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  • La problématique de l’Orthodoxie russe en France. II

     

     Les âmes mortes de la diaspora russe de France (1)

     

     

     

    Cathedrale_Nevski_Paris-.jpgLes véritables motifs géopolitiques de la guerre ecclésiologique entre Moscou et Constantinople.

    Il est temps maintenant d’examiner quels sont les enjeux qui expliquent la guerre que se livrent les deux patriarcats de Moscou et de Constantinople. Sur ce Blog nous avons cité la déclaration du nouvel archevêque Monseigneur Hilarion  chargé des relations extérieures du patriarcat de Moscou reprochant au patriarche Bartholomée de vouloir devenir le chef de toute la diaspora orthodoxe tant en Europe que dans le reste du monde. D’autres déclarations, celles-ci provenant du patriarcat Œcuménique) revendiquent sans complexe cette doctrine ecclésiologique.

    Nous avons largement développé tous les aspects géopolitiques dans de nombreux écrits, tant sous la forme d’un ouvrage que d’articles parus dans la revue de géopolitique « Diplomatie » () les données géopolitiques qui expliquent ces deux doctrines antinomiques. Résumons-les. Soit la fondation d’une Église locale de tradition russe sur le territoire de l’Union Européenne, dont nous venons de parler. Soit l’établissement d’une Église multinationale sous l’autorité directe du patriarcat (turc) d’Istanbul dans la perspective  de l’entrée de la Turquie dans l’Union.  Certes en Europe, en dehors de la Grèce,  le patriarcat Œcuménique dispose également de la puissante communauté d’origine hellénique. Mais celle-ci, se souvenant des presque cinq siècles d’occupation ottomane,  demeure très hostile à l’entrée de la Turquie dans l’Union, et ne peut lui rendre les mêmes services que l’archevêché-exarchat  russe (rue Daru) dont les membres n’ont pas, jusqu’à présent, pris position sur cette question pourtant centrale. C’est cette indifférence à la question turque qui rend géopolitiquement important la continuité de la présence de cet archevêché russe comme pivot principal d’une juridiction directe du patriarcat Œcuménique depuis la Turquie dans l’Union Européenne.

    Il est clair, le moins que l’on puisse en dire, que ces deux projets sont concurrents. Pour résumer la situation : le patriarcat œcuménique qui est  situé géographiquement dans un pays musulman,  la Turquie, ne dispose pratiquement plus de croyants dans ce pays. Il lui faut donc, s’il veut survivre, disposer d’un peuple orthodoxe dans l’Union Européenne, pour y créer une entité ecclésiale dont le primat ne serait pas un évêque local (quelque soit sa nationalité et son origine) mais obligatoirement le patriarche  Bartholomée et ses successeurs. C’est l’unique raison qui pousse le patriarche de Constantinople à s’opposer au retour de l’archevêché russe dans son Église Mère et de maintenir autour de l’ensemble de ce projet une véritable guerre ecclésiologique contre le patriarcat de Moscou.

     

     

     

     

     

    Le patriarche Bartholomée ambassadeur d’une Turquie dans l’Union Européenne. 

    Le patriarche Bartholomée s’est fait l’ambassadeur de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Sa situation en Turquie n’est pas seulement menacée par l’absence d’un peuple qui y justifie sa présence, mais également par l’absence de statut juridique de son Eglise dans les institutions turques.  Les articles 40 et 42 du Traité de Lausanne (1923) fondateurs de la Turquie moderne ne mentionnent absolument pas la présence (pourtant séculaire) du patriarcat Œcuménique. Tout au plus il est fait mention d’une vague protection des autorités turques envers des confessions non-musulmanes et de la possibilité pour celles-ci de disposer d’églises ou d’écoles et d’œuvres charitables, sans aucune précision sur le statut juridique du patriarcat. On comprend que devant ce vide juridique - y compris dans la constitution de l’État turc - qui rend vulnérable le patriarcat  auprès de la République turque la position actuelle du patriarche Bartholomée en faveur de l’entré de la Turquie dans l’Union Européenne. Ce n’est pas qu’il croit à ce qu’il proclame haut et fort dans ses déclarations, à la compatibilité des deux civilisations musulmane et chrétienne  qui coexisterait en paix dans la Turquie moderne (), alors même que chaque année on y déplore des attentats contre le siège du patriarcat. L’adhésion de la Turquie lui apporterait immédiatement un statut reconnu obligatoirement, à travers les institutions européennes, par cet état musulman  qui jusqu’à  aujourd’hui  n’accordait aucune valeur à des traités antérieurs à celui de Lausanne : le statut international du patriarcat de Constantinople est reconnu par l’article 98 du Traité de Paris de 1856  et par l’article 62 du Traité de Berlin de  1878 sont pris en compte par l’Union Européenne. Et si d’aventure la Turquie y faisait son entrée, elle serait tenue de les observer. C’est donc la question de la survie du patriarcat Œcuménique en Turquie qui est ici en cause, et non les passages, qui y sont rattachés,  de paroisses ou de diocèses avec leurs églises dans l’un des deux patriarcats antagonistes.

     

    Racines chrétiennes russes ou racines musulmanes turques pour l’Europe ?

    Examinons maintenant quelle est la vision qui préside au projet de la fondation par le patriarcat de Moscou d’une métropole autonome russe dans l’Union Européenne ?

    Nous avons en partie répondu à cette question en abordant l’aspect de la réconciliation de l’Église Mère Russe avec les trois branches qui sont issues d’elle. Mais avouons, que cette réponse n’est pas entièrement satisfaisante, même si elle contient une grande part de vérité.

    La Russie, durant toute son histoire a toujours regardé vers l’Europe de l’ouest. 80% de sa population vit en Europe. Le président Vladimir Poutine s’est lui-même investi dans cette réconciliation du Synode Russe Hors Frontière, qui possède des paroisses situées dans l’Union Européenne, avec le patriarcat de Moscou en invitant il y a quelques années,  personnellement le métropolite  Laure de bienheureuse mémoire  à se rendre en Russie. Même si la Russie n’est pas aujourd’hui officiellement candidate à intégrer l’Union Européenne, elle a en commun avec celle-ci, une multitude de traités, d’accords  culturels et économiques, et elle lui fournit une grande partie de son énergie. Le facteur que représente  la civilisation chrétienne qui revêt une  très grande importance  pour les dirigeants russes, est encore sous-estimé par le reste de l’Europe qui demeure en regardant la Russie avec de vieux réflexes antibolchéviques. Pourtant la Russie pense que le jour venu, des relations plus étroites que celle d’aujourd’hui avec l’Union se feront sur les bases, non seulement d’un état démocratique,  des échanges culturels et économiques dont nous venons de parler, mais tout autant avec la prise en compte des racines chrétiennes de l’Europe, racines absentes de la culture turque.

     

    Un Vatican orthodoxe ?

    C’est donc cette vision qui préside à la fondation d’une entité ecclésiale de tradition russe dans le cadre de l’Union Européenne.  Ne faisons pas non plus d’angélisme à propos de la vision d’une future entité ecclésiale russe en Europe Occidentale. Il est évident que le patriarcat de Moscou s’oppose depuis longtemps à la conception hyper-centraliste  du patriarche Bartholomée qui veut créer en Europe le pendant orthodoxe du Vatican. Le patriarche Bartholomée envisage en effet dans un avenir plus lointain, une fois réalisé l’entrée de la Turquie dans l’Union, et sa guerre ecclésiologique gagnée contre le patriarcat de Moscou, disposant alors d’une puissante juridiction européenne,  l’internationalisation du statut de la présence du patriarcat à Istanbul. Cette ville deviendrait  alors la capitale internationale  de l’Orthodoxie  jouissant dans l’Union d’une véritable juridiction composée d’européens  d’origine russe qui rendrait invisible la peau de chagrin qui constitue son peuple en Turquie. Cela justifierait également la conception de chef de l’Orthodoxie en dehors des frontières des nations historiquement orthodoxes, selon l’interprétation que le patriarche Bartholomée donne au Canon 28  (451) du Concile Œcuménique de Chalcédoine. Le patriarcat de Moscou s’est toujours opposé à cette conception qui ressemble, selon lui,  comme deux gouttes d’eau  à la papauté romaine.

    Le patriarche Bartholomée, c’est maintenant clair pour tous, s’efforce de se constituer un territoire ecclésial, qu’il n’a pas en Turquie, dans l’espace des pays non majoritairement orthodoxes de l’Union Européenne.

    L’archevêché russe de la rue Daru constitue donc pour lui cette base parfaitement idéale : il est situé au cœur de l’Union Européenne, à Paris capitale de la France. Nous comprenons mieux, maintenant, tous les enjeux géopolitiques dans l’Union Européenne, comme en France, de la migration orthodoxe russe qui est convoitée par un patriarche de nationalité turque. Redisons-le : les croyants sont les victimes de cette politique, indépendamment de leur conviction, qu’ils soient  d’accord ou pas d’accord ; cela se passe très au-dessus de leurs têtes.

     

    Le Patriarcat de Moscou comme moteur du rapprochement de la Russie et de la France par leurs racines chrétiennes communes.

    En conclusion la Russie est européenne, sa migration orthodoxe a certainement dans le cadre d’une Église de tradition russe européenne un rôle immense à tenir pour le rapprochement avec la Russie de toutes les autres nations de l’Union Européenne. Avec sa baisse démographique la Russie aura dans une vingtaine d’année le même poids que la Turquie qui comme l’ensemble des nations musulmanes est  en situation de hausse démographique : autour de cents millions d’individus. Je pense avec beaucoup d’Européens que l’Union aura beaucoup plus de mal à assimiler cent millions de musulmans que presque cent millions de Russes orthodoxes. Cet enjeu capital constitue la toile de fond de la guerre que livre le patriarcat turc défenseur, malgré lui, des valeurs musulmanes de la Turquie, contre le patriarcat de Moscou qui désire rassembler autour de lui, comme contribution active à la nouvelle Europe,  un centre vivant de ses traditions chrétiennes slaves. Un exemple concret de cette politique : le projet de séminaire avec des échanges cultuels, culturels  et spirituels entre la France et la Russie, principalement à travers l’Église Catholique,  mais également  vers des universités,  sur tous les plans, historique, théologique, philosophique, porté en France par le Hiéromoine Alexandre Siniakoff (un proche du nouveau patriarche Kyrill de Moscou), se situe exactement dans cette dynamique positive, ce qui n’a pas échappé aux autorités françaises qui le soutiennent et voudraient le voir réalisé pour l’année de la France-Russie en 2010.

     

    Un rendez vous manqué.

    Enfin,  un signal négatif pour le patriarcat de Constantinople qui a fortement contrarié le patriarche Bartholomée est celui qui lui est parvenu de l’Élysée.  Le patriarche œcuménique a souhaité rencontrer, il y a quelques semaines, le Président Sarkozy afin de lui parler de la cathédrale de Nice. Après un rendez-vous fixé,  l’audience a été décommandée alors que le patriarche était déjà arrivé à Paris. Celui-ci a justifié son déplacement à postériori, par l’inauguration au Petit Palais de l’exposition sur les Trésors du Mont Athos dont il est l’Archevêque, mais ce n’était pas là le véritable but de son voyage. Il désirait faire connaître son sentiment sur la cathédrale de Nice dont il espère qu’elle sera conservée dans son statut de paroisse de l’archevêché russe du patriarcat de Constantinople.   Il a certes  été reçu par le Premier Ministre Français Fillon, qui ne lui a pas permis de s’exprimer sur Nice, puis  par le Ministre de l’Intérieur et des Cultes Michelle Alliot-Marie, mais pas pour une conversation privée sur la cathédrale de Nice avec la ministre, mais en présence de tous les évêques de l’AEOF  devant lesquels il ne pouvait pas exprimer le fond de sa pensée.

    Aujourd’hui la politique française se rapproche de la Russie et, dans la perspective de l’année France-Russie  en  2010,  il ne faudra pas s’attendre, jusque là, à une déception russe sur le dossier de la cathédrale de Nice.

     

    Le « Goulag » Orthodoxe Russe de France .

    L’illustration de ce qu’il ne faut pas faire est, ce qu’il faut bien maintenant nommer, l’ « Affaire du Père Nicolas Ozoline ». Tous les réseaux orthodoxes sur l’Internet ne relatent depuis une dizaine de jours que de cette triste et sombre affaire.  Nous en avons parlé nous-mêmes  du point de vue humain et pastoral dans la première partie de cet article. Nous y revenons maintenant en évoquant son aspect le plus symptomatique qui est malheureusement purement politique.

    Chacun connaît aujourd’hui le véritable motif, l’horrible faute ecclésiale  qu’a faite le Père Nicolas Ozoline :  ne pas avoir su disparaître de lui-même, dès l’instant où son poste était convoité par un favori du monarque. Dans toutes les monarchies,  la compétence n’était que l’un des éléments d’une charge : si vous n’étiez pas un favori du monarque, il ne fallait pas espérer l’obtenir, mais surtout si vous perdiez cette protection, quelqu’un vous faisait comprendre qu’il valait mieux démissionner volontairement de la charge, où dans le meilleur des cas la revendre à la bonne personne. Les soi-disant  fautes canoniques qui lui sont reprochées ne sont que des artifices qui n’ont convaincu personne, pour justifier le proverbe français : « Qui veut noyer son chien dit qu’il a la rage. »

    Pour faire court - nous aurions aussi bien pu écrire « cour », car il est question  d’une véritable « cour byzantine » Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée n’a jamais aimé le Père Nicolas Ozoline. L’archevêque Gabriel a commis l’erreur d’écarter un favori de Sa Sainteté, le Père Job Getcha de son poste de Doyen de l’Institut Saint Serge, pour arbitrairement l’éloigner, car cet excellent théologien lui faisait de l’ombre. Le Père Job qui on le comprend, préféra à la suite de son exil prendre des vacances  sous le  beau soleil de Constantinople.  Il  y rencontre fortuitement  le patriarche et lui demande de pouvoir revenir à Saint Serge…mais entre temps une autre nomination d’un autre excellent théologien le Père Nicolas Cernokrak (qui n’y est pour rien)  à son poste rend son retour impossible, sauf si…la voilà la bonne idée : enfin se débarrasser de l’encombrant Père Nicolas présent à Saint Serge, qui a comme unique et principale défaut de n’être pas un favori  et de ne pas plaire à Sa Sainteté et de le remplacer par le Père Job. Comment parvenir à cette brillante solution ?  Qu’à cela ne tienne ! On va charger de l’exécution des basses œuvre un spécialiste qui a déjà arbitrairement, sans état d’âme, liquidé une foultitude de prêtres, et sans la moindre protestation, sauf symbolique, de la part des autres clercs, tous  mourant de peur que le même sort leur arrive. Il faut savoir que beaucoup de ces prêtres sont des salariés de l’archevêché et ont un logement de fonction : une déposition, la mise à la retraite forcée,  ou un éloignement de leur paroisse les jettent tout simplement à la rue.( 5)

    La place de «Gardien des clefs de la paroisse Saint Serge» devenant miraculeusement libre, avec l’appartement de fonction,  sera donc  occupée par le Père Job Getcha. Ce dernier impatient de prendre son nouveau poste annonce imprudemment à quelques personnes qui se chargent de rependre la « bonne nouvelle » dans tout le microcosme orthodoxe, bien avant que la sanction canonique qui va écarter le pauvre Père Nicolas Osoline ne tombe.

    La lite des noms des prêtres ainsi écartés avant le Père Nicolas Osoline fait froid dans le dos tant elle est aussi longue qu’arbitraire  : père Wladimir Yagello ( Nice) , père Nicolas  Rehbinder (Paris) ; père Emmanuel Bachev (Toulouse) ; père Jaroslav Jowzik (San Remo) ; père Constantin  Moguilewsky ( Sainte Geneviève des Bois) ; père Georges Ashkov (encore une fois : Nice)… d’autres qui ne sont pas cités ici, on pu comme le Père Nicolas Rehbinder, finalement échapper à l’exil, mais c’est très rare.

    L’atmosphère dont nous parlions dans la première partie de cette  série sur l’Orthodoxie russe en France à propos de cet archevêché disqualifie toutes les critiques que ses dirigeants formulent auprès, tant auprès  des autorités de la France, que de ses fidèles, à propos des méthodes musclées qui seraient en pratique dans le patriarcat de Moscou, héritage selon eux d’une éducation soviétique qui n’aurait pas disparu avec le communisme dans l’Église russe. 

    C’est pourtant  au nom de cette doctrine que l’archevêché refuse de revenir dans son Église Mère. Personne ne pense que tout est parfait dans l’Église russe, mais le cynisme et les méthodes  dont font preuves les dirigeants actuels de l’exarchat russe du patriarcat de Constantinople à Paris, pourraient servir de modèle à bien des régimes totalitaires. Nous ne sommes plus aujourd’hui, dans cet archevêché,  dans l’Église du Christ  dans laquelle chacun cherche des réponses spirituelles à ses problèmes, et le réconfort de la grâce par les sacrements reçus, et de conseils spirituels éclairés par son hiérarque ; mais selon certains qui le disent ouvertement : dans un « camp de rééducation » où toute personne qui refusent d’adopter la pensée unique de ses dirigeants est condamnée à la disparition.  De nombreux  orthodoxes l’ont déjà surnommé, non plus l’archevêché Orthodoxe Russe de France, mais  le Goulag Orthodoxe Russe   de France.

    L’Institut Saint Serge, son positionnement à la fois comme institut de théologie russe, mais sous la juridiction de Constantinople et son rayonnement international, bien au-delà du nombre, faible, de ses étudiants, rend toute décision le concernant stratégique. Le projet d’un séminaire du patriarcat de Moscou pourrait, s’il réussissait, à terme jeter de l’ombre sur Saint Serge.  Le patriarche veut placer des hommes à lui pour éviter toute collaboration avec le séminaire russe du patriarcat de Moscou, que souhaitent pourtant, dans un esprit irénique, certains professeurs de l’Institut Saint Serge ainsi que les autorités françaises.  Père Job Getcha en devenant ensuite en remplacement de Monseigneur Michel (souffrant et peu présent dans sa paroisse) le nouveau recteur de la paroisse de l’Institut serait bien placé pour ensuite devenir un évêque auxiliaire imposé  de et à  l’archevêque Gabriel. Résident sur place, son autorité comme évêque coifferait  de facto celle de l’actuel Doyen. Politiquement c’est un plan bien conçu… si l’on oublie qu’il est question ici de l’Église du Christ, et d’êtres de chair et de sang qui souffrent, et dont la présence dans l’archevêché ne poursuit pas  les objectifs de pouvoir humain  de ses dirigeants.

     

    Vers la conscience d’une Orthodoxie locale.

    Au-delà des questions de personnes, qui sont aujourd’hui dépassées, seule une prise de conscience de toute l’Église pourra résoudre ces questions angoissantes. J’ai comme métropolite d’une Église qui n’est pas représentée dans l’AEOF  sans doute une plus grande liberté de parole. Mais je pense qu’il est temps que l’ensemble des évêques de la France s’interrogent sur les événements à répétition qui frappent cruellement, depuis la disparition de l’archevêque Serge de bienheureuse mémoire, l’archevêché russe du patriarcat de Constantinople. L’apôtre Paul écrit que : « Lorsqu’un membre souffre tous les membres souffrent ». Il parle de la conscience de l’Église, de Ce corps  du Christ toujours crucifié par les athées : être athée, ce n’est pas uniquement  ne pas croire en Dieu, c’est de travailler contre Dieu.

    Nous avons évoqués dans la première partie de cet article les âmes mortes (excommuniées) de nombreuses personnes de cet archevêché russe dans lequel l’exception : « dépositions » « mise à la retraite » « excommunication » « exil », est devenue dans une forme de banalisation la règle de vie, ou plutôt la règle de mort, des dirigeants de cette éparchie. L’Église a toujours été traversée dans son histoire entre les deux courants, l’acribie et l’économie ; mais c’est l’économie qui a heureusement  triomphée lors de tous les sept  conciles œcuméniques, en particulier lors du Septième Concile Œcuménique (787) présidé par le patriarche saint Tarasios lorsque les moines  (saint Théodoros, saint Platon, saint Sabba ) voulaient, avant tout, la déposition de tous les évêques qui avaient été iconoclastes. Si saint Tarasios avait écouté cette fraction de l’Église, il n’y aurait eu une implosion   de l’Église Byzantine car tout l’épiscopat était tombé dans l’iconoclasme. La chirotomie épiscopale de Tarasios aurait été invalidée, car il avait été sacré comme patriarche de Constantinople, à la demande de l’impératrice Irène,  par des évêques anciennement iconoclastes.  Sans l’économie du pardon il n’y pas d’Église car tous sont pécheurs. L’Église est en elle-même la source de pardon et de l’économie qu’elle puise dans le mystère de la Croix. Celui qui transforme l’autorité qu’il a reçu de l’Église en machine à châtiments n’est certes pas étranger à la Croix, dans le sens où il représente celui qui y plante les clous et non Celui qui les reçoit dans Sa Chair crucifiée.

    Les autres évêques orthodoxes de la France ont collectivement la responsabilité charismatique et pastorale  d’intervenir, au-delà des  questions de juridiction qui morcellent notre pays, lorsqu’ils entendent les voix des croyants de cette éparchie crier leurs souffrances, leur désarroi et leur désespoir. La conscience de l’Église Locale qu’espère une multitude de croyants orthodoxes en France passera, nous en sommes certains, d’abord par une conscience pastorale commune de l’ensemble des évêques orthodoxes de la France. C’est à eux que revient d’interroger leur frère dans l’épiscopat et de lui demander non seulement des explications, mais également   des remèdes qu’eux-mêmes sont capables de proposer à Wladika Gabriel, en dehors de toute politique et dans une optique uniquement pastorale.

    C’est auprès d’eux que devraient, c’est notre avis, d’abord s’adresser toutes les consciences qui se sont enfin réveillées à propos de l’épreuve que traverse le Père Nicolas Osoline, et avant lui une multitude de prêtres et de simples croyants qui se sont, à leur époque,  sentis abandonnés de tous.  Que ces évêques qui recevront cette pétition  ne s’abritent pas pour ne rien faire, devant le fait qu’il est question d’une autre juridiction canonique que la leur. Le fait est qu’ils partagent devant la conscience de l’Église le même territoire canonique : la France ;  que cette irrégularité canonique et ecclésiologique serve, au moins, à quelques choses. L’Église se transforme en juridictions lorsqu’il n’y est plus question de l’amour du Christ. Retournons à l’amour chrétien et nous reviendrons à l’Église.

    En d’autres termes il est impossible d’édifier les pierres de l’Église sans le ciment de l’amour du Christ. Si l’AEOF ne s’avérait  pas capable d’avoir une action commune de cette nature, elle manifesterait qu’elle n’a non seulement aucune utilité ecclésiale devant le Christ, mais  que son objectif d’être le noyau d’une future, même lointaine, Église locale de la France est, soit  une utopie, soit un mensonge.

    Si l’épiscopat orthodoxe de la France parvient à réaliser cet objectif profondément pastoral, un grand pas sera fait vers une « conscience locale de l’Église », sans laquelle il ne pourra y avoir, pour ceux qui l’espèrent, une Église Orthodoxe locale.

     

    Métropolite Michel Laroche

    Achevé de rédiger le Jeudi de l’Ascension de Notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ 2009

     

    Poste face :

    Hier soir au Vigile de l’Ascension à Saint Serge

     

    Le trouble était palpable.  Le Père Nicolas Osoline présent ne célébrait pas, le célébrant le Père Nicolas « oublie » durant l’office de commémorer l’évêque diocésain : l’archevêque Gabriel,  et ne commémore que le patriarche et l’évêque auxiliaire Michel  absent, (qui canoniquement ne peut être commémoré qu’en sa présence et seulement après la commémoration de l’évêque du lieu). Voila qui mérite une sanction !  Mais à la fin il n’y aura plus de prêtres  pour célébrer,  ni de fidèles pour venir prier,  ni même d’archevêché…

     

     

     

     



    1Nicolas Vassiliévitch Gogol

    « La papauté orthodoxe » Ed. Présence. Paris 2003

    « Moscou-Constantinople : les enjeux ecclésio-géopolitiques-politiques de l’union Européenne » Diplomatie mai-juin 2005 et « Benoit XVI : la nouvelle redistribution des cartes de l’œcuménisme catholique-orthodoxe » Diplomatie septembre –octobre 2005. Et « Nice-Moscou un axe qui fâche ;  Diplomatie mai-juin 2006 »  et « Enjeux Méditerranée N° 4 Février Avril 2007.

     

    « Istanbul est la seule ville dans le monde reliant deux continents entre eux. Nous, qui vivons sur le carrefour entre l‚Orient et l‚Occident, avons prouvé que différentes cultures et croyances religieuses peuvent coexister en paix » a dit le patriarche de Constantinople, parlant le 28 avril 2006 à une session spéciale sur «le dialogue entre les civilisations» du 12ème séminaire  méditerranéen de l'Assemblée parlementaire de l'Otan à Istanbul. «Je crois que l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne diminuera la tension entre l'est et l'ouest. L'intégration de la Turquie à l’Union Européenne apportera des contributions valables à la région entière» a rajouté le patriarche œcuménique.

    4 Des motifs canoniques invoqués, nous en retenons qu’un seul : ne pas avoir célébré les Heures Royales lors du Grand Vendredi sont de la responsabilité du seul Recteur de la paroisse : l’Évêque Michel, et non de celle du « Gardien des Clefs ». Et même dans ce cas les simples paroisses ne sont pas tenues à faire l’ensemble des offices qui ne sont célébrées dans leur totalité que dans les cathédrales et les monastères. Mais dans tous les autres cas le recteur qui est l’unique responsable devant l’évêque. Monseigneur Michel a-t-il formellement demandé au Père Nicolas de célébrer ces Heures Royales et a-t-il  été désobéi ? Monseigneur Michel, si il répond « oui » à cette première question, a-t-il demandé une sanction canonique contre le Père Nicolas à Monseigneur  Gabriel l’évêque diocésain seul habilité à le faire, dans ce cas précis? Ce sont les réponses à ces questions sans réponses aujourd’hui qui éclaireront utilement le débat. Car en cas de réponse négative de la part de Wladika Michel c’est lui, et lui seul qui serait responsable ; et dans le cas improbable de sanctions canoniques prévues pour une telle faute, le seul punissable ! Mais la sanction est déjà toute trouvée : céder sa place  d’évêque au Père Job Getcha. 

     

  • La situation géopolitique et ses conséquences spirituelles de l’Orthodoxie en France

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     ou

    Les espérances brisées des congrès d’Amiens

     

     

    Par le Métropolite Michel Laroche

     

    La problématique de l’Orthodoxie Russe en France. I

     

    Amiens, Amiens, Amiens… les congrès se suivent et se ressemblent tous.

    Dans son numéro du samedi 2 et dimanche 3 mai la Croix publie un article fort intéressant sur le 13e congrès de la Fraternité Orthodoxe d’Europe Occidentale  réuni à  Amiens. Avec lucidité le rédacteur de l’article (Nicolas Senèze) écrit : « Si les orthodoxes occidentaux ont de plus en plus le désir de former une Église Locale, leurs juridictions d’origine sont elles-mêmes confrontées à la difficile reconstruction de l’après communisme (pour les Églises slaves) autant qu’à une situation politique difficile (encore plus qu’au Proche Orient) . Elles ne font donc pas de l’organisation de la diaspora leur priorité. Ces Églises mères ne sont, non plus, pas prêtes à renoncer aux liens qui les unissent aux communautés fixées à l’étranger qui, souvent, les font vivre. »   Pour autant la Fraternité Orthodoxe d’année en année discute, élabore des projets, écrits des conclusions de commissions envoyées aux Églises Orthodoxes autocéphales,  pour que se réalise la fondation d’une Orthodoxie locale en France et en Europe Occidentale.

    Ce  mirage auquel les plus jeunes, de génération en génération, s’accrochent, et qui nourrit depuis plus de trente ans les réunion de la Fraternité Orthodoxe a usé et jeté dans l’amertume et le désespoir, quand ce n’est pas sans des voies sectaires, de très nombreux croyants. Les jeunes d’hier sont devenus vieux et se sont essoufflés après des années stériles  de vaines démarches. 

     

    Un message d’outre tombe.

    Qui se souvient aujourd’hui de la série de numéros spéciaux consacrés en 1977 après précisément le congrès d’Amiens de la Fraternité Orthodoxe d’Europe Occidentale,  dans le « Messager Orthodoxe » sur  le sujet d’une Église Orthodoxe locale de France avec la contribution de jeunes orthodoxes membres de l’Institut  Saint Serge et de la Fraternité Orthodoxe, qui portaient  cette espérance. Qui a conservé dans sa mémoire les déclarations éclairées, remplies de la sagesse divine, des évêques et des théologiens  de cette époque qui leur répondaient dans la même revue, en entretenant leur espérance, leur  faisaient des promesses qui n’engageaient, comme aujourd’hui,  que ceux qui les écoutaient. S’y exprimaient des personnalités pourtant  réellement remarquables, mais sans doute impuissantes,  telles que + l’archevêque Basile ( Krivochéine)  de Bruxelles, + l’évêque Alexandre de Zélon, +  l’évêque Georges  Wagner; + le Métropolite George (Khodre) du Mont Liban ; +Le métropolite Antoine(Bloom),  de Londres ;  également  + le Père Alexandre Schmemann,  + Constantin Andronikov, + Olivier Clément, tous nés au Ciel et malheureusement plus là pour nous dire pourquoi leurs espérance déclarées  n’ont pas abouti  plus de trente années après.

    Parmi les rescapés, il y a Nikita Struve qui  dirigeait déjà cette revue. Mais ce sont les jeunes étudiants de Saint Serge dont les noms sont aujourd’hui dans doute oubliés, qui ont perdu depuis longtemps cette espérance d’une Église Orthodoxe véritablement locale en France dont nous désirons,  ici,  placarder  sur ce mur de notre article, un extrait  émouvant et profondément orthodoxe, face aux  jeunes orthodoxes d’aujourd’hui qui se réunissent toujours au sein de  la «Fraternité Orthodoxe d’Europe Occidentale » dans la même espérance, comme leurs aînés d’il y a trente ans. 

    Écoutons ce message presque d’outre- tombe et si contemporain : «La révélation ne nous dit pas si cette unité que nous désirons, sera vraiment réalisée avant la deuxième venue du Christ. C’est pourquoi il nous paraît sinon, utopique et dangereux  de parler de « structure d’attente sur le territoire canonique de l’Église de Rome » (…) Dans le CREDO nous confessons l’Église «  Une , Sainte, Catholique et Apostolique » Puisque  nous ne pouvons pas accepter la « Théorie  des branches » selon laquelle l’Église se composerait de différentes confessions, c’est l’Église Orthodoxe qui est , pour nous, l’Église du Christ. Voici pourquoi l’affirmation que nous nous trouverions sur le « territoire canonique  du patriarcat de Rome » nous semble inacceptable. Depuis le schisme ce patriarcat  n’a plus de véritable existence ecclésiologique pour l’Orthodoxie. En effet l’Église est avant tout fondée sur la vérité et non sur l’obédience : avant d’être orientale ou occidentale l’église doit être orthodoxe. Et c’est dans cette orthodoxie, dogmatique et canonique, que devrait résider, en toute humilité, notre force et notre témoignage. En effet, nous devons témoigner de la vérité, devant nos frères hétérodoxes, en nous organisant en Église Locale, sous l’autorité d’une hiérarchie locale. Alors nos évêques pourront légitimement porter sans honte les titres des diocèses et territoires occidentaux qui leurs seront confiés. A ce sujet nous faisons la nôtre la déclaration de Sa Béatitude le Patriarche Élie d’Antioche : « Notre position est claire. Il faut établir des Églises indépendantes eu Europe Occidentale et en Amérique du Nord ».

    L’explication de cette paralysie concernant la fondation d’une église locale, ne tient pourtant  pas à la doctrine de l’Église Orthodoxe, ni à des difficultés canoniques et pratiques de son organisation évoquées dans ce texte, mais à de vulgaires conflits d’intérêts qui se situent dans la géopolitique globale des anciens conflits Est-Ouest datant de la guerre froide.

     

    Une Tour de Babel qui atteint…l’Enfer

     La situation géopolitique de l’Orthodoxie en France n’est pas abordée de façon lucide, souvent par les orthodoxes eux-mêmes. Ceux-ci préfèrent s’en tenir à l’illusion que les conditions ecclésiologiques  dans les quelles ils vivent dans un foisonnements de juridictions ethniques  empilées les unes sur les autres sur le même territoire canonique sont,  soit la «  meilleure des pires solutions » et qu’elle ne doit surtout pas changer ; soit qu’il existerait une volonté commune des Églises Locales et de leurs évêques présents en France  de se conformer dans un avenir proche - mais il faut être patient - à l’ecclésiologie orthodoxe qui interdit formellement qu’il y ait plus d’un évêque pour le même territoire canonique. Pour les tenants de cette croyance il suffit de faire confiance à des évêques, qui en France se disent dans des conversations privées, presque tous désireux qu’il existe enfin une Église Orthodoxe véritablement locale dans notre pays.

    Sans même en avoir conscience les Églises Orthodoxes nationales étrangères, Russe,  Grecque, Bulgare, Serbe, Roumaine, Georgienne, Ukrainienne… présentes dans notre pays ont ensemble édifié une nouvelle Tour de Babel, pensaient-elles,  jusqu’au Ciel, un  édifice frappé lui aussi  par  la confusion des langues des spécificités nationales concurrentes et contradictoire, et par, nous venons de le dire,   des enjeux purement géopolitiques qui les divisent et les opposent et sont la principale explication de la situation tragique de guérilla permanente de l’Orthodoxie en France et en Europe Occidentale.  En observant les hostilités auxquelles se livrent, par exemple, aujourd’hui ouvertement les patriarcats de Moscou et de Constantinople  nous craignons  que cette nouvelle Tour de Babel n’ait raté son but  en  atteignant  non le Ciel mais l’Enfer.

     Nous allons nous efforcer d’énoncer, l’une après l’autre, les difficultés et les enjeux spécifiques de chacune des principales éparchies présentes en France qui expliquent, sans la justifier,  l’impossibilité d’une orthodoxie locale en France et en Europe Occidentale.

     

    Guerre de Sécession de  l’Archevêché Russe du patriarcat de Constantinople.

    Rappelons brièvement pour la France la date de la rupture, avec son Église Mère Russe,  de la principale juridiction russe intitulée alors  « archevêché des paroisses russes en France et en Europe Occidentale » située rue Daru à Paris VIIIe : le métropolite Euloge quittait le patriarcat de Moscou et était reçu provisoirement dans le patriarcat de Constantinople par le patriarche Photios II le 17 février 1931. En 1945 le métropolite Euloge retourne dans le patriarcat de Moscou avec sa signature sur le document officiel ainsi que celle de ces deux évêques auxiliaires dont celle de l’archevêque Wladimir Tikonsky qui lui succédera à sa mort à la tête de l’archevêché. Ceux qui aujourd’hui brandissent comme un étendard la figure du métropolite Euloge comme celle du plus grand résistant à un retour de l’archevêché  dans le patriarcat de Moscou se trompent de saint patron.   Le 8 août 1946 le métropolite Euloge décède. La guerre de sécession que l’on croyait interrompue venait de renaître de ses cendres, à peine tiédies, pour un long brasier de  cinquante ans : le patriarcat de Moscou très maladroitement sans consultation avec les hiérarques et sans assemblée générale à Paris, nomme unilatéralement un  métropolite russe au passé douteux compromis avec les allemands lors de la dernière guerre mondiale, le métropolite Séraphin Loukianov  à la tête  de l’archevêché, mais le procédé était voué à l ‘échec.  Cet acte   entrainant la résistance de Monseigneur Wladimir Tikonsky qui décide, soutenu par l’ensemble des croyants, de revenir à Constantinople. Il est à noter que le patriarcat de Constantinople était demeuré avec une sagesse toute orientale, dans un silence total, sans entériner ni le départ de sa juridiction de l’archevêché russe, ni son retour. Toujours en 1946, le seul décret qui validera, à postériori, la présence de l’archevêché russe dans le patriarcat de Constantinople sera l’élévation   de l’archevêque Wladimir au rang de métropolite.  A partir de cette date jusqu’à l’élection de l’archevêque Serge Konovakoff en 1993  l’archevêché  rentrera dans une très longue période de glaciation dans ses relations avec le patriarcat de Moscou. Le  successeur  du métropolite Wladimir, l’archevêque Georges  Tarasov sommé brutalement par le patriarche Athénagoras de revenir- nous sommes en 1965- dans le patriarcat de Moscou, rompt la communion avec Constantinople, et devient indépendant (30 12 1965), jusqu’à son retour le 31 décembre 1971.

    L’élection du successeur de l’archevêque Georges Wagner, monseigneur Serge Konovaloff, intronisé comme archevêque le 27 juin 1993  bouleversera cet état de chose : l’archevêque Serge entreprend alors, avec le concours du Secrétaire Général de l’archevêché le baron Basile de Tiesenhausen, deux actions parallèles, l’une dans une clarification du statut de l’archevêché qui jusque là depuis 1971 était un vicariat « de facto » de la métropole grecque, situation insupportable pour les dirigeants de l’éparchie russe ; ce sera la créations de l’Exarchat  Russe du patriarcat de Constantinople. Dans le même temps, avec l’accord, il faut le souligner,  du patriarcat de Constantinople qui ne discerne pas la manœuvre, il rétablit des liens, jusque là inexistants, avec le patriarcat de Moscou,  et c’est dans ce contexte que seront élaboré le projet et les statuts ( rédigés en France)  d’une métropole Russe avec la lettre de Sa Sainteté le patriarche Alexis II de Moscou du 1er avril 2003, et qui avait pour espoir de rassembler  toutes les juridictions éclatées de la diaspora russe post soviétique.

    Le contenu de cette  lettre adressée à l’ensemble des évêques de tradition russe en Europe occidentale est suffisamment connu pour que nous nous contentions d’en  résumer, ici, l’essentiel :

    La fondation à court terme d’une métropole autonome de tradition russe rassemblant, au-delà des divisions ecclésiastiques  dont nous venons de parler, toutes les juridictions d’origine russe en une seule entité ecclésiale, dotée de ses propres statuts canoniques et ecclésiologiques lui garantissant  une parfaite autonomie dans le cadre d’une communion rétablie pour certains, avec patriarcat de Moscou  son Église Mère.

    Il n’est pas notre sujet d’examiner en profondeur le contenu très généreux de ces statuts qui existent comme une base de discussion, et qui sont appelés à être améliorés par les nouvelles instances canoniques de la future métropole, si elle voit le jour dans un avenir qui demeure aujourd’hui très  incertain. Cette lettre est écrite, rappelons-le c’est très important, après le trépas de l’archevêque Serge (23 janvier 2003) mais avant l’intronisation de son successeur l’archevêque Gabriel (le Ier juin 2003).

     

    Mémoire éternelle…

     Ces deux décès, comme un rappel que rien dans l’Église ne peut se faire sans la volonté de Dieu ou Sa permission, ont anéanti la mise en place qui devait être prochaine de cette métropole orthodoxe de tradition russe en Europe Occidentale. Le premier trépas (le 22 Janvier 2003) précédant de peu la lettre patriarcale,  était celui de l’archevêque Serge, lui-même engagé dans la perspective d’un retour dans le patriarcat de Moscou,  qui présidait jusque là les destinées de l’archevêché, et qui était d’origine russe. Mais son remplacement par un successeur d’origine flamande, Son Éminence  l’archevêque Gabriel de Coman très  hostile au patriarcat de Moscou et favorable à la doctrine du patriarche Bartholomée, (qui ferait de celui-ci le chef naturel de toutes les diasporas orthodoxes),  a divisé en deux camps pour des décennies les membres de cet archevêché russe qui rayonne en Europe Occidentale. Les anciens collaborateurs laïcs de l’archevêque Serge qui œuvraient pour un rapprochement avec le patriarcat de Moscou  se sont donc organisés après l’intronisation de l’archevêque Gabriel et la certitude pour eux que celui-ci ne suivrait pas la politique de son prédécesseur,  dans une association, l’OLTR avec deux branches : l’une prônant, jusqu’il a peu, des méthodes fondées sur une polémique écrite et  très habile, et l’autre sur une voie plus diplomatique consistant en l’organisation de conférences de qualité sur le sujet, de débats iréniques et de rencontre avec l’archevêque Gabriel… Tout cela, l’on s’en doute,  sans aucun résultat concret. 

    Le second décès le 4 août 2003, celui du Métropolite Antoine de Souroj qui devait présider provisoirement la nouvelle métropole jusqu’à sa majorité ecclésiale portait un coup presque fatal au projet lui-même. Le métropolite Antoine était incontestablement l’homme de la situation, d’autant plus crédible qu’il n’avait jamais par le passé, et même très récemment avant sa disparition, hésité à s’opposer à l’administration du patriarcat de Moscou, lorsqu’il jugeait la chose importante. Lui disparu il n’existait plus de personnalité consensuelle.

    Il n’y a pas d’autre explication logique à la paralysie qui a semblé, par la suite, retenir le patriarcat de Moscou d’avancer concrètement dans la direction de la construction de cette métropole, au-delà des déclarations d’intention qui ont été déversées comme une véritable mousson, durant les cinq dernière années, aussi inefficaces les unes que les autres. Notons que si le véritable but de ce projet avait été, en réalité,  de semer la trouble et la division dans l’archevêché, cet objectif a été malheureusement parfaitement atteint.

     Tous ceux qui avaient été les pionniers de cette réconciliation aussi bien historique que chrétienne pressentaient,  en chantant « mémoire éternelle » aux deux pontifes, qu’ils ensevelissaient  également  ce projet prophétique.

     

     Les nouvelles Purges staliniennes.

    Une dramaturgie cornélienne s’est effectivement abattue sur l’archevêché Russe du patriarcat de Constantinople, depuis que la pomme de discorde de ce projet  avait été croquée par un nombre important, mais sans doute minoritaire, de croyants qui espéraient, tout à fait légitimement,  comme pour le Synode Russe Hors Frontières,  une réconciliation avec leur Église Mère le patriarcat de Moscou.  Il faut le souligner, cette métropole locale de tradition Russe aurait joui d’une très large autonomie, comme pour le Synode Russe Hors Frontières. Elle aurait, en réalité pour l’ Église Ruse constitué la pierre angulaire d’une future Église Orthodoxe locale de France et d’Europe Occidentale, comme l’Église Autocéphale d’Amérique qui lui servait de modèle et de référence. L’espérance des jeunes d’il y a trente ans et de ceux d’aujourd’hui des congrès d’Amiens successifs, se serait enfin réalisé.

     Mais les troupes de l’archevêque,  très hostiles à un retour dans l’Église Mère ne sont pas demeurées inactives.  Elles ont employé des méthodes beaucoup plus brutales faites de coercition basées sur des menaces  d’excommunication (mises en œuvre déjà deux fois envers deux pauvres femmes),  de la déposition des prêtres les plus réfractaires, ou le déplacement vers des postes fictifs de prêtre aimés dans leur paroisse, comme l’ancien recteur de Nice le Père Wladimir Yagello, pasteur d’âmes remarquable et  qui ne faisaient aucune politique, et enfin  la condamnation publique des personnes s’opposant à toutes ces pratiques. Cette politique fait d’avantage penser aux purges staliniennes qu’à un comportement ecclésial,  créant un climat de peur endémique parmi fidèles et clergé : « Et si demain soir c’était mon tour !», Un exemple récent est la mise à l’écart brutale de la paroisse Saint Serge dont il est le recteur, d’un excellent prêtre, le Père Nicolas Ozoline, pourtant peu soupçonnable  de vouloir s’en retourner avec ses paroissiens dans le patriarcat de Moscou. A force de reprocher au patriarcat de Moscou ses compromis du passé avec le régime bolchévique, les dirigeants de l’archevêché, dans leur aveuglement spirituel, ont adopté toutes les méthodes d’un régime  qu’ils pensaient dénoncer.

     

    Propagation pandémique de la « grippe anti-russe »

    Une « grippe anti-russe » s’est repandue dans l’archevêché, et à travers l’internet dans tous les médias français, jetant le discrédit  sur notre Sainte Église Orthodoxe, tant par des débats menés avec passion des deux côtés, que par  beaucoup d’ignorance sur le  fonctionnement canonique et surtout ecclésiologique de l’Église Orthodoxe ainsi que de son histoire, qui éclairent pourtant le sujet. Tous ces faits ont contribué à un empoisonnement spirituel général non seulement de l’archevêché, mais des Églises Orthodoxes voisines enlisées, elles aussi, comme le Diocèse de Chersonèse, dans une rivalité active.

    En réalité un aveuglement quasi général semble avoir frappé cet archevêché où le but ecclésiologique  poursuivi l’a emporté sur  l’unique véritable but d’une éparchie : la vie paroissiale en Christ dans la célébration des sacrements et la participation  à la Divine Liturgie cœur de l’Orthodoxie.

     Pour  achever le tableau de  ce désastre spirituel et médiatique qui a abouti à des publications dans des journaux de lettres ouvertes, malheureusement parfaitement justifiées,  il y a eu  la nomination à Nice d’un recteur politique chargé d’avantage de rechercher des partisans capables de s’opposer à la restitution de la cathédrale à l’État Russe, de suivre le procès et si possible de le gagner,  et de se débarrasser des croyants qui s’accommoderaient de la nouvelle situation à seule fin  de présenter au député maire de Nice l’image d’une « paroisse martyre » que l’état Russe voudrait dépouiller de sa cathédrale.  Ainsi se résume l’illustration lamentable de la destruction de la vie spirituelle des croyants  de cet archevêché.

    Nous pensons que la nomination comme recteur de Nice d’un prêtre réellement  pastoral et surtout non politique, attentif uniquement à la vie spirituelle des croyants, aurait  impressionné favorablement, même aujourd’hui, aussi bien les Autorités Françaises, que l’État Russe qui dans un contexte pacifié laisserait certainement  l’usage de l’église à ceux qui la desserviraient pacifiquement dans l’archevêché. Il aurait été beaucoup plus sain et saint de nommer, en dehors de la paroisse au niveau du Conseil de l’archevêché, un responsable de la procédure totalement détaché de la vie pastorale et spirituelle de la paroisse de Nice qui est effectivement devenue martyre, non des œuvres  de l’État Russe mais de celles des politiciens qui s’y agitent toujours. Il n’est jamais trop tard dans l’Église, qui a l’éternité devant elle, de réparer ces erreurs humaines, qui de toute évidence, n’appartiennent pas à la vie charismatique de l’Église du Christ.

    Les  responsables de l’archevêché proches de l’archevêque Gabriel comme les membres de l’OLTR sont dans une impasse qui nous l’espérons aboutira à une saine et sainte réflexion : c’est un combat dans lequel les croyants, de quelques opinions soient-ils, sont devenus leurs otages.  Les bombardements des Alliés lors de la seconde guerre mondiale tuaient et blessaient tant des occupants que des français. C’est exactement la situation tragique d’aujourd’hui. Les intentions étaient-elles bonnes ?  Un dicton français ne dit-il pas que l’enfer en est pavé. Des familles d’origine russe, se sont divisées sur ce projet comme au temps tragique d’avant et après la seconde guerre mondiale, où l’on pouvait voir en France certaines familles coupées en deux, les uns reprochant aux autres fidèles au patriarcat de Moscou d’être en communion avec le diable déguisé en patriarche sous le contrôle du KGB. Les discours sont sensiblement les mêmes, les souvenirs des persécutions religieuses du passé sont tenaces.

    Soyons lucides, l’espoir de ceux qui œuvraient autour de l’archevêque Serge pour un retour dans le patriarcat de Moscou est définitivement mort, après son trépas, avec l’élection d’un archevêque qui avait - et c’est tout autant  légitime que l’opinion inverse – une autre vue sur la question.

    C’est mal connaître les pouvoirs d’un évêque sur son diocèse, avec les liens qui l’unissent au Synode de l’Église qui l’a consacré, que de croire, d’espérer ou d’imaginer, à moins que lui-même ne change d’avis, (et même dans ce cas il n’aurait pas une liberté totale de le réaliser),  que l’on pourrait, sans lui et contre sa volonté, faire aller son diocèse dans le patriarcat de Moscou.

    En revanche un combat juste pourrait utilement s’ouvrir sur un autre front.   Celui d’une réconciliation générale comme priorité assortie de l’exigeance d’un changement radical de méthodes pastorales et sans doute du changement d’une partie des conseillers de l’archevêque dont les actions brutales ont fait la preuve aussi bien de leur inefficacité que  de leur absence d’amour chrétien, qui redonnerait enfin sa véritable place dans cet archevêché à l’unique Chef de l’Église, qui n’est ni le patriarche de Moscou, ni celui de Constantinople, ni l’archevêque Gabriel lui-même, mais Notre Seigneur Jésus Christ sans qui il n’existe ni Église ni paix.

    Le premier des buts de cet archevêché ne constitue-t-il  pas, non  dans  la réalisation de tels ou tels projets ecclésiologiques, si justes soient-ils, mais dans  la vie spirituelle et la paix restaurées  de ses croyants ?

     

    Saint Photios et saint  Ignacios : après la guerre, la réconciliation dans le pardon réciproque.

    Mais pour autant, il ne faut pas s’enterrer la tête dans le sable en se disant que les problèmes qui existent et qui ont existé auraient soudain disparus. Tant que leurs causes multiples ne sont pas identifiées ces questions demeurent récurrentes, et feront encore longtemps du mal à l’ensemble des croyants de notre Église. «  Quand un membre souffre, tous les membres souffrent »

    Ajoutons enfin que le désir secret de l’Archevêque Gabriel, souhait tout à fait légitime ecclésiologiquement, est de voir son archevêché qui a un authentique enracinement Européen, et  principalement en France, devenir la première véritable Église Orthodoxe Locale dans notre pays. Il n’est pas certain que les croyants slaves (en particulier moldaves) qui fréquentent majoritairement la cathédrale de Paris, ni les anciennes familles russes qui tiennent à un archevêché exclusivement  russe,  partagent ce projet.  Mais la principale difficulté que Wladika Gabriel rencontrera sur cette voie, pourtant excellente, c’est le manque d’enthousiasme à cette solution du patriarche Bartholomée, qui, pourrait pourtant apporter la paix à l’Orthodoxie Française.

    Nous pressentons qu’aujourd’hui, est arrivé dans cet archevêché le temps de la réflexion, celui de l’apaisement et donc, ce qui est essentiel si l’on se souvient que nous sommes des Chrétiens, celui du pardon réciproque. Autrement, l’entreprise de destruction spirituelle qui gangrène aujourd’hui l’archevêché continuera  de le précipiter  à sa décomposition rapide. 

    Souvenons nous des controverses vigoureuses qui ont enflammé,  en la divisant, l’Église Byzantine. Les deux protagonistes d’une véritable guerre qui se sont mutuellement déposés, anathèmisés et emprisonnés, se sont avant la mort demandés pardon : saint Photios le Grand et saint Ignacios le Pieux. C’est même Photios qui canonisera son ancien rival. La connaissance de l’Histoire de l’Église nous montre que de telles épreuves, sur des différends ecclésiologiques et géopolitiques ont existé, mais qu’elles n’ont pu être surmontées que par le pardon.

     

     

    Métropolite Michel Laroche

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     



    Le Messager Orthodoxe N° 77 ( 1977) N° 78 (1978) et 79 ( 1978)

    Héromoine Gabriel Patacsi, professeur de théologie.  Et les étudiants : Volker Athenogen Eschen, Dale Kevin Griffith, Oleg Kirilow, Oleg LKotzeff, hiéromoine Luka Kovecevic, Alexis Liberovsky, Prêtre Ljubotina, Jacques Malemba, Hieromoine Ephrem Meziani, Constantin Moguilevsky, André Mudileno, Pedrag Samarzic, Dimitrios Vlassis.

    SOP N° 21 P.9

    Aujourd’hui né au Ciel.

    In « Le messager orthodoxe » P. 56-57 N°77 Année 1977. Et pour la citation du Patriarche Élie : SOP N° 22, P 12.

    [6] Que nous avions annoncé prophétiquement dans notre ouvrage de référence sur ce sujet : « La papauté orthodoxe » Éd. Présence Paris 2003.

    C’est l’archevêque Serge qui demandera au Baron Basile de Tiesenhausen de  prendre la responsabilité du Secrétariat général de l’archevêché. 

    Fondée en 1972 par le patriarcat de Moscou et que ne reconnait toujours pas le patriarcat de Constantinople hostile à cette « diaspora » qui lui échappe, pourtant majoritairement largement composée d’Orthodoxes américains convertis.

    Paroisse de l’église de l’Institut Saint Serge à Paris.

    I Co, XII, 26

    Photios né en 810, Patriarche de Constantinople en 858- déposé en 867 puis  de nouveau intronisé en  877 où il dirigera l’église jusqu’à sa démission forcée en 886. Il décède à une date inconnue sans doute en 893.

    Le patriarche Ignacios, né en 797,   Fils de l'empereur Michel Rhangabé, moine de la mouvence de Saint Théodoros de Studios, devient patriarche de Constantinople le 3 juillet 847.  Il démissionne contraint par l’oncle de l’empereur Michel III le césar Bardas  le 23 novembre 858 et il est déposé le 2 juin 861 par un concile présidé par le nouveau patriarche de Constantinople et  ami de l’empereur Michel, Photios. Le 23 novembre 867, le basileus Basile qui viens de prendre le pouvoir en faisant assassiner son ami et bienfaiteur l’empereur Michel III, rétablit Ignacios au patriarcat de Constantinople où il préside en 869 un concile de Constantinople qui condamne son prédécesseur, le patriarche Photios. Il meurt le 23 octobre 877.