger ton frère ». 

    Mais la question fondamentale du jugement de l’autre pour un chrétien est celle-ci : «  Au plus petit à qui vous l’avez fait c’est à moi que vous l’avez fait » (8)[8]  enseigne le Christ. Il n’y a ici aucune exception. Celui que nous rejetons, quelques soient les reproches moraux  que nous pouvons lui faire, sera toujours le Christ. Sans oublier que le Christ introduit en premier, avant une multitude de justes,  un autre condamné dans le Paradis, lorsqu’il promet au Bon Larron, pourtant lui aussi un pécheur publique : « Aujourd’hui tu seras avec moi au Paradis »( 9) [9].

    Dans la prière de saint Ephrem le Syrien que chaque croyant Orthodoxe prononce durant tout le Carême, il dit : « Donnes moi de voir mes fautes te de ne pas juger mon frère » sans rentrer dans toute la profondeur de cette demande,  le non  jugement est une priorité spirituelle pour l’Église Orthodoxe. L’homophobie est fondamentalement le jugement et la condamnation de l’autre en l’identifiant, en ce qui concerne l’homosexualité, à une action que nous réprouverions.  En tant que telle, elle s’oppose à la parole éternelle de celui qui a dit : « Ne jugez pas ». Et elle contredit également cette autre promesse que le Christ adresse aux soi disant  plus vertueux d’entre nous, en identifiant cette fois-ci clairement par les catégories par lesquelles nous les désignons dans nos « jugements », c’est-à-dire   tous ceux que nous considérons condamnés automatiquement par leurs péchés: «  Les prostituées vous devancerons dans le Royaumes des cieux ». (10) [10]  Les « prostituées » n’existent pas en tant que telles pour le Christ. Il en parle ainsi à cause du jugement qui est portée sur elle par la société de son époque. Pourtant la prostitution pose des questions morales aux quelles le Christ apporte, par ailleurs, des réponses, comme pour l’adultère. Mais le Seigneur se garde bien d’identifier la personne avec par exemple la prostitution ou l’adultère. Nous appliquons aux personnes homosexuelles, comme à tout être humain,   ce non jugement du Christ.  Le regard du Christ discerne, au-delà de nos critères limités, l’unicité de la personne humaine et son mystère, mystère de la relation que Lui a comme Fils de Dieu et Fils de l’homme avec chaque personne (en grec : Hypostasis).  

     

    Méditons cette autre parole du Christ au contenu illimité comme est nous l’espérons illimité son amour et son pardon : « Je ne suis pas venu pour les justes mais pour les pécheurs  »(11) et « je ne suis pas venu pour les biens portants mais pour les malades. » (12)

    Peut-être pensons-nous qu’il y a  des degrés dans la maladie et dans les malades  pour les quels le Christ ne serait pas venu ? Au fond de nous-mêmes nous parvenons, avec ce raisonnement,  à affirmer que le Christ ne serait  pas mort pour tous les pécheurs, qu’il ne donnerait pas la possibilité du salut à certaines catégories de pécheurs, et qu’il ne porterait pas dans sa chair transpercée et couronnée d’épines la totalité de l’humanité.

    Nous écartons du Christ certains pécheurs parce que  nous les trouvons trop pécheurs, trop malades.

    Le Christ répond à cette question : « Ce ne sont pas les vigoureux qui ont besoin de médecin, mais les mal-portants. Allez donc apprendre ce que signifie : je ne veux la miséricorde et non le sacrifice. » (13)

    C’est  pourtant  exactement la conclusion à laquelle était parvenue  le Fils aîné qui établie une hiérarchie entre les péchés, ceux  que le Père pouvait pardonner et ceux qui étaient impardonnables, en refusant le pardon de son Père envers son frère « mort » à cause du péché. Le Père répond, nous l’imaginons  presque en gémissant, devant l’obstination de son fils aîné : « Mais il fallait faire fête et se réjouir, car ton frère que voilà était mort et il revit ; il était perdu et il est retrouvé. » (14) Le fils aîné  est  scandalisé de la mansuétude et même de l’exagération  du Père qui recevait royalement dans sa tente le Fils Prodigue qui avait dépensé l’argent de son héritage avec les prostitués.(15)

    Et si l’on veux réellement établir une hiérarchie entre les péchés, sainte Synclétique nous rappelle : « Car les démons en on fait, et en font plus que toi : ils ne mangent pas, ne se marie pas ( ils ne connaissent pas la chair) , ne dorment pas ; bien plus ils vient dans le désert, si toi habitant dans une grotte, tu t’imagine faire un exploit. » Parce que, selon les Pères et Mères du désert, ce n’est pas la chair qui constitue le plus grand des péchés mais l’orgueil de Satan qui a aboutie à la  destruction de  création et la première humanité parfaite créé par Dieu. Synclétique rappelle également que « Raab était une prostituée, mas sa foi l’a sauvée », elle reprend notre exemple avec Paul : « Paul le persécuteur est devenu « un vase l’élection », et « Mathieu le Publicain : personne n’ignore la grâce qu’il a reçu » ; et elle conclue : « Le Larron volait et tuait : il fut pourtant le premier à franchir la porte du Paradis. » Cette dernière interprétation de l’Évangile sera reprise par l’ensemble des Pères de l’Église dont Ephrem le Syrien. Elle conclue : «  Fixe donc les yeux su ceux-là et ne désespère pas. » (16) Nous ajouterons « Fixe donc les yeux sur ceux là et ne juge plus. »

    IV Laissons les solutions pastorales de ses questions aux prêtres de paroisses et aux moines.

    Laissons cette question là où elle aurait du rester, c’est à dire au niveau d’une interrogation d’ordre des passions pour lesquelles les croyants viennent consulter des Pères spirituels dans les paroisses ou dans les monastères.  Dans notre vie de prêtre nous avons eu à confesser toute sortes de péchés ; nous avons toujours trouvé le repentir sincère chez des personnes confessant des actes délétères charnels selon les définitions de l’Église : «  Adultère, impureté, homosexualité tant masculine que féminine, meurtre, avortement… ». Mais ce repentir cette humilité indispensable à notre guérison intérieure,  nous ne l’avons presque jamais rencontré dans des personnes qui nous affirmaient parfois n’avoir pas besoin de confession, lorsque l’orgueil se dissimulait en elles, dans les habits de la vertu,  recouvrant l’âme de ses parures ornementées.  Les Église en désignant publiquement une catégorie de pécheurs qui pratiquement ne peuvent pas être sauvés,  favorisent et entretiennent  un péché plus grand et invisible chez beaucoup de personnes qui ne rentrent pas dans la catégorie désignée à l’opprobre  publiques : l’orgueil ! En établissant des barèmes de comparaisons entre les pécheurs, des plus importants au moins importants,  les Églises incitent inconsciemment  chacun à se comparer aux autres, et comme le Fils aîné  de dire au Père, qui se compare au Fils Prodigue : «  Ne t’ai-je pas toujours été fidèle ? ». L’orgueil et le jugement commencent exactement ici . Nous retenons également  sur ce sujet la parole de saint Syméon le nouveau le Théologien pour lequel : « Il n’y a pas de petit péché. »

     

    V Vers une nouvelle inquisition  ou vers de nouvelles portes pastorales ?

    Mais de telles désignations à la vindicte publique comme celle de l’homosexualité ont existées et existent encore dans l’Église Orthodoxe. Beaucoup d’Églises Orthodoxes locales en sont encore à avoir la position du Fils aîné de la Parabole dans cette question douloureuse. Je pense en particulier à la désastreuse déclaration du précédent patriarche de Roumanie Teoctist (1915-2007) avec le saint Synode de Roumanie en 1996 et en 2000 qui s’opposèrent  publiquement au  fait que la Chambre des Députés roumaine  envisageait  d’abolir une loi réprimant par la prison  le délit d’homosexualité. L’Église Roumaine se contenta de demander vertueusement que la législation concernant l’homosexualité ne change pas au nom de la morale chrétienne. Derrière cette euphémisme pharisaïque, se dressait pourtant l’emprisonnent des personnes convaincu d’homosexualité auquel condamnait cette loi, ce que n’ignoraient évidemment pas l’épiscopat  Roumain.  Nous ne pensons pas qu’une Église devrait demander à un État de châtier une catégorie de personnes pour des questions d’ordre morale concernant leur vie privée, du moment qu’il n’y a pas atteinte aux enfants. C’est comme si cette Église livrait elle-même  ces personnes au bras séculier pour qu’elles reçoivent un châtiment corporel,  infligé institutionnellement par l’État. Ces Église oublient que ce sont les Grands Prêtres qui livrèrent le Christ, au motif de  l’accusation de blasphème, à Pilate qui était le bras séculier de l’Empire Romain, pour qu’Il soit crucifié. L’inquisition  n’a pas d’autre model. Ce péché selon nous est encore infiniment plus grand que celui que l’Église Roumaine cherchait à faire condamner par l’état.

    Le Saint  Synode de  l’Église d’Amérique en 1992 s’est lui, à l’opposer de cette attitude, exprimé d’une manière profondément pastorale à propos de ce sujet, tout en soulignant que l’homosexualité, comme telle,  était une révolte de la nature contre Dieu, comme le sont pour nous tous les péchés : « Les hommes et les femmes ayant des sentiments et des émotions homosexuels doivent être traités avec la compréhension, l'acceptation, l'amour, la justice et la miséricorde dus à tous les êtres humains. (…) Les personnes (homosexuelles) instruites et trouvant conseil dans la foi chrétienne orthodoxe et la vie ascétique et qui veulent encore justifier leur attitude, ne peuvent pas participer aux mystères sacramentels de l'Église, puisque le faire ne les aiderait pas, mais, au contraire, leur ferait du mal ». Mais soulignons  cette dernière partie du texte s’applique dans l’Église Orthodoxe à tous les péchés et non à un en particulier.

    Ce que ne dit pas ce texte, c’est que dans l’Église Orthodoxe on pratique l’économie qui est l’application de la parole du Seigneur « Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » (17) La vie est plus grande que la mort. « Qui un jour de sabbat voyant son unique brebis tombé dans un puis ne va l’y chercher. Combien vaut mieux un homme qu’un brebis » (18)

     

     VI La première démarche pastorale : voir ses propres fautes et ne plus juger.

     

    « Prêtre, évêque, moine, Considères tout pécheur  qui vient vers toi se confesser comme ton unique brebis et trouves tous les moyens pour aller la chercher dans la fosse. Et le bon moyen pour le faire c’est intérieurement te tenir toi aussi comme le pire de tous au fond de cette même fosse. »  

    Laissons aux prêtres de paroisse dans le silence du sacrement de la confession la pédagogie d’accueillir   ces âmes qui viennent recevoir un éclairage sur leur vie. Et là nous ne parlons évidemment pas exclusivement de cette seule passion, mais de toutes les passions qui obscurcissent le cœur de l’homme.

    Nous terminons cette médiation de Carême par  plusieurs pensées et prières des Pères du désert :

     La  prière de saint Éphrem le Syrien qui ponctue tous nos offices : « Donne-moi de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère. » En vérité si nous sommes occupés par la vison charismatiques de nos péchés nous ne regardons plus « la paille qui est dans l’œil de l’autre ». Pour les Pères du désert le non jugement commence toujours par la vision de ses propres péchés. Saint Isaac le Syrien précise « que celui qui voit se péchés est plus grand que celui dont la prière ressuscite un mort. » « Pourquoi ? » questionna un disciple à son Abba ». Celui-ci répond : « Parce que celui qui ressuscite un mort ne ressuscite que le mort d’un autre, alors que celui qui voit ses péchés c’est son propre mort, c’est à dire son âme, qu’il ressuscite de la mort éternelle. » 

    Au commencement du Carême il est précisé dans le Synaxaire qui est lu après la 6ème Ode du dimanche du Pharisien et du Publicain : « Il vaut mieux se repentir après avoir  péché que de s’enorgueillir pour avoir fait ce qui est juste ». 

    « Le silence sera le langage du siècle avenir » dit saint Isaac le Syrien : le premier silence de la vie chrétienne est le non jugement. C’est là sans doute un autre enseignement oublié du Christ.

     

     

    + Métropolite Michel Laroche  

    Rédigé dans la Première Semaine du Triode de Carême, du Pharisien et du Publicain  2011 

     

    (1) Sur le divorce : Lire notre ouvrage « Secondes Noces » Éditions Bayard/Centurion Paris  1996

      (2) Sur le couple : Lire notre ouvrage : «  Une seule chair.  L’aventure Mystique du couple» collection « Foi vivante » éditions Le Cerf 1998

    (3) Lc VI, 37 « Ne jugez-pas et vous ne serez pas jugés »

     (4) Jn VII, 7-11 

     (5)Le régime nazi en Allemagne pratiquait l’euthanasie  des personnes trisomiques pour préserver la race  arienne de toute impureté.

     (6) La rouelle sorte de petite roue rouge en tissus était portée sur les vêtements au Moyen-Age par les Juifs pour les distingués des autres personnes.

    (7) Lc XVIII, 10-14

    (8) Mt XXV, 40

     (9) Lc XXIII, 43

    (10) Mt XXI, 31

    (11) Mt IX, 13 ; Mc II, 13-17 

     (12) Ibidem

    (13) Ibidem

    (14) Lc XV, 32

     (15) Lc XV, 11-32

    (16) In « Vie de Sainte Syclétique » P.48-49 Spiritualité Orientale N° 9  Éd. Bellefontaine

    (17) Mc II, 27-28

    (18) Mt XII, 11 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     



    [1]  Sur le divorce : Lire notre ouvrage « Secondes Noces » Éditions Bayard/Centurion Paris  1996

    [2] Sur le couple : Lire notre ouvrage : «  Une seule chair.  L’aventure Mystique du couple» collection « Foi vivante » éditions Le Cerf 1998

    [3] Lc VI, 37 « Ne jugez-pas et vous ne serez pas jugés »

    [4] Jn VII, 7-11

    [5] Le régime nazi en Allemagne pratiquait l’euthanasie  des personnes trisomiques pour préserver la race  arienne de toute impureté.

    [6] La rouelle sorte de petite roue rouge en tissus était portée sur les vêtements au Moyen-Age par les Juifs pour les distingués des autres personnes.

    [7] Lc XVIII, 10-14

    [8] Mt XXV, 40

    [9] Lc XXIII, 43

    [10] Mt XXI, 31

     

     

    Orthodoxie, homophobie et homosexualité : « Ne jugez pas »,  un enseignement oublié du Christ.

     

     

     

    Par le  Métropolite Michel Laroche

     

     

     


     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     



    [1]  Sur le divorce : Lire notre ouvrage « Secondes Noces » Éditions Bayard/Centurion Paris  1996

    [2] Sur le couple : Lire notre ouvrage : «  Une seule chair.  L’aventure Mystique du couple» collection « Foi vivante » éditions Le Cerf 1998

    [3] Lc VI, 37 « Ne jugez-pas et vous ne serez pas jugés »

    [4] Jn VII, 7-11

    [5] Le régime nazi en Allemagne pratiquait l’euthanasie  des personnes trisomiques pour préserver la race  arienne de toute impureté.

    [6] La rouelle sorte de petite roue rouge en tissus était portée sur les vêtements au Moyen-Age par les Juifs pour les distingués des autres personnes.

    [7] Lc XVIII, 10-14

    [8] Mt XXV, 40

    [9] Lc XXIII, 43

    [10] Mt XXI, 31

     

  • Răspuns pentru un tânăr ortodox, în privinta gândurilor rele

     

    Ancien du Mont Athos.jpg

    Răspuns pentru un tânăr ortodox, în privinta gândurilor rele

     Nous remercions notre amie et sœur en Christ Madame Mihaela  Mihaila pour sa traduction en langue roumaine.

    Părinte,

     

    Cum putem fi tari în credintă si cum putem să-l „percepem” pe Dumnezeu în timpul rugăciunii? Pentru că am fost victima unor gânduri rele, care încercau să mă îndepărteze de Dumnezeu. De atunci, am impresia că mi-am pierdut, într-un fel, perceptia lui Dumnezeu în timpul rugăciunii.

     

    Vă multumesc mult pentru răspuns.

     

    Dragă Teofil, iartă-mă că nu ti-am răspuns mai devreme, dar, citind pagina mea de pe Facebook, probabil ai aflat că mama mea tocmai a adormit întru Domnul luna aceasta, la vârsta de 104 de ani si acest fapt a constituit elementul central al vietii mele în ultima vreme.

     

    Fiecare dintre noi, indiferent în ce situatie ne aflăm, suntem chemati să-I slujim Domnului în Biserica Lui – sau, folosind un termen vechi, în acea „ecclesia”, adunarea celor botezati, care constituie Trupul Lui. Satana face tot posibilul să se împotrivească fiecărui suflet care încearcă din toată inima să-L urmeze pe Hristos, în această chemare pe care Domnul i-a hărăzit-o încă înainte de zidirea lumii. A ne îndepărta de Dumnezeu nu înseamnă numai a nu ne mai gândi la El; înseamnă să nu-l mai asezi pe Dumnezeu ca pe „primul slujit”, după cum spunea atât de bine Ioana d’Arc; înseamnă, de asemenea, să nu-I cerem, în rugăciunile noastre, să se facă voia Lui,  astfel încât să Îl urmăm, în această viată. Nu toate vietile oamenilor sunt neapărat închinate vietii monahale sau preotesti. Aceste lucruri sunt vocatii specifice. Însă Biserica nu este formată numai din preoti si călugări. Un muzician de mare talent, care-si asează arta în fata Domnului, îsi împlineste vocatia în fata lui Hristos. Un inginer care construieste un proiect si face acest lucru întru Hristos, îsi împlineste vocatia în fata Lui. Separarea fată de această lume are loc în interior, nu în exterior. Vamesul, care avea o activitate în lume, prin smerenia si prin rugăciunea lui, avea, în taină, duhul în afara lumii. Sfânta Singlitichia spunea că „există oameni care au trăit în pustie si care s-au pierdut pentru că, prin gândurile lor, vietuiau în lume si oameni care trăiau în lume dar care s-au mântuit, pentru că, prin gândurile lor, vietuiau în pustie”.

     

    Se consideră adesea că aceste gânduri impure sunt numai si numai de ordin sexual. Pentru credinciosii ferventi, aceste gânduri sunt identificate imediat si pot constitui un izvor de smerenie: „Doamne, vezi că sunt doar o fiintă din carne, atât de putin duhovnicesc. Cum pot să mă înfătisez înaintea Ta, cu asemenea gânduri? Dă-mi, Doamne, lacrimile care curătă sufletul de toate întinăciunea”. Însă ranchiuna, invidia, tinerea de minte a vreunui rău care ni s-a făcut sunt gânduri de care trebuie să ne temem mult mai mult, căci ele sunt cele care ne despart cu adevărat de Dumnezeu, care ne-a poruncit să ne iubim vrăjmasii si să ne rugăm pentru ei. Pacea pe care ne-o făgăduieste Dumnezeu în ultimul cuvânt al Patimii Sale – „Pace las vouă, pacea Mea o dau vouă, nu precum dă lumea vă dau Eu” – acea pace a sufletului si a gândurilor nu începe să-si facă sălas în suflet decât după iertarea nemărginită a rănilor pe care ni le-au făcut dusmanii nostri si după ce simtim o dragoste nemărginită pentru ei, prin rugăciune fierbinte; numai după stergerea deplină a tuturor datoriilor fratelui nostru - „si ne iartă nouă greselile noastre, precum si noi iertăm gresitilor nostri”, după cum spunem în fiecare zi în rugăciunea „Tatăl nostru” – altfel, nu ne vom găsi tihna sufletului. Lupta cu gândurile începe si se termină cu iertarea aproapelui nostru. În rest, totul nu e decât amăgire. Să ne aducem aminte că, atunci când privim Crucea lui Hristos, atunci când ne rugăm, El pe noi ne poartă în trupul Lui rănit, străpuns si încoronat cu spini – pentru noi a murit si pentru toti apropiatii nostri, inclusiv pentru cel care ne prigoneste si care este, poate, un nou Sfânt Pavel, care ieri îl ucidea pe Stefan cu pietre, iar mâine va fi apostol.

     

    Dialog despre lupta împotriva gândurilor rele. Partea a II-a: îndoiala

     

    Vă multumesc mult pentru răspuns. Si-atunci, concret, ce mă sfătuiti să fac? Există, de altfel, si gânduri care ne atacă, încercând foarte perfid să ne îndepărteze de Dumnezeu si să ne facă să ne îndoim de El si de puterea Lui. Ce-i de făcut în acest caz?

    Vă multumesc din nou.

     

    Dragă Teofil,

    Lupta împotriva gândurilor este cea mai grea luptă, care durează cel mai mult; de fapt, ea nu se încheie niciodată. Un părinte al pustiei spunea că atunci când cineva începe să se roage, vrăjmasul începe să ducă un război necrutător cu el, prin gândurile de tot felul cu care-i năpădeste mintea. De pildă, gânduri legate de treburi grabnice pe care am uitat să le facem. Într-un astfel de caz, apare un gând care ne spune: „fă întâi cutare si cutare si după aceea o să fii mai linistit când te-asezi la rugăciune”. Si, bineînteles, dacă cedăm acestui gând, duhul rugăciunii este nimicit si nu mai putem să ne rugăm, odată ce am cedat.

    Când încep să mă rog”, spunea un părinte, „diavolul îmi pune în fată tot ce trebuie să fac: făgăduinte date fratilor, sarcini de care nu te poti lipsi în mănăstire si de care am uitat... eu, care, de obicei, am o tinere de minte slabă, în momentul rugăciunii îmi amintesc de toate, întocmai. Desigur, atunci când gândul îmi spune: «ridică-te si pune-ti lista asta pe hârtie!», stiu că dacă as face asa, duhul rugăciunii care a venit să mă cerceteze ar dispărea numaidecât. Atunci când duhul rugăciunii te caută, uită lumea – iar lumea, cu toate ale ei, o să te uite si ea”.

    Noi suntem suspiciosi fată de gândurile necurate, însă pentru un călugăr, nici nu există gânduri pure. Orice gând, chiar si aparent neutru, este un mijloc prin care suntem distrasi de la rugăciune si de la linistea care însoteste rugăciunea – asadar, gândul cu pricina nu este curat.

    Mă întrebi despre „gândurile care încearcă cu perfidie să ne îndepărteze de Dumnezeu si să ne facă să ne îndoim de El”.

    Credinta înseamnă convingere? A crede sau nu este adesea rezultatul unui proces intelectual si rational prin care omul ajunge la convingerea că Dumnezeu există sau nu există. Fără îndoială, am să te sochez spunându-ti că pentru mine, a spune: „Nu cred în Dumnezeu” are, în acest caz, aceeasi valoare ca si a spune: „Cred în Dumnezeu”. „Orice gând” – ne spune Sfântul Grigorie Palama – „poate fi”, în acest sens, „respins de un alt gând”. Credinta religioasă, spre deosebire de convingerea pur omenească, este un dar al Duhului Sfânt, care se cultivă si creste, la fel ca talantii din parabolă, prin rugăciune – care este o întâlnire în Duhul Sfânt - autorul oricărei rugăciuni, după cum ne învată Sfintii Părinti. „Dacă I te rogi lui Dumnezeu, dacă Îi dai laudă lui Dumnezeu, nu de la tine Îl lauzi pe Dumnezeu, ci de la Dumnezeu Îl lauzi pe Dumnezeu”, învăta genial Evagrie Ponticul. Mai aproape de timpurile noastre, Sfântul Serafim de Sarov ne vorbeste de nevoia dobândirii Duhului Sfânt. Fără ajutorul Duhului Sfânt, nu ne putem ruga si, deci, nu suntem uniti cu Hristos. În cea de-a saptea rugăciune a Utreniei, care se spune, din păcate, pentru poporul care nu o cunoaste, cu voce joasă, se zice asa: „Căci nu stim cum să ne rugăm Tie, dacă Tu Însuti, Doamne, nu ne îndrumi prin Duhul Tău Sfânt”. Fără ajutorul Duhului Sfânt, alături de buna noastră vointă, dorinta noastră de a ne ruga - nu ar exista rugăciune. Rugăciunea este o unire cu Dumnezeu, pentru a fi si mai uniti cu El.

    Si aici ajung în miezul subiectului nostru. Diavolul, de care-mi spui, nu are acces în intimitatea sufletului nostru, atunci când acesta este unit cu Hristos în Duhul Sfânt – si mai ales atunci când sufletul îl întâlneste pe Dumnezeu prin vederea harică a păcatelor proprii si prin vărsarea lacrimilor asemenea păcătoasei si văitându-se asemenea vamesului. „Cel care îsi vede propriile păcate este mai mare decât cel care înviază mortii cu rugăciunea”, ne învată Sf. Isaac Sirul. Nimic nu apropie sufletul mai mult de Dumnezeu decât constientizarea bolii de care suferă; nimic altceva nu ne apropie mai mult de El, care a spus: „N-am venit pentru cei drepti, ci pentru cei păcătosi”. În acele momente metanoice de rugăciune se întâlneste sufletul nostru cu Hristos, în vederea întinăciunilor noastre, în vederea noastră ca praf si cenusă - ceea ce si este, de fapt. Dar din acest praf, printr-un act de milostivire dumnezeiască, Hristos ne remodelează după chipul si asemănarea Lui, printr-o nouă nastere din Duh, după cum spun si în lucrarea mea, „La Voie du silence” („Calea tăcerii”). Aceste întâlniri repetate pe care le avem prin rugăciune, în rugăciune, cu Hristos, întru Duhul Sfânt, în care „se sfintesc desăvârsit întregul nostru duh, si sufletul, si trupul” (Tes. V, 23) – căci „ipostasul omului înduhovnicit e format din Duhul lui Dumnezeu, suflet si trup”, ne învată, alături de toti Sfintii Părinti, Sfântul Grigorie Palama – ne lasă în întreaga noastră fiintă – repet: „Duh, suflet, trup” – o amprentă de nesters: amprenta Hristosului Celui Înviat, care ne învie sufletul din moartea lumii. Din prezenta lui Hristos în noi – prezentă întărită prin împărtăsirea euharistică pe deplin constientă, în care, asa cum m-au învătat acum patruzeci de ani, la mănăstirea Sihăstria, părintele Cleopa si părintele Petroniu – Îi invocăm, cu inima arzătoare, prezenta, prezenta Hristosului Euharistic în noi, soptindu-I: „Iisuse, Iisuse, dulcele meu Iisus”. Din prezenta Lui Euharistică, pe care o constientizăm înăuntrul nostru, ne va veni convingerea că El este viu. Si atunci nu mai e vorba de convingere, ci de credintă, întemeiată pe experierea, în inima noastră, a Hristosului Înviat, a credintei noastre, clădită pe Piatra Hristosului Euharistic.

     

     +Mitropolit Michel Laroche

     

    Vă invit să cititi, tot pe acest blog, despre învătătura referitoare la „Hristosul Euharistic”, pe care am relatat-o pe baza convorbirilor pe care le-am avut la mănăstirea Sihăstria cu cei doi mari părinti duhovnici de acolo (publicată pe 12 martie 2010 si intitulată „Dialog despre învătătura rugăciunii euharistice a Numelui lui Iisus, cu părintele Cleopa de la Sihăstria”).