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  • Seconde Naissance ( suite)

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    Chers Frères et Sœurs dans le Christ des problèmes d'ordinateur ont depuis un mois considérablement retardé la parution  sur ce blog des chapitres de "Secondes Naissance". D'autre part la publication de mon nouvel ouvrages aux éditions Albin Michel " La voie du silence dans la tradition des Pères du désert" a occupé une grande partie de mon temps. Le fait est que de recopier un ouvrage prend plus de temps parfois que la rédaction d'un article ou d'un livre. Je vous prie donc de me pardonner ce retard, et je vous promet un chapitre chaque mois et non les deux initialement envisagés. Bonne lecture.

    +Métropolite Michel Laroche

     

    Chapitre 5 : Réflexions sur l’angoisse dans la vie professionnelles

    Deuxième partie : L’angoisse du jugement de l’esprit du monde.

    Il est certain que des milieux particuliers qui vivent davantage selon les valeurs du monde, dans le superficiel et l‘éphémère, avec un culte de l’homme poussé parfois à de extrêmes de subtilité, d’intelligence et même de beauté, mais dont Dieu est le grand absent, rejetteront comme les remettant tout particulièrement en cause ceux, qui tout en fréquentant ces sociétés, témoignent, par leur existence et leur mode de vie, d’une distance très grande et ne tous cas d’une non-adhésion à celle-ci.

    Une angoisse se situe ici. Certaines personnes côtoient professionnellement de tels milieux mais marquent bien, même discrètement qu’elles n’y adhèrent pas. Cette société, même si elle comporte des éléments agréables et contient des richesses incontestables sur le plan humain, dans son ensemble cherchera à rejeter l’élément étranger qui a osé s’y introduire en parasite. Ce rejet se fera sous la forme du jugement. Le jugement c’est de poids que l’on ressent physiquement comme des griffes sur la nuque, comme une couverture de plomb qui, de la tête au bas du dos, frappe durement l’être.

    Ce jugement angoisse le chrétien. Car en réalité, cet homme voudrait être accepté, voudrait, sans autre compromission, être reçu par ce milieu. Une des sources de l’angoisse qui accable l’insertion du chrétien dans la société des hommes, n’est pas simplement le rejet de celle-ci à son endroit ; elle réside aussi dans son adhésion personnelle à des valeurs que par ailleurs il sait ne pas être les siennes.

    C’est pourquoi les Saints Pères de l’Église ont toujours dit que le monde n se vainc pas à l’extérieur de sois, mais à l’intérieur. L’assumation du monde, c’est cela : voir que dans l’âme, il y a des traces du monde, que l’homme ; quelque part, voudrait pouvoir impunément fréquenter le monde sans en être atteint et aussi sans être repéré dans son identité de chrétien. Mais le monde mène la vie dure à ceux qui veulent suivre le Christ. Et c’est une alternance de séduction : « Lâche donc un peu de ce que tu es pour devenir comme nous, et nous ne te poserons plus aucune problème, car tu seras des nôtres. » Et puis : «  nous ne te ressemblons pas car tu n’es pas des nôtres, tu n’as rein à faire ici, va-t’en » Et pourtant le chrétien doit assumer ces contradictions en lui, car il doit demeurer là où il est, sans pour autant être ce qu’il n’est plus.

    C’est cela adorer le veau d’or, c’est refuser cette contradiction à laquelle avait voulu échapper le peuple élu. Peuple de Dieu, il l’était, mais il voulait pactiser avec le monde en adorant le veau d’or.

     

    Ainsi le chrétien, placé dans cette situation, « ressent » qu’il est un étranger, ou pis encore qu’il est d’une autre race, objet alors du racisme des autres. Il se sent rejeté, jugé, parce qu’il n’a pas les mêmes règles, ne se plie pas à la même morale, ne respire pas selon les mêmes valeurs que la société dans laquelle, cependant il circule et agit

    L’angoisse qui l’étreint, que nous avons vue plus haut, ne vient pas seulement de ce rejet, cela serait trop simple et manichéen. L’homme spirituel discerne qu’il a en lui des éléments qui pactisent avec le monde et le plongent dans une sorte de culpabilité morbide.

    « Après tout, en me mettant en dehors des normes, c’est moi qui suis le fautif. » « Peut-être y a-t-il eux façons d’agir, une dans la société et l’autre dans ma vie personnelle et spirituelle ? » « D’ailleurs, il est impossible d’appliquer dans le monde les dogmes de la vie spirituelle, je suis dans l’utopie et l’illusion, et il n’y a aucune chance que dans ce chemin je m’adapte aux règles sages de la société… »

    Ce type de réflexions est très fréquent et jette l’homme dans le désarroi. L’angoisse ce n’est plus seulement le refus des autres, c’est le refus de soi-même par soi-même. Il hésite et, après tout, « Si tout cela n’était qu’illusion et folie… »

    Une seconde culpabilité provient par rapport à l’ « agir » des autres. En effet tous ceux avec lesquels on travaille se donnent comme plus sérieux plus engagés, en apparence du moins, que le chrétien dans son activité professionnelle. En effet, dans le milieu des cadres tout au moins, mais pas seulement, ils n’hésitent pas à mettre au premier plan, parfois même avant leur faille, leurs responsabilités par rapport à la société qui les paie et les fait vivre. C’est par rapport à ce sens des valeurs renversé qu’une seconde angoisse liée à une culpabilité profonde peut atteindre le chrétien. C’est bien l’angoisse par rapport à l’institution, qui engendre un sentiment de dépendance d’autant plus marqué que les responsabilités sont plus grande. L’angoisse, c’est toute cette résistance qu’oppose notre âme à cette séduction, car c’est bien de séduction dont il s’agit.

    Quelles sont ces lois liées à la sagesse du monde ? Que le travail est la véritable religion de l’homme : l’homme ne peut vivre sans travailler et s’il travaille durement, il peut espérer justifier son existence par des acquis matériels. En d’autres termes, l’homme doit à la société qui le paie un travail qui, dès lors a plus de valeur, plus de poids, que toute ses autres responsabilités ; parce que la société paie, elle enchaîne.

    Personne bien sûr n’adhère à ce que je viens d’écrire aussi brutalement. Cependant, dans la pratique, tout se passe exactement comme cela. Quel chef de service, quel directeur, hésitera à sacrifier un tant soit peu sa vie familiale à ses responsabilités professionnelles sans prendre le recul nécessaire ? Le chrétien, lui, a le recul de sa foi, de sa prière et de sa spiritualité. Peut-être assumera-t-il matériellement, dans les faits, des actes semblables à ceux qui ne prennent pas de recul. Mais au moins, il placera comme étant plus important sa responsabilité spirituelle, son engagement spirituel, et l’équilibre de sa vie familiale.

    L’angoisse c’est bien toute l’oppression qui vient de l’institution, qui pèse de toutes ses forces sur ceux qu’elle emploie ; d’autant plus qu’individuellement les hommes qui la compose ne sont pas comme l‘institution qui les rassemble. ( Ces pages ont été écrite plus de vingt ans avant que l’on parle des suicides à « France Télécom » et dans d’autres multinationales. Métropolite Michel Laroche) Comment très concrètement , ne pas tomber dans les pièges et s’intégrer à la société sans pactiser avec les principes pervers qu’elle porte en elle ?

    La technique spirituelle qui permet d’assumer le problème dont nous parlons a été largement évoqué dans un précédent ouvrage ( Sur la Terre comme au Ciel- la vie spirituelle au quotidien. Éd. Nouvelle Cité). Nous devons cependant l’évoquer ici. C’est dans notre regard que nous pouvons transformer l’homme. L’homme dans la société doit apprendre à regarder les personnes qu’il côtoie avec le regard de Dieu sur chacune d’elle. Il doit s’efforcer de placer le Christ au centre de toute relation humaine, de toutes ses relations humaines. En d’autres termes ; le chrétien doit spiritualiser son contact avec les autres en introduisant la reconnaissance de cet autre dans sa vérité personnelle, l’aidant à se découvrir lui-même et - s’il est possible - à se réaliser. En effet, la société est un immense lieu où tout est possible, le meilleur comme le pire ; le chrétien, lui, cherchera le meilleur, c’est-à-dire comment stimuler ce qu’il a de positif, de créatif, de novateur dans ceux qu’il côtoie ; c’est donc dans la relation personnelle, à chaque fois individualisée, que le chrétien rayonnera de l’autre lumière.

    L’engagement spirituel est dans la relation à autrui où s’applique le commandement du Seigneur : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toute ta force, et ton prochain comme toi-même. »

    Aimer son prochain comme soi-même a son implication dans le terrain concret de la vie professionnelle. C’est dans cette relation d’ agapé c’est-à-dire d’amour divin, que se trouveront les solutions les plus concrètes, créatrices et novatrices, aux problèmes les plus matérielles de la société. Le paradoxe est que l’homme spirituelqui assume le monde en étant crucifié au monde, transfigure la société dans laquelle il circule et travaille, apporte le recul, par un autre regard, une imagination et une créativité plus grande dans son travail vécu !

    Toutes ces réflexions ne sont pas le fruit de la méditaion solitaire d’un théologien orthodoxe, elles sont fondées sur une expérience pastorale, en particulier sur des conversations au sujet de la vie professionnelles de chacun de ceux qu’il m’est donné de côtoyer depuis presque vingt ans dans ma vie de prêtre (ce livre a été publié en 1986 et à l’époque j’étais le recteur d’une paroisse située à Saint Ouen en Seine Saint Denis).Mais il fallait parler de l’angoisse et de ce paradoxe étonnant que d’un côté il y a comme l’Égregore d’une société qui parrait rejeter le chrétien engagé ; l’Égregore se manifeste également dans la foule qui peut même dans certains excès, nous le constatons devenir homicide, mais lorsque l’on détache chacun des éléments qui sont des hommes, en s’adressant à eux personnellement, alors on peut trouver le Christ dans chacun d’eux. C’est cet autre côté que le chrétien doit explorer.

    C’est pourquoi, je le rappelle ici, le christianisme n’a jamais prétendu venir transformer la société, la détruisant pour en reconstruire une soi-disant meilleure. Le christianisme prône le changement individuel et personnel de l’homme. Le chrétien dans la société, par sa propre angoisse, remportant en lui-même une victoire contre le monde, assume l’homme et entre en contact ou plutôt en communication privilégiée avec chaque homme, y découvrant le Christ. C’est par ce seul moyen, de chercher dans l’autre ce qu’il y a de meilleurs et de plus véridique, que le chrétien, peut-être, et sans que cela soit son but, transfigure la société.