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  • Louanges à la Mère de Dieu et toujours Vierge Marie

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    Nous pensons en ce temps du Carême qui commence nous confier à l’intercession maternelle de la Très sainte Mère de Dieu. Dans cette perspective nous  avons composé une méditation pour louanger celle qui est plus «Vénérable que les Chérubins ».

    1 La Très Sainte Mère de Dieu Archétype parfait du Mystère Eucharistique.


    Qu’elle fut le premier Père à avoir invoquer dans le désert le saint Nom de Jésus ? »

    Ce n’est pas un Abba ni d’ailleurs une Ama, qui invoquât en premier le doux Nom de Jésus. En vérité,  la première personne humaine avoir invoquer le Christ Eucharistique fut la Toute Sainte Mère de Dieu, qui reçu juste après la révélation par l’archange Gabriel du Divin Nom de Son Fils Notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ,  le Verbe dans sa chair.  Dès cet instant  la Théotokos murmurait amoureusement dans son cœur même dans une insondable et incomparable prière, d’une Mère à son Fils, d’une créature à son Créateur, d’une Fiancée à son Fiancé : « Jésus,  Jésus, Jésus. » Tout au long des neufs mois de la gestation du Christ qui grandit en elle, la Mère de Dieu ne cessait de murmurer intérieurement et extérieurement, dans son inspire comme dans son expire  le doux Nom de Jésus : «  Jésus mon doux Jésus, mon Seigneur Jésus, mon Sauveur Jésus, mon Fils Jésus ».  Pour que nous aussi nous fassions grandir en nous le Christ Eucharistique  lorsque nous le recevons dans la communion, non qu’en nous il ne soit pas pleinement parfait dans le mystère de son Corps et de son Sang, mais que nous lui fassions d’avantage de place afin que « Lui croisse et que nous nous diminuons. » (Jn III, 30).
    Le Christ dès l’Incarnation  ne cessait de reposer dans son cœur ardent, brûlant d’amour, de Marie afin qu’elle aussi repose son âme sainte en Lui. Ce double mouvement commencé par la Très Sainte Mère de Dieu existe toujours dans la sainte communion : Le Christ Eucharistique vient se reposer en nous pour que nous nous reposions en Lui, comme il est venu se reposer chez Zachée  le Publicain à qui il a dit : « Descend vite car il me faut demeurer chez toi»(Lc XIX, 1-10).  Tous les hésychastes savent qu’après que le Christ Eucharistique  soit venu dans leur maison intérieur il leur faut « descendre vite » dans leur cœur avec la pointe de leur âme,  pour y louanger dans une prière intensifiée le Christ présent en eux.
    Nous contemplons en Marie l’unité eucharistique parfaite et accomplie du Christ et de l’humanité. Nous pouvons discerner ici que le mystère de la prière Eucharistique  du Nom de Jésus est grand. L’Église Orthodoxe a attestée ce mystère dans une icône nommée la « Vierge du Signe » dans la quelle nous contemplons la Théotokos en position d’orante les bras écartés à demis levé le Christ Jésus enfant comme jaillissant de son cœur, bénissant.  Les Père hésychastes ont tous reconnus cette icône comme étant celle de la prière du Nom de Jésus. Observons également la Mère de Dieu dans l’icône de la Nativité. Celle-ci  ne regarde pas le Christ extérieur allongé dans la mangeoire, mais elle conserve son regard vers le Christ intérieur qui ne cesse d’habiter « la pointe de son âme » unie à son cœur. Car en sortant d’elle le Christ ne s’est pas séparé d’elle.

    Une autre Icône nous enseigne un mystère très grand sur la puissance d’intercession de la Toute Pure toute sainte Mère de Dieu et toujours  Vierge Marie. C’est l’icône de la fête de la Sainte Rencontre ( 2 février) ; Nous y contemplons Marie déposer son Fils Jésus Christ contre la poitrine du Vieillard Syméon.  Ici ce n’est plus un ange qui révèle le divin Nom de Jésus, mais la Mère de Dieu elle-même qui en déposant sur le cœur de Syméon  le doux fardeau, lui annonce en même temps le doux Nom de Jésus.  Dès cet instant le vieillard Syméon  en recevant la présence de Jésus sur son cœur, son cœur absorbait  Jésus,  Jésus absorbait son cœur et les deux devenaient  un. Le saint vieillard Syméon vivait dans son cœur  les arrhes du Christ Eucharistique et aspirait à mourir en murmurant : « Jésus,  Mon jésus, Mon doux Jésus. » En vérité une multitude de saints Pères Hésychastes dont saint Silouane, saint Syméon le Nouveau Théologien saint Grégoire le Synaïte attestent que c’est en priant devant la sainte icône de la Mère de Dieu, qu’ils ont reçu le charisme de la prière ininterrompue de saint Nom de Jésus.
    En Marie se trouve le repos parfait du Christ Eucharistique.


    2 En Marie  nous pouvons contempler la perfection de l’Échelle Mystique des Béatitudes.


    Marie  était pauvre en Esprit (Mt V, 3) lorsqu’elle répondit à l’Ange qui lui annonçait sa conception : « Comment cela sera-t-il  puisque je ne connais point d’homme ? » (Lc I, 34) Marie ne pouvait envisager cette conception sans la venue de l’Esprit Saint, confessant par la même sa pauvreté en Esprit. C’est pourquoi l’Ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du très haut te prendras sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naitra de toi sera appelé Fils de Dieu. » (Lc I, 35)
    Marie est  pleinement la Consolé du Consolateur (Mt V 4) lorsqu’après sa réponse à l’ange, l’Esprit Saint descendit en elle concevoir dans son âme comme dans sa chair le Verbe divin. En Marie est réalisée la perfection de la Consolation divine de celui qui a dis: «  Le Père vous donnera un autre Paraclet » (Jn, XIV16)   et qui ajouta :« Lorsque viendra le Paraclet (Consolateur) que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de Vérité qui procède du Père. » (Jn XV,26). Dès cet instant Marie reçoit la vie en l‘Esprit inséparable du Verbe. « Elle est pleine de grâce» remplie de la Consolation de l’Esprit divin.
    En Marie germe le fruit de la Terre Promise de ceux qui sont doux (Mt V, 5), habités totalement par Celui que les voix hésychastes ne cessent de prier comme le : « Le Christ Très Doux ». Ce fruit du Nouvel arbre de Vie qui est le Christ Eucharistique, planté dans le Nouveau paradis : la Très sainte Mère de Dieu. À chaque liturgie nous goutons au fruit immortel: « Goutez et voyez combien le Seigneur est doux… » comme nous le chantons à communion.
    Du sein de Marie jaillit pour l’Église le Pain de Vie, le Pain de Justice de l’unique Juste Crucifié pour nous racheter de nos injustices et rassasier et désaltérer tous ceux qui ont faim et soif ( Mt V,6)  de Son Corps livré et de Son Sang versé pour notre salut.
    Avant même que le Verbe se fasse chair en elle, Marie  était, et elle est toujours, la prosphora parfaite inégalée qui s’est offerte au Seigneur en vue de la descente (Epiclesis) du Saint Esprit.
    Marie est aussi, avec son Fils Notre Seigneur Jésus Christ, une oblation non sanglante, car le sceau de sa virginité est inviolé.
    Marie est l’accomplissement des promesses divines, l’Arche d’Alliance dans lequel repose la Nouvelle Manne tombée non dans désert aride, mais sur la Nouvelle  Terre Promise de Sa virginale  Conception.
    En Marie parviennent les « Kirié éleison » « Seigneur aie pitié »  de toute l’Église. Les Père Hésychastes n’interprètent pas autrement la Béatitude « Bienheureux les miséricordieux, car il obtiendrons miséricorde »(Mt V, 7) car en grec les moines du Mont Athos n’ont aucune difficulté à comprendre leur langue dans la quelle ils entendent la Béatitude de cette manière : «  Bienheureux les  « élémones » c’est-à-dire ceux qui chaque jour, chaque heure, chaque minute crient au Seigneur « éleison » « Aie pitié » cela reçoivent la « pitié »  ou « miséricorde-éleison »  du Seigneur. Avec eux mêlant nos voix aux leurs nous crions comme des mendiant en Esprit Saints, des affamés et assoiffés du Corps et du Sang du Christ : « Seigneur Jésus Christ Fils de Dieu « aie pitié » ( éléison) de moi pécheur. »

    En Marie est la pureté du cœur, elle qui contemple dans son sein et  dans son cœur très pur et très chaste: « la Lumière de Lumière, le vrai Dieu de vrai Dieu non créé consubstantiel  au Père » ( Credo). En elle s’accomplie d’une manière inégalable la Béatitude : « Bienheureux les cœurs purs car ils verrons Dieu. » (Mt V, 8)

    En Marie est la « paix qui surpasse toute intelligence qui conserve nos cœur en Jésus Christ » ( Ph. IV, 7) car dans son cœur habite Jésus qui a dit : « Je vous donne ma paix » (Jn XIV,27)  et qui ne cesse de dire à son Église « Paix à vous ! » (Jn XX, 19 ; 21 ; 26). En elle réside la perfection de la paix, la paix elle même le Christ Jésus, qu’elle ne cesse de répandre dans le monde et dans l’Église accomplissant la Béatitude : « Bienheureux les artisans de paix car ils seront appelé Fils de Dieu ». (Mt V, 9)

    Nous contemplons en Marie les deux  Béatitudes crucifères : « Bienheureux les persécutés pour la justice : le Royaume des Cieux est a eux. Bienheureux êtes vous lorsqu’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit toute sorte de mal de vous à cause de moi. » Marie dans une douleur surhumaine est transpercée comme par un glaive dans son âme ( Lc II, 35) par  chaque clou qui perce les membres de son Fils.  Marie est pour toujours en larmes au pied de la Croix comme elle continue d’être pieusement représentée dans les icônes Roumaines populaires peintes sur verre. Elle ne pleure pas seulement sur la mort de son Fils, mais sur nos morts spirituelles pour que dans la chair humiliée, blessée, couronnée d’épines souffletée, transpercée de son Fils, tous ressuscitent. Elle pleure pour assécher nos larmes. Elle verse ses larmes saintes et douloureuses  pour que notre désespoir se transforme en espérance, notre tristesse en joie, notre accablement en foi inébranlable, notre angoisse en paix, notre existence égoïste en vie offerte,  notre mort spirituelle  en résurrection.

    En Marie est la perfection de l’Échelle mystique des Béatitudes.

    +Métropolite Michel Laroche

  • Homélie sur le Pardon comme prélude au Carême

    Homélie sur Le Pardon comme prélude au Saint Carême par le Métropolite Michel Laroche.

    Dans sa méditation Mgr Michel nous commente la parole du Notre Père : « Remets nous de nos dettes comme nous remettons à nos débiteurs ». Ils nous explique que le pardon est une eau vive qui circule, et quelle n'agit sur nous que si nous en désaltérons les autres. A notre mort nous ne serons pas tourmentés par les péchés que nous aurions oublié de confesser mais par les fautes que nous aurions oublié de pardonner. Nos péchés fussent-ils écarlates si nous pardonnons à nos débiteurs nos dettes nous seront entièrement remises. Ce pardon se conjugue avec l'amour des ennemis.

  • Le vieux manteau Chapitre II

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    Chap. 2: Réflexions  sur notre vie en face de la mort.


    En ce temps de Carême qui commence je vous invite , à nouveau, à partager avec moi une réflexion sur la mort.
    Un médédecin me racontait qu’il avait au cours de son activité de très nombreuses fois assisté à l’agonie de ses patients. Est-ce parceque lui-même était pessimiste et qu’il était enclin à percevoir les faits de cette manières, où était-ce la réalité  que son destin lui faisait croisé, mais il prétendait avoir toujours été le témoin de mourants qui regrettaient amèrement leur vie passée, non pas parcequ’il la quittait, mais parce que selon leur critère, il n’y avait rien réalisé.
    En approfondissant la question,  ces personnes au seuil de la mort se rendaient compte qu’elles n’avaient laissé aucune trace d’elles sur la terre, aussi brillantes que fussent  leurs carrières. La retraite donne le temps à l’homme de découvrir que ce sentiment de pouvoir et de puissance, pour tous ceux qui ont eu des responsabilités, dont ils ont, durant un temps,  bénéficié, s’estompe avec un autre temps et qu’ils entrent très rapidement dans la classe des « hasbines ».
    Philosophiquement nous allons nous efforcer de mettre en évidence ici le gouffre qu’il y a entre l’approche mondaine et la perspective des Pères du désert de la mort. Nous disons des Pères du désert à dessein et non pas uniquement chrétiennes parce qu’eux seuls ont réussit à cultiver jusqu’à son extrême la pensée de la mort.
    Dans la démarche mondaine de la mort, pour les plus nantis, car cette question ne semble pas se poser dans les mêmes termes pour un cheminot, un ouvrier qualifier,  un administratif de base un ces soldats dans l’armée des fonctionnaires ou des bureaucrate des entreprises ou de la fonction publique, bien que des pouvoirs de  petits chef existent à leur niveau, avec leur relent de satisfaction, à tous les échelons.
    L’œuvre accompli sur terre, la trace qu’elle laissera derrière soi, la reconnaissance qu’en auront les générations futures, paraît être pour certains dirigeants une consolation suffisante à leur disparition physique. L’immortalité de l’esprit dans cette vision des choses, n’est pas l’immortalité de l’âme, ni bien entendu celle d’une divinité à la quelle on croit un peu pour les un, ou pas du tout pour les autres, mais bien l’immortalité d’une œuvre reconnue.  Hors il faut bien l’admettre si l’on est un adepte de cette pensé, la majorité d’entre nous ne pourra qu’être amèrement déçu, le seuil de la mort ne laisse plus de place à l’illusion, à moins d’un orgueil démesuré et tenace qui tiendrait dans ce moment de vérité absolu durant lequel même le Roi Soleil confessa à son arrière petit fils le futur Louis XV qu’il avait trop aimé la guerre. Mais malgré cette réalité d’une conscience des derniers instants biens des individus construisent des châteaux de sables avec une constance désappointante que la marée de la mort va infailliblement ensevelir de ses flots grondants en  évanouissant avec eux le bruit des applaudissements des spectateurs devant leurs œuvres aussi belles que dérisoires.
    Une autre pensée plus générale et, en apparence seulement, moins ambitieuse, console ceux qui ont une foi faible ou absente. Celle-ci leur  parait suffisante pour leur permettre de partir en paix. C’est lorsque l’on laisse derrière soi une famille qui continuera la longue généalogie commencée, pour certains,  depuis des siècles  et la pérennité de son nom. Je pense en particulier à des artisans, des vignerons, des  industriels etc. chefs d’entreprises familiales, des hommes politiques, qui laissent derrière eux, entre les mains de leurs enfants, une œuvre qui se perpétuera, le pensent-ils, de génération en génération.  Je ne dis pas ici que des personnes ayant une grande foi n’auront pas elles aussi cette sensation de laisser derrière elle une famille unie et des descendants qui continueront de transmettre les valeurs reçues que celles-ci soient l’héritage d’un savoir faire, d’un patrimoine historique, philosophiques, ou, et, industriel ; mais cela restera pour eux que l’un des aspects positifs et non pas l’essentiel de leur démarche face à la mort.
    Aujourd’hui il est à la mode pour beaucoup de familles d’être en quête de ses origines en s’adonnant à la généalogie, et de trouver ces carrefours de la petite histoire qui s’inscrivent dans la grande histoire.  Cela correspond sociologiquement non seulement à une quête d’identité tout à fait  légitime, mais à propos de notre sujet, à  une sorte de sortie de l’anonymat général qui étend le froid linceul de l’oubli sur les défuns des générations passées. À défaut d‘un grand destin personnel se substitut  la destinée d’une famille avec la noblesse de son labeur et de ses valeurs transmis de siècle en siècle dont nous parlions il y a un instant. Nous ne disons pas ici que ces dernières démarches sont négatives, nous soulignons quelles s’identifient plus aux autres qu’à soi-même, et qu’elles ne peuvent résoudre, à elles seules, les questions qui se posent dans cette solitude extrême de l’agonie, ce seuil de la mort dont, en principe, on ne revient pas et qui constitue l’expérience ultime, et pourquoi ne pas le dire, la plus importante de notre vie.
    Sartre dans une de ses pièces de théâtres «  Huit clos » place les personnes mortes dans un enfer ou seul le souvenir que l’on a laissé de soi sur terre paraît donner un semblant de vie aux trépassés. De sorte que dès que plus personne sur terre ne se souvient du défuns celui-ci sombre dans l’oubli total de lui-même et sa disparition absolue. Philosophiquement le propos est cohérent dans son athéisme.   Si la personne « Hypostase » n’existe pas en tant qu’être et nature  « Ousia », mais uniquement comme un être pensant descartien : « Je pense donc je suis », après sa disparition physique sur cette terre,   elle ne continuera d’exister que  par  ses œuvres, ces fameuses traces dont nous parlions. Sans elles, la reconnaissante par d’autres que lui-même, l’antropos n’existe pas. Selon cette philosophie sans la conscience d’être, la personne n’existe pas. Mais après la disparition de cette conscience, le souvenir que cette personne a laissé d’elle-même lui donnerait une existence. Seule, selon cette doctrine philosophique, la succession chronocosmique des êtres pensant des  générations suivantes, accorderont, ou n’accorderont pas, une valeur, un souvenir à l’existant, et donneront donc à celui-ci une réalité, une empreinte.   
    Telle est notre vie, le souvenir que nous laissons appartient à une génération qui disparaitra un jour, et bien malin est celui qui, il y a cent ans, en feuilletant le dictionnaire des personnalités célèbres dans le quel il figurait au  XIXème siècle aurait été certain d’y retrouver son nom dans le Larousse d’aujourd’hui. 
    Il existe, certes, une philosophie,  bien que ce dernier mot soit à mon sens trop élevé pour se rapporter à la vision simpliste que j’ai rencontré parfois chez des personnes soixantenaires, qui consiste à peu près ce langage : « Profitons de la vie, faisons de beaux voyages, amusons nous tant que nous pouvons le faire car la vie est trop courte et il ne nous reste plus beaucoup de temps». Certaines de ces personnes se disent chrétiennes ; pourtant  le raisonnement qu’elles font les placent, en réalité,  dans un athéisme absolu.

    Tous les raisonnements sur la mort qui sont basés sur un athéisme  aboutissent au fait que «  La mort est un terme radical, et alors nombreux sont ceux qui, arguant du fait qu’on ne vit qu’une fois, déclarent qu’il nous faut profiter de chaque instant comme s’il était le dernier, c’est le sens du « Carpe diem « épicurien » .  Une autre pensée toujours empruntée à Épicure énonce : « Tant que nous vivons, la mort n’est pas là, et la mort n’est là que si nous ne sommes plus ».   Dans la disparition absolue de l’être il n’y a donc pas de place aux regrets post mortem. Les uniques regrets qui existent, selon cette philosophie, sont ceux que l’on a dès à présent, celui des envies non réalisées. Il y a une proximité entre les deux visions, celle de celui qui regrette aux moment de son agonie ce qu’il n’a pas réalisé : «  Je ne laisse aucune trace derrière moi ». Et celui qui, moins ambitieux, regretterait  au seuil de la mort le dernier souvenir qu’il aurait voulu s’offrir. Dans ces deux conceptions de la mort ou de la proximité de son trépas,  ce qui a réellement le plus de valeur dans sa vie, à défaut d’avenir,  c’est ce qu’on laisse derrière sois que l’on ne peut pourtant emmener avec sois ; puisqu’après il n’y a rien.
    Toutes les personnes adhérant à cette philosophie ne se voient pas réellement,   durant le cours de leur existence, au seuil de la mort. Elles reculent le plus possible dans leur conscience cet terrible instant de pure vérité, en se disant : «  Pourquoi rester ici attendre la mort ? » (II Roi XIV, 17). Elles accumulent des souvenirs, comme si la richesse des  souvenirs était plus précieuse que le devenir de l’être. Elles sont effectivement comme les cinq Vierges Folles dont les cinq sens cherchent leur satisfaction auprès de marchants de ce monde, bien qu’elles se situent dans la parabole clairement dans la perspetive d’une vie chrétienne, mais dont le Christ n’est certainement  pas la première priorité de leur existence. Si l’on applique la pure logique à cette démarche, seuls les derniers instants de conscience  de la vie sont sans valeurs, même si ce sont ceux-là et ceux-la seuls que l’on emportera avec soi jusqu’à ce que le néant s’empare de notre esprit. Ils n’ont en effet aucune valeur, puisque l’on est prêt à y sacrifier les souvenirs accumulés des plaisirs que l’on s’est accordé, bien qu’aucune existance ne soit faite que de satisfaction mais également d’épreuves.
    Mais cette manière d’envisager leur fin de vie était également  partagée par de nombreux patients  de notre médecin, et si elle semble résister  un moment, elle s’évapore lors des derniers instants où les  souvenirs plaisants que l’on a réussit à accumuler dans l’existence ne comptent plus pour grand chose dans le dernier et ultime  bilan de notre vie qui s’échappent entre des doigts incapables de la retenir. J’affirme même qu’en ces deniers instants nous sommes tous submergés  par d’autre souvenirs : celui de nos actes les plus obscures soigneusement oubliés  et qui  attendent tapis dans  l’ombre de la mort, ce temps hors du temps,  glacial, échappant enfin à notre contrôle pour enfin réapparaitre dans un ultime et peut-être toute première vision de lucidité sur notre vie. Nous reviendrons dans un autre chapitre  sur l’anticipation volontaire chez les Pères du désert de cette apocalypse  (en grec : révélation) des derniers instants de la vie.
    Se préparer à notre mort ne consiste certainement pas à placer comme priorité la satisfaction de tous nos désirs terrestres. Il y a un équilibre à trouver. Face à l’inéluctable de la mort,  il ne me paraît pas déraisonnable de consacrer certains espaces de temps dans notre vie à la méditation, à la prières, à des prises de consciences ; tout ce qui en nous pourrait être transformer en meilleurs, car l’unique bagage que nous transporterons à notre mort sera notre être dans ce qu’il sera accompli ou inachevé à cette heures là, l’ultime heure de vérité entre toute. Sachant que les moines y consacrent toute leur existence. Nous y reviendrons.
    Un starets tentait d’expliquer cette démarche à une personne ayant la foi, mais accaparée par les soucis de ce monde, qui l’interrogeait sur la mort : «  Quand vous partez pour vos affaires à l’étranger n’apprenez vous pas les rudiments de la langue du pays pour comprendre et vous faire comprendre ? » « Oui mon Père » répond cet homme d’affaire. « Hé bien c’est la même chose : vous devez apprendre la langue du Paradis : la prière ! En vous y préparant dès aujourd’hui, car ce voyage n’est jamais annoncé à l’avance. Le Seigneur à son propos a révélé : « Voici je viens  comme un voleur. » (Apoc.XVI, 15) Et ajouta encore le Starets : « Préparez votre passeport, il faut qu’il y ait tous les visas, car les douaniers sont terribles » « Quels douaniers ? » interrogea l’homme d’affaire. Le Père spirituel répondit : « Ceux qui sont là pour interroger votre conscience et savoir si vous avez mis sur elle (le passeport) le sceaux du repentir et des larmes du regret sur chacune de vos fautes, avec l’encre du pardon pour chacun de ceux qui vous ont blessé. C’est cela le bon visa qui introduit notre âme, dès notre séjour terrestre,  dans le royaume. Quand au passeport c’est le « livre ouvert » sur lequel figurent toutes nos actions bonnes ou mauvaises ». Si l’on adhérent réellement et profondément  à  la foi Chrétienne, la vie après la mort est paradisiaque, dans un bonheur béatifique que le bonheur humain ne peut faire concevoir. Le véritable Chrétien ne peut regretter la vie sur terre, même si il y a connu des joies, car la vie éternelle qui se présente devant lui est incomparablement plus belle que celle qu’il a vécu. Nous approfondirons  cette question dans un autre chapitre en examinant des textes patristiques reflétant cette autre réalité.
    Nous soulignons simplement ici, le paradoxe qui existe pour de très nombreuses personnes se pensant chrétiennes et qui prennent, en allant vers leur mort, un chemin à rebours qui ne les y prépare absolument pas. Nous ne disons pas ici, que se préparer à notre mort consisterait pour tout le monde à devenir moine et à se retirer du monde. Le monachisme est une vocation spécifique et l’on y est appelé comme on est appelé aux ministères de l’Église.  Mais, si l’on se prétend chrétien, de continuer à vivre comme si notre vie sur terre était éternelle, et que la vie après la mort, n’est pas si certaine que cela, constitue une impasse.
    Saint Macaire l’Égyptien  un ascète du désert dit cette phrase admirable de lucidité qui met au rebut toutes nos définitions  sur le Paradis ou l’Enfer, comme châtiments ou récompenses de nos actions : «  A la mort chacun sera placé dans l’état où il aura été trouvé. » Soi en dehors de la Salle de Noces, soi à l’intérieur de la Salle de Noces ou Royaume.  Cette phrase est un commentaire de la parabole des cinq Vierges Folles et des cinq Vierges Sages. (Mt XXV-1-13)
    Cette parabole terrible nous livre un enseignement à la foi radical et simple : au début de la vie chrétienne les Vierges Folles comme les Sages connaissent le Christ et ont une « bonne volonté » les intentions sont bonnes. Le But de leur vie sur terre est de trouver le Christ : elles pensent toutes les dix se diriger vers l’Époux. Mais en cours de route  s’oppère la différence : les premières, les Sages s’étant munies de l’Esprit de prière symbolisé par l’huile, maintiennent leur âme (la lampe à huile) allumée et par là même  leur direction vers le Christ et l’ayant enfin trouvé et sont naturellement, surnaturellement introduites par Lui dans le Royaume : la salle de Noce. Les autres, les Folles en cours de route s’égarent, car elle pensent pour maintenir leur lampe allumée qu’en se dirigeant vers les marchants ce monde, et non plus vers le Christ, elle pourront remplacer l’huile de l’Esprit qui leur fait défaut par le charbon des soucis et des plaisir de ce monde, et ainsi trouver l’Époux.  Quelle illusion ! Elles sont ramenées, presque malgré elles, dans l’épaisseur de la nuit de ce monde à la porte de la Salle de Noce. Elles n’y trouvent alors  que la mort : la portes fermée ! Mais pas une simple mort : une mort athée, sans Dieu, dehors, dans le froid l’obscurité .  Une mort dans la quelle elles pourraient se dirent trop tard  l’une à l’autre : « Mais nous étions déjà mortes depuis longtemps parce que privée de la Vie qui est le Christ. » La mort des Vierges Sages ne ressemble en rien à la mort des Vierges Folles. C’est une naissance au Ciel, l’abandon lucide et espéré depuis longtemps  d’une existence éphémère  pour une Vie riche, lumineuse, la Vie réelle dans le Vivant, le Christ Ressuscite : « Ce n’est plus moi qui vis c’est le Christ qui vit en Moi. » (Gal II, 20) Oui répétons-le avec saint Macaire l’Égyptien : «  A la mort chacun sera placé dans l’état où il aura été trouvé. » Soi en dehors de la Salle de Noces, soi à l’intérieur de la Salle de Noces ou Royaume. La mort est la porte de la salle de Noce verrouillée définitivement qui laisse l’âme là où elle a été trouvée, à l’extérieur ou à l’intérieur :  « À jamais les verrous du pays de la mort sont tirés sur moi. » ( Jon. II,7). L’entré dans le Royaume n’est pas une récompense, c’est la vie dans l’Esprit Saint qui est Royaume. Il est urgent de devenir des Vierges Sages dès cette existence qui ne cessent de murmurer  le doux Nom de l’Époux de leur âme brulante du feu de la prière du Nom de Jésus. Elles maintiennent ainsi dans la grâce de l’Esprit Saint  leur lampe allumée dans la nuit obscure de ce monde pour y attendre le fiancé qui arrive à l’improviste.
    Quelle est juste cette parole du Seigneur :
    « Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra. Sachez-le bien, si le maître de la maison savait à quelle veille de la nuit le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison. » ( Mt XXIV, 42-44)


    +Métropolite Michel Laroche

  • La prière des béatitudes et l'invocation du Nom de Jésus

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    La prière des Béatitudes et l’invocation du Nom de Jésus.

    - Abba mais vous n’avez pas parlé de la prière du Nom de Jésus en me commentant, avec la pensée des Pères, les Béatitudes ?
    - Mon enfant chaque Béatitude constitue  un degré précis dans la prière du Nom de Jésus. Mais il convient de comprendre que de prononcer l’oraison du divin Nom, sans le souffle de l’Esprit et  les enseignements de la sainte Tradition pratiqués depuis le commencement de la vie du désert par les Pères,  est non seulement inutile mais dangereux et source d’illusion spirituelle et de troubles psychiques.



    - Abba pouvez-vous m’éclairer d’avantage ?
    - Chaque Béatitude constitue une règle de prière qu’il faut observer, une attitude spirituelle qu’il faut vivre. C’est seulement quand tu as laissé ton âme et ton corps qui lui sont étroitement unis, imprégné de la vérité de cette Béatitude que tu pourras t’élancer dans le murmure du Nom de Jésus. Comme un mendiant, un lépreux revêtu des haillons de ses péchés, comme le Fils Prodigue qui revient et s’élance dans les bras de son Père, de « Notre Père », comme la pécheresse qui étreint en les lavant de ses larmes les pieds du Divin Maître, tu crieras du fond de la détresse de ton âme : « Seigneur Jésus Christ Fils de Dieu aie pitié de moi pécheur. » Tu connaitras la réalité charismatique de la première Béatitude car c’est comme un pauvre de tout, pauvre du « Tout qui  remplit tout », que tu mendieras par l’invocation du Nom la grâce de l’Esprit Saint le « trésors des biens ». C’est pourquoi dans notre Monastère j’ai donné comme règle -mais d’autres monastères peuvent décider  autrement-  de na pas initier les novices à la prière du Nom de Jésus avant qu’ils n’aient vécu en cellule, comme en communauté, durant plusieurs années, l’ensemble des offices du Triode de Carême, des Prières préparatoires à la Communion,  des différents acathistes, et de tous les offices du typikon.
    Durant cette période, naturellement,  ils peuvent dire la prière du Nom de Jésus lorsque celle-ci par exemple figure dans certains canons des acathistes ou comme dans  le « Canon au Christ Très doux » pour les prières préparatoire à la communion dominicale.  Tu prononces la veille de la liturgie, avec nos autres Frères, ce canon de Théoctiste le Studite : «  Jésus Christ plus que doux, Jésus longanime, guéris les plaies de mon âme, Jésus mon sauveur je t’implore, sauve-moi je t ’exalterai…. ». Cette forme de la prière du Nom de Jésus ne comporte, non seulement, aucun danger, mais elle favorise l’attitude intérieure d’humilité sans laquelle cette prière resterait vaine et inutile.   Le contenu spirituel de ces offices est la fondation indispensable de toute construction spirituelle. Les textes du Triode de Carême par exemple nous donnent en les prononçant, seul, dans notre cellule, le secret de l’humilité de la prière du Publicain, de l’espérance du salut du  Fils prodigue, les mystère de la grâce incréée lorsque nous arrivons au Dimanche de saint Grégoire Palamas, des larmes de sainte Marie l’Égyptienne, lorsque nous parcourons les odes de son dimanche, et que comme elle, nous sommes incités à nous séparer des passions mortelles « de la chair et du sang qui n’héritent pas du Royaume ». Lorsque dans notre âme et dans notre bouche ces prières sont devenues spontanément nos prières, alors seulement, si  j’observe cela chez un de nos frères, je lui donne ma bénédiction pour qu’il prononcent sur cette fondation sûre la prière des prières. J’ai l’expérience pour l’avoir observé que sans ces fondations, la pratique du Nom de Jésus est aussi dangereuse que de communier sans préparation comme le dit l’Apôtre Paul : «  pour sa condamnation. ». Car en vérité, la prière du Nom de Jésus est une communion eucharistique.
    - Comment cela mon Abba ? Pouvez-vous me précisez votre pensée ?
    - Ce n’est pas ma pensée mais celle des Pères hésychastes. Mais avant de te répondre  je voudrai continuer propos de mes réserves sur ceux qui s’engagent dans la prière du Nom de jésus, sans guides expérimentés et sans l’aide des textes saints dont je viens de te parler. Lorsque nous savons que même des moines qui ont reçu cette transmission dans les régles, mais ce sont écartés des conseils de leur ancien, sont tombés dans l’illusion et parfois comme le relate dans ses œuvres saint Ignace Briantchaninoff dans la folie, comment des laïcs inexpérimentés pourraient échapper à ces dangers ?
    - Mais que donnez-vous comme conseil aux laïcs qui ne disposent pas des offices que nous avons dans le monastère ?
    - Ne jamais réciter la prière mais la prononcer avec ferveur lorsque par la grâce on discerne un péché.  Alors sans danger on peut supplier pour être délivrer de sa faiblesse, pour être guerri de son imfirmité en suppliant comme un « pauvre en Esprit » : « Seigneur Jésus Christ Fils de Dieu aie pitié de moi pécheur. » Mais surtout comme je le recommande aux novices de notre monastère : dire la prière avec les canons et les acathistes qui comportent l’invocation du Nom.

    A propos de la prière Eucharisitique du Nom de Jésus, notre père Saint Jean Chrysotome nous dit que « celui qui invoque de tout son cœur le Nom du Seigneur, son cœur absorbe le Seigneur, le Seigneur absorbe son cœur et les deux deviennent un. » Il n’y a pas au monde une parole plus élevée que celle-là sur la prière du Nom de Jésus. Devenir un avec Jésus c’est recevoir la Trinité toute entière dans sa Maison. Nous,  « petits sarments » par l’invocation du Nom de Jésus nous sommes à nouveau greffés à la Vigne, nous devenons à nouveau, comme par le baptême, des membres du Corps du Christ. Saint Jean Climaque dit dans son Echelle que le second baptême des larmes est plus grand que le premier baptême, car il a le pouvoir restaurer la grâce du premier baptême lorsque celle-ci a été ensevelie sous la crasse du péché. La prière du Nom de Jésus  qui accompagne ces larmes saintes confère, elle aussi, la grâce de restaurer la première unité eucharistique reçue au moment de notre baptême, lorsque, lavé du  péché, nous communions pour la première fois au Corps et au Sang du Christ. Ce sont  le péché et les soucis de ce monde, qui éloignent l’âme de la Vigne.  L’invocation du Nom avec le baptême des larmes et la Communion Eucharistique retaurent cette greffe du sarment avec la vigne.

    - Mais Abba nous avons bien été unis, comme tu le soulignes toi-même par le baptême à la Vigne qui est le Christ ? 
    - Celui qui est baptisé, oint du Saint Esprit, et qui communie au Corps et au Sang du Christ devient un avec le Christ. Les Pères ont toujours recommandé d’invoquer- et cette fois-ci cela est sans danger pour tous les croyants-, le Nom de Jésus après l’avoir reçu en nous dans Son Corps et dans Son Sang très précieux. Dès que tu a communier intériorise toi, assis, comme tu le vois chez les moines du Mont Athos, penche ton frond vers ton cœur, et mumure : « Mon Jésus mon doux Jésus…. » Le Christ intérieur est en toi. Jésus vit en toi. Jésus repose en toi pour que tu te reposes en Lui. Comme dans l’Évangile de Zaché le Publicain où après que le Christ est annoncé «  Hate toi de descendre car il me faut aujourd’hui aller dans ta maison ; » et tous disaient « Il est venu chez un pécheur ». (Lc XIX 1-10) Oui le Christ en venant dormir dans ma maison est venu se reposer chez un pécheur. Mais quelle joie dans cette maison, quelle présence, quelle paix.

    « Bienheureux les doux car ils hériteront de la terre »

    Les Pères, en réalité, dès qu’ils ont reçu en eux le Christ Eucharistique, après la liturgie sortent de l’Église dans le plus grand silence, et rentre dans le murmure ininterrompu du Divin Nom dans leur cœur même. Il s’adresse dans leur cœur la tête penchée vers leur poitrine - et non comme en Occident les yeux tournés vers le Ciel- à leur Créateur en lui gémissant, amoureusement : « Jésus, mon doux Jésus, Jésus, mon doux Jésus, Jésus, mon doux Jésus  ». C’est invocation du Nom qui fait circuler la sève, le Christ Eucharistique, dans le sarment, et   qui maintient en l’amplifiant cette unité charismatique.



    Certains connaissent en cet instant divin -car le Verbe chair est en eux- des larmes douces comme le miel.  Pour eux est réalisé la troisième Béatitude : ils deviennent  unis aux Ressuscité, eux même devenus doux, remplis de la douceur de celui «qui est doux et humble de cœur. » (Mt XI, 29) Ils continuent d’invoquer eucharistiquement le Nom de Jésus, seconde après seconde, minute après  minute, heure après heure, jour après jour. Cette invocation, comme pour Marie l’Egyptienne qui après avoir communier, partit dans le désert avec en elle cette unique Eucharistie ; et durant quarante ans, elle invoquait dans son cœur le Christ Eucharistique, maintenant ainsi en elle la divine Présence du Christ Eucharistique, dans un désir ardent de le recevoir à nouveau.  Ce qui fut sa première demande lorsqu’au bout de toutes ces années elle rencontra Abba Zozime dans son désert. L’hésychaste connaît lui aussi cette communion de désire, et c’est le Christ qui est en lui qui lui donne faim et soif de Justice, de l’unique Juste, le Christ Lui-même. Pour les Pères Hésychastes la quatrième Béatitude : « Bienheureux les affamés et assoiffés de justice car ils seront rassasiés. » concerne le Christ Eucharistique, celui dont ils invoquent avant chaque divine liturgie la présence en eux dans les canons au Christ très doux : « Jésus, mon doux Jésus », affamés et assoiffés qu’ils sont de Son doux Corps et son Sang très précieux « L’homme en effet ne se nourrit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt IV, 4). Dans cette parole du Christ, le Seigneur dévoile, (non à Satan à qui il s’adresse, mais  qui ne comprend pas la porté de cette phrase), mais à son Église, l’unité ontologique qui existe en Lui, de la Parole, Logos,  Verbe et du Pain de Vie. Cette Parole, Logos, Pain de Vie est consubstantiellement  l’Eucharistie et l’Evangile, c’est-à-dire le Logos de Dieu fait chair.


    - Abba, sans aucun jugement, je l’espère,  j’ai observé dans ce monastère des moines qui s’enfuyaient presque, sans regarder personne, après la divine liturgie et d’autres moines qui au contraire, mais peut-être avaient-ils des conversations spirituelles semblaient se distraire.

    -Mon Enfant, les premiers s’ils n’ont pas ce jour là de responsabilités pastorales auxquelles ils sont tenus de se soumettre font bien, car ils s’en vont tous à la rencontre du Christ Eucharistique présent dans leur cœur.
    Mais souvent, même après avoir communié, l’homme voile en lui cette divine Présence, cette union suressentielle par de vains bavardages et de vaines pensées et parfois par une existence inadéquate avec la Présence du Christ en lui. Le Christ Jésus demeure présent dans le silence après la communion eucharistique ; le péché souvent se glisse dans les paroles après la communion pour nous faire perdre la grâce de Sa divine Présence. L’hésychaste connaît que tant qu’il garde la vigilance du cœur en s’adressant au Christ Eucharistique présent dans son cœur, il maintiendra la Présence en lui du Seigneur.
    Si nos croyant dans l’Église Orthodoxe étaient tous attentif à cette grâce, quel silence serait  dans l’église ! Pourtant je le redis dimanche après dimanche aux fidèles qui viennent dans ce saint monastère : «  Après avoir communier vous êtes devenu des porteurs du Christ. Chacun de vous est devenu une belle lampe allumée qui brille du feu incréé de la divinité. Si vous pouviez discerner la lumière qui est alors en vous vous seriez stupéfait. » Mais j’entends ça et là des conversations qui éloignent l’âme de la grâce reçue, comme si celle-ci était devenue pour ces hommes et ces femmes,  un poids dont on cherche à se débarrasser le plus rapidement possible dès que la liturgie est achevée ;  quel malheur !  C’est oublier que le démon cherche toujours après la Communion Eucharistique d’en faire perdre la grâce à ceux qui ont reçu avec « Crainte de Dieu foi et amour » le Christ Eucharistique, en les incitant à replonger leur âme dans l’esprit du monde. Dans tous les monastères on lit la vie des saints durant le repas des frères qui se déroule juste après la divine liturgie. Cette tradition maintient l’attention du cœur. Mais dans les palais des évêques ou dans les maison des laïcs où cette tradition n’existe pas, alors il faut, si on a la chance d’avoir le prêtre à sa table, lui poser des questions spirituelles pour entretenir la flamme de l’âme allumée par le Christ Eucharistique. Quelle douceur et quelle paix sont alors dans l’âme et le cœur de l’homme ! Tous sont appelés à vivre le troisième degré des Béatitudes, la douceur infinie du Christ Eucharistique qui est donnée comme les arrhes de la terre promise de Sa Résurrection à ceux qui ont faim et soif de Lui.

  • Bienheureux les doux car ils hériteront la terre.

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    "Bienheureux les doux car ils hériteront la terre". Comment s'oppére le discernement entre les péchés chauds et les péchés froids de l'Évangile du Fils Lunatiques.

    - Abba pourquoi les Chrétiens Latins ont-ils placé la troisième Béatitude en second ?

    Mon Enfant, j’ai déjà écrit à ton intention et à celle des frères de ce saint monastère  dans un  « Petit traité des larmes ». (sur ce blog) J’y évoque la diférence entre les premières et les secondes larmes. Mais en te parlant maintenant du mystère de l’Échelle Mystique des Béatitudes je vais m’efforcer de répondre à ta question. Je ne peux pas te dire pourquoi les Chrétiens Latins lisent les Béatitudes de cette façon, et cela pour eux depuis presque le commencement des écrits de leurs Pères. Mais je peux t’expliquer pourquoi nous n’avons pas cette lecture. 
    « Les chrétiens latins ont effectivement  situé en second la troisième béatitude «  Bienheureux les doux car ils hériterons la terre. » Nous n’avons pas comme eux une recherche uniquement scripturaire. Nous vérifions l’Écriture par la Tradition qui elle est orale et surtout expérimentale. C’est l’expérience d’une parole qui nous montre si cette parole est du Christ ou apocryphe, bien que nous ne métions jamais en doute les Évangiles canoniques de l’Église.  Ainsi l’odre des Béatitudes retenue par la tradition occidentale  n'est pas exact du point de vue de l'expérience dans la grâce, car qui a connu les bienheureuses larmes de la consolation du Paraclet (Consolateur) a expérimenté que c'est uniquement après les larmes du  feu de la componction que proviennent les secondes larmes qui sont douces comme le miel qui  ainsi se  distinguent des premières.

    - Abba tu as allumé mon âme d’un désire nouveau, celui de connaître la douceur des secondes larmes. Peux-tu m’en dire d’avantage ?  Et dis-moi,   s’il est possible de le savoir, après combien d’années sommes-nous introduit dans le  degré  des secondes larmes ?

    - Mon Enfant durant un certain temps, qui peut être plusieurs années, comme toute une vie, selon les charismes que le Seigneur donnent gratuitement et l’attitude d’humililité réelle de l’orant.  En réalité premières et secondes larmes s’alternent au commencement de la venue du baptême des larmes. Mais durant ce degré, les premières larmes sont abondantes et purifient l’âme de ses scories ; et c’est le sillon qu’elles creusent dans l’âme et le cœur qui permettent aux secondes larmes annonciatrices des  charismes, des Fruits, de l’Esprit Saint, d’être semés et de pousser durablement jusqu’à maturité dans l’âme de l’orant.  Car autant les premières larmes sont abondantes et fréquentes, autant les secondes sont fines, suaves, douces comme le miel, et moins fréquentes.
    Seules les secondes larmes, douces comme le miel, introduisent l’âme dans la terre promise de sa résurrection intérieure. C’est pourquoi dans l’Église d’Orient nous avons conservé la troisème Béatitudes à sa place originelle. Ces larmes douces comme le miel, qui pacifient l’âme et chassent d’elle les péchés froids. C’est ici qu’il faut du discernement : tu te souviens de l’Evangile du fils lunatiques  (Mt XVII, 14-18) dont le Seigneur chasse le démon qui jetait cet enfant tantôt dans le feu tantôt dans l’eau afin de le faire périre ?

    -Oui Abba j’ai lu cet Évangile.
    -En vérité cet Évangile nous apprend qu’il y a deux cathégories de péché : les uns sont chauds portés par une violente passion, les autres sont froids portés par la dureté du cœur, par le froid même de Satant qui, s’il inspirent les passions mauvaises, ne connaît pas, par exemple, la chair, mais en revanche connaît la haine et la jalousie.Certains péchés unique sont pourtant dans leur forme ou chaud ou froid. « Car l’homme tire du mauvais trésors de son cœur ce qui est mauvais. » (Mt XII, 35 b)
    Les péchés chauds sont : la volupté, la concupiscence, l’adultère, la colère, l’irritation, la plongé effrénée dans les soucis de ce monde, l’acharnement dans la méchanceté, la haine chaude colérique, l’envie,  l’ambition, l’ivrognerie, le souvenir du mal que l’on nous a fait, le meutre passionnel. Et biens d’autres encore que je ne peux énumérer.
    Les péchés froids sont : le premier de tous l’orgueil, puis viennent la vanité, l’indifférence, la fausse impassibilité dans laquelle on n’éprouve plus de haine pour ses ennemis, mais du mépris, une forme de stoïcime,  l’égoïsme, la rancune, la vengeance, l’avarice et l’amour de l’argent, la médisance,  la haine froide maitrisée et calculatrice, la jalousie qui consuisit Caïn à la froide préméditation de l’assassinat de son frère et au meurtre lui-même d’Abel, le non pardon des ennemis et  l’oublie de Dieu. Et biens d’autres encore que je ne peux énumérer.

    Autant les première larmes déracinent les péchés chauds, autant il faut la venue des secondes larmes  pour déraciner les péchés froids et apporter à l’âme la vertu opposée : Humilité, amour du prochain, pardon et amour des ennemis,  générosité,  oublie des fautes, se réjouir des biens que Dieu accorde à notre prochain, amour fervent du Seigneur.  Mais il faut ajouter que cette classification n’est là que pour exercer un discernement spirituel, et que tout n’est pas compartimenté. Par exemple la douceur des secondes larmes complète la victoire contre l’irritation et la colère, acquise dans les flots des premières larmes en y ajoutant la douceur qui éteint l’irritation et rend l’âme douce.  Si l’âme  par exemple connaît l ‘orgueil, mais soudain s’endeuille sur un péché précis sur le quel elle versera des torrents de larmes, il arrivera qu’elle pourra déraciner l’orgueil (avec beaucoup de temps) par la venue des larmes douces et une prise de conscience de son éloignement de Dieu. « C’est  avec le vieux bois que l’on brûle le bois verts. » disent les Pères du désert.  Le vieux bois c’est le souvenir de péchés anciens que l’on pleure devant le Christ, en le suppliant de nous purifier de cette faute jamais réellement vaincue. Le bois verts c’est non seulement les tentations nouvelles, mais c’est surtout celles qui ont des  racines  profondes en nous et ont  beaucoup de difficulté à être consumée par le  feu brulant de la componction. Les larmes douces sont comme  la petite goute d’eau qui arrive à percer le rocher.

    Toutes ces catharsis ne se produisent pas en un seul jour ni en une semaine, ni en un mois ni même en une année ;  mais le temps de cette ascèse se mesurent en dizaines d’années et pour être réaliste il faut parler d’une vie.  C’est  l’œuvre des larmes douce que de  produir cette pacification de l’âme la rendant apte à son insu, de recevoir le charisme inexprimable de la paix du Christ. Les Pères hésychastes dont je ne suis pas digne de délier les sandales, car vois-tu je vis au milieu de la foule qui visite ce monastère et eux sont dans la solitude,  ont nommé ce degré « Terre Promise ».  Car en vérité celui qui l’a atteint a cultivé et semé dans les larmes la terre de la résurrection de son âme voit bientôt le Christ venir ressusciter son âme de la mort, et devient lui-même une terre promise de la Résurrection, car un tel homme a été tiré de la terre et rendu vivant une seconde fois par le Souffle de Dieu.

  • Le Publicain et la vision des Péchés: une théologie de la lumière

    Le métropolite Michel Laroche dans la première partie de son homélie nous apprend qu'il faut offrir dans la prière au Seigneur, non nos vertus comme le Pharisien, mais nos péchés, comme dans le repentir du Publicain. Ensuite il nous parle de la vision de nos péchés comme d'une théologie de la lumière: "celui qui voit ses péchés est plus grand que celui dont la prière ressuscite un mort" enseigne saint Isaac le Syrien. C'est la lumière incréée qui permet de discerner nos ténèbres intérieures.