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  • Homélie sur la Nativité du Christ sous la forme d'un dialogue

     

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    Un dialogue sur la paix qu’annoncent les anges lors de la Nativité de Notre Seigneur Jésus Christ.

     

     

    Un disciple interrogeât son Abba : «  Abba Nous entendons lors de la Nativité de Notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ les anges proclamer du Ciel : « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et paix aux hommes la bienveillance » (Lc II, 14) «  Comment nous les hommes nous recevons cette paix ? »

    - L’Abba répondit : « C’est un long chemin qui ne se gagne pas en un seul jour, ni même en une seule année, ni même en dix années. Il faut vaincre en toi toutes les guerres contre la chair et seulement après, le Christ, dans un don entièrement gratuit, s’il trouve ta terre bien labourée la sèmera de Sa paix.  Tu ne la recevra pas d’un coup. Elle grandira progressivement presque à ton insu. Un jour tu constateras que non seulement ton âme n’est plus en guerre, mais qu’elle goute à la paix supracéleste et que chaque jour cette paix tente à gagner davantage d’espace dans ton âme. Lorsque cela arrivera d’autres renoncements qu’il est inutile que tu connaisses aujourd’hui te seront indiqués pour qu’elle grandisse davantage en toi. » Avant la paix le combat se fait directement contre le péché, certes face à la vertu que ce péché nous fait perdre : générosité contre Jalousie et envie; douceur contre irascibilités et colère;  patience contre l'impatience; la  joie du Saint Esprit contre la tristesse des soucis de ce monde ; l’amour de Dieu et de ses ennemis contre la haine et la rancœur. Dans cette première et longue expérience le Christ dans l’Esprit Saint nous montre toutes les beauté perdues à cause du péché que nous entretenons en nous. Mais quand notre âme reçoit en abondance la Paix du Christ, c’est directement et principalement la perte de la paix qui devient notre guide. Tel chemin nous est proposé. Si après avoir examiner attentivement cette route nous constatons qu’en nous y engageant nous restons en paix nous nous y engageons. L’apôtre Pierre agissait ainsi lorsqu’il s’exclame : «  L’Esprit m’a dit d’aller avec eux. » (Act XI, 12). Mais si au contraire nous discernons que l’Esprit Saint qui communique le charisme de la paix ne nous accompagne pas aussitôt nous rebroussons le chemin, comme Paul et Timothée : « Arrivés près de la Mysie, ils tentèrent de passer en Bithynie, mais l’Esprit de Jésus ne leur permit pas. »( Act XVI, 8) et encore : « L’Esprit Saint leur a fait dire de ne pas monter à Jérusalem. » (Act. XXI, 4) et encore :  « Ils parcourent la Phrygie et de pays des galates parce que le Saint Esprit les avaient empêchés de dire la Parole en Asie. » (Act. XVI, 6). S’ils perdaient la paix en s’engageant dans un chemin ils y renonçaient. C’est le Christ Lui-même qui avaient enseigner ce discernement à ses apôtres : « En entrant dans cette maison saluez-là. Si la maison est digne, que votre paix vienne sur elle ; si elle n’en n’est pas digne, que votre paix retourne vers vous. Sortez de cette maison en secouant la poussière de vos pieds. » (Mt. X12-14) » Mais avant de pouvoir exercer ce discernement il faut recevoir cette paix du Christ « non pas comme le monde la donne » ( Jn XIV, 27). Le Christ indique par cette parole que cette paix est un charisme que l’on ne reçoit que de Lui. Mais au paravant il est nécessaire de combattre la chair, même si les arrhes de cette paix nous sont donnés avant que la chair ne soit entièrement vaincu. L’Apôtre Paul l’atteste lui qui était dans cette paix et dont le combat contre la chair n’avait pas été enlevé: « Il m'a été mis une écharde dans la chair. Trois fois j'ai prié le Seigneur de l'éloigner de moi, et Il m'a dit: «Ma grâce te suffit». Car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse ». (2 Cor XII.7-9).

    - Le disciple interrogeât à nouveau l’Abba : «  Dis moi qu’elles sont les guerres spécifiques contre la chair qu’il faut affronter et vaincre pour recevoir la paix ? »

    - L’Abba répondit : «  Les guerres de la chair sont nombreuses et variées et vont de la chute dans l’impureté en passant par le combat sans chute physique contre les pensées mais avec des satisfactions imaginatives, jusqu’à l’ignorance de la tentation, en tenant la pensée impure à l’extérieure de son âme lorsqu’elle se présente. Toutes les guerres de la chair peuvent nous être présentées, car ce qui n’est pas vaincu dès le commencement, ou au milieu du chemin de la vie spirituelle, nous est représenté tout au long de notre existence jusqu’à la fin tant que cela n’est pas extirpé. Le moine du Mont Athos le bienheureux Abachuq aux pieds nus qui avait été par une disposition mystérieuse de la Providence Divine préservé du combat contre la volupté durant presque toute son existence, fut soudainement vers la fin de sa vie, alors qu’à cet âge pour les hommes de ce monde la chair est souvent éteinte, soumis à un combat surhumain contre la pensée de fornication que dans sa simplicité et sainteté il confessait à ses disciples.

    - Mais il faut également compter comme un combat contre la chair, même si tu vis dans la plus absolue pureté charnelle : le désir de plaire dans le monde, d’accéder aux honneurs et au pouvoir dans l’Église, c’est-à-dire l’ambition ecclésiastique, la jalousie du prochain, le jugement du prochain, la haine du prochain et le non pardon absolu de son persécuteur. Car tout ce qui est en rapport avec l’homme et le monde est un combat contre la chair, même s’il comporte une partie spirituelle satanique. Il est nécessaire d’avoir fait diminuer fortement en soi toutes ces guerres pour pouvoir recevoir la paix du Christ. Nous disons « diminuer » et non pas « supprimer » car il faut chaque jour s’attendre à la tentation, et jusqu’à la mort savoir que l’on a jamais remporté une victoire définitive et qu’à tout instant on peut chuter. »

    - « Abba ce chemin me paraît difficile et il me semble que bien peux sont ceux qui y parviennent. Nous nous sommes dans le monastère, protégés du monde, et malgré cela, lorsque je lis les Catéchèses de notre Père Syméon le Nouveau Théologien, je vois que déjà il y avait dans la vie cénobitique des troubles à propos de l’élection de l’higoumène, que des ambitions, des jalousies possédaient les cœurs de ceux qui avaient choisi, en principe, une voie de dépouillement. Il en est de même aujourd’hui… Et les moines qui ne le sont devenus que pour devenir évêque et qui à la fin de leur vie se sont rassis, car leur ambition ne s’est pas réalisée. J’ai peur pour moi-même de tomber dans tous ces travers. Donnes-moi une parole Abba pour mon salut. »

    - «  Mon enfant, une vertu l’emporte sur toutes les autres pour vaincre la chair et toutes ses vanités, elle constitue également « le chemin le plus accessible pour ceux qui sont dans le monde ; car elle permet en maintenant l’âme brisée de vivre une participation à la Croix du Christ, et vers la fin de notre vie de recevoir Sa paix. »

    - «  Quelle est cette vertu Abba  que je m’efforce de ma pratiquer ? » interrogeât le disciple.

    - L’Abba répondit : «  C’est le pardon des fautes commises, l’amour des ennemis et de prier sans cesse pour le salut de son persécuteur. Cette vertu là ouvre, plus rapidement que toutes les autres, l’âme à recevoir la paix du Christ. Car celui qui est en paix dans son cœur avec tous, c’est du Christ qu’il tient cette paix et le Seigneur remplira son cœur d’une paix débordante. L’Apôtre Paul atteste ce mystère en s’exclamant : «  Que le Seigneur de la Paix vous donne lui-même la paix. » ( II Th. III, 16) Signifiant par là que la paix vient toujours du Christ : « Que la paix du Christ règne dans vos cœur » ( Col III, 15) et que notre tache humaine comme témoins de sa Résurrection est de : « Réconcilier les êtres (leur pardonner) en faisant la paix par le sang de la Croix » ( Col I , 20) car le véritable pardon est toujours crucifère et a sa source dans le Christ crucifié. » Dans le pardon du Christ il n’y a aucune place pour l’esprit de domination, pour la jalousie, pour la rancune, pour l’ambition, pour prendre la place d’un autre, voler un autre ou surpasser un autre. Le pardon est toujours humble. C’est par le pardon et l’amour des ennemis que toute guerre cesse, et que le Christ accorde à l’âme Sa paix. Une seconde vertu procure cette paix, c’est la prière permanente pour les âmes des défunts. Car celui qui prie pour les âmes des défunts et spécialement pour celles qui sont en Enfer, bien qu’il ne puisse savoir qu’elles sont ces âmes ; sans le savoir il place sa propre âme en Enfer. En effet on interrogeât un jour un Père qui pratiquait la prière perpétuelle pour les défunts en lui demandant pourquoi il avait choisi cette prière bien qu’il avouât prier pour les vivants : « un peu moins » disait il. Il expliquait : « Les vivants nous les voyons et de nombreux saints moines et prêtres et des croyants prient pour eux, surtout si ils y sont sollicites par telles ou telles personnes. Mais les défunts en dehors des dyptiques, nous ne les voyons pas, et ce sont ceux qui sont oubliés en premier. La mémoire des défunts se perd en deux ou trois générations. Qui songe à prier pour eux après un siècle ? Pourtant la prière de l’Eglise pour eux est essentielle, et elle à même le pouvoir d’en faire sortir beaucoup de l’Enfer. Je voudrai qu’après ma mort que l’on puisse prier pour mon âme qui sera sans doute en Enfer, comme je prie maintenant pour les âmes de tous ceux qui sont partis, que je connaissais avant leur départ ou que je ne connais pas, mais dont le Seigneur connaît les noms. » Une telle prière introduit l’âme de celui qui l’adresse ainsi au Christ avec le Bon Larron au Paradis dans la paix suressentielle. »

    - « Cependant » continuât l’Abba  « je ne t’ai pas dit l’essentiel : L’Auteur de la Paix est le Christ Lui-même et ce n’est pas un hasard que les anges avant le commencement de la proclamation de la Parole, le jour même de la venue dans la chair du Christ, l’annonce de sa paix : « Paix aux hommes la bienveillance. » Car la paix est le signe de la naissance du Christ intérieur dans le cœur d’un homme. Elle n’est rien moins que l’accomplissement de la parole de l’Apôtre : « Ce n’est plus moi qui vis c’est le Christ qui vit en moi ». La vie en Christ, dans le doux murmure du Nom de Jésus inséparable des vertus du pardon et de l’amour des ennemis dont je t’ai parlé, sont les exigences du chemin qui aboutit à la venue du Christ dans le cœur d’un homme. » Au commencement de la vie en Christ ce sont les anges qui nous annoncent la paix. A la fin de la vie en Christ c’est le Seigneur Lui-même qui apparaît à ses apôtres en leur communiquant sa paix : «  Paix à vous tous » (Jn XX, 26). C’est pourquoi dans la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome nous commençons avant même la prière au Saint Esprit «  Roi du Ciel » la prière angélique : « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux paix sur la terre… » que nous prononçons à voix médiocre deux fois en nous inclinant et à la troisième inclinaisons nous demandons : « Seigneur ouvres nos lèvres et que notre bouche annonce ta louange ». Et durant la divine liturgie à plusieurs reprises le célébrant bénit le peuple en prononçant la même bénédiction que le Christ Ressuscité : «  Paix à vous tous ». (Jn XX, 26) Et au moment le plus sacré de la divine Liturgie avant la prière de l’Anaphore durant laquelle le pain et le vin seront transformés par la descente du Saint Esprit en Corps et Sang du Christ, l’évêque ou le prêtre échange avec les autres évêques ou prêtres le baisé de paix en disant la prière : « Le Christ est au milieu de nous » ce à quoi le moins ancien répond : « Il est et il sera ». Cette prière signifie que c’est le Christ qui est notre paix.

    - C’est celui qui est devenu transparent au Christ qui porte la paix du Christ. Etre transparent au Christ c’est avoir épousé toutes les vertus du Christ. Oui l’Apôtre Paul avait bien en vu cette expérience lorsqu’il s’exclamait : « Ce n’est plus moi qui vis c’est le Christ qui vit en moi. » ( Gal. II, 20) et en parlant du baptême : «  Vous tous qui avez été baptisé en Christ vous avez revêtu le Christ. » (Gal. III, 27) en montrant par là que le but de la vie chrétienne, c’est dans l’acquisition du Saint Esprit devenir des icônes vivantes du Christ. Celui qui a pleinement revêtu le Christ a reçu la paix inséparable du Christ.

    Elle est véridique cette parole de saint Jean Baptiste : « Il faut qu’Il (le Christ) croisse et que moi je diminue. » ( Jn III, 30) C’est la voie de toute sainteté, c’est la voie qui conduit à la vie en Christ et à Sa paix. La naissance du Christ dans la chair est la venue de la paix sur terre parmi les hommes. La naissance du Christ en nous est la venue de la Paix du Christ dans notre cœur .Le signe le plus réel que le Christ vit en nous c'est Sa paix qu'il nous communique.»

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Aphorismes sur l'Humilité II

    filsprodigue.jpgII Aphorismes  sur l’Humilité

    - Un Abba a dit : «  Ce qui distingue le Fils prodigue du Fils est aîné est subtile. Le premier vit dans la proximité de son Père.   Il est dans l’obéissance parfaite, observe toute les régles et malgrès tous ces efforts ne parvient pas à l’intimité avec le Père. Le second est dans la désobéissance,  la transgression des lois de son Père, dans l’éloignemnt physique de celui-ci : « Il dilapide son bien avec les prostitués » et pourtant il parvient à la fin de son existence à recouvrer l’intimité avec son Père. » Le disciple demanda : «  Explique nous Père ? » L’Abba répondit : « Par son esprit le Fils aîné s’est  tenu dès le commencement éloigné du Père, car ce qui éloigne du Père c’est l’orgueil, l’autosatisfaction de l’œuvre complie dans   l’obéissance rituelle si satisfaisante pour l’âme dans la vie cénobitique ; le jugement et la condamnation  du frère qui prouvent que l’on ne pleure pas ses propres péchés ; dans le désir de justice envers les autres qui éloigne l’esprit du pardon divin. Si dans un premier temps le Fils Prodigue s’éloigne, il devient ensuite comme Adam chassé du Paradis,  proche du Père par le souvenir des biens perdus. Le fils se souvient  en pleurant de la présence consolante du Père, de son amour brulant, de ses trésors. Le Fils Prodigue est dans l’intimité du Père en esprit  sans en avoir conscience, même en n’osant jamais l’espérer, par une seule vertu qu’il a rencontré dans sa déchéance : l’humilité. Sans l’humilité personne ne sera sauvé, personne ne recouvrera l’intimité avec le Père. »

    « Mais  Père» questionna le disciple : « Le Fils aîné semble pratiquer l’obéissance qui est censée nous conduire à l’humilité » L’Abba répondît : «  Il y a plusieurs sortes d’obéissances, et seule la dernière plait véritablement à Dieu :  la première obéissance est rituelle, elle ne mène nul part », car elle s’octroie sa propre récompense dans l’autosatisfaction, c’est celle du Fils aîné qui dit à son Père : «  Ne t’ai-je pas toujours obéi» (Lc XV, 29)?
    La seconde obéissance est également celle du Fils aîné qui exige une récompense de son obéissance : « Tu ne m’as pourtant jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis »(Lc XV, 29)
    Seule la troisième obéissance est parfaite, car elle ne simule rien, elle s’oublie elle-même, elle atteint sans en avoir conscience l’humilié extrême : le Fils prodigue ne dit-il pas à son Père : « Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. » (Lc XV, 21) Elle ne revendique rien que d’être la plus petite, à la dernière place : « Prends-moi comme l’un de tes serviteurs. »(Lc XV, 20)  L’obéissance qui a comme source  la métanoïa conduit à l’humilité et l’humilité conduit à l’intimité du Père. Telle est la voie de la véritable obéissance. »

    Un Abba a dit : «  L’humilité est la reine  des vertus, elle est la couronne de la Très Sainte Mère de Dieu et le diadème des saints. »

    - « L'humilité » a dit un Père, « c'est d'attribuer à Dieu seul toutes nos bonnes œuvres, et à soi-même toutes nos erreurs.»

    - Un autre Père a  dit « Si tu demandes l'humilité à Dieu, c'est comme si tu Lui demandais de t'envoyer des ennemis pour te persécuter. » Cela est vrai, si un homme veut sincèrement connaître l'humilité, Dieu lui enverra des épreuves. Sans le couteau des épreuves et les persécutions avec la mauvaise réputation, il n'y a pas d'humilité. Si quelqu'un vous enseigne autre chose, il est dans l'illusion. Seules les épreuves et les calomnies, avec les persécutions, donnent à l'âme le charisme de l'humilité avec la fontaine des larmes saintes, car c'est avec elles toutes ensembles que l'âme goûte à la Croix, et sans la Croix il n'y ni pardon, ni humilité.

    -Dieu dans son amour des hommes et son incomparable condescendance n’a pas voulu laisser les méchants en dehors du mystère général du salut. Ils sont les serviteurs inconscients du plan divin.  Quand ils persécutent les saints ils augmentent Leur Sainteté, et lorsqu’ils tourmentent les serviteurs de Dieu ils contribuent  à leur  purification, car sans l’épreuve infligée par des ennemis, il n’y a pas de purification pas  d’humilité, ni d’amour des ennemis. 

    - Ce qui a aidé le Publicain qui avait pourtant une vie confortable, à parvenir à l'humilité, c'était l'épreuves continuelle de sa mauvaise réputation, car il était universellement haï et calomnié par les autres juifs. C'est à cause de son métier, qu'il avait cette mauvaise réputation, c'est pourquoi son âme était continuellement brisée, et qu'il pouvait ainsi s'adresser à Dieu. Le Seigneur ne juge pas comme les hommes. Souvent ceux que les hommes réprouvent, Dieu, comme dans le Publicain, discernent ce que l'homme ne voit pas, c'est-à-dire l'âme. Le Pharisien était réellement plus vertueux dans sa vie, et il avait une trop bonne réputation, et se laissait contaminer par les compliments et les éloges qu'il recevait sans cesse de la part de ses concitoyens et des Grands Prêtres qui le félicitaient pour la largesse de ses dons ; pourtant ces largesses qui étaient offertes à Dieu ne furent même pas comptées par le Seigneur. Ni ses jeûnes qui étaient nombreux. «  Car tu ne veux pas de sacrifice...Mon sacrifice à Dieu c'est un esprit brisé. » (Ps. CI, 18-19)

    - Le métropolite Antoine de Souroge (1914-2003) connu par ses ouvrages et ses homélies, disait invariablement à chaque fois que des fidèles lui en faisaient des éloges: « Le démon me l’a déjà dit ! »


    - Saint Jean a écrit dans son Prologue que la Lumière avait jailli dans les ténèbres. Ainsi en est-il, de la Lumière de l'humilité qui vient éclairer nos ténèbres intérieures. C'est le Christ qui a dit «  je suis doux et humble de cœur »    qui vient Lui-même, et qui est la lumière qui vient en ce monde, illuminer nos âme et nos cœur, pour y résider. Il en chasse d'abord les ténèbres, puis il y établi sa demeure en pleine Lumière. L'œuvre de l'humilité est l'œuvre de la Lumière qui éclaire tout homme en ce monde. L'humilité est la Lumière du Christ qui nous est donnée dans l'Esprit Saint.


    - Autre est le péché, autre est l'habitude du péché, autre est la racine du péché. C'est pourquoi, lorsque le Christ pardonne au Paralytique  lui dit : « Tes péchés te sont remis. »  Et qu'il ajoute  « Prends ton grabat et rentre chez toi. »  Le grabat, inutile pour quelqu'un de guéri, représente le souvenir de la maladie ; ici c’est le souvenir selon Dieu des ses fautes passées et c'est avec ce souvenir que David étendu sur sa couche pleura son double péché durant des années. Et c'est par ses larmes qu'il déracina la passion mortelle, cause de son péché. Car autre est le péché, autre est la racine qui est à l’origine de la faute, autre encore est celui qui l’a semé. 

    - Si tu coupes la tige, tu as seulement arrêté l'acte du péché, mais la racine demeure, et le péché frappe toujours à ta porte. Déraciner prend beaucoup de temps. Le Jardinier sait que si la terre n'est pas détrempée, il aura des difficultés à retirer les racines. Mais après des fontaines de larmes, les racines se retirent aisément.

    - S'il il n'y avait pas, après le pardon des péchés, le souvenir des péchés, celui ci reviendrait, car ses racines ne seraient pas arrachées. Seul le souvenir des péchés selon Dieu, remporte la victoire complète. C'est pourquoi l'adversaire se réjouit lorsque quelqu'un affirme qu'il ne faut plus se souvenir des péchés pardonnés. Après avoir guéri un paralytique le Seigneur l'invitât à se souvenir de son péché, qui pourtant était pardonné, et qui s'était produit il y a trente huit années, afin qu'il ne recommence pas et qu'il ne lui arrive pas plus grave. 

    - Le souvenir de ses péchés selon Dieu,  est le commencement du discernement.  Mais malheur à celui qui se souvient de ses péchés selon Satan, car soit il en éprouvera de la satisfaction, et il recommencera ;  soit de la culpabilité, et il tombera dans le mortel découragement. Soit il en attribuera la faute à un autre que lui, comme Adam à Ève et il s’exclura du Paradis du Bon Larron.

    - Il y en effet  a un souvenir des péchés selon Dieu, et il y a un souvenir des péchés selon Satan. Le souvenir des péchés selon Dieu produit le regret dans l'amertume et la consolation et enfin la purification. Le souvenir des péchés selon Satan produit la satisfaction et le désir de recommencer. Parfois le souvenir des péchés selon Satan s'efforce de caricaturer celui de Dieu : il produit le découragement, la culpabilité morbide, le désir du suicide, et la certitude que Dieu ne peut nous sauver.

    - Abba Isaac le Syrien a dit : « Dieu nous montre nos péchés en nous les pardonnant. » C'est, là, la véritable nature du discernement qui s'oppose au jugement. Le jugement montre la faute en enfermant le pécheur dans son péché, alors que le discernement montre le péché, comme extérieur à la nature de l’homme,  avec le remède de l'amour et du pardon.

    - Un Abba a dit, que nul s'il n'avait d'abord contempler en lui le charisme de l'amour divin, n'aurait pu discerner la haine qui était encore tapie dans son cœur ; nul s'il n'avait reçu en préalable, le charisme de l'humilité, n'aurait pu discerner en lui, les traces de l'orgueil ; nul s'il n'avait reçu en lui la douceur du Saint Esprit, n'aurait pu constater l'irritation qui montait dans son cœur. C'est chaque don du Saint Esprit qui vient révélé à l'âme, le péché opposé qui empêche la venue de ce don. C'est toujours la lumière multiforme des fruits de l'Esprit Saint, qui éclaire les ténèbres du Péché et les révèle dans leur variété.

    - Un Abba a dit : « Il ne suffit pas de montrer le péché Lui-même, ni uniquement comme la transgression d’un code moral. Même le monde à ses lois morales  qui varies selon les siècles. Il faut montrer d'abord toute la beauté qui est perdue à cause de ce péché, et restituer dans l'âme le désir de cette beauté. Celui qui n’a pas vu la vraie lumière ne peut, ni discerner ni  comprendre les ténèbres. »

    - Abba Dorothée de Gaza  a dit «  Plus les saints s'approchent  de Dieu, plus ils se voient pécheur. » La sagesse du monde nous expliquerait que c'est l'inverse, car plus ils s'approchent de Dieu moins ils pèchent... Mais l'humilité qui est lumière nous apprend que plus une âme se rapproche de la Lumière d'avantage la lumière l'éclaire et lui manifeste dans sa clarté ce qui au paravant était resté inconnu dans l'obscurité. C'est en cela que les saints voient plus clairement leur péché que les aveugles de ce monde ne les voient dans leur obscurité. En effet plus les saints s'approchent de la véritable Lumière plus ils découvrent l'étendue de leurs ténèbres intérieures. Dieu est Lumière, Dieu est humilité. L'œuvre de la Lumière est l'œuvre de l'humilité.

    Abba Petros Damascène a dit : «  qu’il voyait ses péchés aussi nombreux que la sable de la mer. » Bienheureux Abba Petros montre nous le chemin de la véritable humilité car nous sommes loin de nous voir ainsi.



    - L'humble voit en lui les péchés des autres, car même s’il ne les a pas commis, il pense : «  Seule la grâce de Dieu m’en a protégé, mais au fond je suis pire que celui-ci. »   Et celui qui est dans l’orgueil et le jugement, inversement,  voit toujours sur les autres ses propres péchés dont il n’a pas conscience en lui.

    - Le Disciple interrogea son  Abba «  Que veux dire le Seigneur lorsqu'il nous demande : «  Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, il ne faut pas inviter tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni tes voisins riches : ils pourraient t'inviter à leur tour, et te rendraient ainsi la pareille. Mais, quand tu reçois, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles.Tu pourras te féliciter de ce qu'ils ne peuvent te le rendre, car cela te sera rendu à la résurrection des justes. »  L’Abba  répondit «  Le Christ nous parle ici en parabole de la prière dans l’humilité. Notre Seigneur Jésus Christ veut dire en effet : «  Lorsque tu pries, ne fais pas comme le Pharisien, qui invite dans sa prière ceux qui peuvent lui rendre c'est-à-dire, ses bonnes actions et ses vertus, ses dons et ses bienfaits. Au contraire agit comme le Publicain qui conviait dans sa prière ceux qui ne pouvaient pas lui rendre, c'est-à-dire ses estropiés, ses pauvres, ses boiteux, ses aveugles, qui figurent ses péchés.
    Invites donc toujours dans ta prière, non tes vertus supposées qui n’existent pas, mais tes péchés qui eux demandent à être purifiés. Car le Seigneur a justifié dans sa prière le Publicain pécheur qui énonçait ses péchés, et non le vertueux Pharisien qui se vantait de ses vertus. L'humilité a cette grâce particulière, qu'elle hisse le pécheur qui s'abaisse volontairement, plus haut que bien des justes qui ne connaissent pas le repentir. Pourtant aux yeux de ce monde, les actions de l'un étaient louées, mêmes par les gens d'Église, alors que les actions de l'autre étaient condamnées unanimement. »   Et ajouta l’Abba en gémissant : « Qui connaît les desseins insondable de Dieu, qui connaît ses jugements? Dieu ne juge pas comme les hommes. Qui connaît le jugement qui sera rendu à chacun lors de la seconde venue sur terre du Christ, lorsqu'il séparera les boucs des brebis. Bien des justes d'aujourd'hui seront à Sa gauche, et bien des pécheurs publics d'aujourd'hui seront placés à Ses droites. Dans la prière rechercher avant tout l'humilité. »

    - Les larmes de l’humilité sont mère du silence.

    - Lorsque l’âme plonge dans l’eau des larmes, comme le pêcheur de perles elle n’entend plus les bruits de ce monde.

    - Celui qui fixe son attention sur une chose avec force et constance, ne voit pas toutes les autres et ne connaît plus la distraction.  Ainsi en est-il de celui qui fixe son attention sur son péché, sans même s’en rendre compte, il place son âme en silence sur les pensées du monde. Celui-là seul vit la parole de la prière du Grand Carême de saint Ephrem le Syrien : « Donnes-moi de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère». En effet celui qui est absorbé par la vison de ses péchés gémit verse des torrents de larmes, comment pourrait-il consacré une seule seconde aux péchés des autres ?

    - Un Starets Roumain a dit : « La paix du Christ se porte toujours avec une couronne d’épines ». Sa couronne d’épine a été d’accepter par obéissance l’épiscopat dont il ne voulait pas et de perdre la paix parfaite qu’il connaissait au monastère et de connaître les tourments des responsabilités épiscopales avec les contradictions de la vie dans le monde.  Pour cette œuvre d’humilité abslolue, vers la fin de sa vie il reçut une paix supérieure dans l’indifférence des autres et  le martyr de l’obéissance.

  • Aphorismes sur la Pensée de la Mort

    epitap10.jpg - Un Abba a dit : « Il existe trois degrés dans la pensée de la mort. »

    Le premier degré est généralement inconscient : il consiste à prier les saints qui sont tous des défuns et de vivre en leur compagnie. Le second degré est de prier et de faire des panichydes pour les âmes des défuns de sa famille et de ses proches. Le troisième degré est de prier à chaques instant pour les âmes de tous les défuns que nous avons connus sur terre. A l’intérieur de ces trois degrés il existe une multitude de nuances.

    - La pensé de la mort  est un silence perpétuel sur le monde.

    - On ne peut cultiver à la fois les pensées  du monde et la pensé de la mort.

    - La pensé de la mort  dépose les pensées  de ce monde.

    - La pensé de la mort, ont dit les Saints Pères, consiste  à vivre aujourd'hui comme si l'on savait que l'on allait mourir demain.

    - Un Abba a dit que celui qui penserait à Dieu au milieu de son chemin autant qu'il pensait à lui-même au commencement de ce même chemin, connaîtrait la prière perpétuelle. De même celui qui servirait Dieu au milieu de son chemin autant qu'il se servait lui-même au début de ce même chemin deviendrait un saint. « Mais qui connaît le milieu du chemin? » le Starets répondit :«  Dès que tu penses à la mort tu a atteint le milieu du chemin, car Dieu laisse à celui qui débute dans la pensée de la mort, la vie nécessaire pour se purifier, accomplir tous Ses commandements et surtout celui de pardonner à ses ennemis. »

    - Un Abba disait :«  chaque soir je m'allonge sur ma couche et je me dis que cette nuit je vais mourir et je serais placé devant le Juge suprême, qui me demandera : « qu'as-tu fait de ta vie, m'as-tu servi? » et je Lui répondrai : « Seigneur je n'ai rien fait de bon. Je ne suis que péché. Je suis un servieur inutile. Je n’ai même pas commencé le chemin, si c’est ta volonté donnes-moi encore du temps.  Mais si c’est l’heure de mon trépas,  dans ton amour des hommes, par l’intercession de Ta Mère, la Toute Sainte Mère de Dieu et Toujours vierge Marie, l’avocate des causes désespérées,  reçois mon âme près de Toi au Paradis comme tu as reçu celle du Bon Larron. »

    - Un Abba disait : «  Si la pensé de la mort n'existait pas, biens peux seraient sauvés. »

    -Le Disciple s'exclamat :«  ta parole est dure. » L’Abba continua : « Seule la pensé de la mort, dès qu'elle touche une âme, fait mépriser ce que l'on vénérait dans ce monde. À l'approche de la mort, l'homme découvre la signification de la parole de l'Écriture «  Tout n'est que vanité » S'il en a le temps, il s'efforce de redresser sa vie et il court pardonner à son persécuteur en prenant, si nécessaire, la faute entièrement sur lui. Avant la venue en lui de la pensé de la mort,  il cherchait à plaire à beaucoup en ce monde, et sans le savoir bien souvent c'est à Satan qu'il rendait ainsi un culte.  Dès la venue de la pensée de la mort, il cherche à plaire à Dieu seul, et il murmure sans cesse pour se tenir en sa présence Son Nom Saint «  Seigneur Jésus Christ Fils de Dieu aie pitié de moi pécheur. »
    Et l’Abba conclue : « Avançons le temps, car à l’heure de notre mort il sera peut-être trop tard, et saisissons nous  des aujourd’hui de la pensée de la mort. »

    - La pensée de la mort, est un charisme de l'Esprit Saint supérieur au repentir, car pour beaucoup elle a été le commencement du repentir.

    - La pensée de la mort place chaque action devant le Juge, et elle attend la sentence. Si la sentence est bonne  elle commence l'action, et si le sentence est mauvaise, elle renonce à l'action.

    - La pensé de la mort est le deuil suprême, car l'âme songe à son état et à toute sa vie passée devant son propre cadavre.  Elle est saisi d'un autre regard sur elle-même, le regard même du Juge dans lequel elle discerne ce qu'elle ne voyait pas au paravent : chaque action qui ne réalise pas la volonté du Christ, lui apparaît, même si cette action a été louée dans l’Eglise par la hiérachie, comme un blasphème, et elle pleure en ne se supportant pas. Elle découvre aussi la valeur éternelle d'actions réalisant la volonté divine, et elle loue le Seigneur de lui avoir donner la force de la réaliser.

    Un Abba a dit : « Soumet chacune de tes actions à la pensé de la mort, et tu connaîtras la volonté de Dieu. »

    - Comme il est difficile aux membres du haut clergé  d’exercer leurs responsablilités, tout en pardonnant du fond de leur âme, et cependant en sanctionnant lorsqu’il se trouve que c’est pédagogiquement nécessaire. Seule, la pensé de la mort donne la juste mesure.

    Un Abba a dit : « La pensé de la mort est la sœur du blâme de soi. Un père du désert à dit que toutes les vertues étaint dans une maison, sauf une, et qu'à cause de cela la maison n'a pas été sauvée. » Les Disciples le questionnèrent  en lui demandant qu'elle était cette vertus  «  le blâme de soi »  répondit-il, car sans le blame de sois, les plus hautes vertus finissent par cultiver l’orgueil. Mais ajouta l’Abba : «  le blâme se soi se trouve dans la pensée de la mort. »

    Un Abba a dit : « Le blâme de soi est la condition première de toute prière, mais il demande de croire ferment à ce que nous affirmons lorsque nous disons «  Je suis le pire de tous, il n'y a pas sur la terre un plus grand pécheur que moi. Seigneur je crois et je confesse que tu es le Fils de Dieu vivant venu en ce monde sauver les pécheurs dont je suis le premier. » Dire ces mots sans convictions, conduit  à un renforcement de la vanité, sauf si nous les lisons dans les livres de prières Orthodoxe de préparation à la communion. Et là il est nécessaire de se lamenter en disant au Seigneur « Je ne parvienspas encore, à lire ses prières en pensant réellement les mots que je prononce en les lisant. »  Et à cause de cet acte d'humilité Dieu tiendra compte de nos limites. »

    - La pensé de la mort vient de différente façon dans l'âme d'un croyant.

    - La pensé de la mort survient après la mort d'un être cher. Mais parfois, elle est oubliée ensuite par les soucis de la vie et la recherche des plaisirs.

    - La pensé de la mort survient également par la prière et la demande de la vison de ses péchés.

    Un Abba a dit : «  La pensé de la mort est l'ascèse des ascèses, car elle procure le dépouillement mesuré, adapté à chaque condition d'existence. La pensé de la mort en nous plaçant, non devant ce que pensent les hommes, ni ce que nous souhaitons nous-mêmes réaliser, mais face à la volonté du Seigneur, nous conduit à une ascèse mesurée, adaptée à notre genre de vie, même si aux yeux des autres elle n'est pas perçue comme une ascèse. La pensé de la mort vise toujours à plaire à Dieu seul et non aux hommes. »

    Un Abba a dit : «  La pensé de la mort contient la liberté du Christ. Elle confère à ceux qui là reçoive la liberté du Seigneur. Elle seule réalise la parole « Être dans le monde comme n'étant pas de ce monde. »

    -    Un Abba a dit : « Le signe le plus tangible que tu es entré dans la pensée de la mort et qu’à chaque minute, et surtout la nuit,  tu pries  pour tous les défuns que tu as connus, et pour les âmes qui sont en Enfer, en priant le Seigneur que tous soient sauvés. En espérant qu’un jour d’autres prieront pour toi lorsque, toi aussi, tu seras certainement en Enfer. »

    -    Un Abba a dit : « L’acte suprême de la pensée de la mort est de se placer volontairement  dans un tombeau est de refermer la porte en attendant la Résurrection du Christ. C’est la voie parfaite qu’ont suivie nos Pères parmi les saints  Abba Antoine, le bienheureux Arsene, l’admirable Isaac le Syrien et l’incomparable Jean de Dayalta. »

    Un Abba a dit : « Personne n’a jamais pleuré sans sesse sans la pensée continuelle de la mort. Le deuil des  larmes est le fruit du deuil perpétuel de la pensée de la mort. »

    -    Un Abba a dit : « Sans le tombeau et la mort volontaire sur sois l’âme ne sera pas introduite dans le silence parfait. »

     

  • Seconde Naissance et Jugement Dernier

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    Cher Frère en Christ,

    J’ai effectivement omît de réponde point par point  aux affirmations théologiques contenues dans la lettre que tu m’as fait parvenir préférant,    comme tu me le faits observer très justement, aborder le fond de la question concernant le concept théologique de « Naissance au Ciel ».
    Il n‘en demeure pas moins que des affirmations toutes aussi hasardeuses que celles-ci sont  contenues dans le communiqué du paroissien de saint Serge  qui attaquait directement un texte de Monsieur Georges von Rosenschild (le modérateur de  «orthodoxierussieoccident ») figurant dans un post consacré à l'anniversaire du trépas  d'Alexis II.
    Je relève celles-ci :

    « L’Eglise Orthodoxe a toujours refusé de définir avec trop de précision la vie dans l’au-delà… » « Cette idée tendrait à faire croire en amont, que la vie terrestre est …inférieure à la vie Céleste ».

    Tu as sans doute raison, ces affirmations demandent un éclairage patristique et si nécessaire une réfutation approfondie.  

    Nous avons largement  dans notre première lettre montré comment nos textes liturgiques et l’ensemble des Pères affirment la supériorité de la vie céleste à la vie terrestre, cette dernière rappelons-le est un monde déchu et non pas le monde premier créé par Dieu. Il faut également  relire sur ce sujet saint Maxime le Confesseur qui parle d’une première création incorruptible en dehors même du Paradis : «  Par sa corruption, la volonté naturelle d’Adam entraina la corruption de la nature qui se vit privée de la grâce de l’impassibilité et devint péché (…) Le second péché conséquence du péché fut la transmutation non coupable de la nature (en dehors du Paradis)  de son état d’incorruptibilité en celui de la corruptibilité.(…) la nature se vit sans le vouloir privée de l’immortalité. » ( Saint maxime le Confesseur.  Question 42)
    Saint Syméon le Nouveau Théologien écrit lui aussi des pages sur ce vaste sujet : «  Il est donc vrai et qu’Adam fut former avec un corps incorruptible, matériel certes et on pas entièrement spirituel, et que c’est en roi immortel dans un monde incorruptible, je ne dis pas seulement dans le Paradis, mais sur toute l’étendue du Ciel, qu’il fut établie par Dieu le créateur. » ( Syméon le Nouveau Théologien Ethique I, Ch. 2 ; 1-5) C’est bien à la suite du péché d’Adam que Dieu maudit la terre : « Dieu s’en prend à tout le reste de la terre ; puisqu’elle était incorruptible, comme nous l’avons dit au même  titre que le Paradis. Dieu la maudit d’avance en disant : Maudite soit la terre en tes œuvres» ( Ibidem 40-46)
    Saint Basile de Césarée parle d’une « première création » pour bien séparer le monde premier parfait créé par Dieu du  monde consécutif à la malédiction divine à la suite du péché d’Adam. Tous ces textes induisent une réalité que semble ignorer l’auteur, c’est que les Pères du désert, les Pères de l’Eglise, témoins de la Tradition mais tout autant expérimentateurs de la grâce aspirent, comme Adam, à un monde parfait, dans le « souvenir » de la gloire perdue  de la  création détransfigurée d’aujourd’hui. Ils connaissent les gémissements d’Adam, dont parle si bien saint Silouane de l’Athos, la conscience du caractère passible de ce monde qui vient avec et par l’expérience de la grâce incréée. Le moine, plus qu’aucun autre,  vit cet exil du Paradis avec le souvenir aigu d’un monde transfiguré. Mais ne doutons pas que des saints tels saint Jean de Cronstadt avaient cette expérience. C’est comme nous le disions dans la première partie de notre réfutation, avec cet état de conscience de la beauté du Monde divin, qu’ils entrevoient parfois,  comme les douze apparitions de la Très Sainte Mère de Dieu à saint Séraphim de Sarov qu’il fait partager une fois à une moniale qui nous décrira toute la  beauté saisissante de la Mère de Dieu, de ses vêtements royaux « La Reine est placée à Ta droite vêtue d’un manteau broché d’or aux couleurs variées » (Prière de la Prothèse),  et du cortège de saints et de saintes et d’anges qui l’accompagnait. Cette incursion du Monde d’en haut dans ce monde d’en bas de l’Eglise glorifiée dans l’Eglise martyre, bien que l’Eglise est toujours une et que ce sont là deux aspects d’une même réalité divino-humaine, donne à comprendre que pour tous ces « témoins de la résurrection du Christ » (Chant après l’Evangile. Orthros) la mort n’est pas pour ces Pères,  comme on pourrait superficiellement le croire, l’abandon pure et simple du corps, mais uniquement de ce corps corruptible lié au péché d’Adam, pour attendre dans le Royaume en présence de la Trinité Sainte de la Mère de Dieu du chœur des Anges et de tous les saints la résurrection qui restaurera l’homme sauvé dans une corps incorruptible « Il sentait bien que son corps lui était présent , mais incorporel en quelque sorte et comme spirituel : il n’avait ni pesanteur, ni épaisseur aucune ; il fut stupéfait de se voir incorporel dans un corps» comme l’exprime saint Syméon le Nouveau théologien dans sa vie rapportée par saint Nicétas Stétatos, qui entend une voix lui dire, lorsqu’il se voit ainsi transfiguré dans la lumière incréée : « Tels seront après la Résurrection  dans le siècle avenir tous les saints incorporellement revêtu de corps spirituels, plus léger plus subtils plus propre à s’élever, ou plus épais, plus lourd plus portés vers la terre : c’est par là que la place et le rang de l’intimité avec Dieu se diversifieront pour chacun. » ( Vie 70-71). Nous sommes loin dans ce texte d’une sorte d’égalité entre la terre d’aujourd’hui et le Ciel. Lors de la parousie à la résurrection générale, comme l’écrit également Abba Isaï chacun ressuscitera comme un livre ouvert avec ses œuvres inscrites dans sa chair:« A la résurrection chacun ressuscitera revêtu de sa propre conduite comme d'un vêtement, soit la justice soit l'injustice. Se sont nos actions qui parleront et sauront où est leur place.» ( Logos XII, 7). Une chair plus subtile que l’Esprit pour les amis de Dieu, et une chair opaque à la lumière pour les amis de ce monde.


    On peut dès lors, comme nous l’avons largement expliqué dans la première partie de notre réfutation, constater que ces Pères aspiraient à cette naissance au Ciel, et que la mort, pour eux n’était pas un sujet de crainte, bien que dans leur extrême humilité ils se considéraient tous comme dignes de l’Enfer, mais ayant déjà eu en ce monde l’expérience paradisiaque de la venue de l’Esprit Saint et du monde d’en haut, ils espéraient dans la miséricorde du Sauveur et l’intercession maternelle de la Mère de Dieu, que le  Paradis promis au Bon Larron serait leur héritage.

    Certes l’homme charnel craint la mort, et pour lui elle n’est certainement pas une naissance au Ciel. Mais l’homme de l’Esprit aspire à naitre dans un monde entièrement spirituel jusqu’à la Parousie. C’est de cette aspiration ainsi que de l’icône de la Dormition que provient l’expression : « Naissance au Ciel »

    Mais avant d’aborder le sujet de fond des renaissances spirituelles dans l’Eglise Orthodoxe, nous nous efforcerons de répondre brièvement à la premières affirmation citée plus haut : « L’Eglise Orthodoxe a toujours refusé de définir avec trop de précision la vie dans l’au-delà… » Il suffit de lire le remarquable ouvrage de florilèges patristiques, mais aussi d’une bonne et sainte théologie  du théologien Jean Claude Larchet «  La vie après la mort dans la Tradition  orthodoxe » pour se convaincre du contraire.  Cela peut même  paraître étonnant que l’on ait tant de précisions dans un domaine aussi immatériel : mais c’est la Tradition de l’Eglise qui transmet depuis les Apôtres témoins de la Résurrection ces grand mystères. L’ouvrage patristique de référence sur le sujet de la vie après la mort demeurant les fameux « Dialogue » de saint Grégoire le Dialogue.
    L’Eglise Orthodoxe est riche dans ses textes liturgiques de multiples témoignages de la vie après la mort.


    «  En aucun cas l’homme nait deux fois » affirme encore l’auteur du texte cité plus haut qui continue en ajoutant que « Il n’y a qu’une naissance, celle terrestre… »  et que la  : « La renaissance est assurée par le baptême. » Nous lui donnons acte de cette dernière affirmation, sans que celle-ci annule qu’il n’existeraient pas dans la vie d’un homme plusieurs renaissances s’ajoutant ou continuant le baptême.


    Saint Jean Climaque écrit dans son échelle sainte ; «  Que la source des larmes est plus grande que le baptême lui-même, cette source des larmes qui jaillit après le baptême», car explique-t-il, «  si audacieuse que puisse être cette affirmation. Le baptême nous purifie des fautes qui l’ont précédé , tandis que les larmes effacent les fautes que nous commettons par la suite. » (Septième Degré N° 8) Saint Syméon le Nouveau Théologien dans son « Traité gnostique et pratique » parle de la supériorité du baptême des larmes sur le baptême sacramentel : «  Le premier baptême n’est que le symbole, le second baptême ( des larmes)  est la réalité même » ( Centurie 36) écrit il encore.  Saint Grégoire Palamas reprendra cette tradition. Mais c’est dans son Homélie sur la Fête des Lumière ( baptême du Christ) que saint Grégoire de Naziance parlera de cinq baptêmes, mais surtout des trois derniers qui nous intéressent : « Le premier baptême donné par Moïse dans la nuée et la Mer Rouge ; le second celui de Jean Baptiste ;  le troisième est celui donné par Jésus dans l’Esprit (le baptême sacramentel) ; Je sais qu’il existe aussi une quatrième sorte de baptême c’est le baptême du martyrs et du sang et qui dépasse d’autant plus  les autres qu’il ne peut être ternit par aucune souillure» et continue saint Grégoire :«  J’en connais un cinquième encore supérieur au précédent : c’est le baptême des larmes qui est plus pénible que le précédent car il inonde de pleurs sa couche ou son grabat. » (Sermon XXIX sur la Théophanie).  Baptême ou seconde naissance sont des synonymes : il existe bien  des secondes naissances selon l’Esprit, après le baptême,  qui ont naturellement leur sources dans le  premier baptême, tout au long de l’existence du Chrétien.

    Nous constatons que dans la pensée  des Pères témoins de la Tradition, il existe de nombreuses renaissances, dont le second baptême des larmes, qui sont avec le sacrement de la confession, des moyens charismatiques,   de recouvrer la grâce perdue, que dans son économie du salut de l’homme, le Christ à placer sur cette terre.   Sans ces possibilités de renaissances, personne ne serait assuré du salut : « Et si Dieu dans son amour des hommes  ne leur avait pas donné les larmes, bien rare et difficiles à trouver seraient ceux qui se sauveraient. » ( Jean Climaque. Septième Degré N° 8).
    Que penser des reniements de l’apôtre Pierre qui était baptisé : c’est dans les larmes qu’il verse en croisant le regard du Christ, qu’il trouve sa purification. Les larmes que versent des années durant dans le désert sainte Marie l’Egyptienne qui était baptisée avant de pécher, lui étaient un second baptême dans laquelle elle expérimente  une véritable « seconde naissance ». Saint Syméon le Nouveau Théologien n’hésite pas à dire dans ses Catéchèses, que le baptême des larmes est la « naissance d’en haut » la « naissance de l’Esprit » dont parle le Christ dans l’Evangile de Jean.
    La rituel du petit habit (Micro Schéma) est lui aussi considéré par la tradition Orthodoxe comme un nouveau baptême, une « second naissance ». Pour renforcer cette conception, le nouveau moine change de nom. Il en sera encore ainsi, si il se revêt du Grand Habit ( Macro Schéma) : le moine sera une seconde fois (et même une troisième si l’on compte de nom de son baptême), revêtu d’un nouveau nom, attestant ainsi une nouvelle identité liée à une nouvelle naissance.

    Nous l’avons constaté  les affirmations hâtives selon lesquelles :« En aucun cas les chrétiens orthodoxes peuvent prétendre que l’homme nait deux fois » sont démenties par la toute la Tradition dont sont témoins les saints Pères de l’Eglise. Et la critique de la théologie Catholique du Purgatoire qui n’a strictement rien à voir avec le sujet,  me parait inutile et surtout témoigne   d’une méconnaissance de la théologie orthodoxe, lorsque l’auteur ne prête qu’à la seule Eglise Catholique la croyance : «  pour chaque groupe d’une vie dans la félicité éternelle ou dans les souffrances éternelles ».
    Selon les paroles du Christ, qui ne  parle évidemment pas du purgatoire auquel l’Eglise Orthodoxe ne croit pas il est cependant annoncé: « Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie et ceux qui auront fait le mal pour la condamnation. » (Jn V  28-29) La parabole des bouc et des brebis insiste sur ce concept de séparation des Bons et des Mauvais (Mt XXV, 32-46), Ailleurs le Christ parle du tourment qui étreindra ceux qui verrons les sauvés se réjouir avec Abraham Isaac et Jacob : « Là où il aura des sanglots et des grincements de dent, quand vous verrez Abraham Isaac et Jacob et tous les Prophètes   dans le Règne de Dieu et vous chassé dehors » (Lc XII, 28 ; Mt VIII,11-12). Evidemment il s’agit là de l’état des âmes après la résurrection ; mais de l’Enfer avant le jugement dernier il est question dans toute la Tradition et encore une fois nous invitons le lecteur de lire d’urgence sur tous ces sujets l’ouvrage incontournable de l’excellent  théologien orthodoxe Jean Claude Larchet : «  La vie après la mort ».

    Mais il ne faut pas imputer de telles erreurs à ceux qui par souci d’être des gardiens fidèles de la Tradition, posent en réalité des questions pertinentes. La responsabilité  n’appartient pas à ce paroissien de saint Serge qui  s‘interroge, certes maladroitement, sur des questions  qui  ne sont pas abordées de façon courante dans nos paroisses. Il appartient à nos évêques et à nos prêtres de donner des explications claires fondées sur les Pères de l’Eglise dans les homélies qu’ils prononcent  lorsque des évènements, comme le trépas d’une personne aimée,  rappellent ces mystères à nos consciences.  
    Il eut été cependant  préférable que tout cela soit posé sous la forme de questions, qui ne se trouvent exprimées d’une manière juste qu’à la fin du texte, lorsque l’auteur fait appel  aux « pasteurs » pour recevoir d’eux une réponse. Mais la forme  générale du texte est trop affirmative de sa propre vérité qui n’est pas toujours celle de l’Eglise.
    J’espère avoir contribuer à éclairer ce débat. Je demande à l’avance que l’on me pardonne si à mon insu le ton que j’utilise parfois paraitrait polémique : il ne s’agit pas d’attaque personnelle, mais de dire «  ce que l’Esprit dit aux Eglises » (Apocalypse III, 6 ), car c’est dans le souffle de l’Esprit que se trouve et que se reçoit et se transmet la Sainte Tradition.

    +Métropolite Michel Laroche

  • A propos de l'expression "Naissance au Ciel"

    Cher Monseigneur Michel, Bénissez!



    Ci-dessous, un message qui pourrait vous intéresser, en tout cas, sujet à réflexion.

    J'aimerai connaître votre pensé sur ce sujet.


    Amicalement en Christ,

    Theophilos





    A propos de l'expression "Naissance au Ciel".

    De plus en plus souvent l'expression "naissance au Ciel" est employée à la place de celles consacrées par l'usage et par la tradition chrétienne, offrant chacune une insistance particulière sur un aspect ou un autre de cette grande déchirure qu'est la rupture définitive d'avec la vie terrestre.
    Cette nouveauté ne semble reposer sur aucune tradition ni orale ni scripturaire, et vient contredire la foi orthodoxe. Il n'y a qu'une naissance, celle terrestre, réalisée au moment de l'enfantement, par la volonté de Dieu. Les expressions suivantes témoignent de la richesse de la langue française : on parle de la mort, du décès, des expressions périphrastiques "n'est plus", "à rejoint un monde meilleur", "est parti", "nous a quitté", "a rendu l'âme", "a rendu son dernier soupir", "s'est éteint", "s'est endormi", "a disparu" et certainement d'autres encore.
    Mais aucune de ces expressions ne manifeste l'idée d'une seconde naissance. Cette idée tendrait à faire accroire en amont, que la vie terrestre constitue une vie avant même la naissance de l'âme, en tout cas une vie inférieure à la vie céleste. L'Eglise orthodoxe a toujours refusé de définir avec trop de précision la vie dans l'au-delà, contrairement à l'Eglise romaine qui prévoit grâce à une casuistique morbide un séjour au purgatoire et qui délimite pour chaque groupe de cas une vie dans la félicité éternelle ou dans les souffrances éternelles. Si la vie dans l'au-delà est un grand mystère, sauf pour quelques grands ascètes et bienheureux moines, la vie terrestre avec sa limitation temporelle et spatiale, avec ses innombrables obstacles, n'en est pas moins un grand mystère.
    Mais en aucun cas les chrétiens orthodoxes ne peuvent prétendre que l'Homme naît deux fois, et encore moins que la mort entraîne dans une sorte d'automatisme une renaissance de l'être. La renaissance est assurée par la grâce du Baptême, par l'effort personnel continuel de la prière, du repentir et de la louange à Dieu.
    Cette "naissance au Ciel" amoindrit dangereusement la puissance de liberté de la vie terrestre comme la puissance de la grâce, en laissant croire que, quelle que soit notre vie en ce bas monde, nous sommes tous assurés d'une parfaite renaissance. La foi chrétienne glisse vers un angélisme béât qui ressemble étrangement à celui du mouvement charismatique catholique contemporain.
    Je laisse la place à l'un de nos pasteurs plus autorisé que moi, mais il est impossible d'acquiescer à un tel dédoublement de la personne, une et indivisible, créée à l'image et à la ressemblance de Dieu, et à un tel angélisme eschatologique.


    Cyril Semenoff-Tian- Chansky
    Paroissien de l'église Saint-Serge, Paris.

  • Naissance au Ciel

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    Cher Frère en Christ,
    je te remercie de cette communication très intéressante. J’ai moi-même employé cette expression lors de la naissance au Ciel de Germain parce que justement, à tord ou à raison, je percevais  le trépas de notre fils Germain, non pas comme une fin, mais comme un nouveau commencement, ce que sont tous les départs vers une destination lointaine.
    L’autre motif de l’emploie de cette expression est  plus théologique, mais surtout il est encré au plus profond de ma foi:  c’est que la vie du Royaume promise au Bon Larron qui demande au Christ Crucifié : «  Dans ton Royaume souviens toi de moi Seigneur » ( Prière de la Petite Entrée dans la Liturgie de saint Jean Chrysostome ) par Notre Seigneur Jésus Christ : «  Avant ce soir tu seras avec moi au Paradis » est, selon ma foi Orthodoxe,  plus belle que la vie sur la terre.  Nous trouvons cette certitude dans la prière des défuns : « … là d’où sont absent  la peine, la tristesse et les gémissements » que nous trouvons non seulement en Enfer,  mais abondamment sur terre,  l’âme étant introduite, si elle est sauvée, jusqu’à la Résurrection en un lieu : «   de la lumière, de la fraicheur et de la paix ».  Lorsque l’on conçoit que cette Lumière incréée nous est communiquée par l’Esprit de la part du Père par le Fils; que la fraicheur est celle de la rosée du Saint Esprit et la Paix est celle du Christ qui nous dis: « paix à tous » nous ne doutons plus que la vie du siècle à venir est sans comparaison plus réelle, plus belle, plus riche, et qu’elle est même parfaite ce que n’est pas la vie que nous quittons sur cette terre. Et cette autre prière du canon des défuns: «  Accorde, Seigneur à ton Serviteur le repos et place-le  dans le Paradis, là où les chœur des justes et des saints brillent comme des astres lumineux ». Il est évident que  ce qui est sur cette terre nous sembles  provisoire, alors que les trésors promis aux justes sont éternels. Dans cette perspective il ne me semble pas déplacer de parler de  « Naissance au Ciel »  car le Ciel en compagnie de la Trinité sainte de la Très Sainte Mère de Dieu, des myriades d’anges et du chœur des saints est incomparablement plus grand que la terre. Oui pour ceux qui connaissaient ce désir, c’est une naissance au Ciel que ce départ si attendu si espéré.
    Les Pères du désert ont ardemment souhaité à l’heure fixée par Dieu leur endormissement dans le seigneur. Le trépas de saint Jean le Théologien est nommé comme pour celui de la Mère de Dieu une « dormition ». Mais cette expression parfaite désigne des départs de ce monde dans une paix totale et rare que  par exemple ne connut pas le Bon larron, alors que nous savons pourtant qu’il est sauvé.  Mais cette idée de « naissance au Ciel » ou « seconde naissance »  est totalement explicite et manifeste dans l’icône de la Dormition de la Théotokos à moins que pour  les personnes hostiles à celle-ci,  cette représentation ne soit pas orthodoxe. Nous observons dans l’icône deux monde distincts: celui que quitte la Mère de Dieu, son corps très saint reposant allongé sur un catafalque entourée des apôtres et des premiers évêques ; c’est l’Eglise terrestre dans sa perfection mais dans une des expression de son martyr permanant, ici la douleur devant la mort; le second monde entouré de myriade d’anges le Christ glorieux et compatissant qui prend dans ses mains l’âme de la Théotokos, figurée par un nouveau-né emmailloté dans ses langes: c’est à partir de cette icône qu’est venu  tout naturellement, tout surnaturellement, le concept orthodoxe de « Naissance au Ciel ». Il ne faut pas être un grand théologien pour concevoir ce que l’Esprit Saint qui a inspiré  l’Eglise Orthodoxe d’écrire cette icône a voulu nous montrer avec ce nouveau né dans les bras du Christ: une naissance au Ciel.
    Dans la prière de la Fête de la dormition de la Litie parmi tant d’autres cette ode : « En ce jour le Ciel ouvre son sein pour recevoir la Mère de Celui que l’univers ne peut cerner (…) Les anges et les apôtres regardent comme passant de la vie à la vie celle qui enfanta le Prince de la Vie. » S’il s’agissait d’autre chose que d’une naissance dans un lieu nouveau plus beau plus vaste l’Esprit Saint qui a inspiré ces odes ne parlerait pas de la Dormition de la Mère de Dieu comme d’un « passage de la vie à la vie » et dans le Lucernaire Ton 1 : « Tu es transféré de la terre jusqu’au ciel »  et dans le tropaire même de la Fête cette expression est approfondie : « Tu as été transférée de la vie à la vie, étant Mère de la vie ».
    Que l’on puisse nommer ce transfère, « naissance au Ciel » est pour ceux qui ont adopté, comme nous l’avons fait, cette terminologie, que de quitter «  ce qui es né chair est chair »  pour une vie entièrement spirituelle «  ce qui est né esprit est Esprit »,  est comparable à une seconde  naissance,  dans l’attente de la résurrection des corps où selon saint Ephrem le Syrien dans ses « Hymnes sur le Paradis » à la résurrection le corps sera élevé à la dimension de l’âme, l’âme à celle du « νους » et le nous illuminé par l’Esprit. La vie dans la chair recouvrée lors de la résurrection pour les sauvés, sera entièrement spirituelle ; libérée du pois de la chair déchue qui a recouvré dans le Christ Ressuscité son caractère incorruptible, de chair servante active de l’Esprit.  Ce qui prime dans cette expression, c’est la démesure qui existe entre la vie terrestre et la vie promise, même si celle-ci insistons-le ne trouvera sa perfection qu’à la résurrection générale.
    J’ai rencontré cette expression dans l’Eglise Orthodoxe, mais elle a pour moi pris une valeur très grande lors de l’endormissement dans le Seigneur de mon fils Germain il y a vingt et un ans. Pour moi, pour nous, Germain  est né au Ciel et s’est en élevant notre regard vers le Royaume des Cieux que nous pouvons communiquer avec Lui et non en continuant de pleurer, bien que cela nous arrive,  sur une vie terrestre passée, et sur un avenir qu’il ne connaitra jamais sur terre. Sa vie est maintenant et pour toujours au Ciel. Il est né au Ciel le 9 septembre 1986, comme il était né sur la terre le 2 Juin 1968 et  continue de vivre auprès de la Trinité Toute Sainte  de la Très Sainte Mère de Dieu du chœur des anges et des saints, dans la joie bienheureuse qui est aujourd’hui la sienne, selon la divine économie divine dont nous ne savons presque  rien, tant elle est plus vaste que nos misérables intelligences humaines.
    Mais je me soumets à l’avance, dans ce domaine, comme dans tous les autres,  à tout ce que pourrait dire dans un Concile Œcuménique l’Eglise Orthodoxe.
    Je ne voudrais pas surtout pas que l’auteur ce cette mise en cause de l’expression « Naissance au Ciel » voit dans mon écrit, qui lui répond directement,  une attaque personnelle. Ce sont des « théologouménas » sujets à la discussion sans passion. Je suis certain que lui aussi se soumettra à l’avance, comme je le fais, à une décision conciliaire qui viendrait nous contredire « l’un ou l’autre ».
    L’Apôtre Paul écrit dans son épitre aux Philippiens : «  Que la paix du Christ qui surpasse tout intellect «  νους » conserve vos cœurs en Jésus Christ. »  Efforçons-nous de recevoir cette paix, et de devenir dans nos actes nos paroles et nos écrits des « artisans de paix » de la béatitude du Sermon sur la Montagne.


    +Métropolite Michel




  • Enjeux Méditerannée Avril 2007

    ÉGLISE ORTHODOXE D’ISTANBUL
    Les secrets de sa stratégie européenne

     

    par Monseigneur Michel Laroche

     

    Cet article paru en avril 2007 est malheureusement toujours d'actualité. Il n'aborde pas la question de fond, globale,  très complexe, de l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, mais uniquement son aspect ayant trait au statut de la Grande Eglise.  Nous aborderons dans un prochain article les aspects historiques qui font qu'indéniablement, que l'on soit hostile ou favorable au principe de l'union de la Turquie à l'Europe, l'ancien Empire Ottoman a une histoire commune complexe avec l'Europe en partant d'un fait majeur: il est l'héritier, par la conquête,  de l'Empire Romain Byzantin et a eu dans son giron de nombreuses nations de l'Europe de l'Est telles la Roumanie, la Bulgarie, la Serbie la Grèce....Et des relations privilégiées depuis François Ier avec la France.

  • L'échelle de l'Humilité

    Un Abba enseignait à son disciple : « Il y a neuf degrés dans l'humilité :

    Le premier, c'est de se savoir pécheur sans encore parvenir à voir ses péchés.

    Le second degré de l'humilité, c'est de prendre conscience d'un seul péché, et de gémir et supplier le Seigneur, d'en être pardonné.

    Le troisième c'est de supplier le Seigneur pour ce même péché et de demander d'être purifié de la cause de ce péché.

    Le quatrième degré de l'humilité est de commencer à discerner la multitude des péchés et leurs causes passées, dans lesquels nous sommes tombés au présent comme au passé.

    Le cinquième est de se souvenir des péchés oubliés de son enfance et de les pleurer comme si on venait de les commettre.

    Le sixième degré de l'humilité c'est de prendre conscience de la douleur que nous avons fait subir à causes de ces péchés au Christ sur la Croix, ainsi qu'à nos frères sur la terre.

    Le septième est de pleurer continuellement un seul péché ancien, dont l’Apôtre parle en disant qu’il a « une épine plantée dans la chair». C’est  celui dont le Seigneur permet qu’il ne guérisse jamais totalement pour que l’âme des saints ne s’enfle pas,  et par celui-là de brûler, sans même en avoir conscience, toutes les passions et les tentations : car c'est uniquement avec le vieux bois que l'on  parvient à brûler le bois vert.

    Le huitième degré est de se tenir pour le « premier des pécheurs et le pire de tous »  et de considérer tous les être humains comme plus près de Dieu, que soi, y compris ses persécuteurs.

    Le neuvième degré de l'humilité est de considérer que sa place normale est en Enfer, et celle de tous les autres au Paradis,  mais de tout espérer de l'intercession maternelle de la Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, et de la tendre miséricorde du Seigneur qui est mort sur Sa Croix pour nous délivrer de l'Enfer.

    - Il existe un degré plus élevé que tous les autres et qui ne peut se compter avec eux, car il se place sur la Croix, et non sous la Croix. Tous les autres degrés sont en effet sous la Croix du Seigneur, car ils espèrent par la Croix le salut pour eux-mêmes. Mais dans ce degré d'humilité dont parle Saint Syméon le Nouveau Théologien, celui qui l'a atteint, se place en effet, avec le Christ Crucifié, puisqu'il pleurent les péchés des autres comme les siens propres, ne faisant plus aucune différence entre lui et les autres. Il ne se tient plus seulement pour le pire de tous, il prend sur lui les péchés de ses frères, et gémis en se sentant lui-même responsable devant Dieu, comme si c'était réellement ses propres péchés.
    L’Abba ajouta : « Un degré lui est encore suppérieur ».
    « Lequel questionna son disciple? »
    « Celui-là qui l’a atteint »  répondit l’Abba «  connaît  la ressemblance du Christ: c’est de pleurer comme nos propres péchés, en les prenant sur nous, la persécution, la calomnie, les épreuves  qu’une  personne  nous fait subire. Car le Christ parfaitement innocent a pris sur lui les fautes de ceux qui le suppliciaient  en disant à Son Père : « Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Il s’adressait à Son Père au moment même qu’il s’offrait pour les péchés de tous les hommes parmis lesquels se trouvaient ses presécuteurs. Ce degré là est supérieur à tous les autres et à le pouvoir de purifier celui qui l’a atteint de ses propres fautes. »