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  • Seconde Naissance II

     

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    "Ensevelis avec le Christ, nous ressuscitons avec Lui."

     

    Chapitre 2 : Qu’est-ce qu’un commandement du Seigneur ?

     

    L’enseignement du Christ se présente sous forme de « commandements », il est nécessaire de bien comprendre ce qu’est un commandement.

    Là encore, en effet, l’homme occidental est saisi à ce mot d’un sentiment de rejet par rapport à une culpabilité potentielle quand à la transgression de ces « commandements ». Un « commandements » est comme une loi qu’il faut donc observer. Déjà pour le chrétien d’aujourd’hui, ce concept paraît archaïque ; mais pour beaucoup, il n’y a là qu’une intolérable et insupportable série de règles morales et inquisitoriales ! Une atteinte à la liberté de l’individu ! Bref les « commandements » sont « liberticides ».

    Quoi de plus beau, pourtant, que la pratique de l’Échelle Mystique que constituent les Béatitudes, considérées par tous les Pères de l’Église comme des commandements ? En réalité c’est notre regard sur les commandements qui leur donne un contenu culpabilisant.

    Dison pour commencer que chaque parole du Christ sur ce que l’homme doit accomplir a été nommé par la Tradition commandement et que le Christ lui-même en parle comme de commandements : « je vous donne un commandement nouveau : de vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. » Mais le seigneur ajoute à ce nouveau commandement qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime. Ainsi la notion de commandement nous est montrée par le Seigneur comme expérimentale et non pas morale, ni mentale. Le Seigneur réalise ce commandement en donnât lui-même sa vie pour le salut du monde entier. Ainsi ce commandement, comme d’ailleurs tous les autres, prend-il sa source dans l’être même du Christ dans lequel sont inscrites toutes les actions qu’Il accomplit, en particulier sa Passion, sa Crucifixion, sa Mort, et sa Résurrection le troisième jour. Chaque commandement du Christ est donc fondé sur ce qu’accomplit parfaitement le Christ durant sa traversé terrestre. Le commandement est vivant en soi, le mettre en pratique c’est pouvoir et vouloir entrer dans le charisme qu’il octroie. Un commandement divin n’est pas une abstraction métaphysique, idéologique, ni même un but de perfection ascétique ! Chaque commandement est plus vaste d que la création. Il est vivant, issue de la vie même.

    Il ne faut pas regarder les commandements comme un assemblage de règles morales, idéologiques, humaines, mais comme des parcelles de la vie du Christ : chaque commandement nous greffe sur la vie même du Christ, sur ce qu’il a accompli une fois pour toutes durant son passage terrestre, nous permettant nous-mêmes alors, en similitude avec lui, de le réaliser en Lui.

    Si certain lecteur pensent que parler des commandements est chose ennuyeuse, bien éloignée des préoccupations importantes d’aujourd’hui, je leur dirai ceci : le Christ a porté jusqu’à l’œuvre de la Croix les commandements qu’Il nous a donnés, et mépriser le moindre d’entre eux, c’est méprisé toute l’œuvre accomplie par le Christ.

    Regardons donc les commandements du Christ pour ce qu’ils sont : une parole vivante qui interpelle l’homme, peut-être même l’agresse, remet en causes des bases qu’il croyait définitivement acquises, lui permettant ainsi d’aller vers l’évolution éternelle.

     

     

     

     

     

     

    Chapitre 3 : Les commandements négatifs du Seigneur

    Le Seigneur interroge souvent l’homme par des phrases négatives ; au lieu de dire simplement ce genre de commandements positifs : « l’homme doit être bon, charitable, etc… », il énonce des commandements négatifs : « qui perd son âme à cause de moi…qui veut être mon disciple devra haïr son père… devra renoncer à soi-même, etc… »

    Savons-nous réellement, au plus profond de nous-mêmes ce que signifient ces paroles terriblement exigeantes du Christ ? Les chrétiens ont tendance à éviter de retenir ce genre de phrases dérangeantes, qui les interrogeraient au plus profond d’eux mêmes s’ils s’y arrêtaient. Et pourtant il n’y a pas de tri à faire dans l’Écriture sainte. Si quelqu’un accepte d’être chrétien, il doit accepter le message de l’Évangile tout entier.

    Lorsque le Seigneur procède à ce que j’appelle l’interrogation négative, l’interlocuteur est par contraste, fortement interpellé. Ce genre d’interrogation ne se décrypte qu’après en avoir discerné l’antinomie. En d’autres termes c’est en quelque sorte d’abord le négatif de la photo qui nous est présenté ; asse dans le bain, celle-ci apparaît en positif ; ce qui était ombre devient lumière et ce qui était lumière apparaît comme ombre.

    L’exemple type de ce « commandement négatif » du Seigneur est cette phrase déjà mentionnée dans mes précédents ouvrage : «  Qui veut être mon disciple devra haïr son père, sa mère, son épouse, ses enfants, ses frères et ses sœurs, se haïr soi-même, prendre sa croix et me suivre. » L’homme est ici très brusquement interrogé en lui-même : qui pourrait haïr de cette manière les personnes mentionnées comme étant bien souvent les plus chères à son âme ? Nous ne redonnerons pas ici, cela a été fait dans de précédents ouvrages, l’exégèse de ce texte, c’est-à-dire la photo qui, sortant du bain, manifeste alors en partant du positif, le négatif. ( Une seule chair, l’aventure mystique du couple. Sur la terre comme au Ciel, la vie spirituelle au quotidien, Éd. Nouvelle Cité).

    Je mentionnerai seulement pour mémoire, afin d’éclairer la signification de ce que j’ai nommé « commandement négatif » un ou deux des termes de l’exemple précité : haïr son père, c’est haïr le père selon la chair et le sang qui, selon la parole du Seigneur n’hérite pas du Royaume des cieux, afin que s’en dépouillant, l’homme recouvre le Père céleste, son véritable père, celui qu’il nomme dans la prière dominicale : « Notre Père qui es aux cieux… » Haïr sa mère, c’est se dépouiller de l’engendrement du monde pour recouvrer la maternité divine de l’Esprit « sainte » consolatrice, qui nous engendre à nouveau dans cette seconde et sublime naissance. ( Sur l’Esprit Saint au féminin lire notre chapitre «  de l’inconnaissance de Dieu à l’inconnaissance de l’homme »)

    Il s’agit donc de savoir quel est le dépouillement qui va nous permettre de trouver la signification positive du message du Christ. « Dépouillement », ce mot reviendra souvent au cours de ces pages. En effet le Seigneur nous indique constamment que c’est la voie du dépouillement qui permet d’arriver à lui. « Qui voudra conserver son âme la perdra, qui perdra volontairement son âme pour moi la recouvrera en vie éternelle. » « Si quelqu’un veut me venir à ma suite qu’il renonce à lui-même. »

    Le Seigneur montre que c’est là la seule possibilité pour être son disciple. Ce commandement est incontournable…et pourtant, nous le constatons, il est, de la part de beaucoup de chrétiens, contourné voir effacé.

    Qu’est-ce que « renoncer à son âme » ? C’est renoncer d’abord, à ce qu’elle a, en elle-même, de lié aux affirmations de ce monde. Le Seigneur nous dit : « Le monde passera et mes paroles ne passeront pas ». « De même que le monde m’a haï, il vous haïra. » «  Le prince de ce monde est déjà jugé » « Mon royaume n’est pas de ce monde.» « Vous êtes dans ce monde, mais n vous n’êtes pas de ce monde. »

    Le Christ affirme, par toutes ces phrases et bien d’autres, plus qu’une différence, d’avantage qu’un gouffre, une totale et absolue antinomie entre ce monde et le Royaume des cieux.

    Dès lors renoncer à son âme, c’est se dépouiller de ce qu’elle a de lié à la sagesse du monde, c’est-à-dire aux habitudes de pensée, mais également aux sollicitations de l’inconscient héritées de l’éducation, du conditionnement opéré par la société qui modèle l’âme dans une fausse sagesse très éloignée de la sagesse divine.

    Un autre problème découle du renoncement à soi-même, de la mort à son âme : c’est ce sentiment de relativité concernant son propre individu que doit avoir le chrétien. En effet, si l’homme s’identifie à ce ressenti, lequel est imprégné des fausses valeurs dont on a parlé, il bloque toute remise en cause de lui-même et par conséquent toute évolution. Si quelqu’un pense profondément que tout ce qu’il ressent, appréhende, voit de lui-même, est absolu, fini, et que ce la est pour toujours sa propre personne réelle, alors une telle personne stagne et régresse.

    Le chrétien est, tout au contraire, celui qui meurt volontairement aux définitions qu’il se faisait de la lui-même, où qu’il acceptait des autres, se la société, afin de recouvrer sa véritable identité hypostastique. L’angoisse, dont nous parlerons plus loin, est le phénomène premier est nécessaire de résistance, qu’opposent tous les « faux moi » qu’abrite l’âme, à cette remise en question fondamentale ;

    « Celui que ne s’oublie pas lui-même ne saurait approcher celui qui est au-dessus de lui, s’il ne s’est point d’abord immolé de ce qu’il est pour devenir ce qu’il n’est pas et qui constitue cependant son véritable être » enseignent les Pères de l’Église. (Saint Grégoire le Grand, P.L. t 16-1234-1235.)

     

  • Réponse à une lettre d'une mère en détresse à propos de l'avortement

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    Je publie ici la réponse  faite à la lettre reçue sur FaceBook d'une mère orthodoxe qui a déjà avortée et qui envisageait de le faire à nouveau,   car son sujet l'avortement concerne beaucoup de femmes. Évidemment la réponse que je donne est "personnelle" mais de nombreux éléments de ma lettre peuvent  peut-être nourrir la réflexion de personnes confrontées à ce drame. Je ne publie pas la lettre de cette femme qui comporte des informations qui risqueraient de nuir à son anonymat.

     

    Chère Sœur en Christ,

    Je compatis à votre détresse. C’est le Seigneur qui vous envoie cet enfant, pour que  vous effaciez avec l’amour et la vie que vous allez lui donner, le désespoir qui vous a conduit à vous séparer des deux autres qui sont aujourd’hui au Ciel quelque part dans la miséricorde du Seigneur.  L’âme de votre enfant est aujourd’hui unie à la votre. En avortant vous vous emputeriez, non d’un corps étranger, mais de la partie la plus intime de vous-mêmes.  La Vierge Marie  allait  elle aussi donner naissance à son Enfant dans des conditions extrêmement difficile. Elle Le mit au monde dans un lieu inconfortable, une grotte à bestiaux. Elle partie en Égypte car la vie de son enfant, Jésus,  était menacée. Elle n’avait pas de toit où l’abriter. Mais ce qui maintenait son courage  c’était cette vie au-dessus de sa propre vie qui était en elle. Évidemment la Mère de Dieu portait la Vie même en elle, La Vie qui donne la vie à tout être vivant. Mais il n’est pas inexacte d’établir une comparaison : les femmes, plus que les hommes, ont d’une manière innée ce sens. Une Mère qui porte en elle la vie de son enfant durant les neuf mois de la gestation parle à son enfant, le rassure, l’aime, écoute les battement de son cœur, sent les coups qu’il donne avec ses petits pieds dans son ventre. Cette vie devient pour elle une source d’eau vive, un fleuve inépuisable d’amour, et le Christ présent durant neuf mois dans le ventre de sa Mère la toute Sainte n’est pas absent de cette vie là.  Il est devenu pleinement homme en assumant pour toutes les mères tous  les âges de l’humanité :  le Christ fétus, le Christ embryon, le Christ  nouveau né, le Christ petit enfant, le Christ adolescent, le Christ adulte… Le Christ plein de sagesse,  est présent dans chaque nouvelle vie. Lorsque l’on supprime un enfant c’est comme le roi Hérode qui cherchait en massacrant les saints innocents à faire mourir le Christ. Chaque enfant qui meurt ainsi rajoute son sang à celui des Saints Innocents. Je ne dis pas cela pour vous condamner de vos avortements passés. Le Seigneur aime le pécheur mais il haï le péché. Mais vous me demandiez si le Seigneur allait vous pardonner un nouveau péché.  Le Seigneur vous a déjà répondu par l’enfant qui est en vous :  Il s’est proposé, je vous l’affirme, à effacer  le sang innocent, par cette nouvelle vie qui est née en vous,  en vous proposant de Lui faire confiance, de l’écouter Lui et non les mauvais conseils, pour que cet enfant soit enfin une source de grâce et de lumière dans votre existence. Si vous le pouvez, donnez lui des études religieuses et conduisez le vers le service du Seigneur, car il ne vous appartient pas, vous en êtes seulement le gardienne : il appartient au Seigneur dans sa vie comme dans sa mort. Mais ce n’est pas à vous ni à personne de lui donner la mort ; Vous devez le maintenir dans  la vie que Notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ lui a donnée, car Lui seul est le donateur de Vie.

    Transportez votre âme dans la Résurrection prochaine du Christ.

    Que la Trinité toute sainte vous bénisse.


    +Métropolite Michel Laroche
    Et la traduction en roumain due à Madame Mihela Mihailah

    « „Public aici răspunsul dat unei scrisori primite pe Facebook din partea unei mame ortodoxe, care a mai făcut avort si care avea în vedere posibilitatea repetării acestui lucru, pentru că subiectul avortului priveste foarte multe femei. Evident, răspunsul pe care l-am dat are caracter personal, însă numeroase aspecte din această scrisoare a mea poate vor hrăni gândurile persoanelor care se confruntă cu această dramă. Nu public scrisoarea pe care am primit-o, păstrându-i caracterul anonim.”  »

    Dragă soră în Hristos,

    Vă înteleg si vă sunt alături în zbuciumul dumneavoastră. Domnul este Cel care vă trimite acest copil, pentru ca să stergeti, prin dragoste si prin viata pe care i-o veti da, deznădejdea care v-a făcut să vă despărtiti de ceilalti doi copii, care sunt acum undeva în Cer, la mila Domnului. Sufletul copilului dumneavoastră este acum unit cu al dumneavoastră. Făcând avort, vă veti amputa nu un corp străin, ci partea cea mai intimă a vouă însivă. Fecioara Maria a trebuit să dea si ea nastere Copilului ei în conditii deosebit de dificile. L-a adus pe lume într-un loc foarte lipsit de confort, într-o pesteră pentru animale. A fugit în Egipt pentru că viata copilului ei, Iisus, era amenintată. Nu avea acoperis deasupra capului si nici unde să tragă. Dar lucrul care-i mentinea curajul era această viată, mai presus de propria ei viată, care se afla în ea.

    Bineînteles, Maica Domnului purta în pântece Viata însăsi, Viata care dă viată oricărei fiinte vii. Dar nu gresim dacă facem o paralelă cu ea: femeile, mai mult decât bărbatii, au acest simt înnăscut. O Mamă care poartă în ea viata copilului ei în timpul celor nouă luni de sarcină îi vorbeste copilului ei, îl ocroteste, îl iubeste, îi ascultă bătăile inimii, îl simte când dă din picioruse în pântecul ei. Această viată devine pentru ea un izvor de apă vie, un fluviu inepuizabil de dragoste, iar Hristos, în timpul celor nouă luni cât a stat în pântecele Preasfintei Sale Maici nu lipseste din acea viată. El devine pe deplin om asumând pentru toate mamele, toate vârstele umanitătii: Hristos embrion, Hristos făt, Hristos nou-născut, Hristos copil, Hristos adolescent, Hristos adult... Hristosul plin de întelepciune este prezent în fiecare nouă viată.

    Atunci când un copil e lepădat, se întâmplă ca în cazul împăratului Irod, care încerca, prin uciderea Pruncilor, să-l omoare pe Hristos. Fiecare copil care moare astfel îsi adaugă sângele celui al Sfintilor Prunci. Nu vă spun asta pentru a vă condamna pentru avorturile din trecut. Domnul îl iubeste pe păcătos, dar urăste păcatul. Însă mă întrebati dacă Dumnezeu v-ar ierta un nou păcat. Domnul v-a răspuns deja prin copilul pe care îl purtati în pântece; El si-a propus – afirm acest lucru fără nici o ezitare – să steargă sângele nevinovat prin această nouă viată care s-a născut în dumneavoastră, propunându-vă să aveti încredere în El, să-L ascultati pe El si nu sfaturile rele, pentru ca acest copil să fie, în sfârsit, un izvor de har si de lumină în existenta dumneavoastră. Dacă puteti, lăsati-l să facă studii teologice si îndrumati-l spre slujirea Domnului, pentru că el nu vă apartine; dumneavoastră îl aveti doar în grijă, căci el îi apartine Domnului, atât în viată, cât si în moarte. Dar nu stă în puterea dumneavoastră si nici a oricui altcuiva să îi dati moartea; trebuie să-l păstrati în viată, în viata pe care Domnul nostru Dumnezeu si Mântuitor Iisus Hristos i-a dat-o, căci El singur este dătător de Viată.

    Transportati-vă sufletul în apropiata Înviere a lui Hristos.

    Sfânta Treime să vă binecuvânteze.

    +Mitropolit Michel Laroche

     

  • Seconde Naissance: Introduction et Chapitre 1

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    "Quoi de plus beau qu'un âme dans l'angoisse?" Saint Syméon le Nouveau Théologien

     

    Introduction.


    L ‘Angoisse est devenue un phénomène contemporain tellement important que ce sujet se justifie comme tel. Cette sensibilisation de notre société à l’angoisse provient en partie des recherches dans le domaine de l’investigation du psychisme. Les sciences humaines, en particulier, regardent l’angoisse comme un symptôme qui, associé à d’autres, témoignent de tel ou tel comportement névrotique. L’angoisse n’est d’ailleurs pas considérée par ces sciences comme un phénomènes nécessairement négatif.
    Il est, au contraire, très  fréquent qu’au cour de sa psychanalyse, le psychanalysé  traverse des crises d’angoisses liées à des prise de conscience et à des phases de libération de problèmes passés. Mais il est nullement question ni dans nos capacités ni dans nos propos, d’analyser le problème de l’angoisse sous l’angle de la psychanalyse ou de la psychiatrie.
    Si l’angoisse est le grand problème d’aujourd’hui, elle est le point de vérification de la vie spirituelle le plus traditionnel de la spiritualité de l’Église Orthodoxe. Or ceux qui traversent des périodes d’angoisse ont tendance, en général, à se considérer comme des « malades » ou à culpabiliser leur angoisse.
    Une réflexion chrétienne sur le problème de l’angoisse s’impose donc à notre temps. Bien des personnes en effet vivent leur angoisse comme une maladie indéchiffrable qu’ils subissent avec plus ou moins de force ou de volonté. Le Christianisme se doit de dire une parole positive sur ce sujet dont il faut reconnaître qu’il est très rarement abordé. Cela pourtant n’est qu’une apparence puisque le Christ, au contraire, dit lui-même : » Étroite est la porte, angoissé    est  le chemin qui mène à la vie » ( Mt VII, 14)
    L’Église Orthodoxe a une théologie de l’angoisse. Les Pères  de l’Église ont toujours considéré que la pratique de l’angoisse était indispensable à l’acquisition du Royaume des cieux, c’est-à-dire l’Esprit Saint. Pour eux la parole de Notre Seigneur Jésus Christ selon laquelle l’homme devra pour être sauvé, et être son disciple, prendre sa croix et le suivre, désigne les épreuves et les angoisses.( Syméon le Nouveau Théologien, Catéchèse IX, 265 et Mt XVI, 24.)
    L’homme qui choisit de suivre le Christ selon la Tradition Orthodoxe  passe nécessairement  par de nombreuses épreuves et par le creuset spirituel de l’angoisse, afin d’y être purifié et de recouvrer son ancienne beauté ( Ibid., Catéchèse IX, 260). Bine plus pour ces Pères, elle est un signe positif qu’il convient dès lors, non seulement de ne pas culpabiliser, mais d’accepter d’assumer.
    La mort extérieure,  le suicide n’est d’ailleurs que la caricature de la mort volontaire, intérieure, de l’homme sur lui-même qu’il vit  à travers l’épreuve de l’angoisse. Car l’angoisse assumée est une mort volontaire de l’homme sur lui-même concernant ses habitudes de pensée, ses façons de voir, et même ses schémas idéaux dont son âme s’est laissé imprégner et qui, soudain, sont remis en cause par la venue de l’Esprit Saint lequel, dans son souffle, révèle à la personne sa nouvelle et cependant véritable identité. C’est pourquoi les Pères de l’Église disent que c’est le feu de l’Esprit saint qui, s’emparant d’une âme pour la purifier parce qu’il a discerné en elle une bomme volonté et une ouverture à Dieu, lui communique une angoisse presque insupportable qui ne lui laisse ni trêve ni repos. (Syméon  le Nouveau Théologien, Éthique VII, 510.)
    Nous verrons dans ce livre - qui abordera un autre sujet qui découle de ce mystère et que les théologiens contemporains ont nommé avec justesse la théologie des larmes - que si un homme refusent d’accepter l’expérience de l’angoisse, il renonce du même coup à sa purification, car l’angoisse est la mère des larmes et ce sont les larmes qui purifient l’âme de toutes ses scories. ( Ibid. Catéchèses XXIX, 190.)
    L’angoisse est donc identifiée par les Pères à la résistance aux anciens préjugés psychiques qui prennent possession de l’âme. Face à la venue de l’être nouveau révélé par l’Esprit Saint, ceux-ci se consument, réduit en cendres par le feu incréé et divin de l’Esprit Saint ( Ibid. Étique XII. )
    L’angoisse est donc une nécessité indispensable à ce que les Pères, après le Christ ont nommé la seconde naissance.
    Un Père spirituel contemporain riait beaucoup en racontant que lorsque quelqu’un venait le voir en lui disant : mon Père je vais très mal car je sui dans l’angoisse, il répondait toujours : alors c’est que tu vas bien !
    Dans cet ouvrage, je m’efforcerai donc, en m’appuyant sur les la très riche littérature patristique concernât le mystère de l’angoisse mais aussi l’expérience pastorale de l’Église Orthodoxe, d’apporter sur ce problème particulier une réponse à tous ceux qui passent par cette épreuve.
    Je voudrais montrer que l’angoisse non seulement n’est pas le signe d’une maladie psychique, mais qu’elle est, au contraire, la manifestation la plus concrète de l’évolution positive qui est en train de s’opérer dans l’individu.
    Je voudrai essayer de donner, à travers l’enseignement des Pères du désert et des grands ascètes de l’Église Orthodoxe, des outils spirituels permettant à l’homme de tirer le meilleur parti de ses angoisses en les assumant.

    Chapitre 1 : Le chemin angoissé du Royaume

    Loin d’être un signe négatif, l’angoisse a donc toujours eu, dans l’expérience spirituelle de l’Église Orthodoxe, une importance déterminante. A tel point que l’un des Pères ascétiques les plus importants du christianisme oriental, saint Syméon le Nouveau Théologien, affirme avec force  que: «  sans passer par le creuset des angoisses et en affrontant maintes épreuves », il est impossible d’enter dans l’expérience spirituelle authentique et d’atteindre la purification de son âme et de son cœur. ( Catéchèses IX, 260.(VIIIe siècle)
    L’angoisse n’est pas, pour la spiritualité orientale, un problème du XXe siècle. Depuis presque deux mille ans d’existence, l’Église d’Orient a rassemblée d’important témoignage sur ce thème notamment à travers la spiritualité du désert.
    Un écrit de  la spiritualité du désert datant du Ve siècle raconte qu’un fils spirituel va trouver son abba et lui dit : « Père, la pensée du suicide me tourmente. » Le Père spirituel répond : « Mon fils, c’est parce que tu n’assumes pas ton angoisse » ( Nous approfondirons ce texte avec sa référence dans un autre chapitre : l’angoisse et ses mondes imaginaires.) Cette réponse pleine de sagesse nous trace la voie à suivre. Assumer son angoisse est précisément le but important de toute authentique expérience spirituelle. C’est son rejet qui jette l’homme dans la culpabilité. Mais il convient maintenant, pour mieux comprendre notre sujet, d’aborder des problèmes de sémantique. « Thlibo » est un mot grec employé à maintes reprises dans l’Écriture Sainte, aussi bien par les quatre évangélistes que par l’apôtre Paul, et que traduit le mot français angoisse. Il signifie, outre l’angoisse au sens propre, resserré, oppressé, étreint, étroit. Il a exactement la même racine sémantique que le mot latin correspondant « angustia ».
    Aussi, en latin aussi bien qu’en grec, l’angoisse est véritablement la porte resserrée qui conduit au Royaume des cieux. Ceux qui écoutaient le Christ ne l’entendaient pas dire : «  Entrer par la porte resserrée » mais très exactement : « étroite est la porte, angoissé est le chemin qui mène à la vie »( Mt VII, 14)
    Les actes des Apôtres nous rappellent  que l’apôtre Paul enseignait que c’est par beaucoup d’angoisses qu’il nous fallait entrer dans le Royaume des Cieux » (Ac.  XIV, 12)
    Les Pères de l’Église, s’appuyant sur ce passage de l’Écriture Sainte attestaient que personne ne pouvait parvenir au Royaume des cieux sans l’expérience de l’angoisse. ( Dorothée de Gaza, Œuvres spirituelles, lettre 9 N° 199 ( VI e siècle).
    Les Pères du désert remarquent que l’apôtre Paul n’a pas précisé par quelle sorte d’angoisse l’homme devait passer pour atteindre le Royaume des cieux. L’apôtre spécifie d’une manière très large et indéterminée « par beaucoup d’angoisse », manifestant ainsi que  le cheminement particulier qu’elle constitue n’est pas lié à un seul phénomène, à une seule cause, mais que l’ensemble de ces angoisses doit être assumé (Ibid). Selon ces ascètes donc, celui qui désire s’engager sur la voie de l’Évangile, non seulement doit assumer ses angoisses et les supporter, mais il doit aussi dans la prière remercie le Seigneur de ce qu’elles surviennent pour le purifier de ses péchés ( Ibid).
    En effet la venue de l’angoisse est le passage douloureux er resserré d’un état à un autre, celui de la mort à la Résurrection. L’angoisse est liée à l’agonie de l’âme qui entre en deuil sur tout ce qui en elle est mort et doit désormais se détacher d’elle, afin qu’elle puisse ressuscité sa véritable hypostase. (« Hypostasis » en grec : personne. Employé dans le langage théologique pour désigner les trois Hypostases ( ou personne) de la Trinité.)

  • Seconde Naissance

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    Seconde Naissance
    De l’homme de l’angoisse à l’homme de la résurrection.
    Dès Lundi prochain 22 mars 2010 : deux chapitres par semaine.

    Nouvelle introduction. Mars 2009

    Cet ouvrage paru une première fois en 1986  aux éditions « Nouvelle Cité » (4000 exemplaires) a été épuisé en six mois. Mais des question internes à la maison d’édition empêchèrent sa réédition immédiate, et une seconde édition (4000 exemplaires) vit le jour en 1990 ; le livre, tout aussi rapidement épuisé, n’eut plus jamais de réédition pour des motifs obscurs. Depuis, il est aujourd’hui presque introuvable d’occasion sur Amazone. Nous avons, toutes ces dernières années, reçu un courrier abondant nous demandant de rééditer cet ouvrage qui reste par son sujet,  l’angoisse, précurseur dans les publications chrétiennes sur ce thème trop rarement abordé.  Aussi avons-nous décidé de le republier chapitre après chapitre sur notre Blog. Nous nous sommes, en effet, persuadés qu’avec près de 25000 visiteurs par an, notre Blog pouvait donner à notre ouvrage toute l’audience permettant, à ceux qui le désirent, d’y trouver des réponses à leurs questions.  L’actualité de l’angoisse dans notre vie  de tous les jours et la réponse chrétienne qui vient des Pères du désert  et du monachisme Byzantin font de ce livre un guide pour tous ceux qui connaissent ce chemin  resserré et oppressant de l’angoisse et les conduira, nous l’espérons,  à ne plus la culpabiliser et à en discerner la nécessité et à en faire, non un chemin de mort, mais un chemin de vie spirituelle.
    Dès la nuit de dimanche 21 mars à lundi 22 mars 2010 vous pourrez lire ou relire le début  cet ouvrage.

  • Un dialog în Postul Mare

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    I. Tristeţi şi nelinişti
    - Avva, îmi simt sufletul trist, fără motiv.
    - Fiul meu, asta este din cauză că suntem în Postul Mare.
    - Cum aşa? Explicaţi-mi, Părinte!
    - Din primele duminici ale Triodului, începem să citim, chiar dinainte de prima săptămână a Postului, cântări care au un mare răsunet în sufletul nostru.
    Cum să nu asculţi primele rugăciuni ale Triodului, care se spun la vecernia Duminicii Vameşului şi Fariseului şi să nu fii atins: „Fraţilor, să nu ne rugăm în chipul fariseului, căci cel ce se înalţă, se va smeri; ci să ne smerim, mai degrabă, în faţa lui Dumnezeu, asemenea vameşului şi să spunem ca el: «Doamne, miluieşte-mă pe mine, păcătosul.»” (Vecernia, Glasul 1, prima strofă) şi mai departe: «Doamne Atotputernic, ştiu ce pot lacrimile: porţi ale morţii, ele l-au mântuit pe Iezechiel; prin ele, păcatele curtezanei au fost uitate; tot prin ele, vameşul a fost îndreptăţit, iar fariseul, nu. Cu ei (cei care plâng), îndrăznesc să Te rog să mă numeri, Doamne; miluieşte-mă.» (Vecernia, Glasul 1, strofa a III-a), fără să o uităm pe aceasta: «Vezi lacrimile mele şi întăreşte-mă, Hristoase, Dumnezeul nostru, căci Tu eşti Prietenul omului.» (Priveghere, Glasul 1, strofa a II-a).
    Toate aceste texte, pe care le citim ca şi cum noi am fi cei despre care se vorbeşte în ele, ne fac să devenim, rând pe rând, vameşul care geme sub multele lui păcate; păcătoasa care îi mărturiseşte lui Hristos întinăciunea ei; regele David, care îşi recunoaste păcatul îndoit: uciderea şi adulterul şi ne simţim astfel cuprinşi de pocăinţa la care ne îndeamnă aceste cântări şi vărsăm lacrimile pe care le-au vărsat aceia.
    Dar mai presus de toate, cunoaştem neliniştea dată de conştientizarea bruscă a greşelilor lor, pe care le-au recunoscut sub privirea Domnului. Dacă izbutim, cu ajutorul nepreţuit al harului, să rostim aceste texte sfinte, care sunt o prelungire a scrierilor Sfinţilor Părinţi ai Bisericii, ca şi cum am fi noi înşine protagoniştii acestora, nu este de mirare că ne cuprind tristeţea, înnegurarea, căinţa, remuşcarea şi neliniştea pe care le-au simţit ei. Cum să nu plângi, cum să nu fii neliniştit şi să nu gemi, atunci când, de pildă, strigăm la slujba Canonului cel mare al Sf. Andrei Criteanul: „Ca Tâlharul strig Ţie: pomeneşte-mă; ca Petru strig cu amar: iartă-mă, Mântuitorule! Strig ca vameşul, lăcrimez ca păcătoasa. Primeşte-mi tânguirea, ca oarecând pe a cananeencei: Doamne, auzi lacrimile mele.” (Cântarea a opta, glasul 6, versetul 15).
    - Avva, mai spuneţi-mi, vă rog, despre acest subiect al neliniştii şi tristeţii pe care le simt în această perioadă a Postului Mare. Cum se întâmplă că putem simţi nelinişte, aşa cum spuneţi, chiar în momentul în care suntem în faţa Domnului, Mântuitorul sufletelor noastre? Oare n-ar trebui, dimpotrivă, să simţim o bucurie fără margini?

    II. Din întuneric la Lumină, de la Lumină la întuneric
    - Copilul meu, sunt două feluri de nelinişti în viaţa duhovnicească. Am să-ţi vorbesc mai întâi de neliniştea sfinţilor, asa cum este ea relatată în viaţa lor.
    Aşadar, fiul meu, când un prizonier este scos din temniţa lui şi adus la lumină, în plin soare, nu mai vede nimic, orbit de lumina de care a fost lipsit atâta vreme, deoarece în întunericul închisorii, zărea doar şobolanii şi murdăriile din locul lui de detenţie. Trecerea de la întuneric la lumină în viaţa duhovnicească începe întotdeauna printr-o orbire. Dacă eşti scos din temniţă şi din întunericul acesteia dintr-o dată, punându-ţi sufletul în plină Lumină, eşti orbit de abundenţa acesteia. Treci printr-o formă de nelinişte, în această trecere de la obscuritate la lumină.
    Sufletul tău, datorită abundenţei luminii, începe să perceapă, în sfârşit, tenebrele neliniştitoare ale Infernului în care era închis până acum. Prin însuşi excesul acestei lumini de care fusese până acum lipsit, el vede, dintr-o dată, cât de departe era faţă de această lumină plină de fericire.
    Un text al Triodului exprimă această realitate a experienţei duhovniceşti: «Rugăciunea mea voi vărsa către Domnul şi Lui voi spune scârbele mele; că s-a umplut sufletul meu de răutăţi şi viaţa mea s-a apropiat de iad, şi ca Iona mă rog: Dumnezeule, din stricăciune scoate-mă.» (Sâmbăta celei de-a patra Vecernii, Cântul 6, glasul 8, primul verset). Tocmai în faţa Domnului, în Lumina Lui, sufletul poate striga din groapă, adică din întunericul iadului: scapă-mă! Realizarea deplină, de către sfinţi, a obscurităţii, are loc pentru ei prin venirea Luminii.
    Un lucru să înţelegi, însă: sufletul, în această stare, nu ştie că se află în lumină, căci el se simte, dimpotrivă, şi mai mult închis în noaptea închisorii sale, alături de şobolani – care sunt demonii – tocmai din cauza strălucirii „Luminii Luminilor”. Tocmai în timpul aceastei experienţe, Sfântul Siluan Athonitul, chinuit fiind în chilia sa de către îngerii căzuţi, trecând prin iad, l-a auzit pe Hristos spunându-i: „Ţine-ţi mintea în iad şi nu deznădăjdui.” El era în neliniştea obscurităţii iadului, luptându-se cu demonii care-l chinuiau şi pe care îi vedea, când, dintr-o dată, într-o pace negrăită, a auzit Lumina cea Adevărată, vorbindu-i.
    Însuşi Marele Antonie, care se închisese de bună-voie într-un mormânt păgân pentru a se curăţi, era, zi şi noapte, chinuit de demoni, iar asta nu doar câteva luni, ci timp de mulţi ani. Când, în sfârşit, i s-a arătat Domnul şi sfântul a putut să Îi contemple Faţa în pace şi Lumină, a strigat: „Doamne, unde ai fost până acum?”, iar Domnul i-a răspuns: „Aici eram, Antonie şi îţi admiram lupta!” Înţelesul cuvântului lui Hristos e limpede: Antonie, la fel ca Siluan, credea că este în iad, aflându-se, de fapt, în plină lumină, chiar sub privirea lui Hristos; desigur, în mijlocul rănilor reale provocate de demoni, însă nu în întunericul iadului. În aceste încercări, sfinţii trăiesc senzaţia de îndepărtare de Dumnezeu, fiind, în acelaşi timp, în prezenţa Sa luminoasă, în faţa Lui – iarăşi spun, fiind ca orbiţi de excesul Luminii Sale.
    - Abba, vreţi să spuneţi că demonii care îi chinuie pe sfinţi fac acest lucru în faţa Domnului, cu îngăduinţa Lui?
    - Nu numai pe sfinţi, pe toţi oamenii. Nu există încercări sau ispite care i se întâmplă unui om fără îngăduinţa lui Dumnezeu. Acest lucru reiese întocmai din Cartea lui Iov, într-un dialog uimitor între satana şi Dumnezeu: satana îi cere lui Dumnezeu să-i dea voie să-l pună la încercare pe Iov, spunându-i Domnului că dacă îl va lăsa să facă acest lucru, Iov se va dezice de El. Ca şi Antonie, Siluan şi o mulţime de alţi sfinţi, Iov ajunge să cunoască o parte din obscuritatea iadului, în plină lumină. Căci prezenţa diavolului este infernală; ea aduce cu ea putoarea îngrozitoare şi neliniştea apăsătoare ale iadului – însă aceste lucruri nu sunt iadul însuşi. Apoi, vrăjmaşul are o limită, pe care i-a hotărât-o Dumnezeu, în chinurile pe care li le dă sfinţilor, şi pe care el nu o poate depăşi: „Numai nu te atinge de viaţa lui.” (Iov 2:6) – porunca pe care i-o dă Dumnezeu satanei cu privire la Iov.
    Diavolii care îi chinuie pe sfinţi nu văd Lumina divină, pentru că sunt lipsiţi de însuşirea de a percepe această Lumină necreată. Ei sunt precum orbii în prezenţa luminii. Diavolii nu percepeau lumina lui Hristos, iar apostolii n-au descoperit Lumina necreată, care transfigura umanitatea Domnului de la Întruparea Sa şi pe care o avusese întotdeauna, veşnic, ca Logos veşnic, decât atunci când ochii li s-au deschis pe Muntele Tabor; şi, după cum scrie dumnezeiescul Grigorie Palama: „devenind ei înşişi duh, au contemplat ceea ce era asemănător modului lor de contemplare”. Este aceeaşi taină şi aici.
    Hristos revărsase tot timpul Lumina purceasă din dumnezeirea Lui. Numai că ochii apostolilor şi ai celorlalţi oameni fuseseră închişi în faţa acestei Lumini. Atunci când Hristos este ispitit de satana în pustie, iar diavolul vine la el şi îi vorbeşte, ţinta ispitelor diavolului era chiar Lumina însăşi. Aşa cum s-a întâmplat mai târziu cu sfinţii, dar nu într-un mod la fel de desăvârşit, pentru că atunci totul s-a întâmplat în plină Lumină. Sufletul nostru îşi dă seama cu greu că aceste perioade de obscuritate care există în viaţa duhovnicească – mai ales în timpul Postului Mare – sunt lucrarea Luminii.

    III. Adevăratul iad este a fi lipsit de Dumnezeu
    - Avva, mă simt în acest Post ca şi cum aş fi despărţit de Domnul; ca părăsit, dat diavolilor, prin patimile care mă chinuiesc.
    - Copilul meu, toate acestea sunt conforme lucrurilor pe care le-au trăit înaintea ta Sfinţii Părinţi. Când Sf. Antonie cel Mare strigă: „Doamne, unde erai?”, acest strigăt ne arată că sufletul lui fusese atins de deznădejde, că trecea prin experienţa teribilă a pregustării iadului care este lipsirea de Domnul, de Mirele sufletului nostru; lipsit de Viaţă, de Lumină, într-un întuneric şi mai mare, pentru că noi am cunoscut mai înainte – chiar şi imperfect –, această Lumină. Această ruptură de Dumnezeu este fructul cel mai îngrozitor al păcatului. Păcatul desparte de Dumnezeu. Păcatul închide sufletul în propriul lui întuneric.
    Ce pedeapsă, ce iad, să fii despărţit de Viaţă! Sf. Isaac Sirul ne spune: „Cel care îşi vede păcatele este mai mare decât cel care înviază morţii”. Vederea prin har a păcatului permite, la un prim nivel, pocăinţa şi întoarcerea, ocupând întreaga existenţă a cuiva, însă există şi un al doilea nivel, mai rar.
    - Care este acesta, Părinte?
    - Acest nivel nu este acordat decât anumitor sfinţi, pentru că el constituie o probă pe care puţine suflete o pot îndura. Ea înseamnă trecerea prin toate urmările păcatului, fără a fi osândit. Păcatul este o rupere absolută de Dumnezeu. Nu este doar o îndepărtare precum cea a fiului risipitor, ci o ruptură clară, o trecere de la lumină la întuneric, de la dragostea de mamă la o părăsire violentă. Însă numai cei care au cunoscut binefacerile prezenţei Vieţii lui Hristos în ei pot să-şi dea seama de adevărata dimensiune a pierderii harului Binefăcătoarei Sale Prezenţe.
    Ei sunt, aşa cum spune Stareţul Siluan Athonitul, precum Adam care plânge la poarta Raiului. Lacrimile lui Adam purtau amintirea prezenţei binefăcătoare a lui Dumnezeu din Grădina Edenului şi a luminii pe care o iradia Raiul. Pierderea lui Dumnezeu era pentru el o experienţă de iad, pentru că pentru cel care a cunoscut adevărata Lumină, lumina acestei lumi este întuneric. Una este să vezi toată frumuseţea şi harul pierdut din cauza unui păcat, şi alta să trăieşti despărţirea de Dumnezeu, pe care o aduce tot păcatul.
    Deşi sufletele sfinţilor nu sunt aşezate în iad, unde sunt osândiţii, li se dă să treacă printr-o experienţă infernală: „Ţine-ţi mintea în iad şi nu deznădăjui”. Acest cuvânt al Stareţului Siluan, pe care el l-a auzit de la Hristos în timp ce trecea prin acea experienţă de iad, ne arată toată realitatea acestui drum pe care nu-l alegem. Înainte de toate, înainte de prezenţa înfiorătoare a demonilor, iadul este ruptura, prăpastia care ne desparte de Dumnezeu. Şi ispita deznădejdii şi neliniştii care însoţesc această încercare.

    IV. Să înalţi rugăciunea din adâncurile iadului
    - Avva, de ce trec sfinţii prin această încercare?
    - Pentru ca să crească în ei rugăciunea pentru lume, pentru toţi cei care nu Îl cunosc pe Dumnezeu sau care L-au cunoscut şi L-au uitat, s-au îndepărtat de El, pentru toţi cei care continuă să Îl insulte, să Îi pună coroana de spini şi să Îl răstignească. În fine, pentru toate sufletele celor adormiţi, care suferă in iad din cauza despărţirii lor de Dumnezeu. Sfinţii sunt nişte răstigniţi de bună voie pentru lume; ei se roagă zi şi noapte pentru ea, iar rugăciunea lor este plină de râvnă, pentru că au cunoscut despărţirea de Viaţă şi ştiu mai bine ca noi ce înseamnă moartea sufletului. Însă cel ce n-a cunoscut mai întâi Viaţa cum ar putea să conştientizeze moartea?
    - Părinte, îmi spuneaţi şi de un al doilea fel de nelinişte. Mă puteţi lumina asupra acestui lucru? Neliniştea prin care trec eu, sau această a doua nelinişte este cea care ţine de experienţa de iad de care tocmai mi-aţi vorbit?
    - Fiul meu, Sfinţii Părinţi ai pustiei au cunoscut, rând pe rând, cele două feluri de nelinişte, pentru că sunt legate una de alta întotdeauna, deşi cauzele lor sunt cu totul diferite. Însă credincioşii simpli sunt puţin confruntaţi cu neliniştea infernală, pentru că ei nu duc decât arareori o luptă directă cu vrăjmaşul. Monahii, pe de altă parte, îşi consacră întreaga lor viaţă luptei duhovniceşti şi se luptă cu patimile lor, în spatele cărora se ascunde lumea obscurităţii şi puterile întunericului. De aceea, sunt confruntaţi cu neliniştea infernală.
    Primul fel de nelinişte vine şi el din pogorârea luminii în suflet. Sf. Simeon Noul Teolog spune: „Sfântul Duh este ca un foc care se mişcă de jur împrejurul pământului şi de îndată ce găseşte un suflet cu bună voinţă, îl aprinde.” Sufletul acela, explică Sf. Simeon, simte în acest foc curăţitor o durere insuportabilă, căci Duhul Sfânt arde în el tot ce ţine de această lume. Arzând astfel, continuă Sf. Simeon, sufletul degajează un fum gros, care îi întunecă vederea: atunci el cunoaşte neliniştea, neliniştea de a muri singur, în mijlocul a tot ce până atunci a pactizat cu duhul acestei lumi şi patimile ei.
    Da, există ceva comparabil între cele două feluri de experienţe: căci prin însăşi pogorârea Luminii (aici, Duhul Sfânt), sufletul, fiind îndepărtat de întunecimea acestei lumi, este aruncat vremelnic într-un soi de obscuritate, tocmai din cauza acestei veniri a Preasfântului Duh în el. Este mormântul în care este scufundat sufletul înainte de a învia din moartea păcatului. „Ieri m-am îngropat împreună cu Tine, Hristoase; astăzi mă ridic împreună cu Tine, Cel ce ai înviat.”, cântăm în Canonul Învierii al Sf. Ioan Damaschin.
    A fi îngropat împreună cu Hristos, a coborî în iad cu Hristos, pentru a învia cu Hristos, sunt experienţe duhovniceşti cât se poate de reale. Coborârea în iad alături de Hristos, în lumina lui Hristos, în chip asemănător Lui face parte dintr-o încercare duhovnicească autentică.
    Fără îndoială că acum înţelegi mai bine textul acesta, pe care mulţi îl recită fără să-i pătrundă înţelesul şi pe care ţi-l citam la începutul convorbirii noastre: „Rugăciunea mea voi vărsa către Domnul şi Lui voi spune scârbele mele; că s-a umplut sufletul meu de răutăţi şi viaţa mea s-a apropiat de iad, şi ca Iona mă rog: Dumnezeule, din stricăciune scoate-mă.” (Sâmbăta celei de-a patra Vecernii, Cântul 6, Glasul 8, primul verset). Din groapă ne facem auzit glasul în fiecare zi, către Domnul: groapa este iadul.
    Şi această altă rugăciune: „Peste măsură Ţi-am greşit, mare va fi osânda mea: scrâşnirea dinţilor, vaietul cel fără de alinare, gheena focului, întunericul iadului; însă Tu, Prea-Dreptule, dă-mi mie lacrimi de pocăinţă, ca să capăt, postind, iertarea păcatelor mele; deci către Tine strig: O, Hristoase Dumnezeule, miluieşte-mă, pentru multă bunătatea Ta.” (a doua săptămână a Postului, Vecernia de duminică; Lucernare, Glasul 8, primul verset).
    Sfinţii ridică rugăciunea lor din adâncurile iadului. Acceptând să ne rugăm încă din această viaţă, cu sufletul adâncit în iad, vom evita să fim duşi în el după trecerea noastră dincolo. Toate aceste texte ne fac să participăm, într-o anume măsură, cu mult mai mică decât a lor, la experienţa iadului, pe care o cunosc sfinţii şi de care ţi-am vorbit în dialogul nostru. Însă îţi repet, nu ne alegem noi acest fel de a ne ruga, ci suntem conduşi către el fără să vrem. Cu toate acestea, vreau să adaug că această încercare, de ruptură faţă de Domnul, de abandon total al Prezenţei Sale, este trăită de întreaga Biserică o dată pe an.

    V. Dezgolit de haina Luminii
    - Cum aşa, Părinte?
    - Cel puţin asta trăiesc eu însumi, de când am căpătat o conştiinţă creştin-ortodoxă; şi sunt sigur că este la fel pentru foarte mulţi credincioşi: în timpul slujbei Prohodului Domnului, atunci când ducem, liturgic, într-un alai funerar, pe o pânză brodată sau pictată (Epitafionul), pe Hristos, al cărui Trup este reprezentat alungit la baza Crucii, înconjurat de Maica Domnului, Sfintele Mironosiţe, Sf. Ioan Teologul şi Sf. Iosif din Arimateea. Ca egumen al mănăstirii noastre, în timpul acestei procesiuni, Epitafionul îmi este ţinut deasupra capului meu plecat, de patru fraţi, în timp ce eu ţin cu amândouă mâinile Sfânta Evanghelie. Facem astfel înconjurul bisericii de trei ori, cântând: „Vrednicule Iosif”.
    În această clipă, ca în afara timpului, orologiul lumii se opreşte, căci Ziditorul lumii şi Creatorul timpului, Viaţa însăşi, Cea dătătoare de viaţă, consimt să moară. Evanghelia ne spune că în momentul arestării lui Iisus, au vrut să prindă un ucenic al Domnului şi că veşmintele acestuia au rămas în mâinile soldaţilor Marelui Preot, iar acela a fugit în noapte: „El însă, smulgându-se din pânzătură, a fugit gol.” (Marcu 14:52).
    Acest text are întotdeauna un ecou deosebit în sufletul meu. Suntem toţi dezgoliţi de Dumnezeu, lipsiţi de dumnezeire, pierzându-ne cu acest apostol necunoscut în întunericul unei nopţi fără Dumnezeu. Da, îţi mărturisesc că în fiecare an, la slujba de vecernie a Prohodului, trăiesc puternic această privare de Dumnezeu, această goliciune dată de absenţa harului Său, această nelinişte a obscurităţii, determinată de lipsa Luminii Adevărate, care luminează întreaga lume, iar toate acestea sunt pentru mine o pregustare a infernului.
    - Avva, eu însumi trec prin această experienţă, însă eram departe de a pricepe toată însemnătatea ei, prin raportarea la iad. Într-adevăr, în multe scrieri se insistă asupra prezenţei diavolilor care îi chinuie pe cei încercaţi; pe de altă parte, adevărata tortură a iadului, după învăţătura Sfinţiei Voastre, este privarea de Dumnezeu.
    - Pentru sfinţi, este de netăgăduit; pentru că toţi au cunoscut în carnea lor lupta aproape fizică împotriva vrăjmaşului. Ei i-au simţit sila şi au suferit de pe urma ei. Însă sfinţii au pus deasupra tuturor încercărilor prin care au trecut – inclusiv toate prigonirile care i-au urmărit pe toţi în viaţa lor – cea a lipsirii de harul sensibil al Domnului: „Doamne, unde ai fost până acum?”.
    Această întrebare a Sf. Antonie şi răspunsul pe care i-l dă Domnul: „Eram aici şi îţi admiram lupta.” ne arată faptul că Antonie nu a fost niciodată lipsit de har, ci doar de senzaţia harului, de vreme ce Domnul era tot timpul de faţă, El, Lumina Adevărată, în obscuritatea în care Antonie sau Siluan – şi mulţi alţi sfinţi – credeau că se află.
    În rugăciunile Triodului din Postul Mare găsim cel mai bine înfăţişată această experienţă – dezgolirea de harul divin. Să începem prin a înţelege toată încărcătura dramatică a acestor rugăciuni, pătrunzându-ne de această cântare: „Adam s-a aşezat oarecând spre a plânge în faţa porţii Raiului; şi cu capul între mâini, zicea: Doamne al îndurării, miluieşte-mă pe mine, păcătosul.” (Duminica Izgonirii lui Adam din Rai, Utrenie, icos, primul verset).
    Mai întâi vreau să fac următoarea observaţie: ai văzut că în timpul şederii noastre la Mănăstirea de tip athonit din Sihăstria, din România, monahii aveau tocmai această poziţie, la rugăciune? Aşezaţi cu capul între mâini, stăteau aplecaţi, precum Adam când îşi aducea aminte de harul pierdut. În Adam ardea amintirea din prezent a luminii necreate pe care o pierduse, a veşmântului divin al nemuririi în care fusese îmbrăcat şi a dulceţii binefăcătoare şi plină de pace a prezenţei divine a Ziditorului care se plimba prin Rai.
    Cine nu a cunoscut niciodată acest har nu poate înţelege că el trăieşte deja, prin propria sa privaţiune, iadul pe pământ. Strigăm, ca Adam cel izgonit din Rai: „Mântuitorule al Raiului, în haină dumnezeiască mă îmbrăcaseşi, însă înşelat de diavol, Ţi-am încălcat poruncile şi, netrebnic, îmi recunosc goliciunea.” (Duminica Izgonirii lui Adam din Rai, Canonul Utreniei  cântarea  a 6-a, primul verset). „Îmbrăcat în haina ruşinii în loc de veşmântul de lumină, îmi plâng pierderea, Doamne…” (Duminica Izgonirii lui Adam  din Rai, Utrenie, oda 7, primul verset).
    Precum Adam cel plin de lacrimi în faţa porţilor închise ale Raiului, trăind pregustarea iadului, mărturisim: „Cândva, eram înveşmântat într-o strălucire nemuritoare, iar acum, biet muritor, sunt înfăşurat în giulgiul morţii.” (Duminica Izgonirii lui Adam din Rai, Laudele, Glasul 5, primul verset).
    Goliciunea pe care o simţim în toate aceste texte ale Triodului este cea care sfinţii o simt încă şi mai puternic, în anumite momente ale vieţii lor, pe drumul lor, care este în acelaşi timp luminos şi obscur; aceasta este senzaţia pierderii veşmântului harului necreat. Însă cine nu a cunoscut niciodată intimitatea unirii cu Mântuitorul, nu poate înţelege această pierdere a harului; căci la fel ca Adam, trebuie mai întâi să o fi cunoscut, pentru a măsura o măsură nemăsurată – goliciunea absolută pe care o aduce pierderea Prezenţei Lui: „Vai mie, că m-am dezbrăcat de veşmântul cel dumnezeiesc.” (Duminica Izgonirii lui Adam din Rai,Vecernia, Glasul 6, primul verset).

  • Dialogue en Carême

     

     


     

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    Un dialogue en Carême.

    I Tristesse et angoisses

    - Abba mon âme est triste sans raison.

    - Mon enfant c’est que nous sommes en Carême.

    - Explique moi Père.

    - Depuis les premiers dimanches du Triode  nous lisons, avant même la première semaine de Carême, des odes qui ont un très grand retentissement dans notre âme. Comment ne pas entendre pour soi-même les toutes premières prières du Triode qui se disent aux Vêpres du Dimanche du Publicain et du Pharisien: «  Frères ne prions pas à la manière du Pharisien, car celui qui s’élève devra s’humilier ; humilions-nous plutôt devant Dieu, à la manière du Publicain, et disons comme lui : « Seigneur aie pitié du pécheur que je suis. » (Lucernaire Ton 1 1er strophe) et plus loin : « Seigneur tout puissant, ce que peuvent les larmes je le sais : des portes de la mort, elles sauvèrent Ezéchias, par elles la courtisane fit oublier ses péchés, par elles aussi le Publicain fut justifié, et non point le Pharisien. Avec eux (ceux qui pleurent) daignes me compter, Seigneur aie pitié de moi » (Lucernaire Ton 1 3ème strophe) sans oublier celle-ci : « Vois mes larmes et rends-moi plus fort Ô Christ notre Dieu car tu es l’ami de l’homme. » (Lucernaire Ton 1 2ème strophe). Tous ces textes que nous formulons comme si nous en étions les figures, en les prononçant nous devenons tour à tour le Publicain qui gémit sur ses nombreux péchés, la pécheresse qui confesse au Christ son impureté, le roi David qui reconnait son double péché : le meurtre et l’adultère, et en nous saisissant du repentir qui nous est proposé dans ces odes, nous répandons les larmes qu’ils ont versées. Mais bien plus nous connaissons l’angoisse de la conscience soudaine de leurs fautes qu’ils ont connues devant le regard du Seigneur. Si nous parvenons avec l’aide précieuse de la grâce à prononcer ces textes saints qui sont un prolongement des écrits des saints Pères de l’Église, comme si nous en étions les véritables acteurs, alors il n’est pas étonnant que nous soyons plongés dans la tristesse, le deuil, la componction, le repentir, l’angoisse qui sont les leurs. Comment ne pas pleurer, être dans l’angoisse et gémir lorsque par exemple nous clamons dans l’office du Grand Canon de saint André de Crète : « Comme le Larron je crie, Seigneur, comme Pierre je pleure amèrement, comme le Publicain je crie : pardonnes-moi ; comme la Pécheresse et la Cananéenne : Seigneur agrée mes pleurs. » ? (Ode 8, Ton 6, 15 ème strophe)

    -Abba pouvez-vous approfondir ce sujet de l’angoisse et de la tristesse que j’éprouve en ce temps du Saint Carême ? Comment se fait-il que nous puissions connaître l’angoisse au moment même, comme vous l’affirmez, où nous sommes placés devant le Seigneur, le Sauveur de nos âmes ? Ne devrions-nous pas à l’inverse éprouver une joie sans pareille ?

     

     

     

     

     

    II Des ténébres à la Lumière, de la Lumière aux ténèbres.

    - Mon enfant, il existe deux sortes d’angoisse dans la vie spirituelle. Je te parlerai d’abord de l’angoisse des saints telle qu’elle est rapportée dans leur vie.

    Mon Fils, lorsqu’un prisonnier sort de son cachot et qu’il est placé en pleine lumière face au soleil, il ne voit plus rien, aveuglé par la lumière dont il avait été si longtemps privé ; alors que dans l’obscurité de sa prison il entrevoyait les rats et les ordures de son lieu de détention. Le passage de l’obscurité à la lumière dans la vie spirituelle commence toujours par rendre aveugle. Si soudain on te retire du cachot et de ses ténèbres, en mettant ton âme en pleine Lumière, tu es aveuglé par l’abondance de cette lumière. Tu connais une forme d’angoisse dans ce passage de l’obscurité à la lumière. Ton âme par l’abondance de la lumière discerne enfin la ténèbre angoissante de l’Enfer dans laquelle elle était enfermée. Elle mesure soudain par l’excès même de cette lumière dont elle était jusque-là privée, son éloignement de cette bienheureuse lumière. Un texte du Triode exprime cette réalité de l’expérience spirituelle : « Je répands ma supplication devant Dieu, au Seigneur j’expose mon chagrin, car mon âme s’est emplie de maux et ma vie est proche de l’Enfer, au point que je m’écrie comme Jonas : de la fosse, Seigneur, délivre-moi. » (Samedi de la quatrième semaine Orthros, Ode 6, Ton 8, 1er strophe). C’est effectivement en face du Seigneur, dans Sa Lumière, que l’âme peut s’écrier de la fosse c’est-à-dire des ténèbres de l’Enfer, délivre-moi. » La pleine conscience des saints de l’obscurité s’opère pour eux par la venue de la Lumière. Mais comprends ce que je te dis : l’âme dans cet état ne sait pas qu’elle est dans la lumière, car elle se sent au contraire d’avantage dans la nuit de son cachot en compagnie des rats qui sont les démons, à cause même de l’éclat de la « Lumière de Lumière ». C’est exactement cette expérience que vivait Saint Silouane du Mont Athos tourmenté dans sa cellule par les anges déchus, expérimentant l’Enfer, entendant le Christ lui dire : « Tiens ton esprit en Enfer et ne désespère pas ». Pour lui il était dans l’angoisse de l’obscurité enférique, combattant contre les démons qui le tourmentaient et qu’il voyait, lorsque soudain dans une paix ineffable il entendit la Vrai Lumière lui parler. Le grand Antoine lui-même, enfermé volontairement pour sa catharsis dans un tombeau païen, était, nuit et jour, tourmenté par les démons, et cela pas pour seulement quelques mois, mais durant de nombreuses années. Lorsque le Seigneur lui apparut enfin et qu’il pu contempler son beau visage dans la Paix et la Lumière. Il s’exclama : « Seigneur où étais-tu jusque là ? » et le Seigneur lui répondit :  «  J’étais là Antoine et j’admirai ton combat ! » La signification de la parole du Christ est claire : Antoine, comme Silouane croyait qu’il était en Enfer, alors qu’il était en pleine lumière devant le regard même du Christ ; certes dans la réalité des blessures infligées par les démons, mais non dans l’obscurité de l’Hadès. Dans cette épreuve les saints vivent la sensation de l’éloignement de Dieu, alors qu’ils sont en Sa présence lumineuse face à Lui, je le répète comme aveuglés par l’excès de Sa Lumière.

     

    -Abba vous voulez dire que les démons qui torturent les saints, le font devant le regard du Seigneur avec sa permission?

    - Non seulement les saints mais tout être humain. Il n’y a pas d’épreuves ou de tentations qui surviennent à un être humain sans la permission de Dieu. C’est exactement ce qui ressort du livre de Job dans un dialogue étonnant entre Satan et Dieu : Satan demande à Dieu la permission d’éprouver Job, affirmant que si le Seigneur lui laisse le tourmenter, Job se détournera de Dieu. Job, comme Antoine, comme Silouane et comme une multitude de saints connaît quelque chose de l’obscurité de l’Enfer en pleine lumière. Car la présence du démon est enférique, elle transporte l’odeur affreuse et l’angoisse oppressante de l’Enfer, mais ce n’est pas l’Enfer lui-même. Bien plus l’adversaire a une limite fixée par Dieu dans les tourments qu’il inflige aux saints, qu’il n’a pas la possibilité de dépasser : « Mais seulement épargne sa vie » (Job II, 6) commande à propos de Job le Seigneur à Satan. Les démons qui tourmentent les saints ne voient pas la Lumière divine, parcequ’ils sont privés de la capacité de perception de cette lumière incréée. Ils sont comme des aveugles en présence de la lumière. Les démons ne percevaient pas la lumière du Christ et les apôtres ne découvrirent la lumière incréée qui transfigurait l’humanité du Seigneur depuis son Incarnation et qu’il avait toujours éternellement comme Verbe éternel, que lorsque leurs yeux s’ouvrirent sur le Mont Thabor ; et comme l’écrit le divin Grégoire Palamas : « devenant eux-mêmes esprit ils contemplèrent ce qui était semblable à leur mode de contemplation. » C’est le même mystère. Le Christ était toujours irradié de la lumière issue de sa divinité. Seuls les yeux des apôtres et des autres humains étaient fermés à cette lumière. Lorsque le Christ est tenté par Satan dans le désert et que le diable le visite et lui parle, c’était La Lumière elle-même qui était en but aux tentations du démon. Comme plus tard pour les saints, mais non d’une manière aussi parfaite, car alors tout se passait en pleine Lumière. Notre esprit conçoit difficilement que ces périodes d’obscurité qui existent dans la vie spirituelle et particulièrement dans le Carême soient l’œuvre de la Lumière.

     

    III Le véritable Enfer, c’est être privé de Dieu.

    -Abba je me sens dans ce Carême comme coupé du Seigneur, comme abandonné, livré aux démons à travers les passions qui me tourmentent.

    -Mon enfant tout cela est conforme à ce qu’ont vécu avant toi les Pères. Lorsqu’Antoine s’écrie : «  Seigneur où étais-Tu ? » Cette exclamation nous montre que son âme avait touché le désespoir, qu’il vivait l’expérience terrible de l’avant-goût de l’Enfer qui est d’être privé du Seigneur, de l’Époux de notre âme, privé de la Vie, privé de la Lumière, dans une obscurité renforcée par ce que nous avions connu, au paravant, même imparfaitement, cette Lumière. C’est cette coupure de Dieu qui constitue le fruit le plus terrible du péché. Le péché sépare de Dieu. Le péché enferme l’âme dans ses propres ténèbres. Quelle punition, quel enfer que d’être séparé de la Vie. Saint Isaac le Syrien énonce cette sentence : «  Celui qui voit ses péchés est plus grand que celui dont la prière ressuscite un mort. » La vision charismatique du péché si elle permet dans un premier degré qui peut occuper toute une existence, le repentir et la conversion, un second degré plus rare existe.

    -Lequel mon Père ?

    - Ce degré n’est accordé qu’à certains saints car il constitue une épreuve que peu d’âmes sont capables de supporter. C’est d’expérimenter toute les conséquences du péché, sans pour autant être damné. Le péché est une coupure absolu avec Dieu. Pas uniquement un éloignement comme celui du Fils Prodigue, mais bien une coupure, un passage de la lumière aux ténèbres, de l’amour d’une mère à l’abandon violent. Mais seuls ceux qui ont connu les bienfaits de la présence de la Vie en eux du Christ, peuvent mesurer cette perte de la sensation de la grâce de Sa bienheureuse Présence. Ils sont, comme l’écrit le Starets Silouane de l’Athos, comme Adam qui pleure à la porte du Paradis. Adam dans ses larmes avaient le souvenir de la bienheureuse présence de Dieu dans le jardin d’Eden, et de la lumière dont était iradié le Paradis. La perte de Dieu était pour lui une expérience enférique, car pour celui qui a connu la vrai Lumière, la lumière de ce monde est obscurité. Une chose est de voir toute la beauté de la grâce perdue à cause d’un péché, autre chose est d’expérimenter la coupure avec Dieu que constitue tout péché. Bien que leurs âmes ne soient pas placées en Enfer où sont les damnés, il est donné aux saints de vivre une expérience enférique : « Tiens ton esprit en enfer et ne désespère pas. » Cette parole que le Starets Silouane entend du Christ alors qu’il vit cette expérience enférique, nous montre toute la réalité de ce chemin que l’on ne choisit pas. L’Enfer avant tout, avant la présence affreuse des démons, c’est la coupure, le gouffre qui sépare de Dieu. Et la tentation du désespoir et de l’angoisse qui accompagne cette épreuve.

     

    IV Faire monter sa prière des tréfonds de l’Enfer.

    - Abba, pourquoi les saints vivent-ils cette épreuve ?

    - Pour augmenter en eux la prière pour le monde, pour tous ceux qui ne connaissent pas Dieu ou qui l’ayant connu l’ont oublié, se sont détournés de lui, pour tous ceux qui continuent de l’insulter, de le couronner d’épines de le crucifier. Enfin pour toutes les âmes des défunts qui souffrent de la séparation de Dieu en Enfer. Les saints sont des crucifiés volontaire pour le monde, ils prient jour et nuit pour le monde et cette prière connaît une ferveur, parcequ’ils ont connu la séparation avec la Vie, et qu’ils connaissent mieux que nous en quoi consiste la mort spirituelle. Mais celui qui n’a pas connu préalablement la Vie comment pourra-t-il prendre conscience de la mort ?

    - Père vous me parliez d’une seconde angoisse. Pourriez-vous m’éclairer à son sujet. Est-ce l’angoisse que je connais, ou bien cette angoisse appartient-t-elle à cette expérience enférique dont vous venez de me parler ?

    - Mon Fils les saints Pères du désert ont connu tour à tour les deux sortes d’angoisses, car l’une vient toujours avec l’autre bien que leurs causes soient entièrement différentes. Mais les simples croyants sont peux confrontés à l’angoisse enférique, car ils ne mènent que rarement un combat direct contre l’adversaire. Les moines eux consacrent leur vie au combat spirituel, et luttent contre leur passions derrière lesquelles se cachent le monde obscur, les puissances des ténèbres. Aussi sont-ils confrontés à l’angoisse enférique. La première angoisse provient, elle aussi, de la venue de la lumière dans une âme. Syméon le Nouveau Théologien écrit ceci : « L’Esprit Saint est comme un feu qui tourne autour de la terre et dès qu’il aperçoit une âme de bonne volonté il enflamme cette âme ». Celle-ci explique Syméon éprouve dans ce feu purificateur une douleur insupportable, car l’Esprit Saint brûle tout ce qui appartient à ce monde. L’âme continue Syméon en se consumant dégage une fumée épaisse qui lui donne une vision obscurcie : elle connaît l’angoisse, l’angoisse de mourir à elle-même dans tout ce qui au paravant pactisait avec l’esprit du monde et ses passions. Oui il y a quelque chose de comparable entre ces deux expériences : c’est bien par la venue de la Lumière, ici l’Esprit Saint, que l’âme en étant retirée de la noirceur de ce monde, est plongée provisoirement dans une forme d’obscurité à cause même de la venue de l’Esprit Très Saint. C’est le tombeau dans lequel l’âme est immergée avant de ressusciter de la mort du péché. « Hier avec Toi j’étais enseveli, aujourd’hui avec Toi je ressuscite » nous fait chanter saint Jean Damascène dans le canon des Odes Pascales.  Être enseveli avec le Christ, descendre aux Enfers avec le Christ pour ressusciter avec le Christ, sont des expériences spirituelles tout à fait authentiques. La descente aux Enfer avec le Christ dans la lumière du Christ, en similitude avec Lui fait partie de l’authentique épreuve spirituelle. Tu entends sans doute mieux maintenant ce texte que beaucoup récitent sans en pénétrer le sens que je te citais au début de notre entretien : « Je répands ma supplication devant Dieu, au Seigneur j’expose mon chagrin, car mon âme s’est emplie de maux et ma vie est proche de l’Enfer, au point que je m’écrie comme Jonas : de la fosse, Seigneur, délivre-moi. » (Samedi de la quatrième semaine Orthros, Ode 6, Ton 8, 1er strophe) C’est de la fosse que nous faisons chaque jour entendre notre voix au Seigneur : la fosse c’est l’Enfer. Et cette autre prière : « Sans mesure j’ai péché contre Toi, immense sera mon châtiment : les grincements de dents, l’inconsolable gémissement, la géhenne de feu, l’obscurité de l’Enfer ; mais toi, Juste très juste, donnes-moi les larmes de repentir, pour obtenir en jeûnant la rémission de mes péchés, et vers Toi je crie Ô Christ et Seigneur : aie pitié de moi, dans ta grande bonté. (IIe semaine de Carême, Dimanche soir à Vêpres. Lucernaire Ton 8, 1er strophe). Les saints font monter leur prièrers des tréfonds de l’Enfer. C’est en acceptant de prier dès cette vie notre âme étant plongée en Enfer, que nous éviterons d’y être conduit après notre trépas. Tous ces textes nous font participer dans une certaine mesure, infiniment moindre que la leur, à l’expérience de l’Enfer que connaissent les saints dont je t’ai parlé durant notre entretien. Mais je te le répète on ne choisit pas ce mode de prière, on y est conduit involontairement. Cependant j’ajoute que cette l’épreuve d’être coupé du Seigneur, de vivre l’abandon total de sa présence, est vécue par l’ensemble de l’Église une fois par an.

     

    V Dénudé de la Tunique de Lumière.

    - Comment cela mon Père ?

    - Du moins c’est ce que je vis moi-même depuis que j’ai une conscience chrétienne orthodoxe, et je suis certain qu’il en est ainsi pour de très nombreux croyants : c’est lors de l’office de l’Epitaphion, lorsque nous transportons liturgiquement dans un convoi funéraire sur ce dais brodé ou peint (l’Epitaphion), le Christ représenté allongé au pied de Sa Croix, entouré de la Mère de Dieu des saintes femmes de Saint Jean le Théologien et de Joseph d’Arimatie. Comme higoumène de notre Monastère l’épitaphion est tenu durant cette procession par quatre Frères au-dessus de ma tête courbée, moi-même tenant à deux mains le saint Évangile. Nous faisons ainsi trois fois le tour de l’église avec le chant funéraire : « Le noble Joseph. » En cet instant hors du temps, l’horloge du monde est comme arrêtée, car le Créateur du Monde, l’auteur du temps, la Vie même donatrice de vie, consent à la mort. L’Évangile rapporte que l’on a au moment de l’arrestation de Jésus voulu se saisir d’un disciple du Seigneur, et que ses vêtements sont restés entre les mains des soldats du Grand Prêtre, celui-ci s’étant enfuit nu dans la nuit : « Un jeune homme le suivait n’ayant qu’un drap sur le corps. On l’arrête mais celui-ci lâchant le drap s’enfuit nu ». (Mc XIV, 52) Ce texte a toujours sur moi, en moi, un écho particulier.  Nous sommes tous dénudés de Dieu, privés du divin nous enfonçant avec cet apôtre inconnu dans l’épaisseur d’une nuit sans Dieu. Oui chaque année, je te le confesse, lors de la célébration des Vêpres de l’Epitaphion, je vis intensément cette privation du Seigneur, cette nudité de l’absence de sa grâce, cette angoisse de l’obscurité par manque de la Vrai Lumière qui éclaire le monde, toutes choses qui pour moi sont un avant goût de l’Enfer.

    - Mon Abba, je vis moi-même cette expérience, mais j’étais loin d’en avoir saisi toute la signification se rapportant à l’Enfer. En effet dans beaucoup d’écrits on insiste sur la présence des démons qui tourmentent les éprouvés, alors que le véritable supplice de l’Enfer, d’après votre enseignement, c’est la privation de Dieu.

    - Pour les saints c’est indiscutable, car tous ont connu dans leur chair le combat presque physique contre l’adversaire. Ils en ont éprouvé de la répugnance et en ont souffert. Mais les saints ont situé au-dessus de toutes les épreuves qu’ils ont traversé, y compris les persécutions dont, dans leur vie, ils ont tous été l’objet, celle de la privation de la grâce sensible du Seigneur : « Seigneur où étais-tu jusque-là ? » Cette question d’Abba Antoine et la réponse que lui donne le Seigneur : «  J’étais là et j’admirai ton combat » nous indique qu’Antoine n’a jamais été privé de la grâce, mais uniquement de la sensation de la grâce, car le Seigneur était toujours présent, Lui la Vrai Lumière, dans l’obscurité qu’Antoine, ou Silouane et beaucoup d’autres saints, pensaient vivre.

    C’est dans les prières du Triode du Grand Carême que nous trouvons le mieux exprimée cette expérience, d’être dénudé de la grâce divine. Commençons par comprendre toute la dramaturgie qui est sous-jacente à ces prières en nous imprégnant de cette ode : «  Adam s’assis autrefois pour pleurer devant la porte du Paradis ; et la tête entre les mains, il disait : Dieu de tendresse, prends pitié de moi pécheur. » (Dimanche de la Tyrophagie. Orthros. Ikos, 1er strophe) Je fais d’abord une remarque : tu as observé dans notre séjour dans le monastère athonite de Sihastria en Roumanie que certains moines avait exactement cette position corporelle pour prier. Assis la tête entre les mains, ils étaient plongés, comme Adam dans le souvenir de la grâce perdue. Adam avait, brûlant en lui, le souvenir présent de la lumière incréée perdue, de ce vêtement divin d’immortalité dont il était revêtu et de la douceur bienheureuse et pacifiante de la divine présence du Créateur se promenant dans le Paradis. Qui n’a jamais connu cette grâce ne peut comprendre que c’est déjà vivre, par sa privation, l’Enfer sur terre. Comme Adam chassé du Paradis nous nous écrions : « Sauveur au Paradis tu m’avais revêtu d’un vêtement divin ; mais séduit par le démon j’ai violé tes commandements et, malheureux je reconnais ma nudité. » (Dimanche de la Tyrophagie. Orthros Ode 6, 1er strophe) « Revêtu du vêtement d’infamie au lieu de l’habit lumineux je pleure ma perte, Sauveur… »(Dimanche de la Tyrophagie. Orthros Ode 7, 1er strophe) Comme Adam en larmes devant la porte fermée du Paradis, vivant l’avant gout de l’Enfer nous confessons : « Jadis j’étais revêtu d’un immortel éclat et maintenant pauvre mortel je suis enveloppé du linceul de la mort » (Dimanche de la Tyrophagie. Laudes Ton 5 1er strophe)

    La nudité que nous expérimentons dans tous ces Textes du Triode, est celle que vivent plus intensément encore, certains moments de leur existence, les saints, dans un chemin à la fois lumineux et obscur; celui de la sensation de la perte du vêtement de la grâce incréée. Mais qui n’a jamais connu l’intimité de l’union avec le Seigneur, ne peut comprendre cette perte de la grâce ; car comme Adam il faut d’abord l’avoir connue pour mesurer d’une mesure sans mesure, la nudité absolue que procure la perte de Sa présence : «  Hélas je me suis dépouillé du vêtement divin » (Dimanche de la Tyrophagie. Lucernaire Ton 6, 1er strophe)