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Actualité

  • Nouvelle adresse pour le blog de notre Eparchie Orthodoxe de Paris et de toute la France

    Une nouvelle adresse pour le blog de notre Éparchie de Paris et de toute la France. Sur ce blog,  vous trouverez désormais les dernières homélies, les actualités, et des articles de Son Éminence le Métropolite Michel de Paris, tant sur la spiritualité de l'Église Orthodoxe que sur son histoire et l'ecclésiologie. De même, on peut visionner  les photographies de la vie de notre Patriarcat de Kiev. 

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  • L’Orthodoxie et l’œcuménisme ou les contradiction d'un dialogue




    Actualité et Ecclésiologie
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    L’Orthodoxie et l’œcuménisme
    Ou les contradictions   d’un dialogue.

    Par le Métropolite Michel Laroche

    Introduction.

    Le dialogue cinquantenaire de l’Église Orthodoxe avec l’Église Catholique Romaine donne aujourd’hui  lieu à un débat passionné dans l’Orthodoxie. Des déclarations hostiles à ce dialogue provenant tant d’une partie de l’épiscopat canonique Orthodoxe, que de nombreux higoumènes des principaux monastères de Grèce, que de la Sainte Communauté des Moines du Mont Athos sont régulièrement publiées. Les dernières en dates contiennent des affirmations péremptoires sur la manière (application des règles canoniques qui ne sont pas citées), dont on devrait discuter ou ne pas discuter avec des hétérodoxes, et comment les recevoir (obligatoirement par le Baptême selon ces déclarations) dans la communion de l’Église Orthodoxe après leur conversion. Dans cet article nous nous efforcerons de donner au lecteur les véritables usages canoniques que nos saints Pères ont eus en face des situations semblables ; ce qui fait référence à l’histoire des conciles œcuméniques et de certains conciles généraux qui ont tous eu à traiter de la « réintégration des hérétiques et des schismatiques » selon la terminologie canonique  et qui constituent la jurisprudence œcuménique qui doit obligatoirement s’appliquer dans notre sainte Église  Orthodoxe.




    Une nouvelle « Confession de la Foi Orthodoxe » vient perturber le dialogue œcuménique.


    Dans sa page du 12 octobre 2009 le magazine internet «  Orthodoxie » rapporte un événement  lourd de significations sur les contradictions qui pèsent sur  le dialogue entre Orthodoxe et Catholiques. A la suite de la réunion de Ravenne présentée unilatéralement comme un succès par le patriarcat de Constantinople, le  problème de la primauté de l’évêque de Rome  soulève dans l’Église Orthodoxe, celui de la primauté d’honneur ou inter pares du siège de Constantinople. La sortie tumultueuse de la délégation russe - il est vrai pour un autre motif : la présence de délégués  de l’Église Apostolique Estonienne - n’avait pas permis de trouver avec la sérénité nécessaire à un tel débat, au sein même des délégations orthodoxes,  des voies convergentes  permettant de s’adresser d’une seule voix au siège  de Rome.

    La perspective d’une discussion plus approfondie sur la question épineuse de la primauté de l’Église de Rome lors de la réunion de Chypre qui vient d’avoir lieu a provoqué et provoque encore  des réactions hostiles de nombreux clercs, moines, théologiens et simples croyants, sur le  principe même d’un tel dialogue. La nature même de ce dialogue leur  fait craindre que le patriarcat de Constantinople, pour s’assurer de sa propre primauté qui lui est contestée par le patriarcat de Moscou, ne soit enclin à des compromis avec Rome. Une lettre présentée sous forme de « confession de foi » que nous allons tenter  d’analyser a été  signée par cinq des higoumènes du Mont Athos, et par les higoumènes des principaux monastères de Grèce, de nombreux métropolites de cette église, quelques évêques serbes et  des professeurs de théologie. Nous ne citerons pas dans le détail le catalogue des points dogmatiques énumérés dans la « Confession de foi » qui séparent les Catholiques des Orthodoxes, qui  s’ils sont justes sur le fond, par leur présentation  d’une manière zélote et fanatique, paraissent   davantage  destinés à blesser ceux dont nous désirons la conversion, qu’à les convaincre fraternellement de leurs erreurs.
    Mentionnons simplement le « Filioque procedit », la primauté et l’infaillibilité du pape, l’usage du pain sans levain pour l’Eucharistie, le feu du purgatoire, l’immaculée conception, la forme du baptême sans réelle triple  immersion, le sacrement de l’onction différé,  le commerce des indulgences (les auteurs de ce texte ne savent pas que cette pratique n’existe plus dans l’Église Catholique !) et le fait que le Vatican est un état souverain. Ce texte aborde également un point très pertinent  concernant  des rituels inspirés du protestantisme, introduits dans le culte Catholique dans certaines paroisses ou communautés, tels que la danse dans la messe,  des prophéties spontanées énoncées au cours de la messe par des croyants etc… qui ont cours dans des groupes charismatiques, toutes pratiques  très choquantes pour le monde orthodoxe. Mais comme le supposent et le laissent entendre les auteurs de cette confession de foi, existe-t-il un danger de quelque nature que ce soit pour que nous reconnaissions un jour, dans un avenir proche ou lointain,  la validité de tels usages ou  certains des points dogmatiques que nous ne partageons pas, ou comme une rumeur s’est propagée, que le patriarcat de Constantinople était sur le point de reconnaître la primauté pétrinienne ? 
    Sans dissimuler que l’ensemble de ces sujets pose de véritables questions aux orthodoxes, même à ceux qui sont favorables à l’œcuménisme, nous pensons que les conclusions qui sont apportées par les signataires de ce texte ne sont  pas exemptes d’affirmations hâtives et  erronées.
    Pourtant, peu soupçonnable d’être complaisant vis-à-vis du patriarcat de Constantinople, l’Auteur de cet article considère donc qu’aujourd’hui on fait à la Grande Église, comme à Sa Toute Sainteté le patriarche Bartholomée et au théologien et historien de l’ecclésiologie  Son Éminence le métropolite Jean de Pergame (Zizioulas) un mauvais procès.
    Quelle est en réalité la  véritable interrogation que posent les signataires de cette « Confession de foi » ?
    Nous pensons qu’il est question pour eux, comme pour nous,  de ce que devrait être la nature du dialogue avec une communauté séparée de l’église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, c’est-à-dire de l’Église Orthodoxe.
    Avant de tenter de répondre à cette question il nous faut préalablement « répondre » aux affirmations contenus dans cette nouvelle « Confession de foi ».
    Examinons pour commencer l’une des  affirmations qui tombe comme un couperet de ce texte : « Pour l’incorporation des hérétiques dans l’Église, la rigueur canonique exige qu’ils soient reçus par le baptême. »  et plus loin « Jusqu’au début du XXe siècle l’Église avait une attitude immuable et stable dans le rejet et la condamnation de toutes les hérésies comme cela figure dans le Synodikon de l’Orthodoxie… »

    Une autre affirmation qui vient corroborer le texte de la « Confession de foi «  est celle  de la déclaration signée le 8 octobre dernier (2009) par la sainte communauté du Mont Athos qui affirme que : la seule condition préalable à la discussion de la question de la primauté est le retour des catholiques romains à la foi orthodoxe et à la conciliarité de  l’Église Orthodoxe, et non « l’union dans la diversité «  des dogmes. » Ce qui signifie que toutes les discussions qui ont  comme but le retour de la partie schismatique dans l’Église Une, ne devraient se faire qu’après que l’Église de Rome ait renoncé au papisme et à ses autres hérésies, seules conditions préalables à ces discussion selon la terminologie employée dans le texte des moines athonites.
    De telles affirmations sont-elles rigoureusement  exactes ?  A-t-il au contraire existé dans l’Église Orthodoxe, tout au long des siècles, des usages différends évidemment sanctionnés par des conciles œcuméniques, pour recevoir des hétérodoxes ? 
    Nous sommes obligés pour y répondre d’examiner l’autorité suprême en la matière : la jurisprudence des Conciles œcuméniques, et qui n’est certainement pas contenue, dans cette terminologie assez vaste pour être imprécise : « La rigueur canonique exige qu’ils soient reçus par le baptême » sans citation du moindre canon qui démontrerait l’immuabilité d’une telle pratique.
    Il est aisé de faire des  affirmations péremptoires  en deux mots, qui impressionnent le lecteur ; mais pour en démontrer l’inanité il faut évidemment  beaucoup plus de deux mots.
    Reconnaissons-le, la faiblesse générale du monde Orthodoxe aujourd’hui est son indifférence vis à vis de sa propre histoire. Des auteurs tels que le Père J. Meyendorff, le Père A. Schmemann,  le Père D. Obolensky, le métropolite Jean de Pergame,  capables de s’exprimer à la fois sur le plan théologique et historique sont trop rares. Ne s’appuyer que sur ce que les Pères de l’Église ont écrit, en ignorant le contexte historique dans lequel ils ont exprimé telle ou telle vérité, ne rend pas toutes les dimensions de leur confession de foi. En d’autres termes comment dans la pratique les Pères ont-ils eux-mêmes interprété leurs écrits ? On sera surpris des nuances que les Pères apportaient eux-mêmes aux affirmations  telles que « hérétiques, schismatiques, Latins, etc… »

    La Jurisprudence du Septième Concile Œcuménique sur la réception des hérétiques et des schismatiques.



    Le débat est presque aussi ancien que l’Église, et déjà saint Cyprien de Carthage ( 200-258) soutenait lui aussi que le baptême des hérétiques n’était pas valide alors  que le pape saint Etienne Ier (+257) était tenant de l’efficacité d’un baptême donné au Nom des Trois Personnes de la Trinité. Cette question soulevait par voie de conséquence celle de la validité  ou la non validité des sacrements dans une communauté  hérétique et donc schismatique.  C’est ce débat récurrent au sein de l’Église et la réponse qui lui sera donnée lors des conciles œcuméniques, seule autorité qui s’impose à l’ensemble des Églises autocéphales, qui peut apporter la réponse à l’affirmation du texte que nous citons de nouveau : « Pour l’incorporation des hérétiques dans l’Église, la rigueur canonique exige qu’ils soient reçus par le baptême».
    La question, concernant un évêque schismatique qui revient dans l’Église est plus vaste, puisque au sein même de son éparchie il est la source de toute la vie sacramentelle dépositaire du pouvoir souverain du Christ de « lier et délier ». Elle est digne d’intérêt, car revêtue en profondeur du manteau de l’ecclésiologie orthodoxe. Cette question maintes fois débattues dans l’Église au cours des siècles  a été résolue lors du dernier et Septième Concile Œcuménique ( Nicèe II)  en 787 dont les canons sont toujours en vigueur dans l’Église Orthodoxe.
    La question qui se posait était celle-ci : pouvait-on reconnaître les sacres des évêques schismatiques et hérétiques, tombés dans l’hérésie iconoclaste, repentis et les ordinations ainsi que l’ensemble des sacrements qu’ils avaient conféré  dans le schisme et l’hérésie ? 
    Deux conceptions se sont toujours combattues dans l’Église Orthodoxe, celle soutenue par saint Tarasios, saint Méthodios, saint Nicéphorios et plus tard saint Photios, tous patriarches de Constantinople partisans de l’économie, c’est-à-dire l’interprétation miséricordieuse des canons. En revanche la majorité des moines avec à leur tête saint Théodoros du Studion à l’époque encore higoumène du monastère de Saccoudios, était majoritairement pour l’acribie, c’est-à-dire l’interprétation rigoureuse de certains canons (d’autres canons comme nous le verrons reçoivent les hérétiques selon leur rang dans l’épiscopat et ne rebaptisent donc pas) , le non-pardon pour les évêques schismatiques, la non-reconnaissance de la grâce épiscopale. Les moines du Mont Olympe étaient eux partisans avec saint Joannice de l’économie.   La véritable question que posait le concile, malgré cette forte opposition de l’ensemble des moines, présents au concile, était bien celle de l’économie prônée par le patriarche Tarasios qui présidait le concile. C’est celle-ci qui  l’emporta.
    On avait  lu dans le concile, un dossier préparé par le patriarche Tarasios dans lequel il citait l’ensemble des canons favorables à la reconnaissance des sacrements chez les hérétiques schismatiques, notamment le canon 8 du premier Concile Œcuménique de Nicée qui reconnaissait aux Cathares, sous certaines conditions, le sacerdoce et l’épiscopat, allant même jusqu’à accepter que dans la ville où il n’y avait pas d’évêque orthodoxe, que l’évêque anciennement Cathare, demeurerait l’évêque du saint troupeau de Dieu. D’autres canons étaient cités dans ce sens, le canon 8 du Concile Œcuménique d’Éphèse, la cinquante-troisième Règle Apostolique, une lettre de saint Basile à Amphiloque, et surtout une lettre d’Athanase d’Alexandrie adressée à Rufianios, et au sujet de laquelle le patriarche Tarasios fit cette remarque ; « Notre Père Athanase oublie les injures.» Pour les évêques extrêmement nombreux tombés dans le schisme et l’hérésie (ici l’iconoclasme) et pour saint Tarasios, la véritable question n’était donc pas, la validité de leur sacre et des sacrements distribués qu’ils ne discutaient pas, mais la sincérité de leur repentir, compte tenu du fait que ceux que l’on jugeait dans le concile avaient continué de résister après le retour officiel de l’Empire au culte iconophile, avec l’avènement de l’impératrice Irène et de son fils, le jeune empereur Constantin.. Dans ces conditions il ne se trouvait personne pour condamner les évêques que l’on jugeait et qui exprimaient plus tardivement que les membres du concile, eux aussi dans leur immense majorité d’anciens iconoclastes,  leur repentir, sauf les moines du Stoudion et de Saccoudios qui tenaient bon dans leur non-reconnaissance de la validité des sacrements donnés dans l’hérésie et le schisme.
    La démonstration qui prévalut, et qu’acceptèrent, bien qu’avec réticence, tous les moines présents au concile, est très intéressante à examiner, car elle se fondait, au-delà d’une multitude de canons favorables à l’acribie, sur une toute aussi importante jurisprudence mentionnée partiellement plus haut, qui interprétait ces canons -qui n’étaient pas niés-, dans le sens de l’économie (1) , que ces canons étaient, eux aussi, soumis aux décisions et jurisprudences des conciles œcuméniques. Saint  Tarasios se référait ouvertement dans sa démonstration  au Concile Œcuménique de Chalcédoine (451)  qui avait eu exactement la même situation à gérer : Des évêques qui s’étaient égarés dans le schisme et l’hérésie ( le monophysisme) en suivant Dioscoros  dans le brigandage d’Éphèse, tel saint Juvénal de Jérusalem, avaient été réintroduit dans la communion de l’Église lors du concile de Chalcédoine, par une simple confession de foi, sans  être soumis à une réitération des sacrements : baptême, onction, les ordres mineurs, le diaconat, la prêtrise et l’épiscopat. Bien plus ils avaient pu, comme saint Juvénal,  participer au concile de Chalcédoine avant leur conversion à la foi Orthodoxe.
    L’ecclésiologue et l’historien sont effectivement frappés par les ressemblances des situations de ces deux conciles œcuméniques : tous deux sont réunis pour « réparer » les fautes d’un concile précédent : Chalcédoine (451) pour le Brigandage d’Éphèse (449) et Nicée II (787) pour le concile iconoclaste d’Hiéria (754). Tous deux sont composés par une grande partie des acteurs des conciles hétérodoxes antérieurs. Tous deux sont amenés à faire juger certains des coupables des conciles hérétiques par leurs complices d’hier, fraîchement convertis à la nouvelle orthodoxie triomphante.
    L’attitude de Juvénal de Jérusalem au Concile Œcuménique de Chalcédoine est révélatrice des méthodes et des attitudes psychologiques de ces anciens néo-monophysites vis-à-vis de leurs ex-alliés : le patriarche de Jérusalem, qui avait pourtant co-présidé le Brigandage d’Éphèse avec Dioscorios d’Alexandrie, et qui était donc forcément complice des brutalités qui avaient semé la terreur lors des séances, plaida l’ignorance, et dans un geste théâtral  quitta son siège qui le plaçait dans le concile aux côtés des amis de Dioscorios, pour aller s’asseoir aux côtés de ceux qui l’accusaient. Saint Juvénal est canonisé par l’Église Byzantine(2) , par la suite son attitude ayant été exemplaire. Lors de la révolte monastique anti-Chalcédonienne à Jérusalem, il se montra ferme dans ses nouvelles convictions, ce qui prouve la sincérité de sa conversion. Il ne fut pas le seul à avoir eu cette conduite lors du concile de Chalcédoine comme le fait remarquer le Père Jean Meyendorff : « D’anciens acteurs du Brigandage qui avaient signé la condamnation de Flavien et insulté implicitement Léon en refusant de lire sa lettre, essayaient de se justifier, soit en accusant Dioscoros de chantage et de violence, soit, plus honnêtement, en demandant pardon au Concile. »(3) 
    Saint Tarasios, en évoquant cet exemple n’agissait pas uniquement  par cynisme et politique parce qu’il est vrai que s’il avait accepté la doctrine des moines, l’Église d’Orient implosait : tous les évêques avaient pactisé avec l’iconoclasme impérial, et Tarasios, iconophile convaincu, laïc et  ancien  Chancelier de l’Empire,  ne devait son sacre qu’à la volonté de l’impératrice Irène et avait été consacré par des métropolites hier encore iconoclastes ! Mais d’une manière plus profonde, il démontrait que c’était en son sein même que l’Église retrouvait la vie qu’elle avait perdue dans l’hérésie, et non de l’extérieur. Ce concile, comme celui d’Éphèse,  était celui de la métanoïa, du retour dans la maison du Père du Fils Prodigue(4) , qui bien que s’étant éloigné de la maison du Père ne perd pas entièrement  sa qualité de fils, et qu’en s’accusant devant le Père, et justement en lui disant qu’il n’est pas digne d’être appelé fils, le Père lui redonne, sans le re-baptiser,- comme le précise dans son homélie sur cette parabole saint Jean Chrysostome-, sa qualité de Fils en l’introduisant dans sa tente et en tuant pour lui le veau gras. Il est vraisemblable que devant l’argumentation irréfutable des usages admis durant plusieurs siècles se référant à l’économie pratiquée lors des derniers conciles œcuméniques, les moines admirent leur défaite et renoncèrent à poursuivre leur revendication en faveur de l’acribie.
    Les moines avaient eu dans le Concile les mêmes revendications que celle du Fils aîné de la parabole, en disant qu’il ne fallait pas recevoir  le Fils Prodigue  dans la maison du Père.

    Quelles sont les leçons que l’on peut tirer dans l’application de l’économie lors du Septième Concile Œcuménique pour le retour dans l’Église Orthodoxe de personnes qui en sont sorties et souhaitent y revenir ?

    Le Septième Concile Œcuménique reconnaît donc tous les sacres des évêques qui provenant d’une église schismatique, et même ici, hérétique,  dès lors qu’ils se sont repentis, ainsi que les ordinations et l’ensemble des autres sacrements faits ou distribués par eux dans le schisme et l’hérésie. Sur ce point  précis l’affirmation de la  « Confession de foi » est non seulement contredite, mais on peut lui opposer l’autorité de trois conciles œcuméniques, Nicée I, Chalcédoine, et Nicée II qui reconnaissent, certes à certaines conditions, la validité du baptême et de tous les autres sacrements ainsi que celle du sacrement de l’ordre.
    Bien plus les deux conciles mentionnés n’ont pas exigé en préalable à la discussion le retour de tous les évêques qui avaient apostasié la foi orthodoxe, mais leur on permis de discuter avec les membres orthodoxes de ces  conciles des points dogmatiques qui les avaient éloigné de l’Église : saint Juvénal de Jérusalem, par exemple,  rejoint ainsi l’orthodoxie au cours du Concile dans lequel il siégeait avant de rejeter ses erreurs et de confesser l’Orthodoxie.
    Nous sommes loin  dans ces exemples des exigences énoncées par les auteurs de la « Confession » et par la déclaration des moines du Mont Athos. En revanche, historiquement si les conciles œcuméniques constituent la jurisprudence canonique qui doit s’appliquer dans l’Église Orthodoxe, il est non moins indéniable que le courant monastique dans sa majorité s’est toujours opposé à cette vue des choses. N’oublions pas, dans un  autre contexte,  que plus tard saint Photios le Grand avait, comme son oncle saint  Tarasios pour adversaire durant toute son existence les moines du Studion qui derrière leur Higoumène saint Nicolas rompirent la communion avec lui jusqu’à sa mort. Avant cette rupture de communion de la part des moines du Studion il y avait eu toujours, sur fond du refus de l’économie, celle de saint Joseph frère de saint Théodoros déposé par le patriarche saint Nicéphorios, et plus tard   celle de Naucratios de Studion, disciple et successeur de saint  Théodoros, excommunié par le patriarche saint Méthodios.  Celui-ci excommunia également pour un temps l’ensemble des moines du Studion.
    Que les moines d’aujourd’hui comme ceux d’hier s’opposent à l’économie, c’est une constante malheureuse dans l’histoire de l’Église Orthodoxe. Il y eut des saints dans chacun des camps. Mais les conciles œcuméniques ont toujours tranché en faveur de l’économie et l’ensemble des croyants orthodoxes, y compris les moines du Mont Athos sont soumis à leurs décisions.


    Quelle méthode l’Église Orthodoxe a-t-elle préconisé pour discuter avec la partie hétérodoxe séparée d’elle qui souhaiterait revenir ?


    Souvenons-nous également que lors de tous les projets ultérieurs à 1054 d’union avec l’Église de Rome, les patriarches Orthodoxes se mirent à chaque fois d’accord pour que les discussions aient lieu dans un concile tenu non en Occident mais dans l’empire. Nous ne parlons donc pas ici des fausses unions de Lyon et de Florence-Ferrare, mais, par exemple, de la proposition de l’ex-empereur Jean Cantacuzène devenu le moine Josaphat qui en juin 1367 préconisait comme unique méthode pour examiner les points litigieux de réunir un concile dans lequel siégeraient tous les patriarches orthodoxes, les primats des Églises autocéphales Georgienne, Serbe et Bulgare et le pape lui-même. Le patriarche Philothéos acquis à cette idée envoya la même année des convocations aux autres primats (5)  et les patriarches d’Alexandrie et de Jérusalem donnèrent leur accord. (6)  Sans rentrer dans les détails, ce fut l’Église de Rome et non la partie Orthodoxe qui fit avorter le projet.(7)  Mais la méthode préconisée était, nous le constatons,  très éloignée de celle préconisée aujourd’hui par la « Confession de foi » et les moines du Mont Athos : « convertissez-vous d’abord et ensuite nous pourrons discuter ».

    Saint Photios neveu et héritier spirituel de saint Tarasios reconnaissait-il la validité des sacrements des « Latins » ?


    Saint Photios est abondamment cité par les adversaires les plus acharnés de l’œcuménisme. Ses écrits sont le plus souvent cités pour trouver argument contre l’idée même d’un dialogue, et celle d’une validité niée des sacrements dans les églises latines. En effet  il n’y en avait pas à cette époque, comme on le croit souvent, une seule Église,  mais deux Églises distinctes qui avaient chacune leur théologie et leur ecclésiologie différentes voir antinomiques.
    La première : l’Église de Rome qui  confesse avec l’Église Byzantine le symbole de la foi orthodoxe sans le «Filioque procedit » et qui adhère au Septième Concile Œcuménique  avec la vénération des Icônes. En revanche cette Église a une ecclésiologie antinomique de celle de l’Église Byzantine en revendiquant pour le pape une véritable suprématie sur les autres évêques avec la fonction de juge suprême de l’ensemble de l’épiscopat, au-dessus même de l’autorité des conciles,   au nom du privilège pétrinien.
    La seconde : l’’Église Carolingienne  qui a une ecclésiologie très  proche de celle de l’Église Byzantine, mais depuis Charlemagne elle professe le « Filioque procedit », et elle a adopté l’iconoclasme moyen. Elle rejette le Septième Concile Œcuménique.
    Tout cela est bien connu de saint Photios et de l’épiscopat de l’Église d’Orient. Rappelons pour les orthodoxes qui l’ignoreraient que saint Léon III pape de Rome qui couronna empereur Charlemagne, refusa énergiquement l’injonction impériale d’introduire, comme il existait déjà dans la liturgie carolingienne, le « Filioque procedit » dans le Symbole de la Foi, et qu’il demanda, sans succès il est vrai, à Charlemagne et au clergé carolingien de ne plus réciter le Credo avec l’ajout hétérodoxe. Le pape invoquait dans son argumentation les deux conciles Nicée I et Constantinople I qui avaient défini sans cet ajout  le symbole  de la foi et le Concile Œcuménique d’Éphèse  qui dans son Septième canon interdit d’ajouter ou de retrancher le moindre mot au symbole. Léon III fit faire immédiatement après cet incident, deux boucliers en argent massif avec le Symbole de la foi orthodoxe, en grec d’un côté, en latin de l’autre, placés de chaque côté du tombeau de saint Pierre. C’est pourquoi ce grand pape est compté aujourd’hui parmi les saints de l’Église Orthodoxe.

    L’Encyclique du patriarche saint Photios est-elle la preuve absolue d’une rupture de communion avec les « Latins » ?


    L’écrit le plus souvent cité du patriarche saint Photios de Constantinople  par les  opposants à l’œcuménisme est celui de « l’Encyclique aux sièges Episcopaux d’Alexandrie et de tout l’Orient contenant l’exposé de vérités capitales et que nous devons confesser que l’Esprit Saint procède du Père seul, et non du Père et du Fils. » Il est écrit dans un contexte très précis celui de la véritable concurrence missionnaire sur les territoires slaves, particulièrement en Moravie et en Pannonie, mais avec en perspective la conversion des tribus bulgares, avec d’une part des évêques Carolingiens présents dans la région depuis soixante-dix ans à partir du diocèse de Salzbourg, du clergé Romain travaillant pour les seuls intérêts du pape et enfin de Saint Cyrille et Méthode avec un groupe important de moines et de prêtres, envoyé par le patriarche Photios principalement  pour répondre aux demandes répétées du Prince Boris-Michel qui sera baptisé à Constantinople avec pour parrain l’empereur Michel III.  C’est dire que les enjeux n’étaient pas uniquement religieux mais géopolitiques, car l’Empire Romain d’Orient était en guerre presque permanente avec les Bulgares depuis plus d’un siècle, et le facteur religieux avec ses transversalités de culture et de civilisation permettrait des traités de paix respectés et surtout de se comprendre. C’était une priorité pour l’empereur Michel comme pour le patriarche saint Photios. Cela le sera également pour le successeur et assassin de l’empereur, Basile le Macédonien. Cela l’était également pour le pape Nicolas Ier qui exigeait contre sa reconnaissance de la légitimité de l’accession au trône patriarcal de Photios, après l’éviction par l’empereur Michel  et du césar Bardas, de son prédécesseur le patriarche saint Ignacios, le renoncement de Photios à la mission bulgare. C’est dans ce contexte que l’encyclique sera écrite en 866. Il s’agit d’abord de démontrer au prince Boris que seul le christianisme impérial  est fidèle à la parfaite orthodoxie, et que le christianisme transmis par les Latins est pollué. Attention, si c’est une réelle conviction du patriarche Photios, elle n’entrainera jamais pour lui la rupture de communion avec l’Église de Rome en tant que telle, ni, nous le verrons plus loin, avec la puissante Église Carolingienne, la seule à l’époque à avoir non seulement adopté l’hérésie du « Filioque procedit » mais également celle de l’iconoclasme moyen. En effet l’anathémisation solennelle lors du Concile de Constantinople de 867 du pape Nicolas Ier est faite « ad personam », et l’on se garda bien de rompre la communion avec le siège de Rome : c’est uniquement son titulaire qui est condamné.  Si on peut donc lire dans l’Encyclique à l’intention  du prince Boris Michel véritable destinataire du texte : « On le voit, ils n’ont aucune raison  de se faire appeler chrétiens -sinon, bien sûr, pour prendre plus facilement leur gibier au piège. L’Esprit Saint procède du Père et du Fils : d’où provient cette sentence ? Chez quel évangéliste trouve-t-on cette phrase ? Quel concile nous a transmis cette phrase blasphématoire ? » et bien d’autres points soulevés tels que le fait «  de priver un homme consacré, c’est à dire un prêtre, un diacre ou un sous-diacre, du commerce et de la société de sa femme légitime », «  de rompre le jeûne de la première semaine de carême, de re-chrismer ceux qui sont déjà baptisés et chrismés… ». Bien entendu lorsque plus tard on scellera  lors du Concile de Constantinople de 879-880 la réconciliation des deux  Églises en présence des légats du pape Jean VIII, et même des trois si l’on distingue la puissante Église carolingienne, le seul point dogmatique qui sera soulevé et adopté par le nouveau concile concernera la théologie Trinitaire avec le rejet du « Filioque procedit »,  et l’on entérinera également les canons du Septième Concile Œcuménique concernant le culte des Icônes. Mais silence total sur tous  les autres points soulevés dans l’Encyclique.
    Le plus curieux c’est que lors du concile de 867, saint Photios n’avait pas hésité à convier au Concile des évêques Carolingiens pour qu’ils condamnent avec lui le pape Nicolas Ier sur la question de la primauté, en laissant de côté les autres questions dogmatiques pourtant soulevées dans l’Encyclique. Cette invitation montrait deux choses : La première, c’est qu’il ne rompait pas immédiatement la communion avec l’épiscopat Carolingien sur leurs deux doctrines hétérodoxes du « Filioque procedit » et de l’iconoclasme moyen. Il savait parfaitement que le pape ne professait pas lui-même  ces deux hérésies. La seconde est qu’il anathémisait le pape Nicolas Ier, et non l’Église de Rome en tant que telle, sur le sujet à ces yeux le plus important, qui était celui de  la conception de la suprématie pétrinienne que le pape Nicolas Ier tentait d’imposer, tant auprès de l’Église Carolingienne qui résistait énergiquement avec à sa tête dans ce combat le grand Hincmar de Reims, qu’auprès de l’Église Byzantine.

    Les antinomies ecclésiologiques dans la conception de la primauté des sièges entre Rome et Constantinople.

    C’est bien principalement le papisme qui sera condamné lors du concile de 867. Saint Photios affirmait maintenir sa communion avec des évêques Carolingiens, sans pour autant renoncer à discuter lors du concile des points doctrinaux litigieux, considérant que l’hérésie la plus dangereuse pour l’Église était le concept d’un évêque  au-dessus des autres évêques, juge suprême de l’Église, contre laquelle il fallait rassembler toutes les forces possibles.(8) 
    La doctrine ecclésiologique de Nicolas  annonçait les fameuses « Didactus Papae »(9)  du pape Grégoire VII s’appuiera donc désormais sur les fameuses « Fausses décrétales » du « Pseudo-Isidore » qu’avait apportées à Rome, dans un procès canonique qui l’opposait au métropolite de Reims Hincmar, Rothade de Soissons. Rappelons cette doctrine :  ne méritent le nom de Conciles, œcuméniques ou généraux, que ceux qui ont été approuvés par le pape. Donc pas de concile valable s’il n’a été réuni sous l’autorité du Siège de Rome.  Il ajoute qu’aucun concile général n’est valide s’il n’a pas été convoqué par le pape. Concernant les appels des évêques sanctionnés par leur métropolitain dans un concile local, il refuse que son tribunal soit, comme le précise pourtant  clairement le Concile de Sardique dans ses canons 3 et 4 (10) , une simple instance d’appel.  Il affirme, au contraire, qu’il est, à la fois,  la première instance, et l’instance définitive, et que ses décisions sont sans appel. L’autorité des métropolites- et donc celle de tous les évêques- ne vient pas directement du Christ, mais du successeur de Pierre,  qui seul a reçu les clefs, et il peut donc la retirer puisque c’est lui qui la confère. Il a également le pouvoir de promouvoir des canons qui l’emportent sur les canons des conciles œcuméniques et généraux. Le pape est supérieur au concile, ce que nous retrouverons plus tard dans les « Didactus papae » (11) .
    La notion de primauté d’un siège  était également comprise antinomiquement par les trois Églises : pour l’Église byzantine, c’est-à-dire tous les patriarches de l’Église d’Orient, Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, la primauté d’un siège venait de l’importance  et du rang de la ville épiscopale dans l’Empire. C’est au nom de ce principe que le patriarcat de Constantinople ville devenue capitale impériale, la seconde Rome, prendra la seconde place  lors du deuxième concile œcuménique Constantinople I en 381, (canon 3) dans l’ordre hiérarchique des sièges, malgré les protestations que l’on devine du pape Damase. Cette place ne devait rien à l’Apôtre André tenu pour le fondateur de la petite cité de Byzance avant qu’elle ne devienne la capitale impériale de Constantinople. L’Église Carolingienne soumise à l’empereur d’Occident avait la même conception. En revanche, quelle que fut dans le passé l’orthodoxie confessée par le pape de Rome, la conception de sa primauté qu’il ne parvenait d’ailleurs pas à imposer aux autres Églises était celle de la fondation apostolique d’une ville par un apôtre et pour Rome par le premier d’entre eux saint Pierre, d’où l‘expression « primauté pétrinienne ». En réalité le malentendu de la question de la primauté avait toujours existé bien avant la condamnation de Nicolas Ier dans un concile tenu à Constantinople. Mais redisons-le, les papes n’avaient jamais eu les moyens d’imposer leur doctrine aux autres sièges, malgré des courriers récurrents  sur la question tout au long des siècles. Ce qui avait changé c’était des questions d’intérêts territoriaux et géopolitiques, et la question centrale de l’indépendance de l’Église Byzantine chère à tous les évêques orthodoxes, même à ceux favorables à certains compromis avec le pape Nicolas sous le  second pontificat d’Ignacios lorsque avec la complicité de ses légats, on condamna saint Photios dans le concile de Constantinople de 869-870.
    C’est cette doctrine qui est formellement rejetée comme hétérodoxe tant par l’épiscopat Carolingien qui voit là une manière pour le pape d’intervenir dans les affaires intérieures de leur Église, que par l’Église de Constantinople avec l’ensemble des autres sièges patriarcaux qui font le même constat.

    Saint Cyrillios et saint Méthodios Apôtres des slaves communient avec l’évêque de Rome.


    Que penser également de Saint Cyrillios et saint Méthodios, les grands apôtres des Slaves, qui face aux difficultés insurmontables qu’ils rencontrèrent de la part du clergé Carolingien en Grande Moravie décidèrent de s’adresser au pape Nicolas Ier qu’ils savaient pourtant en conflit dogmatique sur la question de la primauté Romaine avec leur patriarche Photios, et  des condamnations que le pape avaient déjà prononcées contre leur patriarche et ami ? Certes, arrivés à Rome (868) ils apprennent que Nicolas Ier venait de trépasser, mais son successeur Hadrien Ier, de surcroit pour leur propre tradition un pape ouvertement marié, qui reconnaissait lui aussi la condamnation de Photios et partageait la doctrine hétérodoxe de  la primauté Romaine. Cela n’empêcha pourtant pas Méthodios de recevoir l’épiscopat dans la succession apostolique Romaine et de concélébrer avec le pape, et même de devenir un archevêque dans la juridiction du pape pour la Grande Moravie.  Saint Cyrillios devint moine à Rome et y décéda peu de temps après son arrivée. Nous sommes très loin dans cet exemple des affirmations de la « Confession de foi» qui ne reconnaît aucune grâce aux hétérodoxes,  et surtout que cette conviction aurait été partagée par tous nos Saints Pères.



    L’appui sollicité par saint Photios auprès des cours carolingiennes hétérodoxes en vue de la condamnation du pape Nicolas Ier.


    Saint Photios avait, en excellent politicien qu’il était, établi une stratégie remarquable, en prenant des garanties, avant la réunion du « Concile Œcuménique » que ses décisions portées contre Nicolas seraient exécutées par les trois monarques Carolingiens. Nous connaissons la lettre qu’il avait adressée à l’empereur Franc Louis II le Germanique et son épouse l’impératrice Ingelberg, leur promettant à tous deux, s’ils l‘aidaient dans l’application de la condamnation de Nicolas qui serait prononcé  par « le concile  œcuménique »,  de leur faire reconnaître par l’empereur de Constantinople, le titre de « basileus »  et « Basilisis » car pour la cour Byzantine ils n’étaient que roi. Soulignons l’importance d’une telle proposition pour des monarques Francs qui depuis les mérovingiens cherchèrent à obtenir de l’empereur un titre impérial. Clovis par exemple avait obtenu de l’empereur Anastase (491-518) le titre de Consul. La lettre fut portée par une ambassade, en amont du concile au début de l’année 867 (12) . Il ne fait aucun doute que l’ambassade avait apporté aux deux autres souverains une missive semblable et que toutes avaient reçu des réponses favorables, car ni l’empereur Michel, ni le patriarche Photios, ne voulaient créer des incidents diplomatiques avec les autres cours européennes en prononçant unilatéralement une condamnation contre le titulaire du premier siège de l’Occident. La réunion de ce concile est bien un acte hautement politique, et, sans l’appui des souverains Carolingiens, il aurait été dépourvu de sens et d’efficacité. Les trois souverains y auraient répondu avec empressement. Une fois le Concile achevé et la condamnation de Nicolas acquise, Photios enverra  donc une seconde ambassade aux trois monarques  Carolingiens, Louis II le Germanique (840-876) (13) , Charles le Chauve (840-877), fils de Louis le Pieux (814-840) et leur neveu Louis II roi d’Italie (855-875) fils de l’empereur Lothaire (840-855),  pour qu’ils se chargent de l’application des décisions du « Concile œcuménique » (terminologie qu’utilise Photios dans ses lettres) à l’encontre de Nicolas. On connaît le contenu de la lettre du patriarche à l’empereur Louis II le Germanique et celle  adressée à l’impératrice Ingelgerg, dans laquelle Photios la compare à l’impératrice Byzantine Pulchérie (14)  portée, après le concile, par une prestigieuse ambassade, le métropolite Zacharie de Chalcédoine et le métropolite Théodore de Laocidé. Les actes du concile sont transmis aux  trois cours. Les monarques avaient été acclamés à Constantinople par plus de mille participants au « Concile œcuménique » de 867 (15)  en présence de l’empereur Michel et du patriarche Photios en tant qu’empereur orthodoxe et impératrice orthodoxe, (c’était la terminologie officielle utilisée en pareille circonstance) chargés par le concile d’exécuter la sentence du concile contre le pape. On sait que l’assassinat quelques jours plus tard de l’empereur par son favori Basile le Macédonien qui donnera des ordres pour intercepter le navire transportant la lettre synodale et l’ambassade qui la portait annuleront la portée de cette décision.
    Saint Photios n’avait pas hésité à faire reconnaître comme empereur et impératrice « Orthodoxe » des monarques dont  par ailleurs il considérait la doctrine comme hétérodoxe, preuve, s’il en faut, que la communion n’était pas rompue pour les motifs dogmatiques concernés. Il est vrai qu’il avait fait condamner les doctrines du « Filioque procedit » et certains usages Latin ou Carolingien par le concile, mais en sachant parfaitement que ni les souverains ni l’épiscopat Carolingiens n’y avait souscrit. La question principale étant la condamnation du pape Nicolas Ier et de sa doctrine ecclésiologique. En invitant les évêques Carolingiens à participer au concile il reconnaissait la validité de la grâce dans l’Église Carolingienne pourtant hétérodoxe à ses yeux. Certes il espérait les convertir dans le concile à renoncer à leurs erreurs, mais ce n’était pas là un préalable à la reconnaissance des sacrements distribués dans cette Église ni de là à celle de la validité de son épiscopat. La question de savoir comme le soulève la « Confession de foi » si l’on s’en tenait aux canons apostoliques qui interdisent de prier avec des hérétiques ne se posait tout simplement pas, puisqu’il n’y eut jamais, à cette époque,  de rupture de communion avec ceux que l’on considérait comme hétérodoxes.
    Bien plus lors du Concile de Chalcédoine les évêques qui dans un premier temps avaient des convictions monophysites, tel saint Juvénal, avaient fait les prières rituelles qui se prononcent avant le concile. Évêques orthodoxes et évêques hétérodoxes avaient donc prié ensemble. Ce fait se reproduisit lors des conciles Photiens, car avant que la bonne doctrine sur la Trinité et sur l’ecclésiologie ne soit proclamée -Concile de Constantinople de 879-880 avec les représentants  du Pape Jean VIII-, les légats du pape présents lors de tous ces conciles précédents n’étaient pas du point de vue de la pure orthodoxie autre chose que des hétérodoxes. L’Église Orthodoxe s’était avec le patriarche saint Ignacios arrangée avec eux pour condamner saint Photios, mais sans compromis dogmatique de fond, ni sur la question de la primauté, ni sur celle de la théologie du Saint-Esprit - Concile de Constantinople de 867- Le même fait s’était produit pour la condamnation de saint Ignacios dans le concile Constantinople de 861 présidé par saint Photios avec la participation des légats  tous acquis à la conception romaine de la primauté considérée comme hétérodoxe par l’épiscopat Byzantin-.


    Après 1054 comment recevait-on dans l’Église Orthodoxe les « Latins » ?


    Le schisme de 1054 semble aujourd’hui pour les théologiens orthodoxes tracer une frontière, une sorte d’avant et après infranchissable. Avant le schisme tous les sacrements des deux églises Latines et Byzantines sont reconnus et après lui c’est un véritable rideau de fer totalement hermétique qui sépare les deux entités ecclésiales.
    En réalité, les choses  sont loin d’être aussi  démarquées ou tranchées.  Si les autres patriarcats observaient une méfiance vis-à-vis de l’Église de Rome, pour autant ils n’emboitèrent pas le pas au patriarcat de Constantinople dans la rupture de communion avec Rome. C’est lors de la première croisade que les véritables fissures apparurent. On est surpris d’apprendre que loin d’en être inquiétés, les patriarches orthodoxes, s’ils déchantèrent plus tard, accueillirent la première  croisade avec l’espoir qu’elle chasserait le monde musulman d’Asie Mineure. Le patriarche orthodoxe de Jérusalem Syméon réfugié à  Chypre à la suite de la prise de Jérusalem par les Arabes envoie une Encyclique en 1097 en tant que chef tant du clergé grec que du clergé latin pour soutenir la croisade.(16)   En 1098 c’est le patriarche d’Antioche Jean IV  qui procède à l’intronisation sur son territoire canonique qui ne lui est pas contesté dans ces premières années par les croisés et le clergé latin de l’évêque latin qui vient d’être consacré pour une ville Al Bara conquise aux arabes qui n’était jusqu’alors pas un évêché(17)  . Il en sera ainsi pour d’autres cités.  On se garda bien de donner à cette époque des évêques latins dans les villes pourvues d’un prélat grec. Bien plus, redisons-le, les patriarches d’Antioche et de Jérusalem considèrent le clergé et les fidèles latins comme faisant intégralement partie de leur troupeau, avec certes un autre rite, mais les questions dogmatiques n’étaient tout simplement  pas abordées. Il faudra attendre que le « Prince » autoproclamé d’Antioche Bohémond chasse pour un motif injuste et strictement politique le patriarche grec Jean IV soupçonné de collusion avec les Arabes, et le remplace par un patriarche latin, pour que la rupture soit consommée entre l’Église Orthodoxe et l’Église Latine. Nous sommes au mois d’août 1100. C’est cette date que retient le grand historien byzantinologue Steven Runciman comme étant celle de la rupture définitive des Églises orthodoxes avec le monde Latin : « Ainsi du fait de Bohémond, deux lignées rivales de patriarches, grecs et latins, se disputaient désormais le siège d’Antioche ; aucune des deux ne voulait céder le pas à l’autre. Le schisme était consommé entre les deux Églises. »(18)   Jusque-là seul le patriarcat de Constantinople, bien que les différents empereurs conservaient avec le pape une correspondance courtoise, avait  observé la rupture de 1054 ; les autres Églises autocéphales ne s’étant pas engagées dans la confirmation du schisme.
    Plus tard dans l’Empire de  très nombreux mariages se feront entre la noblesse catholique et des membres des familles impériales après 1054 et jusqu’à la chute de Constantinople (1453). Anne de Savoie (Giovanna) fille du comte Amédée V de Savoie épouse l’empereur Andronic III et se convertit à l’Orthodoxie. L’idée même d’un re-baptême n’effleure pas  les membres de la cour et du patriarcat de Constantinople. On verra même Jean Cantacuzène se scandaliser que le roi de Hongrie ait fait rebaptiser de force ses sujets bulgares, non pas uniquement parce que d’après lui ils étaient orthodoxes ; c’était le concept même entre les deux Églises d’un re-baptême que rejetait l’ex-empereur théologien. Il est à noter qu’à cette époque les Latins n’immergeaient plus pour le baptême mais procédaient à un simple ondoiement.
    On appliquait, c’est  très important de le souligner aujourd’hui, toujours   à la même génération les recommandations que mentionnera plus tard, pourtant  dans une période de guerre ouverte entre l’Église Orthodoxe et  les Latins, saint Marc Eugénikos lui-même  : «  Pourquoi chrismons-nous les Latins qui reviennent à l’Orthodoxie ? A l’évidence parce qu’ils sont hérétiques. (…)Nous les recevons à condition  qu’ils donnent un texte écrit, condamnant à l’anathème toute hérésie non conforme au dogme de la sainte Église de Dieu Catholique et Apostolique(19)  , et qu’ils reçoivent pour être admis, le sceau ou chrismation, que nous faisons  avec le Saint Chrême sur le front, les yeux, les narines, la bouche et les oreilles, en disant « Le sceau du don du Saint-Esprit » Tu vois dans quel groupe nous classons les Latins»(20)  . On le voit à cette époque, contrairement aux affirmations de la confession de foi les catholiques retournant à l’Église Orthodoxe n’étaient pas rebaptisés mais bel et bien reçu par le sacrement de l’onction !  Saint Marc Eugénikos n’avait pas rejeté l’idée de discussions préalables à laquelle se refusent aujourd’hui tant les moines du Mont Athos que les signataires de la « Confession de foi » avec les représentants  de l’Église Catholique, avant leur possible (ou impossible) conversion à l’Orthodoxie,  aux Conciles de Florence (1437) et Ferrare (1439) auxquels le métropolite d’Éphèse  participa. C’est uniquement lorsque saint Marc constata que la réfutation, pourtant fondée sur des écrits incontestables, de l’hérésie du « Filioque procedit » non seulement n’était  pas  admise par les Latins, mais que la partie auparavant orthodoxe pressée de signer l’union par l’empereur Jean VIII Paléologue (1425-1448)  qui cherchait un appui militaire contre les Turcs en contrepartie de ses compromis,  s’apprêtait à apostasier tant sur la question du Saint-Esprit que sur la suprématie du pape, qu’il quitta le concile.
    C’est sans doute dans cette histoire qu’il faut chercher le refus de la partie zélote de l’Orthodoxie d’aujourd’hui de tout dialogue avec l’Église de Rome. Mais le concile de Florence Ferrare n’était pas  un concile orthodoxe dans lequel on avait invité à débattre la partie catholique. C’était un concile conçu et organisé par la papauté romaine. Et ce n’est donc absolument pas à un tel état des choses, si un jour un conciliabule se réunissait pour débattre avec l’Église de Rome, qu’envisage le patriarcat de Constantinople, ni même aucun des patriarcats orthodoxes d’aujourd’hui. Un théologien faisait remarquer  que ce concile  de Ferrare Florence n’avait jamais eu  dans sa forme comme dans son fond les caractéristiques d’un concile canonique et orthodoxe : Il était co-présidé par le pape sur un siège surélevé et l’empereur sur un siège plus bas, mais surtout en l’absence du Saint Évangile sur le trône principal de la salle du Concile qui représentant le Christ est le président de tout  Concile véritablement orthodoxe. Aucun concile Orthodoxe n’aurait pu se réunir dans ces conditions.

    Le pouvoir temporel du pape.

    Un autre point qui fait débat aujourd’hui dans l’Église Orthodoxe, le plus complexe selon certains à résoudre avec celui de la primauté pontificale romaine, est celui de l’état du Vatican. Depuis la victoire par Charlemagne sur les Lombards en Italie, le Duxé (duché) de Rome est gouverné par le pape vassal de l’empereur. Les empereurs carolingiens tenaient à maintenir ce lien de vassalité avec le pape, car il leur donnait un véritable pouvoir sur celui-ci. De nombreux papes seront purement et simplement nommés par le monarque Carolingien ( Étienne IV (816-818) Valentin (827) Serge II (844-847, Benoit III (855-858) ou déposés (Serge II) sans autre forme de procès par lui, puis de nouveau intronisés. Les différents empereurs Carolingiens tenaient à ce lien de vassalité qui leur donnait, jusqu’à Nicolas Ier, et ensuite après la mort de celui-ci, un pouvoir civil et religieux  important sur la papauté. Cela leur permettait de placer à partir de Louis le Pieux (roi d’Aquitaine : 781-814 et empereur d’Occident : 814-840) auprès de la Chancellerie Pontificale des contrôleurs civils chargés de veiller à la régularité des règles canoniques édictées par le pape,  car à cette époque en Orient comme en Occident il n’y a qu’un seul code qui est à la fois civil et religieux. Il y eut des périodes où il exista un prince de Rome civil (la dynastie des Théophilactes), mais la tradition d’un pape chef temporel de Rome et du Duxé (duché) de Rome existait bien avant le schisme, lorsque le pape était orthodoxe, et cette question de son pouvoir temporel n’a jamais été soulevée par nos saints Pères comme un casus belli de leur communion avec l’évêque de Rome. Là encore, un peu de connaissance historique aurait évité aujourd’hui  un tel débat.

    Conclusion :

    Un dialogue dans la vérité et l’amour, ni sans la Vérité ni sans l’amour.


    Deux sortes d’erreurs peuvent se produire dans l’Église en ce qui concerne les « confession  de foi ». La première est de ne pas connaître comment ont été discutées et gérées des situations semblables dans le passé et d’affirmer des « vérités » en se fondant uniquement sur des écrits de certains Pères, sans la concorde de tous les Pères, et surtout dans le fait de séparer les actes  des paroles que ces Pères ont eues dans des circonstances semblables. Les actes des Pères de l’Église constituent une autre forme de leurs enseignements qui complètent leurs écrits.
    La seconde plus fréquente qu’on ne le pense, c’est de s’appuyer pour faire des affirmations sur l’ignorance quasi générale du peuple orthodoxe non pas des beautés de sa foi qu’il aime et connaît, mais de son histoire et plus précisemment de la jurisprudence des Conciles Œcuméniques qui est supérieure en la matière à celle des conciles généraux.
    Nous oublions facilement que l’intransigeance que nous exigeons quant à la reconnaissance des sacrements, de la présence de la grâce ou de son absence supposée dans une Église schismatique pour être réelle doit être sans exception. Cet article a montré combien dans l’histoire de notre Église de telles exceptions existent. Et nous aurions pu donner une centaine d’autres exemples. En voici un qui étonnera de nombreux croyants : saint Isaac le Syrien dont saint Jérôme d’Égine disait « Vends tout ce que tu as pour acheter les œuvres spirituelles de saint Isaac le Syrien » est un évêque Nestorien, le nestorianisme est une hérésie majeure. Pourrions-nous pour autant  affirmer qu’il n’était pas baptisé,  qu’il n’était donc pas chrétien, qu’il n’était pas évêque et que ces écrits n’ont pas été inspirés par l’Esprit Saint, et qu’il vivait en dehors de la grâce incréée ? Saint Silouane du Mont Athos s’adressant à un prêtre, qui vivait dans une nation Catholique, très fanatique vis-à-vis  de « ces hérétiques » qui se vantait de s’adresser à eux ainsi : «  je leur dis : votre foi est de la fornication. Chez vous tout est déformé, tout est faux, et vous ne serez pas sauvés si vous ne vous repentez pas (c’est-à-dire si vous ne devenez pas orthodoxes.) . Le grand Starets répondit : « Et dites-moi, Père Archimandrite, croient-ils en Jésus Christ ? Croient-ils qu’il est le vrai Dieu ?

    - Oui, cela ils le croient.
    - Vénèrent-ils la Mère de Dieu ?
    - Oui, ils la vénèrent ; mais leur doctrine à son sujet est fausse ?
    - Vénèrent-ils les saints ?
    -Oui, ils les vénèrent, mais quels saints  peut-il donc y avoir chez eux depuis qu’ils se sont séparés de l’Église ?
    -    Ont-ils des offices dans leurs églises, lisent-ils la parole divine ?
    -    Oui, ils ont des offices et des églises, mais si vous pouviez voir ces offices, en comparaison des nôtres quel froid, quelle absence de vie.


    Et le saint de conclure : « Leur âme sait qu’ils font bien de croire en Jésus Christ, de vénérer la Mère de Dieu et les  saints, de les invoquer dans leurs prières ; et si vous leur dites que leur foi est de la fornication, ils ne vous écouteront pas… mais dites au contraire qu’ils font bien de croire en Dieu ; de vénérer la Mère de Dieu et les saints(…) d’aller à l’église pour les offices(…) mais que sur tel ou tel point ils sont dans l’erreur qu’il faut corriger et qu’alors tout sera bien. Dieu est amour et la prédication doit, elle aussi, procédée de l’amour et alors elle sera salutaire pour celui qui prêche et pour celui qui l’écoute. Mais si vous condamnez l’âme du peuple, celui-ci ne vous écoutera pas. » (21) 
    C’est cette voie que suivent, à notre avis les Églises Orthodoxes locales qui se sont engagées dans le dialogue difficile avec l’Église Catholique Romaine. C’est cette voie, celle du dialogue dans la Vérité et dans l’amour, la seule valable, que suit Sa Toute Sainteté le Patriarche Bartholomée, loin de tout fanatisme aveugle. Nous pensons que les mots « hérétique et schismatique », ne doivent pas être brandis comme des armes menaçantes et qu’ils sont tout simplement nuisibles à ce dialogue. Nous ne disons pas ici, que le « Filioque procedit », la théologie Romaine  de la suprématie  du pape,  et bien d’autres points comme la non reconnaissance par les Catholiques de la théologie palamite de la grâce  et des énergies incréées qui n’est pas abordée regrettablement dans le « Confession », ne sont pas des hérésies. Nous n’avons dans l’Église Orthodoxe utilisé ce qualificatif envers des personnes qu’après avoir épuisé avec elles toute discussion. Nestorios n’était pas qualifié d’hérétique par saint Cyrillios dans les courriers que celui-ci lui envoyait. C’est uniquement après, lorsqu’il fut évident que le patriarche de Constantinople refusait toute forme de dialogue, était fermé à toute discussion que la sentence du Concile Œcuménique de Chalcédoine tomba et qu’il fut proclamé hérétique. Le dernier Concile à valeur œcuménique sur les deux questions principales qui inquiètent tant les moines du Mont Athos, que les signataires de la «Confession», est celui de Constantinople de 879 dans lequel le pape Jean VIII représenté par ses légats renonce aux prétentions du pouvoir du pape au dessus ces Conciles et des autres évêques de ses deux prédécesseurs Nicolas Ier et Hadrien Ier, et condamne sans équivoque le « Filioque procedit ». Ce fait ne devrait-il pas  constituer  un point de départ positif dans notre dialogue avec l’Église Romaine ?
    Depuis, il n’y a jamais eu de concile à valeur œcuménique sur ces deux questions, et les pseudo conciles de Lyon et Ferrare Florence n’avaient pas ni dans leur organisation ni dans leur forme, les fondements de conciles véritablement orthodoxes.   La partie Catholique s’est toujours montrée ouverte à une certaine remise en cause sur les points dogmatiques abordés. Il n’y a jamais eu de rupture des discussions avec des préalables de sa part  qui auraient été insoutenables pour la partie Orthodoxe, même si les discussions sont difficiles - et comment ne le seraient-elles pas après un divorce de près de 1000 ans ? -. Le patriarche Bartholomée avec l’ensemble des délégations Orthodoxes s’honore en disant « Frères » aux membres de la délégation Catholique. C’est ainsi que dans notre Église par le passé toutes les discussions ont commencé, dans l’amour et la vérité.

    Réunissons un concile général


    Mais le véritable problème, c’est que nous avons depuis cinquante ans placé la charrue avant les bœufs en avançant dans le dialogue œcuménique, ce qui est louable, mais sans avancées réelles vers la réunion d’un concile général de l’ensemble de l’Église Orthodoxe. Ce qui constitue plus qu’une erreur : un péché contre l’Église.  La crise que nous connaissons n’a pas d’autres racines. Les conflits entre certaines Églises autocéphales aboutissent au fait regrettable  que nous arrivons parfois divisés dans notre dialogue avec les Catholiques, comme dernièrement à Ravenne. Les intégrismes que nous laissons s’installer n’ont pas d’autres causes que la non réunion d’un concile général. Beaucoup en conviennent. Le patriarche Bartholomée s’honorerait de prendre véritablement en main cette question urgente de la convocation d’un concile général. Il ne faut plus le préparer, quand nous savons que les premiers membres des commissions préparatoires de Rhodes (22)  sont trépassés depuis longtemps. Il faut réunir ce concile en fixant une date, même dans dix ans, mais sortir de l’abstraction de réunions préparatoires auxquelles plus personne ne croit et qui discréditent notre Église en laissant le champs libre à tous les intégrismes qui se placent alors comme les seuls autorités universelles de l’Église que l’on doit écouter parce qu’en vérité  une telle autorité chez nous existe et elle n’est pas un évêque au dessus des évêques mais le concile.
    Des communiqués tels que celui-ci des moines athonites (23)   daté du 8 octobre 2009 n’aurait plus leur raison d’être si un concile à vocation œcuménique se réunissait avec le plérum de l’Église, l’ensemble de l’épiscopat qui serait alors le seul à avoir le charisme de s’exprimer dans le concile sur toutes ces questions.
    C’est l’absence de concile qui donne à ces nobles voix le poids qu’elles ont aujourd’hui au sein de l’Église Orthodoxe, même si parfois certaines de leurs affirmations,  comme celles que nous avons citées dans notre article, ne sont pas recoupées par de véritables preuves historiques ni théologiques.
    Recouvrons la parole étouffée depuis plus de mille ans des conciles œcuméniques afin « d’entendre ce que l’Esprit dit aux Église ». (24) 

    +Métropolite Michel Laroche

    (1) Mot de la théologie orthodoxe signifiant l’application miséricordieuse d’une règle canonique. A l’opposé l’acribie consiste en l’application rigoureuse du même canon. Mais l’économie comme l’acribie sont également un état d’esprit concernant l’interprétation des commandements évangéliques  dans la vie de l’Église : « Le sabbat est fait pour l’homme( économie) et non l’homme pour le sabbat ( acribie) ».

    (2)Sa fête est célébrée dans le calendrier Byzantin le  2 juillet.
    (3) Jean Meyendorff in « Unité de  l’Empire et divisions des chrétiens ». P 189   Éd. Du Cerf  Paris 1993
    (4) Lc XV, 11-30

    (5) L’empereur Jean V Paléologue ( 1341-1376 et 1379-1391) s’étant converti personnellement au catholicisme ne pouvait plus ni convoquer le concile ni le présider. Cette conversion n’avait eu aucune influence sur l’Église ou sur le peuple. Elle était considérée comme une affaire de conscience personnelle du souverain.
    (6) In « Les derniers siècles de Byzance – 1261-1453 par Donald M. Nicol. P. 291 Texto ED. Tallendier Paris 2008
    (7) Ibidem P. 292

    (8) Aucun évêque Occidental ne se rendit au concile, ce dont se plaint saint Photios dans une lettre adressée au patriarche d’Aquillé.
    (9) Rédigées sous la forme de 27 articles en 1075,  dont l’un énonce que le pape est supérieur aux conciles.
    (10) « Sardique » l’actuelle « Sophia », capitale de la Bulgarie.  Ce concile se réunit sous la présidence d’Hosius de Cordoue Le 22 mai 347 pour examiner les appels auprès du pape Jules de Rome de saint Athanasios d’Alexandrie de Marcel d’Ancyre et d’Asclépas de Gaza tous trois déposés de leur siège au profit d’évêques ariens.

    (11) In « Histoire de l’Église P 364, T 6 L’époque carolingienne » par Émile Amann. Éd. Bloud et Gay, Paris 1947 et  In « Ecclésiologie du Haut Moyen-Age » par Yves Congar P 212-216 Éd. du Cerf 1968.

    (12) « Les Regestres des actes du patriarcat de Constantinople » Vol. 1 Fasc. 1 et 2 N°495 P 119 Éd. Par Venance Grumel. Institut d’Études Byzantine Paris 1989.
    (13) « Les Regestres des actes du patriarcat de Constantinople » Vol. 1 Fasc. 1 et 2 N°499 P 121 Éd. Par Venance Grumel. Institut d’Études Byzantine Paris 1989.
    (14) Ibidem N° 500 P 122.
    (15) « Les Regestres des actes du patriarcat de Constantinople » Vol. 1 Fasc. 1 et 2 N°495 P 119 Éd. Par Venance Grumel. Institut d’Études Byzantine Paris 1989.
    (16)  In «  Histoire des croisades » par Steven Runciman P. 196-197 Ed Tallandier. Paris 2006
    (17) Ibidem P.224-225

    (18) Ibidem P. 277.
    (19) La terminologie « Catholique » n’appartient pas à l’Église latine mais à l’Église Orthodoxe qui est Catholique c’est à dire universelle. Dans le symbole la foi récité chaque dimanche nous proclamons que « l’Eglise est une sainte Catholique et Apostolique ».
    (20) Encyclique de saint Marc d’Éphèse à tous les chrétiens orthodoxes de la terre et des iles. In « la lumière du Thabor P.  23 N° 10 2ème trimestre 1986
    (21)  Archimandrite Sophrony «  Le starets Silouane » P.62-63 Ed. Présence  Paris.1996
    (22) Ière Conférence pan-orthodoxe de Rhodes : 24 septembre Ier octobre 1961. Et ensuite : Rhodes : 1963 ; Rhodes : 1964 ; Chambésy : 1968 ;  Chambésy : 1971 ;  Chambésy : 1976 ;  Chambésy : 1982 ;  Chambésy deux fois en  : 1986 ; Chambésy : 1990 ;   Chambésy : 1993 ;  Chambésy : 1995 ;  Chambésy : 2009.  
    (23)  « Décision officielle de la Sainte Communauté du Mont Athos au sujet de la réunion de la communion mixte du dialogue entre l’Église Orthodoxe et les Catholiques Romains. La sainte communauté a pris la décision suivante : A travers les siècles la Sainte Montagne reste, par la grâce du Christ la fidèle gardienne de la sainte foi orthodoxe, que les apôtres prédicateurs  de Dieu ont transmis à l’Église et que nos Pères Théophores avec les saints conciles œcuméniques ont préservé intacte. Cette tradition a été fidèlement (conservée) par les Pères athonites qui nous ont précédés.  » Ensuite vient le texte dont nous avons cité une petite partie concernant le préalable à exiger des catholiques Romains.
    (24) Apoc. II, 7




























































  • Le rêve brisé d’une Orthodoxie Locale en France et la tentation de certaines dérives sectaires

     

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    Par le Métropolite Michel Laroche


    Une ecclésiologie Orthodoxe non appliquée en France

    Nous avions il y a près de deux ans écrit un long article  à la suite des quelques lignes rédigées dans « la Croix » du samedi 2 et dimanche 3 mai 2009  à propos du Congrès d’Amiens que nous citons à nouveau :« Si les orthodoxes occidentaux ont de plus en plus le désir de former une Église Locale, leurs juridictions d’origine sont elles-mêmes confrontées à la difficile reconstruction de l’après communisme (pour les Églises slaves) autant qu’à une situation politique difficile (encore plus qu’au Proche Orient) . Elles ne font donc pas de l’organisation de la diaspora leur priorité. Ces Églises mères ne sont, non plus, pas prêtes à renoncer aux liens qui les unissent aux communautés fixées à l’étranger qui, souvent, les font vivre. » Nous avions surtout essayé  d’analyser les différentes causes des paralysies qui ont frappé l’Orthodoxie  Russe en France, en particulier l’Archevêché Russe du patriarcat de Constantinople dans la direction d’une Église véritablement locale et dans ce contexte particulier de l’immigration russe qui aurait été de tradition liturgique Russe avec des paroisses ou slavophone ou francophone.
    Nous croyons utile aujourd’hui d’élargir notre réflexion sur les nombreuses dérives sectaires qui ont pris presque toutes naissance dans une  Église Orthodoxe légitime - nous n’utilisons pas le mot canonique qui est ambigu, car il recouvre des réalités ecclésiales qui à certaines époques  se considéraient les unes par rapport aux autres comme schismatiques, ainsi par exemple le Patriarcat de Moscou, l’Église Russe Hors frontières et l’Archevêché Russe du patriarcat œcuménique, pour ne citer que celles-là, en rupture de communion durant des décennies, communion aujourd’hui rétablie.
    Rappelons ici la multitude des saints canons qui interdisent l’actuel superposition de diocèses établis sur le même territoire national : Les 12 ème  et 34 ème  Canons apostoliques ; les 8ème et15 ème canons du Ier  Concile Œcuménique de Nicée (325) ; Les 13 ème  16 ème 21 ème et 22 ème du Concile d’Antioche ( 325) ; le 12 ème  canon des Sadiques ( 343) ; le 2ème canon du IIème Concile Œcuménique de Constantinople I ( 381) ; le 12 ème canon du IV ème Concile Œcuménique de Chalcédoine ( 451) ; le 20 ème canon du Concile In Trullo (691-692). Et enfin les fameux canons du Concile de Constantinople de 1872 qui condamnaient  pour de mauvaises raisons une véritable hérésie ecclésiologique (1). Il ne faut pas oublier que l’ecclésiologie est du domaine de la théologie dogmatique avec des applications canoniques, et qu’elle appartient à la confession de la foi Orthodoxe, au même titre que  la Trinité Sainte et l’Incarnation du Verbe dans la chair dont elle est l’icône terrestre divino-humaine. Cette hérésie ecclésiologique consiste  en la présence sur le même territoire de plusieurs église ethniques à l’époque  la situation des Bulgares dans l’Empire Ottoman, et aujourd’hui en France la présence d’Églises Orthodoxe locales mais locale d’une autre  nation que la France, organisées selon  le principe éthnique sur le territoire de la République Française, en Églises, russe, géorgienne, roumaines, serbes bulgare, arabe (Patriarcat d’Antioche), grecque, macédonienne, ukrainienne. Des français de souches  sont devenus orthodoxes par différents concours de situations, matrimoniales ou par  une recherche personnelle,  dans ses multiples juridictions, (terminologie affreuse qui n’existe pas dans les nations historiquement orthodoxes) passant souvent  de l’une à l’autre en cherchant désespérément une Orthodoxie non seulement francophone mais authentiquement locale.



    Le prophète d’une conscience orthodoxe locale : Monseigneur (Eugraphe) Jean Kovalevsky (1905-1970).

    Il sera impossible de retracer en seulement quelques lignes la vie mouvementée de l’évêque Jean Kovalevsky. Disons brièvement qu’il est   né à  Saint-Pétersbourg, et baptisé sous le prénom d’Eugraph, d’une famille Ukrainienne fidèle au tsar, qui donna à la Russie des députés et des ministres orientés vers la culture. Son Père Eugraph Pétrovitch (1865-1941) fut par exemple député à la Douma et rapporteur de l’instruction publique. Son épouse Inna était membre du Conseil supérieur  de l’Instruction Publique. Les liens  de la famille Kovalevsky avec la direction de l’Église Orthodoxe Russe étaient  étroits et Eugraph Pétrovitch fut un membre laïc important du Concile Nationale Russe de 1917. Les kovalevsky décident comme beaucoup d’autres de fuir le Bolchévisme et de s’exiler en France en 1920. La famille se compose de deux autres fils les frères d’Eugraph, l’ainé Pierre (1901-1978) et  le second  Maxime (1903-1988). La fermentation de l’esprit  du jeune Eugraph Kovalevsky, comme celle de ses frères dont l’un - Pierre -  deviendra docteur de l ‘Université de Paris et l’autre – Maxime-  actuaire dans les assurances mais également un grand musicologue et compositeur de musique sacrée, spécialiste  du chant grégorien comme du chant slave, se produiront dans cet atmosphère universitaire. Très tôt le jeune Eugraph discernait comme  un acte de la Providence Divine cette  venue massive en Occident d’orthodoxes, et nous ne le réalisons pas aujourd’hui,  religion presque totalement inconnue des européens de l’Ouest, et à une époque où l’œcuménisme n’existait pas. Il va créer avec d’autres jeunes intellectuels russes parmi lesquels  ses deux  frères et un certain Wladimir Lowsky, une confrérie sous le patronage de « Saint Photius » saint orthodoxe alors très mal connu et avec une réputation sulfureuse dans l’Église Catholique qui le considérait comme le principal  responsable du schisme  avec l’Église Orthodoxe. Le but de cette confrérie sera  de découvrir les trésors de l’Église d’Occident lorsque celle-ci était en communion avec l’Église d’Orient, l’étude de l’histoire les saints occidentaux d’avant le schisme considérés comme Orthodoxe  alors que jusque là ils étaient globalement ignorés des Synaxaires Slaves et Byzantins; l’iconographie propre à l’Occident,  l’architecture des églises romanes  et de promouvoir la restauration des anciens rites liturgiques gallicans  disparus depuis le schisme de 1054.  Eugraph cependant ne se cantonnait pas uniquement dans ces recherches révolutionnaire pour l’époque au sein de la laquelle la plus par des réfugiés russe cherchaient surtout, tout à fait légitimement, à s’organiser ecclésialement dans une Orthodoxie russe.  Il fréquentait le cercle Mounier et le philosophe Nicolas Berdief (1874-1948.) Inscrit à l’Institut Saint Serge qui venait d’être fondé ; il y passe sa licence de théologie en 1928 sous la direction du célèbre théologien Serges Boulgakof, dont il combattra plus tard - comme le fit de son côté l’archevêque Jean Maximovitch aujourd’hui canonisé -,  la théologie sur la supposé hypostase de la Sophia divine ce qui vaudra au Père Eugraph l’inimitié tenace de plusieurs générations de  professeurs de cet Institut. C’est sans doute en 1929 que prit racine dans l’esprit du Père Eugraph  la décision pour certain prophétique et pour d’autres  utopique, d’engager toute sa vie dans la restauration d’une liturgie gallicane pour des français convertis à l’Orthodoxie. La Confrérie Saint Photius, cette année là, organisait trois jours de réflexions liturgiques durant les quels on célébra le premier jour la liturgie Romaine, le second la liturgie gallicane - sans doute avec la version dont on disposait  alors,   due   à l’archiprêtre Wladimir Guetté qui avait été approuvé par le saint Synode Russe en 1875 ;  et la troisième la liturgie de Saint Jean Chrysostome.  Un vote fut réalisé à la fin de ces « Journées liturgiques » et l’ « Ancien rite des Gaule » fut  désigné comme étant sans aucun doute la liturgie convenant le mieux pour des Français  entrant dans l’Église Orthodoxe.
    Il faut préciser pour le lecteur d’aujourd’hui qu’aucune liturgie de Saint Jean Chrysostome n’existait à cette époque  en  français, et nous l’avons écrit plus haut, les russes étaient encore  pour de nombreuses années plongés dans le traumatisme de la révolution Bolchévique et de leur exil récent, ne cherchant qu’à retrouver en France et dans les nations qui les accueillaient dans le monde, dans leur admirable piété, la ferveur de l’Église Orthodoxe  Russe éternelle. Cette ferveur sera la base de la fondation du Synode Russe Hors Frontière et avec des nuances de l’Archevêché russe dirigé depuis la France par le Métropolite Euloge.
    L’idée  prônée par Wladimir Lossky et les frères Kovalevsky était révolutionnaire à de nombreux titre. Ce que l’on ne perçoit plus aujourd’hui où depuis Vatican II la messe romaine est également en Français, était de proposer à des français s’approchant de l’Orthodoxie une liturgie dans leur propre langue. Les orthodoxes eux-mêmes, - sauf les roumains que l’on ne connaissaient pas -, n’avaient pas de liturgie dans la langue vernaculaire. Les Slaves,  russes, ukrainiens, bulgares, serbes, macédoniens   avaient leur liturgie en slavon, langue comparable au latin pour les catholiques. Les grecs installés depuis longtemps en France dans une immigration au facteur davantage économique que politique,  célébraient - et célèbrent toujours - dans une langue grecque ancienne aussi étrangère qu’étaient le slavon pour les russe  que le latin pour les catholiques. Un aspect pratique existait également, comme nous l’avons dit : on disposait de la liturgie gallicane en français  du Père Guetté alors qu’aucune traduction de la liturgie de Saint Jean Chrysostome n’existait, comme aujourd’hui, en français. Mais déjà le Père Eugraph envisageait très rapidement de s’engager dans un travail monumental qui fut, qu’on l’approuve ou le désapprouve, l’œuvre principale, presque obsessionnelle,  de toute sa vie : la restauration de l’Ancien rite des Gaules.
    Nous ne ferons pas ici dans cet article  l’analyse détaillée de ce rite réinventé à partir d’éléments existant,  plus que restauré. Mais des nouveautés étaient introduites comme celle de l’échange du baisé de paix entre tous les fidèles, qui se fait dans l’Église Orthodoxe qu’entre les seuls membres du clergé ; la version chanté en Français du « Notre Père » composée par  Bortniansky ; une amplification du rite Pascal du point de vue Occidental  où  à l’époque  la Fête de Noël était la fête la plus importante de l’année ; la possibilité pour des diacres de célébrer certains offices sans prêtre présent et de distribuer l’Eucharistie,  ce qui dans l’Église Orthodoxe est interdit canoniquement et liturgiquement,  allaient  pénétrer  dans… l’Église Romaine.
    Mais ces usages litigieux disqualifiaient la liturgie elle-même qui avait pourtant  beaucoup d’emprunts à la liturgie de Saint Jean Chrysostome, certains légitimes, d’autres, selon nous,  plus contestables,  mais rarement utilisés aux mêmes moments liturgiques, et que les croyants français pensaient être des usages  Gallicans. Parmi  les légitimes : l’usage du  Canon de Saint Jean Damascène à lors de la nuit pascale ; la fin de la liturgie qui  est pratiquement celle de saint Jean Chrysostome avec le chant:« Nous avons vu la Vrai Lumière, nous avons  reçu l’Esprit Céleste… »; le chant des Béatitudes, mais cependant à une autre place que lors de la Petite Entrée dans la liturgie de Saint Jean Chrysostome. Parmi les contestables:   le Chérubikon de Saint Basile qui n’est chanté qu’une fois par an dans l’Église Orthodoxe pour célébrer le mystère de du Christ au Tombeau, et qui n’a que cette signification liturgique :  « Que toute chair humaine fasse silence…» et qui deviendra le Chant de la Grande Entré ordinaire de la  Liturgie  des Gaules selon Saint Germain ; la  célébration de la Prothèse par le Diacre et non par le Prêtre au prétexte - ce qui est vrai – que   la procession de la Grande Entré  se faisait dans les liturgie anciennes aussi bien à Constantinople qu’en Gaule par les diacres, mais en oubliant que ceux-ci ne célébraient pas la prothèse qui est un rite presbytéral et le véritable commencement de la Divine Liturgie. Mais il faut à nouveau souligner que tout ceci n’avait rien de secret, et  était publié dans de nombreux livres ou articles signés du Père Eugraph Kovalevsky  ou d’une manière générique par l’ECOF et communiqués tant à l’archevêque Jean Maximovitch, qu’aux spécialistes des Église Russes et Roumaines qui acceptèrent tous cette  liturgie, dont mieux que personne, ils connaissaient les sources byzantines et les aspects novateurs et pour certains contestables. Mais on comprend  mieux, avec tous ces exemples, pourquoi de nombreux orthodoxes ne s’y soient pas retrouver  et qu’ils aient observé une certaine réserve lorsqu’ils assistaient à la liturgie des Gaules.
    L’esprit d’une Orthodoxie occidentale était né.  Il était à présent porté uniquement par quelques intellectuels russes,  tous des laïcs.  Mais il lui manquait, la chair c’est-à-dire  le plan d’une véritable incarnation :   une chair de préférence de souche française pour que cet élan prophétique devienne réalité.


     Monseigneur Irénée Winneart ( 1880-1937)  et l’Église Catholique Évangélique.


    Cette chair française allait  venir en direction de l’Église Orthodoxe Russe sous la forme d’une minuscule communauté en dissidence avec Rome, l’Église Catholique Évangélique,  qui avait réussit à recevoir une forme d’ecclésialité, avec une succession apostolique douteuse, dans une branche ésotérique de l’Église Anglicane, ésotérisme que ne partageait pas, il faut le souligner, son évêque Monseigneur Irénée Wineart. Celui-ci rencontrait dans un premier temps le Père Lev Gillet, mais après des hésitations pour se tourner vers Constantinople, c’est le patriarcat de Moscou qui est choisi par Monseigneur Irénée pour concrétiser son désir de rentrer dans la communion de l’Église Orthodoxe.  Nous sommes en 1936. Sans doute dirigé par le Père Lev Gillet vers les jeunes Vladimir Lossky et Eugraph Kovalevsky, c’est surtout ce dernier qui servira de trait d’union pastoral entre la petite communauté française et le patriarcat de Moscou à l’époque  représenté en France par le métropolite Éleutère et dirigé par un Locum Tenens le métropolite Serges qui deviendra patriarche. Celui-ci donne un Ukase le 16 juin 1936  qui légitimisait  le concept ecclésiale d’une Orthodoxie locale  française et plus généralement occidentale.   Il restait un problème à régler : l’évêque de la communion anglicane était marié  et habitait sans argent personnel au domicile de son épouse. On n’exigerait pas de lui un divorce civile, ni qu’il vive sans son ex-épouse (le monachisme dissout le mariage sacramentel)  : il vivrait en frère et sœur avec madame Winnaert. Monseigneur Irénée devenait moine et était élevé à la dignité d’archimandrite mitrophore avec le bâton pastoral épiscopal. L’appellation de « Monseigneur » lui était conservée au sein de sa communauté. (2) Le jeune Kovalevsky à la demande de Monseigneur Winneart était ordonné prêtre pour la jeune communauté orthodoxe qui était dotée d’un clergé français et hollandais ignorant presque tout de la riche Tradition Orthodoxe. La première liturgie que le nouveau  prêtre Eugraph célébrera fut celle des funérailles de l’archimandrite Irénée qui décédait en 1937. 
    L’encadrement théologique Orthodoxe indispensable  de la nouvelle communauté orthodoxe française était  animé par un groupe fondé sous les hospice du métropolite Éleutère et  nommé « Commission provisoire pour l’organisation de l’Orthodoxie occidentale » présidé par Wladimir Lossky, et composé des Père Michel Belsky, Eugraph Kovalevsky et des membres de la « Confrérie Saint Photius ». Mais si ces fées bienveillantes étaient penchées sur le berceau de la jeune Orthodoxie  Française, des nuages d’orages allaient peser lourdement sur l’avenir de cette  communauté qui venait de naitre et sur son  rêve d’une Orthodoxie Occidentale. Ces sombres augures étaient les divisions de l’immigration russe en de multiples juridictions rivales avec la fracture en  deux monde hostiles et antagonistes : le bloque communiste qui rassemblaient sur son territoire  la majorité des croyants orthodoxes ;  et  celui des nations libres qui accueillaient les orthodoxes s’échappant du bloque communiste. Les français qui venaient de rentrer dans le Patriarcat de Moscou étaient déjà regardés avec méfiance par la majorité des immigré russe ; tout comme l’étaient les rares fidèles orthodoxes russes qui choisirent, comme Maxime et le Père Eugraph Kovalvesky avec Wladimir Lossky - Pierre resterait dans l’Archevêché russe en France du patriarcat de Constantinople - de demeurer dans le patriarcat de Moscou, selon eux une Église martyr sous le joug Soviétique qu’il fallait donc soutenir ;  et selon la majorité des autres russe dans le monde : patriarcat de Moscou  compromis et obéissant servilement  au pouvoir soviétique. 
    Des personnalités rayonnantes et fortes  telles saint Jean Maximovitch, le métropolite Antoine Khrapovitzky, et durant un certains nombres d’années le métropolite Euloge,  avaient choisi la rupture canonique avec le patriarcat de Moscou. Les fidèles Orthodoxe français, pour qui toute soutane orthodoxe représentait le Messie, n’étaient certes pas préparés à ce discernement, ni à  comprendre, ni à assumer de telles divisions qui allaient les maintenir, au-delà des questions idéologiques et liturgiques  qui y contribueront, dans un isolement « de facto » qui s’aggraverait d’année en année.
    Nous rentrerons pas dans le détail des circonvolutions juridictionnelles et canoniques qui entrainairent la communauté Orthodoxe française  sous l’autorité du Père Eugraph   à quitter le patriarcat de Moscou et à entrer brièvement  dans les années 1953-1956 sous l’omophore du  Patriarcat Oecuménique, à travers son  l'Exarchat Russe de Paris, avant de rencontrer l’archevêque Jean Maximovitch, favorable au concept de l’érection d’Églises véritablement locales  en dehors des nations historiquement orthodoxes. Wladika Jean Maximovitch célébrera lui-même de nombreuses fois en France la liturgie selon Saint Germain de Paris  dans sa version restaurée par le Père Eugraph,  et fit recevoir, malgré de très nombreuse oppositions  qui se manifestèrent dès le trépas du saint archevêque, dans le Saint Synode Russe Hors frontière «  l’Église Catholique Orthodoxe de France » (1957-1966),  nom qu’avait pris cette communauté. Le Père Eugraph était consacré évêque de Saint Denis sous le nom monastique de Jean (faisant référence à saint Jean de Cronstadt), dans la cathédrale Russe de San Fransisco le 11 novembre 1964  par l’Archevêque Jean Maximovitch et l’Évêque Téofil Ionescu fils spirituel de saint Jean Maximovitch qui avait présidé à son sacre en France. Monseigneur Jean décédait le 30 janvier 1970 après avoir quitté le Synode Russe Hors frontière.
    En 1972, grâce en partie aux efforts diplomatiques d’un jeune prêtre français, le dernier prêtre ordonné avant sa naissance au Ciel (30 janvier 1970) par l’évêque Jean Kovalevsky - n’oublions pas qu’il y  avait également  dans l’ECOF un certains nombre clercs d‘origines russes comme l’archiprêtre Grégoire Svitchine-,  une  délégation française concélébrait la Divine Liturgie avec le Patriarche Justinien de Roumanie le 30 avril 1972. Dans la même liturgie le patriarche élevait à la dignité d’archimandrite en vue de son prochain épiscopat, le Père Gilles Hardi qui était précédemment le vicaire de Monseigneur Jean, devenu moine la veille, lors des vêpres, sous le nom de Germain et élevait à la dignité d’archiprêtre honoraire avec la Croix patriarcal de Roumanie le jeune prêtre français le Père Michel-Philippe Laroche. Celui-ci était l’un des  fils spirituel jusqu’à son trépas de Monseigneur Jean, puis était devenu le disciple du saint archevêque Théofil Ionescu qui l’avait considérablement aidé dans ses démarches avec l’Église Roumaine de toute son autorité et de ses relations et sans qui rien ne se serait réalisé. Avec l’aval des autorités françaises un Archevêché Orthodoxe Roumain naissait, ayant à sa tête l’évêque Teofil qui était élevé à la dignité d’archevêque, conjointement  à la renaissance canonique de la jeune éparchie française.
    Des documents, daté du 28 avril 1972 tous signés par Père Gilles Hardy , Père Michel-Philippe Laroche et  par Maxime Kolavevsky  engageaient très clairement la communauté placée sous l’autorité canonique supérieur du Patriarcat de Roumanie  à adopter tous les usages conformes à la Tradition de l’Église Orthodoxe et à se débarrasser de certaines usages non conformes à la Tradition Orthodoxe et parfois même à sa théologie sacramentelle et dogmatique,  que nous évoquerons très sommairement un peu plus loin.  Des précisions furent ajoutées dans un « protocole » secret signé par l’Évêque Germain à Bucarest en 1974 qui évoquait entre autre  les « synaxes diaconales », offices durant lesquels un diacre donnait, sans la présence d’un prêtre, la communion Eucharistique.  Ces mauvaises  habitudes avaient été prises en grande partie à cause de l’isolement de cette communauté vis à vis des autres Églises Orthodoxes présentes sur le sol de la France. Le but de l’Église Roumaine était sincère et désintéressé : introduire cette communauté dans l’Orthodoxie universelle et la sortir de sa marginalisation manifeste. Le futur évêque,  le Père Michel Philippe et Maxime Kovalevsky  s’engageaient par écrit pour eux-mêmes et pour le diocèse à  « Confesser tout ce que l’Église Orthodoxe confesse et à rejeter tout ce que l’Église Orthodoxe rejette. »



    L’un des facteurs de la marginalisation des communautés «  Orthodoxes françaises » de rite Occidentaux : la célébration en dehors du Typikon Orthodoxe d’une liturgie occidentale.

    Notre propos ne sera pas de faire  le procès de tel ou tel acteur de cette longue tragédie qui a blessé des milliers de personnes, tout en en conduisant également de très nombreuses vers l’Orthodoxie universelle. L’ECOF fut  incontestablement une  passerelle pour de très nombreux français, qui dans un premier et un second  mouvement, nous nous situons  pour le plus loin il y a 70 ans et au plus près il y a  entre 40 et 30 ans, ne seraient sans doute pas entrés dans une Église Orthodoxe de langue slavonne ou grecque. Olivier Clément par exemple fut baptisé par le Père Eugraph, et de très nombreux métropolites, archevêques,  évêques, prêtres, moines,  aujourd’hui disséminer dans les différentes juridictions présentes sur le sol de la France sont passés par la cathédrale saint Irénée siège historique de l’ECOF.
    Parmi les engagements non tenus signés par les représentant de l’ECOF, figuraient la célébration en alternance dominicale de la liturgie de saint Jean Chrysostome. Cet engagement ne fut jamais réellement respecté.
     Pour de nombreux membres de l’ECOF la question de la liturgie était centrale. Pour eux, l’enracinement dans l’Orthodoxie locale de la France avec l’esprit de ses saints orthodoxes du premier millénaire, ne pouvait se réaliser - et c’était là, la  conviction  la plus profonde du Père Eugraph -, sans le retour à la liturgie qu’avaient célébré ses saints lorsque l’Orient et l’Occident étaient en communion. Pour eux la liturgie de saint Jean Chrysostome et le Typikon Orthodoxe étaient « Oriental », et ils revendiquaient haut et fort une riche Orthodoxie occidentale présente, selon eux, dans la « liturgie selon saint Germain » et dans l’«  l’ancien Rite des Gaules ». Ils ne percevaient  pas le fait que les Pères de l’Église qui ont forgé les textes de  l’ensemble du Typikon Orthodoxe ne sont dans leur foi et dans leur spiritualité ni orientaux ni occidentaux mais  tout simplement des Docteurs de la Foi  Orthodoxes, et que la théologie dogmatique dont ils ont imprégné leurs hymnes et la spiritualité métanoäique présente dans leurs écrits liturgiques, étaient donc revêtu d’un caractère  universel.
    Nous n’avons pas l’intention d’analyser ici le texte de la « Liturgie selon Saint Germain de Paris » qui fut approuvé par le Synode de l’Église Roumaine et par une commission liturgique, composée exclusivement de membre de l’ECOF,  présidée par saint Jean Maximovitch, mais qui ne fut jamais réellement acceptée, comme il a été plus tard écrit inexactement, par le Saint Synode Russe Hors Frontières. Signalons une d’autre version de l’ancien rite des Gaules, tout autant légitime que celles du Père Guetté et du Père Eugrtaph, due à l’archimandrite Alexis van der Mensbrugghe, approuvée par le patriarcat de Moscou et qui fut publiée en 1962 par Jean Balson, et que célébra une ou deux fois le Métropolite Antoine de Souroj lorsqu’il avait une juridiction sur la France.
    Ce n’est donc pas le sérieux ou le non sérieux de ces restaurations qu’il convient d’examiner.  Personnellement j’ai trouvé de multiples erreurs théologiques non pas il est vrai dans la « liturgie de Saint Germain de Paris » la seule véritablement étudiée par le patriarcat de Moscou lorsqu’il accorda au Père Eugraph son grade de docteur Honoris Causa en théologie pour son travail sur le « Canon eucharistique de la liturgie de l’Ancien rite des Gaulles». Plus tard le Synode du patriarcat de Roumanie sous la direction du célèbre prêtre professeur Branist examinera lui aussi la « Liturgie de saint Germain », et ils la trouveront Orthodoxe ce qu’elle est d’ailleurs. Mais ici l’arbre cachait une véritable jungle,  constituée  de la partie variable immense du  « propre » du « Rite des Gaules », liée aux Fêtes Majeurs et aux textes du  sanctoral, du Carême, de l’Avent etc… dont une  partie trop importante ne devaient rien, comme nous allons le découvrir,  à l’Orthodoxie.
    En réalité on ne disposait pas à part la structure de l’ancienne liturgie de saint Germain de textes provenant d’elles, mais de messes attribuées au diacre Alcuin abbé du Monastère de Saint Martin à Tour,  le collaborateur intime de Charlemagnes et sa plume ecclésiale, qui fut en charge d’adapter pour le royaume Carolingien  la messe romaine en lui conservant des spécificités locales tant dans les forme de certains offices que dans leur contenu dogmatique. Ce qu’ignoraient les membres de cette communauté, pour qui, sommairement, tout ce qui en Occident est situé avant la date fatidique du schisme de 1054, était forcément Orthodoxe,  c’est le contenu profondément hétérodoxe de la théologie Franco-Carolingienne. Nous y reviendrons. En réalité la plus part des textes de la partie variable du « Rite des Gaules »  étaient empruntés à « L’année liturgique » du célèbre Don Guéranger comme j’ai pu le vérifié ; c’est-à-dire à une théologie Catholique Romaine médiévale et  post médiévale. Mais d’autres erreurs tout aussi importantes s’étaient incérées, dues à l’entourage peu instruit du Père Eugraph  et à la connaissance imparfaite  de la langue française de ce dernier. Parfois même des textes Orthodoxes étaient détournées de leur signification originale au profit de thèses gnostiques.
    Je donne pour illustrer mon propos un seul exemple, mais il en  fourmille une multitude d’autres. La prière que nous disons  dans la Liturgie de Saint Jean Chrysostome lors de l’encensement qui clôture la Prothèse, et que nous renouvelons lorsque les Saints Dons sont déposés sur l’autel et qui se dis lors de certaines prières des heurs au début de la semaine radieuse de Pâque : «  Avec ton corps au Tombeau, avec ton âme en enfer, avec le Bon Larron au Paradis, tu siégeais sur ton trône de gloire avec le Père et l’Esprit Saint remplissant tout Ô Infini. » Cette prière devient dans le rite des Gaules : «  Avec ton corps au tombeau, avec ton âme en Enfer et avec ton esprit au Paradis ».  Ce sont là les racines du  «trichotomisme» de certains de ses membres qui est hétérodoxe, et qui fut fermement et explicitement  condamné par le Saint Synode de l’Église Roumaine en 1976 après un appel du même Père Michel-Philippe Laroche sur cette question. Le synode condamnait dans un document  signé conjointement par le Patriarche Justinien et l’Évêque vicaire patriarcal Antoine de Ploesti, secrétaire du Saint Synode : « le trichotomisme qui n’est pas Orthodoxe ». Le dérapage de certains textes Orthodoxes à l’origine, comme nous le voyons dans cet exemple, qui deviennent ensuite  réinterprétés et surtout réécrits différemment, sont une source importante pour de nombreux adeptes du « Rite des Gaules » lorsqu’ils demeurent isolés de l’ensemble de la Typikon et de la fréquentation des autres Orthodoxes, d’un éloignement progressif de la Tradition Orthodoxe, plus subtil qu’une hérésie manifeste, comme dans cet exemple.
     Toutes les communautés qui revendiquent aujourd’hui  la personnalité ecclésiale d’Églises Orthodoxes Locales  de rites  Occidentaux, gallicans ou celtiques, en France, sous différentes appellation,  sont issues, pour la plus part d’entres elles, de l’œuvre de Monseigneur Jean Kovalevsky où s’en inspirent ouvertement, et  de schismes avec la communauté initiale.
     L’idée qui prédomine, chez elles,  c’est que l’on peut être Orthodoxe en-dehors d’une pratique liturgique réellement Orthodoxe, à condition toute fois de lire des ouvrages Orthodoxe.  Pour eux il est possible, du moment qu’ils étaient orthodoxes lorsqu’ils ont été abandonnés, de célébrer des liturgies et des rites interrompus durant mille trois cents ans, c’est-à-dire qui n’ont pas été enrichis par les différents éclairages qu’ont apporté dans les textes liturgiques  les Pères de l’Église sur la théologie dogmatique de l’Église Orthodoxe, comme par exemple celle de la Lumière incréée Thaborique et des énergies incréées, questions qui n’était pas encore abordée à l’époque Carolingienne où disparaissent le rite des Gaules et les liturgies gallicanes.   
    Ce qu’ignorent en général ces communautés, c’est que le contenu hautement patristique de l’ensemble des textes liturgiques de notre Sainte Église Orthodoxe, qui font référence à la Philocalie, à la métanoïa, à la Théologie des énergie incréée dont nous parlions il y a un instant, s’est forgé durant deux  milles ans de tradition ininterrompue, et qu’il constitue le Consensus Ecclésia de la Foi Orthodoxe.  Il est certes possible voir souhaitable de célébrer pour des français, une liturgie qui fut la leur il y a plus de mille ans, mais sans séparer l’arbre de la Forêt dans laquelle il est planté : la forêt est constitué des milliers de textes  dans le contexte que sont les offices qui entourent nos liturgies (les grand chênes),   le Triode de Carême, le Pentecostère, la Paraclétique, les milliers de textes des offices du Ménologe, des centaines d’acathistes aux fondements philocaliques entièrement axés sur l’invocation du Nom de Jésus et à la Mère de Dieu, comme les différends « Canons au Christ  Très doux » qui préparent à la communion Eucharistique.  Tous ces textes sont répétons-le, imbibés des écrits dogmatiques des saint Pères de l’Églises, des éclaircissements apportés par les Saint Pères des  Sept Conciles œcuméniques et les trois Conciles de Constantinople de juin et août 1341, et de février 1347 sur la Théologie des énergies incréées .
    Ce qui a contribué à  isoler certaines de ces communautés  puis à les  écarter de l’esprit de l’Orthodoxie et progressivement de sa communion, c’est précisément la non connaissance, ou plutôt la non immersion, dans ses offices qui ne sont ni orientaux ni occidentaux (selon la classification idéologiques faite  par les membres de ces communautés),  mais tout simplement Orthodoxes.
    Saint Grégoire Palamas et ses disciples avec profondeur et lenteur sur une période de plus de cent ans ont écrit les textes du Triode qui sont inscrit dans  le « Canon des 9  Odes » de l’Orthros  du  Deuxième Dimanche de Carême qui consacrent la théologie des énergie incréée. C’est également  sur une très longue période que fut rédigé à l’initiative du patriarche de Constantinople Tarasios à la suite du septième Concile œcuménique de Nicée II  (787) un exposé dans le « Canon des 9 Odes » de la foi iconophile et qui fut complété par le patriarche Méthodios qui rédigea à l’occasion de la Seconde Restauration du Culte des Icône en 844, le Synodikon  qui est lu par l’évêque de chaque éparchie dans sa cathédrale,  le Premier Dimanche de Carême pour la Fête du Triomphe de l’Orthodoxie. Comment remplacer en Carême ces textes contenant des points majeurs de la théologie Orthodoxe par des textes  d’où ils sont absents, au prétexte que ces dernier sont occidentaux ?
    Personne ne peut artificiellement restaurer ce que l’Église,  et non une seule personne ni même un groupe de personnes,  a forgé charismatiquement avec la multitude de ses Saints Pères et Hymnographes sur une période de près de deux miles ans.
     C’est l’humilité qui doit présider à tout  travail dans l’Église.
    L’ambigüité de l’approbation par certaines Église Locales Orthodoxes de la pratique d’une liturgie Occidentale et que celles-ci n’ont jamais formellement approuvé l’abandon par ses communauté d’une pratique régulière de la liturgie de Saint Jean Chrysostome et en Carême de Saint Basile, et surtout la non pratique de l’ensemble du Typikon Orthodoxe principal vecteur, avec la liturgie qui lui est associée intimement, de la foi Orthodoxe.
    Nous confessons que l’ensemble du Typikon Orthodoxe qui contient ses liturgies, parmi lesquels bien entendu les liturgie Occidentales véritablement Orthodoxes d’avant le schisme,  et toute la multitude de ses offices, sont consubstantiels à l’Église et que s’en séparer c’est se séparer de l’Église. Seul l’immersion dans tous les offices de l’Église Orthodoxe comme le feu achève de forger la lame de l’épée, forge l’âme du fidèle  comme celle du moine du prêtre ou de l’évêque. La célébration et la participation à l’ensemble du Typikon de l’Église Orthodoxe constitue un second baptême après le baptême dans lequel  quel l’âme véritablement Orthodoxe continue sa catharsis jusqu’à sa naissance au Ciel.
    Le Père Eugraph à une époque très différente de la notre, dans un contexte qui n’existe plus, a pensé que pour atteindre son but parfaitement orthodoxe: l’Église Locale, il était souhaitable que les français trouvent une liturgie dans leur langue. Il avait sur ce premier point parfaitement raison. Et il faut ajouter que personne d’autre que lui, dans aucune Église Orthodoxe présente en France ne partageait ce but. En cela il a été un véritable prophète. Mais Il a été selon  nous trop loin dans deux directions parallèles. La première en étendant le concept d’une liturgie gallicane à celui de l’ensemble d’un Typikon qui avait en grande partie disparu en Occident, et dont les mémoires historiques étaient entachés de la théologie Franco-Carolingienne et de la théologie médiévale post 1054.  Mais Eugraph Kovalevsky  était lui-même formé par les offices Orthodoxes et la pensées des Pères de l’Église qu’il connaissait depuis l’enfance et c’est sans doute pour cela qu’il  n’a pas mesuré que les français venant à l’Orthodoxie n’avaient pas été, immergé comme lui dans la plénitude de la Tradition .  Il a pensé que la fondation d’un institut de théologie compenserait l’absence  de cette immersion que constituent le Ménologe,  Triode et le Pentecostère. C’était et c’est et ce sera toujours et  tout simplement impossible : l’Orthodoxie ne s’apprend pas seulement dans des livres ; elle se respire liturgiquement. Les livres des Saints Pères sont le prolongent des offices et ils sont rédigés sous l’inspiration du Saint Esprit. Les uns conduisent à l’approfondissement des autres.  Les offices, par exemple, que saint Jean Damascène écrit pour le canon des 9 Odes de Pâques sont le prolongement de  son ouvrage sur la Foi Orthodoxe, et on ne peu séparer les deux œuvres : toutes deux nous ramènent à l’unique Liturgie et à l’ensemble des Offices de la Tradition Orthodoxe.
    La seconde qui est une conséquence directe du choix de la seule liturgie Occidentale, sans jamais  avoir incité lui-même à la célébration du Typikon Byzantin, et de la liturgie de Saint Jean Chrysostome,  c’est de ne pas avoir insister sur le fait que l’Orthodoxie locale ne pourrait pas, ne devait pas se faire avec uniquement spécifiquement un diocèse Français ethniquement pure,  si tenté que cela puisse réellement exister. En se séparant par tant d’exceptions, souvent inadmissibles par les autres Églises Orthodoxe locales présentes en France,  il ne rassemblait que des convertis, et les plus anciens étaient constitués des personnes qui resteraient dans sa communauté, mais avec très peux d’orthodoxe de naissance, bien qu’il y en eu en tout petit nombre. Mais le fond de la question demeurait : une véritable ecclésiologie Locale n’est jamais ethnique et en revendiquant l‘Église Locale de la France à travers un unique rite  occidental qui excluait tous les Orthodoxe de naissances, russes, roumains,  macédoniens, serbes, ukrainien, géorgiens, grecs, qui vivent leur foi dans la liturgie de saint Jean Chrysostome, Père Eugraph prenait le risque de ne créer en France qu’une Église ethnique de plus,  et non pas véritablement locale. Il eut fallu mettre en avant la présence de communautés des deux liturgies pour rassembler les Orthodoxes francophones désireux d’édifier une Orthodoxie véritablement locale.
    Ajoutons pour tous ceux qui interpréteront - à tort - notre article comme une attaque en règle  contre une liturgie, voir des liturgies Orthodoxe occidentales, bien que nous ne les célébrons pas nous-mêmes depuis près de quarante ans, mais uniquement celles du Typikon Orthodoxe, nous avons dans notre métropole  un certain nombre de paroisses qui célèbrent la version de la Liturgie selon Saint Germain approuvée par le Saint Synode de l’Église Roumaine dans le cadre des engagements  dont nous sommes l’un de signataires et que pour notre part nous avions toujours respecté. De nombreux français n’ont connu l’Orthodoxie qu’à travers cette liturgie et nous devions donc  les recevoir avec « crainte de Dieu, foi et amour ».  Les Prêtres qui célèbrent dans notre Métropole la liturgie de Saint Germain sont invités par nous à célébrer et à aimer la liturgie de Saint Jean Chrysostome,  à célébrer et à aimer les offices du Triode, du Pentecostère et comme je l’ai fait de très nombreuses années comme jeunes prêtre : lors du Triode de Carême de s’emparer de ces textes accès sur la métanoaï, et les lire chaque jour à mi-voix devant les icône dans leur chapelle et ainsi d’en pénétrer leur âme. Les homélies que font ensuite de tels prêtres sont portées par l’Esprit universel de l’Orthodoxie. On peut critiquer Son Excellence Monseigneur Germain sur des choix qu’il a fait ; mais tout l’épiscopat Orthodoxe en France qui ont eu le privilège de recevoir des prêtre qu’il avait ordonné ont constaté, comme nous,  que c’étaient d’excellents pasteurs d’âmes, et des prêtres véritablement orthodoxes et aimant l’Orthodoxie. 
    Il ne faut jamais opposer à un fanatisme un autre fanatisme. Tel n’est pas l’esprit de cette tentative d’analyse d’une situation qui a conduit des communautés à l’origines en communion avec l’Église Orthodoxe de s’en éloigner.

    L’ecclésiologie et la foi  des communautés se considérant comme « Orthodoxes à vocation locale Française » d’aujourd’hui  et leur organisation.

    La grande question que nous sommes en droit de nous poser : ces communautés sont-elles Orthodoxes dans toute la profondeur et la plénitude que la Tradition Orthodoxe donne à cette affirmation ?
    Avant de répondre à cette question il faut recenser qu’elles sont ces communautés et ensuite examiner éventuellement leur déclaration de Foi et la réalité de leur pratique.
    Il n’est pas inutile d’ajouter en préambule que des anathèmes ont été injustement prononcer tout au long de son histoire entre des Église sœurs Orthodoxes qui ont abouti pour de très longues période à l’absurde de la non reconnaissance des sacrement et de l’Orthodoxie de l’une ou de l’autre et ce jusqu’à une époque ressente , comme par exemple entre le Saint synode Russe Hors Frontière et la patriarcat de Moscou et il y a cent ans entre le patriarcat de Constantinople, et l’Église Bulgare, l‘Église Serbe … etc. Il n’y a rien de comparable entre situations des communauté Occidentales dont nous parlons, et les schismes tous  à facteur géopolitiques, qui existent encore aujourd’hui au sein même de l’Église Orthodoxe :  l’Archevêché Autocéphale Orthodoxe de Macédoine en face au Patriarcat de Serbie qui refusent de reconnaitre l’ancienne Église Locale Macédonienne ;  les deux Métropoles Autonomes Roumaines de Moldavie l’une dépendant de l’Église Roumaine et l’autre de l’Église Russe ;  le Patriarcat Orthodoxe de Kiev face à  la Métropole Ukrainienne russe  du patriarcat de Moscou, etc…  Ces schismes, aussi malheureux qu’ils soient, sont cependant internes à une même Église, dans une même Foi  Orthodoxe confessée, avec une même succession apostolique qui provient de la seule Église Orthodoxe,   et dans une même Tradition liturgique.
    L’exclusion en 1993 de l’ECOF du patriarcat de Roumanie est d’une toute autre nature ;  et non pas comme il a été souvent dit avec inexactitude, de la déposition de son évêque. Monseigneur Germain n’a jamais été convoqué par le Saint Synode pour y être jugé canoniquement et éventuellement déposé, et de ce fait selon le droit canon et les règles des conciles œcuméniques, il n’a donc formellement jamais été déposé.  C’est son diocèse et lui-même qui ont été exclu de la communion de leur Église Mère. Ce schisme n’a en effet rien de comparable avec les exemple sus mentionnés :  L’ECOF n’avait pas les mêmes pratiques liturgiques que les autres Église Orthodoxe et cherchaient même idéologiquement à s’en démarquer. De ce seul fait, l’ECOF était considérée avec beaucoup de méfiance vis-à-vis d’une Orthodoxie traditionnelle qui ne se reconnaissait pas, ni dans son calendrier liturgique purement Romain datant de Vatican I, ni dans la date de Pâques célébrée avec les Romain et non avec les Orthodoxes ; usages malheureusement adoptés par le Père Eugraph  Kovalevsky, lorsque toujours pour des motifs, au départ, pastoraux, ce calendrier existait alors partout en France dans l’Église Catholique. Nous sommes avant la guerre de 39-45, et il n’existait pas encore de calendrier liturgique Orthodoxe en Français. 
    La date de célébration de Pâques de l’ECOF est celle de l’Église de Rome et n’est donc  toujours pas celle de l’Église Orthodoxes, pourtant confirmée par le miracle du feu qui jaillit à travers la voute de la Grotte de la Résurrection à Jérusalem et qui embrase, depuis deux mille ans, le cierge pascal du patriarche Orthodoxe et ceux des fidèles présents ; miracle qui ne se produit qu’à la date de la Pâque Orthodoxe selon l’ancien calendrier Julien, et qui avait bien embarrassé les Croisés et le Royaume Francs de Jérusalem lorsqu’ils furent confronté à ce signe venu du Ciel leur montrant qu’elle était la véritable Église. 
    Ce refus qu’ont aujourd’hui encore toutes ces communautés de rites Occidentaux de célébrer Pâques avec l’ensemble de l’Orthodoxie, de communier dans leur foi Orthodoxe commune la même nuit dans la Lumière et la Joie du Christ Ressuscité, au-delà des frontières canoniques de juridictions qui peuvent ne pas être en communion. Nous regrettons qu’ils s’obstinent à ne pas  justement s’emparer de la date de Pâques Orthodoxe désignée par ce feu miraculeux, œuvre du Saint Esprit, pour affirmer qu’ils sont en communion avec toute l’Orthodoxie. (3)
    Ajouter à  tous les autre éléments que nous avons brièvement examiné dans notre article, il était et il sera toujours extrêmement difficile à des Église Orthodoxes Locales de regarder comme réellement Orthodoxe une communauté, des communautés,  qui se différencient  aussi manifestement de l’ensemble de la sobornost,  des Église Orthodoxe Sœurs. La question du calendrier  Catholique Romain d’avant Vatican II adopté par plusieurs de ces communautés se pose encore car les motifs pédagogiques qui avaient inspiré le Père Eugraph ont depuis longtemps disparus. Le principal motif  étant, comme nous l’avons déjà souligné, que ce calendrier était à cette époque celui de l’Église Catholique permettant, dans l’esprit du Père Eugraph, au Français désirant entrer dans la communion de l’Église Orthodoxe d’y retrouver les mêmes lectures bibliques. Est-ce une fidélité post mortem à Monseigneur Jean ? De nombreux français qui sont attachés à ce calendrier pensent sincèrement qu’il est le reflet du calendrier gallican qu’Alcuin aurait cherché a sauvé lorsque Charlemagnes lui avait demandé d’organiser l’unification de la liturgie dans son Royaume en s’inspirant du rite Romain (Charlemagnes n’avait pas été couronné empereur à Rome en 800 au moment de cette réforme liturgique). Pour ceux, qui comme nous avons étudié de très près cette question, la réforme liturgique d’Alcuin n’a pas consisté à prendre tel qu’il était le rite Romain, mais de s’en inspirer, en préservant des usages que n’avaient jamais adopté l’Église de Rome comme par exemple celui de chanter le Credo, avec,  soulignons le ici,  la théologie Carolingienne du « Filoque procedit » pourtant absente de la Théologie Romaine.
    Alcuin qui a inspiré le  Concile de Francfort en 794 comme conseiller de Charlemagne qui le présida, et qui est surtout l’un des  auteurs  des Libri Carolini (Livres Carolins), concile et ouvrages  dans lesquels s’affirment une théologie hétérodoxe différente, tant de celle du pape qui s’en tient au Credo Orthodoxe de Nicée - Constantinople, que de celle de l’Église Byzantine Orthodoxe.  Alcuin avec Charlemagne et l’ensemble de l’épiscopat Carolingien professent clairement dans les Livres Carolins et différends Conciles Carolingiens clairement pour le « Filoque procedi », et cela depuis le Concile Wisigoth Catholique de 589 qui le proclama pour la première fois, en passant par le Concile Carolingien de Gentilly en 767 qui se prononçait en faveur de cette nouvelle doctrine trinitaire hétérodoxe, le capitulaire (Admonitio Généralis) de 789,  du concile de Francfort en 794  dont nous venons de parler, comme dans tous les Conciles qui suivront après de couronnement impériale de Charlemagne (800). Dans les Livres Carolins, comme dans un article de l’ Admonitio Généralis  nommé Capitilare de imaginibus, étaient affirmés avec le rejet du Septième Concile Œcuménique de Nicée II,  la doctrine de l’Iconoclasme Moyen que prônera le futur empereur Byzantin Léon V (814-820), doctrine  qui s’oppose à la vénération des saintes images,  ne leur réservant qu’un rôle strictement pédagogique et en refusant donc ouvertement le Concile œcuménique de Nicée II (787). 
    Si cette condamnation du  Concile Œcuménique de Nicéee II   était venue d’une mauvaise traduction, dans laquelle le mot « vénération » avait été traduit par « adoration, » il n’en demeurait pas moins qu’explicitement la « vénération des images » étaient rejetée par les Livres Carolins comme par les conciles Carolingiens et que seules  leur acceptation dans les églises comme illustration pédagogique était tolérée, ce qui est l’exact définition de l’hérésie du Second Iconoclasme « l’iconoclasme moyen »  promulguée par l’empereur de Constantinople Léon V. Ajoutons que la réforme de la liturgie et son modèle romain avait été commencées sous le roi  Pépin comme le souligne Charlemagne dans  l’article ou canon  80 de son Admonitio Généralis.
    Pour les Orthodoxes prendre comme  référence Alcuin dans le rôle de gardien des textes orthodoxes empruntés aux liturgies gallicanes qu’il connaissait - ce qui est vrai -  et  qu’il aurait pieusement conservé et introduit dans la nouvelle liturgie néo-romaine que lui demandait le monarque Carolingien - ce qui est partiellement exacte -, comme je l’ai entendu enseigné à l’Institut Saint Denys, constitue pourtant sur le fond   une  absurdité théologique de la part d’un personnage totalement hétérodoxe du point de vu de la Tradition Orthodoxe. Si Alcuin a sans doute conservé des textes appartenant à l’ancienne liturgie gallicane, comme en témoigne son lectionnaire que nous avons dans notre Bibliothèque,  Alcuin ne peut être le garant de leur parfaite orthodoxie. De la même manière nous ne ferions pas confiance à Nestorius, pourtant un expert de la liturgie Byzantine qu’il connaissaient parfaitement, dans des travaux sur le Typikon quand à leur contenu Orthodoxe. Les Églises Nestoriennes qui ont continué d’exister avec un véritable esprit missionnaire célèbrent, elles aussi, une liturgie ancienne qui doit beaucoup au grand hérésiarque et qui s’est arrêtée dans le temps, comme le rite des Gaules, avec des textes parsemés des hérésies que professait Nestorius. 
    Pour les membres de ces communautés tous les saint français avant 1054, sont des saints Orthodoxes, alors que de très nombreux « saints » canonisés étaient des évêques Carolingiens qui confessaient le « Filoque » et rejetaient avec Alcuin et d’autres personnages d’envergures  plus tardifs, comme Hincmar  de Reims, le Septième Concile Œcuménique.  Il faut souligner ici le travail qui demeure jusqu’à aujourd’hui,  qu’a accompli pour l’Église Orthodoxe de France Monseigneur jean Kovalevsky en faisant découvrir aux Orthodoxes qui ne les connaissaient pas les saints Orthodoxes français, germaniques, bretons, celtiques, etc. Mais lorsqu’aujourd’hui nous ouvrons le « Calendrier de la Fraternité Orthodoxe » inspiré du travaille  poursuivi par les disciples du Père Eugraph dans l’ECOF, il est parsemé de « saints » qui étaient des iconoclastes moyens et qui confessaient le « Filoque procedit ».  Il suffit pour s’en convaincre de constater  qu’une centaine de saints de l’époque carolingienne est présente  dans  ce  calendrier.
    J’ai comparé il y a de nombreuses années  le lectionnaire de Luxeuil qui lui est réellement un lectionnaire Gallican avec lectionnaire de Vatican I en usage dans l’ECOF : aucune leçon commune des Évangile ou Épitres, ni  pour les dimanches ni concernant les fêtes ni concernant le  sanctoral qui est différent du Byzantin, ne relient ces deux lectionnaires. En revanche le lectionnaire Byzantin en usage depuis des siècles à Constantinople possède de nombreuses leçons communes avec Luxeuil. Si dans  réel soucis de formater leur pratique liturgique sur celle de l’antique Église des Gaules, les dirigeants de ses communautés avaient eu le désir sincère de prendre cette direction sans avoir à réécrire un nouveau Typikon, il suffisait simplement de retourner au très ancien Ménologe Byzantin pour se rapprocher en Esprit et en Vérité de celui de leur rite disparu. Mais redisons-le , le fond du problème c’est que ces communautés, dont on ne peut mettre en doute la sincérité dans leur désir d’appartenir à l’Église Orthodoxe et qui se proclament comme telle, vivent liturgiquement  avec des textes qui ne sont pas toujours Orthodoxe. Elles ne sont pas immergés dans le Typikon Byzantin qui, répétons-le,  baptise, même des croyants  illettrés, dans  le contenu de la Foi Orthodoxe.

    Le risque de s'isoler c'est de se séparer de la Tradition Orthodoxe.

    Cet article n’a pas comme but de critiquer pour  les désigner comme des sectes, mais de leur montrer que la dérive sectaire, l’isolement dans le quel sont tombés certaines de ces  communautés qui les conduisent à par exemple comme je l’ai lu sur l’un de leur Blog «  La Communion des Églises Orthodoxes Occidentales (4) confesse la foi primitive des trois premiers conciles œcuméniques reconnus par l'ensemble des Chrétiens et reçoit les déclarations dogmatiques des quatre grands conciles ultérieurs, sans pour autant en accepter certains anathèmes et canons porteurs d'exclusions, de séparations et de divisions. Elle adhère pleinement aux accords doctrinaux issus du dialogue œcuménique actuel entre les Églises Orthodoxes et les autres confessions chrétiennes. » (5)
    Il est évident qu’aucune Église Orthodoxe n’acceptera une telle « déclaration de foi » dans laquelle sont mis en doute les Saint Canons Œcuméniques qui constituent la base ecclésiologique de notre Église  et qui aux yeux des Saint Pères qui les ont rédigé sous l’inspiration du Saint Esprit étaient revêtu d’une importance presque aussi grande que les définitions dogmatiques qui les accompagnaient. Cette affirmation dogmatique -à laquelle est étrangère l’ECOF- , démontre cependant un lent mais réel processus inconscient  qui depuis le commencement de cette grande aventure spirituelle conduits ses différents adeptes  à considérer que l’on peut prendre et laisser des éléments dans le patrimoine Orthodoxe, prendre par exemple  tel  aspect de sa liturgie et en rejeter les autres, prendre tel aspect ou élément de sa Tradition et en laisser  tous les autres, prendre tels conciles et ou canons et en rejeter tous  les autres comme dans l’exemple malheureux que nous venons de citer.
    Mais chaque partie de la Tradition Orthodoxe est consubstantielle à l’unique Église Orthodoxe qui est le Corps du Christ. Le Christ ne peut-être divisé. Nos Saints Pères ont toujours affirmés que celui qui rejette une seule partie de l‘Unique Tradition de l’Église c’est toute l’Église qu’il rejette. Et Pour une déclaration  de « Foi Orthodoxe » faites par l’ensemble de l’épiscopat de cette fédération d‘Eglise Française, l’absence d’une référence aux Conciles de Constantinople  de 1341 et 1347 sur les énergies incréée est significative d’un enferment dans la période qui recouvre les trois premier concile Œcuméniques les seuls qu’ils reconnaissent complètement avec tous leurs canons. La tentation de la dérive sectaire commence là ou une communauté s’éloigne de  ce que confesse où de ce que rejette l’ensemble de l’Église Orthodoxe.


     Nous sommes tous responsables de l’isolement des ses communautés.

    Mais cela nous renforce dans l’idée que de telles dérives  qui conduisent à  un sectarisme  ne sont pas de la seule responsabilité de ceux qui s’y sont engagés aujourd’hui.  Les Orthodoxes  en près de soixante dix ans de présence sur le sol de la France n’ont pas su s’organiser selon le 34 ème canon apostolique, en donnant leur place juste aux français qui avec d’autres orthodoxes d’origines étrangères, désiraient légitimement vivre une Orthodoxie locale. L’obsession, la priorité première des différentes juridiction  présentes aujourd’hui en France a été de rassembler leur ressortissants, pour la plus part devenus des citoyens français, dans leur Église Mères d’origines.  Aucune réelle place n’a été envisagé pour une Orthodoxie véritablement locale, et l’expérience malheureuse de l’ECOF a achevé  de décourager les rares Églises qui comme le Patriarcat de Moscou, le   Synode Russe Hors frontière et le Patriarcat de Roumanie s’y sont essayés.  Si en France, il existait aujourd’hui une seule Église orthodoxe véritablement locale, l’argument principal de ces communautés disparaitrait.  La transgression permanente des saints canons à contenu œcuménique et ecclésiologique,  cités au début de notre article,  qui aurait pu se justifier  comme situation provisoire,  si une volonté réelle  existait de fonder  une véritable Église Orthodoxe locale en France, nous fait songer à la Parole éternelle du Christ le Chef de l’Église : « Rendez un  arbre mauvais, il donnera de mauvais fruits. » (Mt XII, 14) Nous ne parlons pas ici des déclarations sporadiques de l’épiscopat orthodoxe en France affirmant son  désir de parvenir à une Orthodoxie Locale, contre toute vraisemblance dans des actes tissés des imbroglios géopolitiques dans lesquels les intérêts des gouvernements de chacune de ces Église Locale des pays de l’Est se confondent historiquement avec ceux de l’Église avec un grand E.  Ne nous exonérons pas de notre responsabilité vis-à-vis de ces communautés Orthodoxes  françaises héritières d’une longue histoire  faite  de quiproquo et d’espérances brisées. Ces communautés, et cela nous sera reproché lors du « terrible Jugement » sont les fruits de notre incapacité en presque cent ans à faire passer l’Église universelle avant les intérêts particuliers et incontestablement politiques des Églises nationales étrangères au sol de la France.
     Mais bien nous ne puissions pas, par manque de foi et d’espérance,  soulever cette montagne d’intérêts si étrangers à la véritable Église Orthodoxe, qui paralysie la plupart des Églises Locales présentes en France, il nous reste l’exercice de l’amour.  Il ne faut pas laisser dans l’isolement ces communautés au prétexte qu’à nos yeux elles ne sont pas parfaitement orthodoxes, (à demis morte). Ne passons plus à côté d’elle comme le prêtre et le lévite qui laissent sur le côté de la route cet homme à demis mort. Prenons-le, prenons-les sur la monture que nous a donnée le Bon Samaritain (Lc X, 29-37) et conduisons-les dans la Bonne Auberge de l’Ecclésia. Engageons des discussions positives avec leurs évêques en laissant de côté la question de la validité ou de la non validité de leur succession apostoliques.  Tous ces problèmes se résoudront facilement si ces communautés sont sincères - et elles le sont - et que nous aussi nous ayons à cœur de les conduire dans  la plénitude de l’ Église Orthodoxe.

    Avec la Croix du Christ, suivons le Christ.

    Ce texte on l’aura compris, n’est pas un simple article, il est une sorte  de retour en arrière sur les choix de ma vie comme prêtre, puis comme évêque, que je réalise dans ce texte, comme un bilan, une explication que je dois en tout premier lieux aux  prêtres, diacres, sous diacres,  les moines les moniales qui m’entourent,  à tous ceux qui ont hier et avant hier croisé ma vie comme j’ai croisé la leur. Avec ce mot Croix présent dans « Croiser » qui  souligne que c’est toujours avec la Croix du Christ en synergie avec la Croix qu’il nous demandé d’assumer pour suivre le Christ que se font dans l’Ecclésia toutes les véritables  rencontres.
    Bien que j’ai pris depuis longtemps, quarante ans,   de très grandes distances, pour des motif sérieux que j’ai tenté d’expliquer dans cet écrit, avec l’œuvre - que certains nomment l’héritage - du Père Eugraph, je revendique d’être l’un des fils spirituel de Monseigneur Jean Kovalevsky qui a déposé en moi les graines de la Foi Orthodoxe, et de la conscience de l’Église Locale ;  mais de la même manière que je revendique tout autant d’avoir eu comme Pères spirituels après la naissance au Ciel de Wladika Jean, le saint Archevêque Téofil Ionescu qui m’initia en premier, jusqu’à sa dormition, aux trésors spirituels de la vie monastique roumaine ; et ensuite celui qui a semé en moi la prière du Nom de Jésus, le  grand Starets roumain Père Béndict Ghius ; sans oublier le Père Cléopas et le Père Pétronios qui bien qu’il ne furent pas mes Pères spirituels, m’ont transmis dans mon cœur la prière Eucharistique du Nom de Jésus.
    L’Orthodoxie ne s’est jamais transmise à travers un seul « Père » et lorsque ce fut le cas, il y a toujours eu des hérésies, du nom de leur fondateur : Arius pour l’hérésie Arienne, Nestorius pour l’hérésie Nestorienne etc… Le danger de rencontrer une personnalité hors norme, incontestablement orthodoxe mais qui a œuvré dans un milieu qui n’était  pas issus de la Tradition Orthodoxe et qui l’ignorait, c’est que son héritage, s’il n’est pas aussitôt réintroduit et confronté à la sainte mesure de l’étalon de la  Sainte  Tradition avec les corrections nécessaires, ne finisse par entrainer tous  ceux qui le suivent à s’éloigner de plus en plus de l’Église. 
    Saint Vincent de Lérins dans son Commonitorium  nous explique comment nous fier au Pères de l’Église susceptibles d’erreur comme n’importe quel homme : « Il faut les croire selon la règle suivante : Ceux qu’ils ont enseigné à l’unanimité ou dans leur majorité, clairement, d’un commun accord, fréquemment, avec insistance - tel un concile de théologiens unanimes - ce qu’ils nous ont transmis, après l’avoir reçu de la Tradition, et avoir eux-mêmes conservés, cela doit être tenu pour indubitable, certains et vrais. Au contraire, tout ce que quelqu’un aura pensé en-dehors de l’opinion général ou même contre elle, quelque saint et savant qu’il fut, fut-il évêque, fut-il confesseur et martyr doit être relégué parmi les opinions personnelles et secrète et privées, dépourvue de l’autorité qui s’attache à un opinion publique et générale. » C’est cette sainte règle qui, selon nous, n’a pas été entièrement appliquée par ceux qui se déclarent comme les disciples ou les héritiers de l’Évêque Jean Kovalevsky. Un jour dans une conversation difficile que j’avais avec des membres du clergé de Monseigneur Germain  l’un d’entre eux me reprochait : « de ne pas suivre Monseigneur Jean » et je lui répondis « Je m’efforce de suivre le Christ que s’est efforcer de suivre Monseigneur Jean. »

    L’Église ne nous enseigne pas de suivre  tel ou tel Père spirituel, ou tel ou tel évêque dans son particularisme, mais à travers leurs saints exemples,  de nous efforcer de suivre le Christ. Et pour cela il n’y a pas de chemin plus sur que d’être fidèle à la Tradition de l’Église. La Tradition Orthodoxe est comme un orchestre : c’est le Christ, l’Icône du Père  (« Qui m’as vu à vu le Père »  Saint Jean) qui est le Chef d’orchestre et l’ensemble des Saint Pères les musiciens et tous suivent, chacun avec son instrument particulier,  sans fausse note, la partition du Saint Esprit. Si d’aventure quelqu’un joue une fausse note, soit il se corrige, soit il est excu en s'excluant lui-même de  l’Orchestre qui est l’Église. Telle est la Tradition ; telle est l’Église.



    +Métropolite Michel Laroche (Patriarcat de Kiev)


    (1) Lire sur ce sujet notre ouvrage « La papauté orthodoxe » Ed. Présence 2004. Ouvrage presqu’épuisé mais que l’on peut  trouver à la Librairie d’Argance-Vachon  84 rue Bonaparte à Paris 75006
    (2) Cette même économie fut de nombreuses fois pratiquées par le patriarcat de Moscou, notamment dans les années 70 avec l’évêque Séraphin de Zurich qui bien que moine vivait avec « sa sœur en Christ » et bienfaitrice ;   il  fut élevé à l’épiscopat dans cette même condition de vie et voyageait dans tous ses déplacements officiels avec elle y compris comme invité du patriarcat. Nous les avons tous les deux bien connu.
    (3) Qu’au moins chaque évêque de leur communion, célèbre dans sa Cathédrale dans l’unité charismatique de l’épiscopat Orthodoxe cette Nuit de la Résurrection, même si par économie il laisse certaines paroisses célébrer à la date du calendrier catholique romain.
    (4) Les trois communauté de rites Occidentaux que  se sont fédérés selon leur propre déclaration en 2006 sont : l’Eglise Orthodoxe Celtique, l’Eglise Orthodoxe Française et l’Eglise Orthodoxe des Gaules. Elles ont, comme les Églises Orthodoxes de l’immigration des diocèses superposés sur le même territoire de la France contrairement aux principes ecclésiologiques qu’elles défendent. Leur vie spirituelle fondée sur l’étude des Pères de l’Église  est sérieuse, avec une forte  vie monastique et selon nos sources pour deux d’entres elles, elles alternent leurs liturgies locales avec la liturgie de Saint Jean Chrysostome et une bonne connaissance du Typikon Byzantin. Seule leur déclaration à propos des cinq derniers Conciles Œcuméniques  est regrettable.
    (5) En réalité la question des canons « porteurs d'exclusions, de séparations et de divisions »  soulevés par ce groupe d’évêques occidentaux a une solution qui est simple : l’étude de la rédaction des canons du Septième Concile Œcuménique nous apprend que  concile qui fut conduit par le patriarche de saint Tarasios, fut celui de l’ « économia » contre le fanatisme de la majorité des moines iconophiles qui ne voulaient pas pardonner aux évêques repentis du premier iconoclasme. L’ensemble des saint canons produits dans le Septième Concile Œcuménique, contrairement à ce que laisse penser cette malheureuse déclaration, donne à l’Église Orthodoxe  tous les moyens d’exercer le principe d’économie qui est le sien. D’autre part, dans chaque patriarcat  ou Église autocéphale, dans chaque éparchie, l’épiscopat a les moyens, sans transgresser un seul saint Canon Œcuménique général ou locale, d’appliquer la sainte économie, sans pour autant rejeter le canon à propos  du quel s’appliquerait cette économie. Et d’une manière générale chaque évêque est dans son éparchie l’unique interprète des Saints Canons.

    Bibliographie sommaire:

    Histoire :

     
    Charlemagne  par Georges Minois   Éd. Perrin
    Charlemagne par Jean Flavier  Éd. Fayard
    Charlemagne par Arthur Kleinclausz  Éd. Tallandier
    Charlemagne et l’Empire Carolingien par Louis Halphen Éd. Albin Michel
    Histoires de Conciles œcuméniques T.4:Nicéee II par Germain Dumiège Éd. De l’Orante
    Histoire de l’Église  T VI l’Epoque Carolingienne par Émile Hamann Éd.  Fliche et Martin 
     

    Liturgie :

    L’ensemble du Typikon Orthodoxe, Liturgie de Saint Jean Chrysostome, Litrugie de Saint Basile, Liturgie des Présanctifiés, Triode de carême, Pentecostère, Ménées, Lectionnaires etc.
    Liturgie de saint Germain de Paris Éd.  CEDD
    Liturgie de saint Germain de Paris par l’archimandrite Alexis van der Mensbrugghe Éd Contact 1962
    Le Canon Eucharistique de l’Ancien rite des Gaules par l’archiprêtre Eugraph Kovalessky Éd. Saint Irénée
    Origine du culte chrétien par L. Duchesnes Éd Albert Fontemoine 1909
    Liturgie comparée par A.  Baumstark Éd. Chevetogne
    Le lectionnaire d’Alcuin par Dom. André Wilmart 1937
    Éd. Roma Ephemerides Liturgicae 1937
    Litrurgia Encyclopédie des connaissance liturgiques par R. Aigrain Éd Bloud et Gay 1947
     

    ECOF :

    Archives personnelles sur l’ECOF  dont « Présence Orthodoxe N°19 ; 1972
    et Romania Orthodoxe Church News  N° 2 ; 1972
    Une Église Orthodoxe de rite occidentale : l’Église Catholique Orthodoxe de France. Thèse de doctorat de Alexis Van Bunnen : Université Catholique de Louvain 375 pages.

     

  • Jules Laroche ambassadeur de France sur Wikipédia

    Jules Laroche

    Jules Laroche (Jules Alfred Laroche) est un diplomate et écrivain français né à Paris le 4 novembre 18721 et décédé à Paris en 19612.

    Licencié en droit, il a notamment été en poste en Italie (1898-1913), en Pologne (comme ambassadeur de 1926 à 1935), en Belgique (ambassadeur après Paul Claudel, du 12 mars 1935 à octobre 1937).

    À l'administration centrale du Quai d'Orsay, il avait été notamment sous-directeur d'Europe en 1918, membre des commissions territoriales et président de la commission de la révision des traités de 1919 à la Conférence de la paix. A ce titre il fut l'un des principaux négociateurs du Traité de Versailles. Jules Laroche eut à jouer un rôle déterminant pour que la Transylvanie fût attribuée aux Roumains et non aux Hongrois. Nous le le citons : «Une des questions qui provoquèrent le plus d’opposition de la délégation italienne fut celle de la délimitation de la Transylvanie. Elle voulait laisser à la Hongrie les grandes villes qui se trouvent à l’extrémité occidentale de cette province. Leur existence s’explique par la géographie. La Transylvanie est traversée par des vallées qui descendent des Carpates, et au débouché desquelles seulement ont pu trouver place des agglomérations dont l’importance économique est liée à l’arrière-pays. Les détacher de celui-ci, ç’eût été ruiner la région. J’emportai la décision en faisant valoir qu’en outre, dans ces villes, les Hongrois étaient l’élément immigré, alors que dans les campagnes avoisinantes, les paysans, race peu vagabonde et par conséquent autochtone, étaient Roumains. J’avais été appuyé par les Américains, et surtout par les Britanniques, à qui je devais le rappeler plus tard lors du Partage de la Haute Silésie.» La nation Roumaine et, bien entendu, l’Église Orthodoxe Autocéphale Roumaine moderne n’existeraient pas, telles que nous les connaissons, sans cet accord. Bratianu le chef du gouvernement Roumain ne se présenta à la Conférence de Paris que le 22 février 1919, c’est-à-dire après l’attribution de la Transylvanie à la Roumanie par les Grandes Nations, qui fut confirmée par le traité de paix du Grand Trianon, grâce en partie au travail diplomatique dû à Jules Laroche. Il est vrai que cent mille Roumains avaient acclamé le 1er décembre 1918 à Alba-Iulia, l’union de la Transylvanie avec le reste de la Roumanie, votée le même jour par la Grande Assemblée d’Alba-Iulia. La synergie de l’Église et de l’État fonctionnait toujours, car cette union était soutenue par l’Église Autocéphale Roumaine de Transylvanie, devenue une première fois autocéphale par le Patriarcat de Karlowitz le 24 décembre 1864 -5 janvier 1865 dont le Synode érigeait, alors, une « Métropole Autocéphale de Transylvanie » dont le Siège était alors à Hermannstaad (aujourd'hui Timisoara). Les deux autres Principautés, Moldavie et Valachie qui venaient de s’unir politiquement en un seul état, constituaient désormais les nouvelles frontières de la Roumanie, qui vient depuis le 1er janvier 2007, d’entrer dans l’Union Européenne.( Au Quai d’Orsay avec Briand et Poincaré 1913-1926. Page 73. Jules Laroche Ambassadeur de France Éd. Hachette Paris 1957- Ouvrage couronné par l’Académie Française)- Il faut comprendre que la régle qui avait été instaurée, pour le traité de Versailles était celle-ci : Seule les quatre Grandes Puissances siégeaient et présidaient les commissions qui avaient à régler les questions territoriales et des nouvelles frontières de l’Europe. Les autres nations devaient donc, chacune à leur tour, se présenter devant l’une des commission pour plaider leur dossier. Dans la plupart des cas les décisions étaient ainsi déjà prise avant le plaidoyer du ministre de la nation concernée, comme dans le cas précis de la Roumanie. Jules Laroche fut ensuite directeur à la direction des affaires politiques et commerciales de 1920 à 1925.Et enfin comme il a été mentionné au début de cet article ambassadeur de France en Pologne durant toute la période du maréchal Piłsudski ( 1926-1935) et en Belgique 1935-1937). Il se retira revêtu de la dignité d'Ambassadeur de France. (1935) et élevé à celle de grand officier de la légion d'honneur.

       3 4  

    Jules Laroche publiait des vers sous le nom de Jacques Sermaize5.

    Il est le grand-père du métropolite orthodoxe Monseigneur Michel Laroche, écrivain et théologien , Métropolite de Paris et de toute la France depuis 1998, nommé par Sa Sainteté le patriarche Philarète de Kiev et de toute la Rouss-Ukraine6. ( patriarcat de Kiev).

    Bibliographie [modifier]

    • Jules Laroche, Au Quai d'Orsay avec Briand et Poincaré (1913-1926), Paris, Hachette, 1928 (1e édition) 1957 (réédition) (OCLC 2903469)
    • Jules Laroche, Quinze ans à Rome avec Camille Barrère : 1898-1913, Paris, Plon 1948
    • Jacques Sermaize (Jules Laroche), L'Heure qui passe, Grenoble, Librairie dauphinoise H. Falque & Félix Perrin, 1910
    • Jacques Sermaize (Jules Laroche), La Voie sacrée : Poèmes de Rome et d'Italie, Paris, Bernard Grasset, 1913
    • Jules Laroche, Une occasion perdue : la Question des zones franchesRevue d'histoire diplomatique, 1955
    • Jules Laroche, La Pologne de Piłsudski : Souvenirs d'une ambassade, 1926-1935, Paris, Flammarion1953
      • traduit en polonais par Stanisław Zabiełło : Polska lat 1926-1935 Wspomnienia ambasadora francuskiego, PAX, 1966
    • Jules Laroche, Comment fut négocié le traité franco-monégasque du 17 juillet 1918, Paris, Éditions Auguste Pedone, 1955

    Références [modifier]

  • Le grain de sel !

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    Écrivez avec nous la suite de cet article… et restez le Sel.

    Devant l’intérêt très  important suscité par la seconde partie de notre article « Les âmes mortes de la diaspora russe de France»  nous avons pensé qu’il  serait judicieux  d’ouvrir une  boite de dialogue intitulée :« Le grain de sel! »   dont le but serait précisément de répondre aux questions nombreuses que se posent les Orthodoxes d’aujourd’hui sur le malaise général que traverse l’Église Orthodoxe qui entretient  depuis bientôt trois cents ans  des situations d’Églises locale en schismes chroniques dont les plus récents sont ceux qui traversent l’Église Russe,  l’Église d’Ukraine, l’Église de Macédoine, l’Église de Grèce, l’Église d’Amérique, l’Église de Moldavie, l’Église de Transnistrie, l’Église de Roumanie,  l’Église Bulgare, l’Église Serbe, l’Église du japon …

    Souvenons-nous que toutes les Église Locales Orthodoxes  de l’ancien Empire Ottoman (Églises Bulgare, Serbes, Roumaines et Grecque),  ont traversées à la fin du XIXème et au début du XXème siècle,  comme aujourd’hui  le patriarcat d’Ukraine, l’Église de Macédoine,  l’Église de Moldavie (Roumaine) pour ne citer que celles-là, de longues périodes de schismes, leurs sacrements n’étant pas reconnu par Constantinople !  (Lire notre ouvrage sur ce sujet : « la papauté orthodoxe ». Éd. Présence. Paris 2004)

    Pourquoi l’Église Orthodoxe se révèle-t-elle également  incapable de réunir un concile œcuménique (panorthodoxe) pourtant la seule institution charismatique qui pourrait résoudre tous ces schismes, et par exemple également,  la question de la primauté dans l’Église, qui empoisonne aujourd’hui les relations entre les patriarcats de Moscou et Constantinople ?

    D’autres questions, tant de cet ordre que d’ordres spirituels, canonique, ecclésiologique, théologique, pastorale,  auxquels nous ne pensons pas, et que des croyants où de modestes prêtres orthodoxes sur le terrain de leur vie paroissiale se posent, posent à leurs prêtres, ou à leurs évêques, sans en recevoir d’explications satisfaisantes,  pourront recevoir, dans cette nouvelle  rubrique,  une tentative d’éclaircissement.

    Cette rubrique leur est donc ouverte.

    Les réponses aux  questions le plus souvent posées seront donc rassemblées thématiquement sous forme d’article (un article par mois) et vos interrogations résumées  dans le chapeau de l’article. Dans les notes de l’article nous mentionnerons vos « pseudos » où si vous nous y autorisez, votre nom.

    De nombreux  forums orthodoxes existent pour ceux qui souhaitent publier leur point de vue. Ce blog n’a donc pas cette fonction. Nous le redisons ici, la vocation de cette rubrique, comme de notre blog,  est de donner notre éclairage, pour ceux que cela intéressent, sur des situations troublantes qui existent dans l’Église Orthodoxe, de devenir la voix de ceux qui ne parviennent pas à faire entendre leurs cris de désespoir, et de donner simplement des  réponses pastorales  puisées dans la pure Tradition Orthodoxe dont sont témoins les Pères de l’Église et les Pères du désert.

    Le Samaritain : un schismatique !

    Cependant je veux maintenant répondre à une question qui m’a été posée  une dizaine de fois sur mon autre Blog (qui ne publie  aucun article)  le seul, jusqu’à aujourd’hui, ouvert aux courriels : «  Pourquoi êtes vous intervenu dans cette crise que traverse l’archevêché Russe du patriarcat Œcuménique alors que vous êtes un  métropolite du patriarcat de Kiev qui est une Église Orthodoxe schismatique ? »  

    Dans la parabole du Bon Samaritain chacun sait que le Samaritain qui se charge sur sa monture du blessé à demi-mort, laissé sur le bord de la route, était un  schismatique. Des évêques canoniques, apparemment, lorsqu’ils étaient passés à côté de ce blessé avaient feint de ne pas le voir et avaient  changé de trottoir. C’est donc effectivement un Samaritain, un évêque d’une Église schismatique (il y en a tant dans l’Église Orthodoxe), qui s’est trouvé avec une parole libre pour « proclamer la parole de Vérité »  et s’est penché sur cet agonisant en le confiant à la conscience de toute l’Église, et à celle de l’AEOF : l’Aubergiste.

     

    Maintenant la parole est à l’Aubergiste. Car la conscience de l’Église c’est vous tous : Restez le Sel !

     

    « Vous êtes le sel de la Terre, mais si le sel vient à s’affadir avec quoi va-t-on le saler ? » (Mt V, 13)

     

    Avec amour en Christ.

     

    + Métropolite Michel Laroche

     

     

     

     

     

  • La problématique de l’Orthodoxie russe en France. II

     

     Les âmes mortes de la diaspora russe de France (1)

     

     

     

    Cathedrale_Nevski_Paris-.jpgLes véritables motifs géopolitiques de la guerre ecclésiologique entre Moscou et Constantinople.

    Il est temps maintenant d’examiner quels sont les enjeux qui expliquent la guerre que se livrent les deux patriarcats de Moscou et de Constantinople. Sur ce Blog nous avons cité la déclaration du nouvel archevêque Monseigneur Hilarion  chargé des relations extérieures du patriarcat de Moscou reprochant au patriarche Bartholomée de vouloir devenir le chef de toute la diaspora orthodoxe tant en Europe que dans le reste du monde. D’autres déclarations, celles-ci provenant du patriarcat Œcuménique) revendiquent sans complexe cette doctrine ecclésiologique.

    Nous avons largement développé tous les aspects géopolitiques dans de nombreux écrits, tant sous la forme d’un ouvrage que d’articles parus dans la revue de géopolitique « Diplomatie » () les données géopolitiques qui expliquent ces deux doctrines antinomiques. Résumons-les. Soit la fondation d’une Église locale de tradition russe sur le territoire de l’Union Européenne, dont nous venons de parler. Soit l’établissement d’une Église multinationale sous l’autorité directe du patriarcat (turc) d’Istanbul dans la perspective  de l’entrée de la Turquie dans l’Union.  Certes en Europe, en dehors de la Grèce,  le patriarcat Œcuménique dispose également de la puissante communauté d’origine hellénique. Mais celle-ci, se souvenant des presque cinq siècles d’occupation ottomane,  demeure très hostile à l’entrée de la Turquie dans l’Union, et ne peut lui rendre les mêmes services que l’archevêché-exarchat  russe (rue Daru) dont les membres n’ont pas, jusqu’à présent, pris position sur cette question pourtant centrale. C’est cette indifférence à la question turque qui rend géopolitiquement important la continuité de la présence de cet archevêché russe comme pivot principal d’une juridiction directe du patriarcat Œcuménique depuis la Turquie dans l’Union Européenne.

    Il est clair, le moins que l’on puisse en dire, que ces deux projets sont concurrents. Pour résumer la situation : le patriarcat œcuménique qui est  situé géographiquement dans un pays musulman,  la Turquie, ne dispose pratiquement plus de croyants dans ce pays. Il lui faut donc, s’il veut survivre, disposer d’un peuple orthodoxe dans l’Union Européenne, pour y créer une entité ecclésiale dont le primat ne serait pas un évêque local (quelque soit sa nationalité et son origine) mais obligatoirement le patriarche  Bartholomée et ses successeurs. C’est l’unique raison qui pousse le patriarche de Constantinople à s’opposer au retour de l’archevêché russe dans son Église Mère et de maintenir autour de l’ensemble de ce projet une véritable guerre ecclésiologique contre le patriarcat de Moscou.

     

     

     

     

     

    Le patriarche Bartholomée ambassadeur d’une Turquie dans l’Union Européenne. 

    Le patriarche Bartholomée s’est fait l’ambassadeur de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Sa situation en Turquie n’est pas seulement menacée par l’absence d’un peuple qui y justifie sa présence, mais également par l’absence de statut juridique de son Eglise dans les institutions turques.  Les articles 40 et 42 du Traité de Lausanne (1923) fondateurs de la Turquie moderne ne mentionnent absolument pas la présence (pourtant séculaire) du patriarcat Œcuménique. Tout au plus il est fait mention d’une vague protection des autorités turques envers des confessions non-musulmanes et de la possibilité pour celles-ci de disposer d’églises ou d’écoles et d’œuvres charitables, sans aucune précision sur le statut juridique du patriarcat. On comprend que devant ce vide juridique - y compris dans la constitution de l’État turc - qui rend vulnérable le patriarcat  auprès de la République turque la position actuelle du patriarche Bartholomée en faveur de l’entré de la Turquie dans l’Union Européenne. Ce n’est pas qu’il croit à ce qu’il proclame haut et fort dans ses déclarations, à la compatibilité des deux civilisations musulmane et chrétienne  qui coexisterait en paix dans la Turquie moderne (), alors même que chaque année on y déplore des attentats contre le siège du patriarcat. L’adhésion de la Turquie lui apporterait immédiatement un statut reconnu obligatoirement, à travers les institutions européennes, par cet état musulman  qui jusqu’à  aujourd’hui  n’accordait aucune valeur à des traités antérieurs à celui de Lausanne : le statut international du patriarcat de Constantinople est reconnu par l’article 98 du Traité de Paris de 1856  et par l’article 62 du Traité de Berlin de  1878 sont pris en compte par l’Union Européenne. Et si d’aventure la Turquie y faisait son entrée, elle serait tenue de les observer. C’est donc la question de la survie du patriarcat Œcuménique en Turquie qui est ici en cause, et non les passages, qui y sont rattachés,  de paroisses ou de diocèses avec leurs églises dans l’un des deux patriarcats antagonistes.

     

    Racines chrétiennes russes ou racines musulmanes turques pour l’Europe ?

    Examinons maintenant quelle est la vision qui préside au projet de la fondation par le patriarcat de Moscou d’une métropole autonome russe dans l’Union Européenne ?

    Nous avons en partie répondu à cette question en abordant l’aspect de la réconciliation de l’Église Mère Russe avec les trois branches qui sont issues d’elle. Mais avouons, que cette réponse n’est pas entièrement satisfaisante, même si elle contient une grande part de vérité.

    La Russie, durant toute son histoire a toujours regardé vers l’Europe de l’ouest. 80% de sa population vit en Europe. Le président Vladimir Poutine s’est lui-même investi dans cette réconciliation du Synode Russe Hors Frontière, qui possède des paroisses situées dans l’Union Européenne, avec le patriarcat de Moscou en invitant il y a quelques années,  personnellement le métropolite  Laure de bienheureuse mémoire  à se rendre en Russie. Même si la Russie n’est pas aujourd’hui officiellement candidate à intégrer l’Union Européenne, elle a en commun avec celle-ci, une multitude de traités, d’accords  culturels et économiques, et elle lui fournit une grande partie de son énergie. Le facteur que représente  la civilisation chrétienne qui revêt une  très grande importance  pour les dirigeants russes, est encore sous-estimé par le reste de l’Europe qui demeure en regardant la Russie avec de vieux réflexes antibolchéviques. Pourtant la Russie pense que le jour venu, des relations plus étroites que celle d’aujourd’hui avec l’Union se feront sur les bases, non seulement d’un état démocratique,  des échanges culturels et économiques dont nous venons de parler, mais tout autant avec la prise en compte des racines chrétiennes de l’Europe, racines absentes de la culture turque.

     

    Un Vatican orthodoxe ?

    C’est donc cette vision qui préside à la fondation d’une entité ecclésiale de tradition russe dans le cadre de l’Union Européenne.  Ne faisons pas non plus d’angélisme à propos de la vision d’une future entité ecclésiale russe en Europe Occidentale. Il est évident que le patriarcat de Moscou s’oppose depuis longtemps à la conception hyper-centraliste  du patriarche Bartholomée qui veut créer en Europe le pendant orthodoxe du Vatican. Le patriarche Bartholomée envisage en effet dans un avenir plus lointain, une fois réalisé l’entrée de la Turquie dans l’Union, et sa guerre ecclésiologique gagnée contre le patriarcat de Moscou, disposant alors d’une puissante juridiction européenne,  l’internationalisation du statut de la présence du patriarcat à Istanbul. Cette ville deviendrait  alors la capitale internationale  de l’Orthodoxie  jouissant dans l’Union d’une véritable juridiction composée d’européens  d’origine russe qui rendrait invisible la peau de chagrin qui constitue son peuple en Turquie. Cela justifierait également la conception de chef de l’Orthodoxie en dehors des frontières des nations historiquement orthodoxes, selon l’interprétation que le patriarche Bartholomée donne au Canon 28  (451) du Concile Œcuménique de Chalcédoine. Le patriarcat de Moscou s’est toujours opposé à cette conception qui ressemble, selon lui,  comme deux gouttes d’eau  à la papauté romaine.

    Le patriarche Bartholomée, c’est maintenant clair pour tous, s’efforce de se constituer un territoire ecclésial, qu’il n’a pas en Turquie, dans l’espace des pays non majoritairement orthodoxes de l’Union Européenne.

    L’archevêché russe de la rue Daru constitue donc pour lui cette base parfaitement idéale : il est situé au cœur de l’Union Européenne, à Paris capitale de la France. Nous comprenons mieux, maintenant, tous les enjeux géopolitiques dans l’Union Européenne, comme en France, de la migration orthodoxe russe qui est convoitée par un patriarche de nationalité turque. Redisons-le : les croyants sont les victimes de cette politique, indépendamment de leur conviction, qu’ils soient  d’accord ou pas d’accord ; cela se passe très au-dessus de leurs têtes.

     

    Le Patriarcat de Moscou comme moteur du rapprochement de la Russie et de la France par leurs racines chrétiennes communes.

    En conclusion la Russie est européenne, sa migration orthodoxe a certainement dans le cadre d’une Église de tradition russe européenne un rôle immense à tenir pour le rapprochement avec la Russie de toutes les autres nations de l’Union Européenne. Avec sa baisse démographique la Russie aura dans une vingtaine d’année le même poids que la Turquie qui comme l’ensemble des nations musulmanes est  en situation de hausse démographique : autour de cents millions d’individus. Je pense avec beaucoup d’Européens que l’Union aura beaucoup plus de mal à assimiler cent millions de musulmans que presque cent millions de Russes orthodoxes. Cet enjeu capital constitue la toile de fond de la guerre que livre le patriarcat turc défenseur, malgré lui, des valeurs musulmanes de la Turquie, contre le patriarcat de Moscou qui désire rassembler autour de lui, comme contribution active à la nouvelle Europe,  un centre vivant de ses traditions chrétiennes slaves. Un exemple concret de cette politique : le projet de séminaire avec des échanges cultuels, culturels  et spirituels entre la France et la Russie, principalement à travers l’Église Catholique,  mais également  vers des universités,  sur tous les plans, historique, théologique, philosophique, porté en France par le Hiéromoine Alexandre Siniakoff (un proche du nouveau patriarche Kyrill de Moscou), se situe exactement dans cette dynamique positive, ce qui n’a pas échappé aux autorités françaises qui le soutiennent et voudraient le voir réalisé pour l’année de la France-Russie en 2010.

     

    Un rendez vous manqué.

    Enfin,  un signal négatif pour le patriarcat de Constantinople qui a fortement contrarié le patriarche Bartholomée est celui qui lui est parvenu de l’Élysée.  Le patriarche œcuménique a souhaité rencontrer, il y a quelques semaines, le Président Sarkozy afin de lui parler de la cathédrale de Nice. Après un rendez-vous fixé,  l’audience a été décommandée alors que le patriarche était déjà arrivé à Paris. Celui-ci a justifié son déplacement à postériori, par l’inauguration au Petit Palais de l’exposition sur les Trésors du Mont Athos dont il est l’Archevêque, mais ce n’était pas là le véritable but de son voyage. Il désirait faire connaître son sentiment sur la cathédrale de Nice dont il espère qu’elle sera conservée dans son statut de paroisse de l’archevêché russe du patriarcat de Constantinople.   Il a certes  été reçu par le Premier Ministre Français Fillon, qui ne lui a pas permis de s’exprimer sur Nice, puis  par le Ministre de l’Intérieur et des Cultes Michelle Alliot-Marie, mais pas pour une conversation privée sur la cathédrale de Nice avec la ministre, mais en présence de tous les évêques de l’AEOF  devant lesquels il ne pouvait pas exprimer le fond de sa pensée.

    Aujourd’hui la politique française se rapproche de la Russie et, dans la perspective de l’année France-Russie  en  2010,  il ne faudra pas s’attendre, jusque là, à une déception russe sur le dossier de la cathédrale de Nice.

     

    Le « Goulag » Orthodoxe Russe de France .

    L’illustration de ce qu’il ne faut pas faire est, ce qu’il faut bien maintenant nommer, l’ « Affaire du Père Nicolas Ozoline ». Tous les réseaux orthodoxes sur l’Internet ne relatent depuis une dizaine de jours que de cette triste et sombre affaire.  Nous en avons parlé nous-mêmes  du point de vue humain et pastoral dans la première partie de cet article. Nous y revenons maintenant en évoquant son aspect le plus symptomatique qui est malheureusement purement politique.

    Chacun connaît aujourd’hui le véritable motif, l’horrible faute ecclésiale  qu’a faite le Père Nicolas Ozoline :  ne pas avoir su disparaître de lui-même, dès l’instant où son poste était convoité par un favori du monarque. Dans toutes les monarchies,  la compétence n’était que l’un des éléments d’une charge : si vous n’étiez pas un favori du monarque, il ne fallait pas espérer l’obtenir, mais surtout si vous perdiez cette protection, quelqu’un vous faisait comprendre qu’il valait mieux démissionner volontairement de la charge, où dans le meilleur des cas la revendre à la bonne personne. Les soi-disant  fautes canoniques qui lui sont reprochées ne sont que des artifices qui n’ont convaincu personne, pour justifier le proverbe français : « Qui veut noyer son chien dit qu’il a la rage. »

    Pour faire court - nous aurions aussi bien pu écrire « cour », car il est question  d’une véritable « cour byzantine » Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée n’a jamais aimé le Père Nicolas Ozoline. L’archevêque Gabriel a commis l’erreur d’écarter un favori de Sa Sainteté, le Père Job Getcha de son poste de Doyen de l’Institut Saint Serge, pour arbitrairement l’éloigner, car cet excellent théologien lui faisait de l’ombre. Le Père Job qui on le comprend, préféra à la suite de son exil prendre des vacances  sous le  beau soleil de Constantinople.  Il  y rencontre fortuitement  le patriarche et lui demande de pouvoir revenir à Saint Serge…mais entre temps une autre nomination d’un autre excellent théologien le Père Nicolas Cernokrak (qui n’y est pour rien)  à son poste rend son retour impossible, sauf si…la voilà la bonne idée : enfin se débarrasser de l’encombrant Père Nicolas présent à Saint Serge, qui a comme unique et principale défaut de n’être pas un favori  et de ne pas plaire à Sa Sainteté et de le remplacer par le Père Job. Comment parvenir à cette brillante solution ?  Qu’à cela ne tienne ! On va charger de l’exécution des basses œuvre un spécialiste qui a déjà arbitrairement, sans état d’âme, liquidé une foultitude de prêtres, et sans la moindre protestation, sauf symbolique, de la part des autres clercs, tous  mourant de peur que le même sort leur arrive. Il faut savoir que beaucoup de ces prêtres sont des salariés de l’archevêché et ont un logement de fonction : une déposition, la mise à la retraite forcée,  ou un éloignement de leur paroisse les jettent tout simplement à la rue.( 5)

    La place de «Gardien des clefs de la paroisse Saint Serge» devenant miraculeusement libre, avec l’appartement de fonction,  sera donc  occupée par le Père Job Getcha. Ce dernier impatient de prendre son nouveau poste annonce imprudemment à quelques personnes qui se chargent de rependre la « bonne nouvelle » dans tout le microcosme orthodoxe, bien avant que la sanction canonique qui va écarter le pauvre Père Nicolas Osoline ne tombe.

    La lite des noms des prêtres ainsi écartés avant le Père Nicolas Osoline fait froid dans le dos tant elle est aussi longue qu’arbitraire  : père Wladimir Yagello ( Nice) , père Nicolas  Rehbinder (Paris) ; père Emmanuel Bachev (Toulouse) ; père Jaroslav Jowzik (San Remo) ; père Constantin  Moguilewsky ( Sainte Geneviève des Bois) ; père Georges Ashkov (encore une fois : Nice)… d’autres qui ne sont pas cités ici, on pu comme le Père Nicolas Rehbinder, finalement échapper à l’exil, mais c’est très rare.

    L’atmosphère dont nous parlions dans la première partie de cette  série sur l’Orthodoxie russe en France à propos de cet archevêché disqualifie toutes les critiques que ses dirigeants formulent auprès, tant auprès  des autorités de la France, que de ses fidèles, à propos des méthodes musclées qui seraient en pratique dans le patriarcat de Moscou, héritage selon eux d’une éducation soviétique qui n’aurait pas disparu avec le communisme dans l’Église russe. 

    C’est pourtant  au nom de cette doctrine que l’archevêché refuse de revenir dans son Église Mère. Personne ne pense que tout est parfait dans l’Église russe, mais le cynisme et les méthodes  dont font preuves les dirigeants actuels de l’exarchat russe du patriarcat de Constantinople à Paris, pourraient servir de modèle à bien des régimes totalitaires. Nous ne sommes plus aujourd’hui, dans cet archevêché,  dans l’Église du Christ  dans laquelle chacun cherche des réponses spirituelles à ses problèmes, et le réconfort de la grâce par les sacrements reçus, et de conseils spirituels éclairés par son hiérarque ; mais selon certains qui le disent ouvertement : dans un « camp de rééducation » où toute personne qui refusent d’adopter la pensée unique de ses dirigeants est condamnée à la disparition.  De nombreux  orthodoxes l’ont déjà surnommé, non plus l’archevêché Orthodoxe Russe de France, mais  le Goulag Orthodoxe Russe   de France.

    L’Institut Saint Serge, son positionnement à la fois comme institut de théologie russe, mais sous la juridiction de Constantinople et son rayonnement international, bien au-delà du nombre, faible, de ses étudiants, rend toute décision le concernant stratégique. Le projet d’un séminaire du patriarcat de Moscou pourrait, s’il réussissait, à terme jeter de l’ombre sur Saint Serge.  Le patriarche veut placer des hommes à lui pour éviter toute collaboration avec le séminaire russe du patriarcat de Moscou, que souhaitent pourtant, dans un esprit irénique, certains professeurs de l’Institut Saint Serge ainsi que les autorités françaises.  Père Job Getcha en devenant ensuite en remplacement de Monseigneur Michel (souffrant et peu présent dans sa paroisse) le nouveau recteur de la paroisse de l’Institut serait bien placé pour ensuite devenir un évêque auxiliaire imposé  de et à  l’archevêque Gabriel. Résident sur place, son autorité comme évêque coifferait  de facto celle de l’actuel Doyen. Politiquement c’est un plan bien conçu… si l’on oublie qu’il est question ici de l’Église du Christ, et d’êtres de chair et de sang qui souffrent, et dont la présence dans l’archevêché ne poursuit pas  les objectifs de pouvoir humain  de ses dirigeants.

     

    Vers la conscience d’une Orthodoxie locale.

    Au-delà des questions de personnes, qui sont aujourd’hui dépassées, seule une prise de conscience de toute l’Église pourra résoudre ces questions angoissantes. J’ai comme métropolite d’une Église qui n’est pas représentée dans l’AEOF  sans doute une plus grande liberté de parole. Mais je pense qu’il est temps que l’ensemble des évêques de la France s’interrogent sur les événements à répétition qui frappent cruellement, depuis la disparition de l’archevêque Serge de bienheureuse mémoire, l’archevêché russe du patriarcat de Constantinople. L’apôtre Paul écrit que : « Lorsqu’un membre souffre tous les membres souffrent ». Il parle de la conscience de l’Église, de Ce corps  du Christ toujours crucifié par les athées : être athée, ce n’est pas uniquement  ne pas croire en Dieu, c’est de travailler contre Dieu.

    Nous avons évoqués dans la première partie de cet article les âmes mortes (excommuniées) de nombreuses personnes de cet archevêché russe dans lequel l’exception : « dépositions » « mise à la retraite » « excommunication » « exil », est devenue dans une forme de banalisation la règle de vie, ou plutôt la règle de mort, des dirigeants de cette éparchie. L’Église a toujours été traversée dans son histoire entre les deux courants, l’acribie et l’économie ; mais c’est l’économie qui a heureusement  triomphée lors de tous les sept  conciles œcuméniques, en particulier lors du Septième Concile Œcuménique (787) présidé par le patriarche saint Tarasios lorsque les moines  (saint Théodoros, saint Platon, saint Sabba ) voulaient, avant tout, la déposition de tous les évêques qui avaient été iconoclastes. Si saint Tarasios avait écouté cette fraction de l’Église, il n’y aurait eu une implosion   de l’Église Byzantine car tout l’épiscopat était tombé dans l’iconoclasme. La chirotomie épiscopale de Tarasios aurait été invalidée, car il avait été sacré comme patriarche de Constantinople, à la demande de l’impératrice Irène,  par des évêques anciennement iconoclastes.  Sans l’économie du pardon il n’y pas d’Église car tous sont pécheurs. L’Église est en elle-même la source de pardon et de l’économie qu’elle puise dans le mystère de la Croix. Celui qui transforme l’autorité qu’il a reçu de l’Église en machine à châtiments n’est certes pas étranger à la Croix, dans le sens où il représente celui qui y plante les clous et non Celui qui les reçoit dans Sa Chair crucifiée.

    Les autres évêques orthodoxes de la France ont collectivement la responsabilité charismatique et pastorale  d’intervenir, au-delà des  questions de juridiction qui morcellent notre pays, lorsqu’ils entendent les voix des croyants de cette éparchie crier leurs souffrances, leur désarroi et leur désespoir. La conscience de l’Église Locale qu’espère une multitude de croyants orthodoxes en France passera, nous en sommes certains, d’abord par une conscience pastorale commune de l’ensemble des évêques orthodoxes de la France. C’est à eux que revient d’interroger leur frère dans l’épiscopat et de lui demander non seulement des explications, mais également   des remèdes qu’eux-mêmes sont capables de proposer à Wladika Gabriel, en dehors de toute politique et dans une optique uniquement pastorale.

    C’est auprès d’eux que devraient, c’est notre avis, d’abord s’adresser toutes les consciences qui se sont enfin réveillées à propos de l’épreuve que traverse le Père Nicolas Osoline, et avant lui une multitude de prêtres et de simples croyants qui se sont, à leur époque,  sentis abandonnés de tous.  Que ces évêques qui recevront cette pétition  ne s’abritent pas pour ne rien faire, devant le fait qu’il est question d’une autre juridiction canonique que la leur. Le fait est qu’ils partagent devant la conscience de l’Église le même territoire canonique : la France ;  que cette irrégularité canonique et ecclésiologique serve, au moins, à quelques choses. L’Église se transforme en juridictions lorsqu’il n’y est plus question de l’amour du Christ. Retournons à l’amour chrétien et nous reviendrons à l’Église.

    En d’autres termes il est impossible d’édifier les pierres de l’Église sans le ciment de l’amour du Christ. Si l’AEOF ne s’avérait  pas capable d’avoir une action commune de cette nature, elle manifesterait qu’elle n’a non seulement aucune utilité ecclésiale devant le Christ, mais  que son objectif d’être le noyau d’une future, même lointaine, Église locale de la France est, soit  une utopie, soit un mensonge.

    Si l’épiscopat orthodoxe de la France parvient à réaliser cet objectif profondément pastoral, un grand pas sera fait vers une « conscience locale de l’Église », sans laquelle il ne pourra y avoir, pour ceux qui l’espèrent, une Église Orthodoxe locale.

     

    Métropolite Michel Laroche

    Achevé de rédiger le Jeudi de l’Ascension de Notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ 2009

     

    Poste face :

    Hier soir au Vigile de l’Ascension à Saint Serge

     

    Le trouble était palpable.  Le Père Nicolas Osoline présent ne célébrait pas, le célébrant le Père Nicolas « oublie » durant l’office de commémorer l’évêque diocésain : l’archevêque Gabriel,  et ne commémore que le patriarche et l’évêque auxiliaire Michel  absent, (qui canoniquement ne peut être commémoré qu’en sa présence et seulement après la commémoration de l’évêque du lieu). Voila qui mérite une sanction !  Mais à la fin il n’y aura plus de prêtres  pour célébrer,  ni de fidèles pour venir prier,  ni même d’archevêché…

     

     

     

     



    1Nicolas Vassiliévitch Gogol

    « La papauté orthodoxe » Ed. Présence. Paris 2003

    « Moscou-Constantinople : les enjeux ecclésio-géopolitiques-politiques de l’union Européenne » Diplomatie mai-juin 2005 et « Benoit XVI : la nouvelle redistribution des cartes de l’œcuménisme catholique-orthodoxe » Diplomatie septembre –octobre 2005. Et « Nice-Moscou un axe qui fâche ;  Diplomatie mai-juin 2006 »  et « Enjeux Méditerranée N° 4 Février Avril 2007.

     

    « Istanbul est la seule ville dans le monde reliant deux continents entre eux. Nous, qui vivons sur le carrefour entre l‚Orient et l‚Occident, avons prouvé que différentes cultures et croyances religieuses peuvent coexister en paix » a dit le patriarche de Constantinople, parlant le 28 avril 2006 à une session spéciale sur «le dialogue entre les civilisations» du 12ème séminaire  méditerranéen de l'Assemblée parlementaire de l'Otan à Istanbul. «Je crois que l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne diminuera la tension entre l'est et l'ouest. L'intégration de la Turquie à l’Union Européenne apportera des contributions valables à la région entière» a rajouté le patriarche œcuménique.

    4 Des motifs canoniques invoqués, nous en retenons qu’un seul : ne pas avoir célébré les Heures Royales lors du Grand Vendredi sont de la responsabilité du seul Recteur de la paroisse : l’Évêque Michel, et non de celle du « Gardien des Clefs ». Et même dans ce cas les simples paroisses ne sont pas tenues à faire l’ensemble des offices qui ne sont célébrées dans leur totalité que dans les cathédrales et les monastères. Mais dans tous les autres cas le recteur qui est l’unique responsable devant l’évêque. Monseigneur Michel a-t-il formellement demandé au Père Nicolas de célébrer ces Heures Royales et a-t-il  été désobéi ? Monseigneur Michel, si il répond « oui » à cette première question, a-t-il demandé une sanction canonique contre le Père Nicolas à Monseigneur  Gabriel l’évêque diocésain seul habilité à le faire, dans ce cas précis? Ce sont les réponses à ces questions sans réponses aujourd’hui qui éclaireront utilement le débat. Car en cas de réponse négative de la part de Wladika Michel c’est lui, et lui seul qui serait responsable ; et dans le cas improbable de sanctions canoniques prévues pour une telle faute, le seul punissable ! Mais la sanction est déjà toute trouvée : céder sa place  d’évêque au Père Job Getcha. 

     

  • La situation géopolitique et ses conséquences spirituelles de l’Orthodoxie en France

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     ou

    Les espérances brisées des congrès d’Amiens

     

     

    Par le Métropolite Michel Laroche

     

    La problématique de l’Orthodoxie Russe en France. I

     

    Amiens, Amiens, Amiens… les congrès se suivent et se ressemblent tous.

    Dans son numéro du samedi 2 et dimanche 3 mai la Croix publie un article fort intéressant sur le 13e congrès de la Fraternité Orthodoxe d’Europe Occidentale  réuni à  Amiens. Avec lucidité le rédacteur de l’article (Nicolas Senèze) écrit : « Si les orthodoxes occidentaux ont de plus en plus le désir de former une Église Locale, leurs juridictions d’origine sont elles-mêmes confrontées à la difficile reconstruction de l’après communisme (pour les Églises slaves) autant qu’à une situation politique difficile (encore plus qu’au Proche Orient) . Elles ne font donc pas de l’organisation de la diaspora leur priorité. Ces Églises mères ne sont, non plus, pas prêtes à renoncer aux liens qui les unissent aux communautés fixées à l’étranger qui, souvent, les font vivre. »   Pour autant la Fraternité Orthodoxe d’année en année discute, élabore des projets, écrits des conclusions de commissions envoyées aux Églises Orthodoxes autocéphales,  pour que se réalise la fondation d’une Orthodoxie locale en France et en Europe Occidentale.

    Ce  mirage auquel les plus jeunes, de génération en génération, s’accrochent, et qui nourrit depuis plus de trente ans les réunion de la Fraternité Orthodoxe a usé et jeté dans l’amertume et le désespoir, quand ce n’est pas sans des voies sectaires, de très nombreux croyants. Les jeunes d’hier sont devenus vieux et se sont essoufflés après des années stériles  de vaines démarches. 

     

    Un message d’outre tombe.

    Qui se souvient aujourd’hui de la série de numéros spéciaux consacrés en 1977 après précisément le congrès d’Amiens de la Fraternité Orthodoxe d’Europe Occidentale,  dans le « Messager Orthodoxe » sur  le sujet d’une Église Orthodoxe locale de France avec la contribution de jeunes orthodoxes membres de l’Institut  Saint Serge et de la Fraternité Orthodoxe, qui portaient  cette espérance. Qui a conservé dans sa mémoire les déclarations éclairées, remplies de la sagesse divine, des évêques et des théologiens  de cette époque qui leur répondaient dans la même revue, en entretenant leur espérance, leur  faisaient des promesses qui n’engageaient, comme aujourd’hui,  que ceux qui les écoutaient. S’y exprimaient des personnalités pourtant  réellement remarquables, mais sans doute impuissantes,  telles que + l’archevêque Basile ( Krivochéine)  de Bruxelles, + l’évêque Alexandre de Zélon, +  l’évêque Georges  Wagner; + le Métropolite George (Khodre) du Mont Liban ; +Le métropolite Antoine(Bloom),  de Londres ;  également  + le Père Alexandre Schmemann,  + Constantin Andronikov, + Olivier Clément, tous nés au Ciel et malheureusement plus là pour nous dire pourquoi leurs espérance déclarées  n’ont pas abouti  plus de trente années après.

    Parmi les rescapés, il y a Nikita Struve qui  dirigeait déjà cette revue. Mais ce sont les jeunes étudiants de Saint Serge dont les noms sont aujourd’hui dans doute oubliés, qui ont perdu depuis longtemps cette espérance d’une Église Orthodoxe véritablement locale en France dont nous désirons,  ici,  placarder  sur ce mur de notre article, un extrait  émouvant et profondément orthodoxe, face aux  jeunes orthodoxes d’aujourd’hui qui se réunissent toujours au sein de  la «Fraternité Orthodoxe d’Europe Occidentale » dans la même espérance, comme leurs aînés d’il y a trente ans. 

    Écoutons ce message presque d’outre- tombe et si contemporain : «La révélation ne nous dit pas si cette unité que nous désirons, sera vraiment réalisée avant la deuxième venue du Christ. C’est pourquoi il nous paraît sinon, utopique et dangereux  de parler de « structure d’attente sur le territoire canonique de l’Église de Rome » (…) Dans le CREDO nous confessons l’Église «  Une , Sainte, Catholique et Apostolique » Puisque  nous ne pouvons pas accepter la « Théorie  des branches » selon laquelle l’Église se composerait de différentes confessions, c’est l’Église Orthodoxe qui est , pour nous, l’Église du Christ. Voici pourquoi l’affirmation que nous nous trouverions sur le « territoire canonique  du patriarcat de Rome » nous semble inacceptable. Depuis le schisme ce patriarcat  n’a plus de véritable existence ecclésiologique pour l’Orthodoxie. En effet l’Église est avant tout fondée sur la vérité et non sur l’obédience : avant d’être orientale ou occidentale l’église doit être orthodoxe. Et c’est dans cette orthodoxie, dogmatique et canonique, que devrait résider, en toute humilité, notre force et notre témoignage. En effet, nous devons témoigner de la vérité, devant nos frères hétérodoxes, en nous organisant en Église Locale, sous l’autorité d’une hiérarchie locale. Alors nos évêques pourront légitimement porter sans honte les titres des diocèses et territoires occidentaux qui leurs seront confiés. A ce sujet nous faisons la nôtre la déclaration de Sa Béatitude le Patriarche Élie d’Antioche : « Notre position est claire. Il faut établir des Églises indépendantes eu Europe Occidentale et en Amérique du Nord ».

    L’explication de cette paralysie concernant la fondation d’une église locale, ne tient pourtant  pas à la doctrine de l’Église Orthodoxe, ni à des difficultés canoniques et pratiques de son organisation évoquées dans ce texte, mais à de vulgaires conflits d’intérêts qui se situent dans la géopolitique globale des anciens conflits Est-Ouest datant de la guerre froide.

     

    Une Tour de Babel qui atteint…l’Enfer

     La situation géopolitique de l’Orthodoxie en France n’est pas abordée de façon lucide, souvent par les orthodoxes eux-mêmes. Ceux-ci préfèrent s’en tenir à l’illusion que les conditions ecclésiologiques  dans les quelles ils vivent dans un foisonnements de juridictions ethniques  empilées les unes sur les autres sur le même territoire canonique sont,  soit la «  meilleure des pires solutions » et qu’elle ne doit surtout pas changer ; soit qu’il existerait une volonté commune des Églises Locales et de leurs évêques présents en France  de se conformer dans un avenir proche - mais il faut être patient - à l’ecclésiologie orthodoxe qui interdit formellement qu’il y ait plus d’un évêque pour le même territoire canonique. Pour les tenants de cette croyance il suffit de faire confiance à des évêques, qui en France se disent dans des conversations privées, presque tous désireux qu’il existe enfin une Église Orthodoxe véritablement locale dans notre pays.

    Sans même en avoir conscience les Églises Orthodoxes nationales étrangères, Russe,  Grecque, Bulgare, Serbe, Roumaine, Georgienne, Ukrainienne… présentes dans notre pays ont ensemble édifié une nouvelle Tour de Babel, pensaient-elles,  jusqu’au Ciel, un  édifice frappé lui aussi  par  la confusion des langues des spécificités nationales concurrentes et contradictoire, et par, nous venons de le dire,   des enjeux purement géopolitiques qui les divisent et les opposent et sont la principale explication de la situation tragique de guérilla permanente de l’Orthodoxie en France et en Europe Occidentale.  En observant les hostilités auxquelles se livrent, par exemple, aujourd’hui ouvertement les patriarcats de Moscou et de Constantinople  nous craignons  que cette nouvelle Tour de Babel n’ait raté son but  en  atteignant  non le Ciel mais l’Enfer.

     Nous allons nous efforcer d’énoncer, l’une après l’autre, les difficultés et les enjeux spécifiques de chacune des principales éparchies présentes en France qui expliquent, sans la justifier,  l’impossibilité d’une orthodoxie locale en France et en Europe Occidentale.

     

    Guerre de Sécession de  l’Archevêché Russe du patriarcat de Constantinople.

    Rappelons brièvement pour la France la date de la rupture, avec son Église Mère Russe,  de la principale juridiction russe intitulée alors  « archevêché des paroisses russes en France et en Europe Occidentale » située rue Daru à Paris VIIIe : le métropolite Euloge quittait le patriarcat de Moscou et était reçu provisoirement dans le patriarcat de Constantinople par le patriarche Photios II le 17 février 1931. En 1945 le métropolite Euloge retourne dans le patriarcat de Moscou avec sa signature sur le document officiel ainsi que celle de ces deux évêques auxiliaires dont celle de l’archevêque Wladimir Tikonsky qui lui succédera à sa mort à la tête de l’archevêché. Ceux qui aujourd’hui brandissent comme un étendard la figure du métropolite Euloge comme celle du plus grand résistant à un retour de l’archevêché  dans le patriarcat de Moscou se trompent de saint patron.   Le 8 août 1946 le métropolite Euloge décède. La guerre de sécession que l’on croyait interrompue venait de renaître de ses cendres, à peine tiédies, pour un long brasier de  cinquante ans : le patriarcat de Moscou très maladroitement sans consultation avec les hiérarques et sans assemblée générale à Paris, nomme unilatéralement un  métropolite russe au passé douteux compromis avec les allemands lors de la dernière guerre mondiale, le métropolite Séraphin Loukianov  à la tête  de l’archevêché, mais le procédé était voué à l ‘échec.  Cet acte   entrainant la résistance de Monseigneur Wladimir Tikonsky qui décide, soutenu par l’ensemble des croyants, de revenir à Constantinople. Il est à noter que le patriarcat de Constantinople était demeuré avec une sagesse toute orientale, dans un silence total, sans entériner ni le départ de sa juridiction de l’archevêché russe, ni son retour. Toujours en 1946, le seul décret qui validera, à postériori, la présence de l’archevêché russe dans le patriarcat de Constantinople sera l’élévation   de l’archevêque Wladimir au rang de métropolite.  A partir de cette date jusqu’à l’élection de l’archevêque Serge Konovakoff en 1993  l’archevêché  rentrera dans une très longue période de glaciation dans ses relations avec le patriarcat de Moscou. Le  successeur  du métropolite Wladimir, l’archevêque Georges  Tarasov sommé brutalement par le patriarche Athénagoras de revenir- nous sommes en 1965- dans le patriarcat de Moscou, rompt la communion avec Constantinople, et devient indépendant (30 12 1965), jusqu’à son retour le 31 décembre 1971.

    L’élection du successeur de l’archevêque Georges Wagner, monseigneur Serge Konovaloff, intronisé comme archevêque le 27 juin 1993  bouleversera cet état de chose : l’archevêque Serge entreprend alors, avec le concours du Secrétaire Général de l’archevêché le baron Basile de Tiesenhausen, deux actions parallèles, l’une dans une clarification du statut de l’archevêché qui jusque là depuis 1971 était un vicariat « de facto » de la métropole grecque, situation insupportable pour les dirigeants de l’éparchie russe ; ce sera la créations de l’Exarchat  Russe du patriarcat de Constantinople. Dans le même temps, avec l’accord, il faut le souligner,  du patriarcat de Constantinople qui ne discerne pas la manœuvre, il rétablit des liens, jusque là inexistants, avec le patriarcat de Moscou,  et c’est dans ce contexte que seront élaboré le projet et les statuts ( rédigés en France)  d’une métropole Russe avec la lettre de Sa Sainteté le patriarche Alexis II de Moscou du 1er avril 2003, et qui avait pour espoir de rassembler  toutes les juridictions éclatées de la diaspora russe post soviétique.

    Le contenu de cette  lettre adressée à l’ensemble des évêques de tradition russe en Europe occidentale est suffisamment connu pour que nous nous contentions d’en  résumer, ici, l’essentiel :

    La fondation à court terme d’une métropole autonome de tradition russe rassemblant, au-delà des divisions ecclésiastiques  dont nous venons de parler, toutes les juridictions d’origine russe en une seule entité ecclésiale, dotée de ses propres statuts canoniques et ecclésiologiques lui garantissant  une parfaite autonomie dans le cadre d’une communion rétablie pour certains, avec patriarcat de Moscou  son Église Mère.

    Il n’est pas notre sujet d’examiner en profondeur le contenu très généreux de ces statuts qui existent comme une base de discussion, et qui sont appelés à être améliorés par les nouvelles instances canoniques de la future métropole, si elle voit le jour dans un avenir qui demeure aujourd’hui très  incertain. Cette lettre est écrite, rappelons-le c’est très important, après le trépas de l’archevêque Serge (23 janvier 2003) mais avant l’intronisation de son successeur l’archevêque Gabriel (le Ier juin 2003).

     

    Mémoire éternelle…

     Ces deux décès, comme un rappel que rien dans l’Église ne peut se faire sans la volonté de Dieu ou Sa permission, ont anéanti la mise en place qui devait être prochaine de cette métropole orthodoxe de tradition russe en Europe Occidentale. Le premier trépas (le 22 Janvier 2003) précédant de peu la lettre patriarcale,  était celui de l’archevêque Serge, lui-même engagé dans la perspective d’un retour dans le patriarcat de Moscou,  qui présidait jusque là les destinées de l’archevêché, et qui était d’origine russe. Mais son remplacement par un successeur d’origine flamande, Son Éminence  l’archevêque Gabriel de Coman très  hostile au patriarcat de Moscou et favorable à la doctrine du patriarche Bartholomée, (qui ferait de celui-ci le chef naturel de toutes les diasporas orthodoxes),  a divisé en deux camps pour des décennies les membres de cet archevêché russe qui rayonne en Europe Occidentale. Les anciens collaborateurs laïcs de l’archevêque Serge qui œuvraient pour un rapprochement avec le patriarcat de Moscou  se sont donc organisés après l’intronisation de l’archevêque Gabriel et la certitude pour eux que celui-ci ne suivrait pas la politique de son prédécesseur,  dans une association, l’OLTR avec deux branches : l’une prônant, jusqu’il a peu, des méthodes fondées sur une polémique écrite et  très habile, et l’autre sur une voie plus diplomatique consistant en l’organisation de conférences de qualité sur le sujet, de débats iréniques et de rencontre avec l’archevêque Gabriel… Tout cela, l’on s’en doute,  sans aucun résultat concret. 

    Le second décès le 4 août 2003, celui du Métropolite Antoine de Souroj qui devait présider provisoirement la nouvelle métropole jusqu’à sa majorité ecclésiale portait un coup presque fatal au projet lui-même. Le métropolite Antoine était incontestablement l’homme de la situation, d’autant plus crédible qu’il n’avait jamais par le passé, et même très récemment avant sa disparition, hésité à s’opposer à l’administration du patriarcat de Moscou, lorsqu’il jugeait la chose importante. Lui disparu il n’existait plus de personnalité consensuelle.

    Il n’y a pas d’autre explication logique à la paralysie qui a semblé, par la suite, retenir le patriarcat de Moscou d’avancer concrètement dans la direction de la construction de cette métropole, au-delà des déclarations d’intention qui ont été déversées comme une véritable mousson, durant les cinq dernière années, aussi inefficaces les unes que les autres. Notons que si le véritable but de ce projet avait été, en réalité,  de semer la trouble et la division dans l’archevêché, cet objectif a été malheureusement parfaitement atteint.

     Tous ceux qui avaient été les pionniers de cette réconciliation aussi bien historique que chrétienne pressentaient,  en chantant « mémoire éternelle » aux deux pontifes, qu’ils ensevelissaient  également  ce projet prophétique.

     

     Les nouvelles Purges staliniennes.

    Une dramaturgie cornélienne s’est effectivement abattue sur l’archevêché Russe du patriarcat de Constantinople, depuis que la pomme de discorde de ce projet  avait été croquée par un nombre important, mais sans doute minoritaire, de croyants qui espéraient, tout à fait légitimement,  comme pour le Synode Russe Hors Frontières,  une réconciliation avec leur Église Mère le patriarcat de Moscou.  Il faut le souligner, cette métropole locale de tradition Russe aurait joui d’une très large autonomie, comme pour le Synode Russe Hors Frontières. Elle aurait, en réalité pour l’ Église Ruse constitué la pierre angulaire d’une future Église Orthodoxe locale de France et d’Europe Occidentale, comme l’Église Autocéphale d’Amérique qui lui servait de modèle et de référence. L’espérance des jeunes d’il y a trente ans et de ceux d’aujourd’hui des congrès d’Amiens successifs, se serait enfin réalisé.

     Mais les troupes de l’archevêque,  très hostiles à un retour dans l’Église Mère ne sont pas demeurées inactives.  Elles ont employé des méthodes beaucoup plus brutales faites de coercition basées sur des menaces  d’excommunication (mises en œuvre déjà deux fois envers deux pauvres femmes),  de la déposition des prêtres les plus réfractaires, ou le déplacement vers des postes fictifs de prêtre aimés dans leur paroisse, comme l’ancien recteur de Nice le Père Wladimir Yagello, pasteur d’âmes remarquable et  qui ne faisaient aucune politique, et enfin  la condamnation publique des personnes s’opposant à toutes ces pratiques. Cette politique fait d’avantage penser aux purges staliniennes qu’à un comportement ecclésial,  créant un climat de peur endémique parmi fidèles et clergé : « Et si demain soir c’était mon tour !», Un exemple récent est la mise à l’écart brutale de la paroisse Saint Serge dont il est le recteur, d’un excellent prêtre, le Père Nicolas Ozoline, pourtant peu soupçonnable  de vouloir s’en retourner avec ses paroissiens dans le patriarcat de Moscou. A force de reprocher au patriarcat de Moscou ses compromis du passé avec le régime bolchévique, les dirigeants de l’archevêché, dans leur aveuglement spirituel, ont adopté toutes les méthodes d’un régime  qu’ils pensaient dénoncer.

     

    Propagation pandémique de la « grippe anti-russe »

    Une « grippe anti-russe » s’est repandue dans l’archevêché, et à travers l’internet dans tous les médias français, jetant le discrédit  sur notre Sainte Église Orthodoxe, tant par des débats menés avec passion des deux côtés, que par  beaucoup d’ignorance sur le  fonctionnement canonique et surtout ecclésiologique de l’Église Orthodoxe ainsi que de son histoire, qui éclairent pourtant le sujet. Tous ces faits ont contribué à un empoisonnement spirituel général non seulement de l’archevêché, mais des Églises Orthodoxes voisines enlisées, elles aussi, comme le Diocèse de Chersonèse, dans une rivalité active.

    En réalité un aveuglement quasi général semble avoir frappé cet archevêché où le but ecclésiologique  poursuivi l’a emporté sur  l’unique véritable but d’une éparchie : la vie paroissiale en Christ dans la célébration des sacrements et la participation  à la Divine Liturgie cœur de l’Orthodoxie.

     Pour  achever le tableau de  ce désastre spirituel et médiatique qui a abouti à des publications dans des journaux de lettres ouvertes, malheureusement parfaitement justifiées,  il y a eu  la nomination à Nice d’un recteur politique chargé d’avantage de rechercher des partisans capables de s’opposer à la restitution de la cathédrale à l’État Russe, de suivre le procès et si possible de le gagner,  et de se débarrasser des croyants qui s’accommoderaient de la nouvelle situation à seule fin  de présenter au député maire de Nice l’image d’une « paroisse martyre » que l’état Russe voudrait dépouiller de sa cathédrale.  Ainsi se résume l’illustration lamentable de la destruction de la vie spirituelle des croyants  de cet archevêché.

    Nous pensons que la nomination comme recteur de Nice d’un prêtre réellement  pastoral et surtout non politique, attentif uniquement à la vie spirituelle des croyants, aurait  impressionné favorablement, même aujourd’hui, aussi bien les Autorités Françaises, que l’État Russe qui dans un contexte pacifié laisserait certainement  l’usage de l’église à ceux qui la desserviraient pacifiquement dans l’archevêché. Il aurait été beaucoup plus sain et saint de nommer, en dehors de la paroisse au niveau du Conseil de l’archevêché, un responsable de la procédure totalement détaché de la vie pastorale et spirituelle de la paroisse de Nice qui est effectivement devenue martyre, non des œuvres  de l’État Russe mais de celles des politiciens qui s’y agitent toujours. Il n’est jamais trop tard dans l’Église, qui a l’éternité devant elle, de réparer ces erreurs humaines, qui de toute évidence, n’appartiennent pas à la vie charismatique de l’Église du Christ.

    Les  responsables de l’archevêché proches de l’archevêque Gabriel comme les membres de l’OLTR sont dans une impasse qui nous l’espérons aboutira à une saine et sainte réflexion : c’est un combat dans lequel les croyants, de quelques opinions soient-ils, sont devenus leurs otages.  Les bombardements des Alliés lors de la seconde guerre mondiale tuaient et blessaient tant des occupants que des français. C’est exactement la situation tragique d’aujourd’hui. Les intentions étaient-elles bonnes ?  Un dicton français ne dit-il pas que l’enfer en est pavé. Des familles d’origine russe, se sont divisées sur ce projet comme au temps tragique d’avant et après la seconde guerre mondiale, où l’on pouvait voir en France certaines familles coupées en deux, les uns reprochant aux autres fidèles au patriarcat de Moscou d’être en communion avec le diable déguisé en patriarche sous le contrôle du KGB. Les discours sont sensiblement les mêmes, les souvenirs des persécutions religieuses du passé sont tenaces.

    Soyons lucides, l’espoir de ceux qui œuvraient autour de l’archevêque Serge pour un retour dans le patriarcat de Moscou est définitivement mort, après son trépas, avec l’élection d’un archevêque qui avait - et c’est tout autant  légitime que l’opinion inverse – une autre vue sur la question.

    C’est mal connaître les pouvoirs d’un évêque sur son diocèse, avec les liens qui l’unissent au Synode de l’Église qui l’a consacré, que de croire, d’espérer ou d’imaginer, à moins que lui-même ne change d’avis, (et même dans ce cas il n’aurait pas une liberté totale de le réaliser),  que l’on pourrait, sans lui et contre sa volonté, faire aller son diocèse dans le patriarcat de Moscou.

    En revanche un combat juste pourrait utilement s’ouvrir sur un autre front.   Celui d’une réconciliation générale comme priorité assortie de l’exigeance d’un changement radical de méthodes pastorales et sans doute du changement d’une partie des conseillers de l’archevêque dont les actions brutales ont fait la preuve aussi bien de leur inefficacité que  de leur absence d’amour chrétien, qui redonnerait enfin sa véritable place dans cet archevêché à l’unique Chef de l’Église, qui n’est ni le patriarche de Moscou, ni celui de Constantinople, ni l’archevêque Gabriel lui-même, mais Notre Seigneur Jésus Christ sans qui il n’existe ni Église ni paix.

    Le premier des buts de cet archevêché ne constitue-t-il  pas, non  dans  la réalisation de tels ou tels projets ecclésiologiques, si justes soient-ils, mais dans  la vie spirituelle et la paix restaurées  de ses croyants ?

     

    Saint Photios et saint  Ignacios : après la guerre, la réconciliation dans le pardon réciproque.

    Mais pour autant, il ne faut pas s’enterrer la tête dans le sable en se disant que les problèmes qui existent et qui ont existé auraient soudain disparus. Tant que leurs causes multiples ne sont pas identifiées ces questions demeurent récurrentes, et feront encore longtemps du mal à l’ensemble des croyants de notre Église. «  Quand un membre souffre, tous les membres souffrent »

    Ajoutons enfin que le désir secret de l’Archevêque Gabriel, souhait tout à fait légitime ecclésiologiquement, est de voir son archevêché qui a un authentique enracinement Européen, et  principalement en France, devenir la première véritable Église Orthodoxe Locale dans notre pays. Il n’est pas certain que les croyants slaves (en particulier moldaves) qui fréquentent majoritairement la cathédrale de Paris, ni les anciennes familles russes qui tiennent à un archevêché exclusivement  russe,  partagent ce projet.  Mais la principale difficulté que Wladika Gabriel rencontrera sur cette voie, pourtant excellente, c’est le manque d’enthousiasme à cette solution du patriarche Bartholomée, qui, pourrait pourtant apporter la paix à l’Orthodoxie Française.

    Nous pressentons qu’aujourd’hui, est arrivé dans cet archevêché le temps de la réflexion, celui de l’apaisement et donc, ce qui est essentiel si l’on se souvient que nous sommes des Chrétiens, celui du pardon réciproque. Autrement, l’entreprise de destruction spirituelle qui gangrène aujourd’hui l’archevêché continuera  de le précipiter  à sa décomposition rapide. 

    Souvenons nous des controverses vigoureuses qui ont enflammé,  en la divisant, l’Église Byzantine. Les deux protagonistes d’une véritable guerre qui se sont mutuellement déposés, anathèmisés et emprisonnés, se sont avant la mort demandés pardon : saint Photios le Grand et saint Ignacios le Pieux. C’est même Photios qui canonisera son ancien rival. La connaissance de l’Histoire de l’Église nous montre que de telles épreuves, sur des différends ecclésiologiques et géopolitiques ont existé, mais qu’elles n’ont pu être surmontées que par le pardon.

     

     

    Métropolite Michel Laroche

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     



    Le Messager Orthodoxe N° 77 ( 1977) N° 78 (1978) et 79 ( 1978)

    Héromoine Gabriel Patacsi, professeur de théologie.  Et les étudiants : Volker Athenogen Eschen, Dale Kevin Griffith, Oleg Kirilow, Oleg LKotzeff, hiéromoine Luka Kovecevic, Alexis Liberovsky, Prêtre Ljubotina, Jacques Malemba, Hieromoine Ephrem Meziani, Constantin Moguilevsky, André Mudileno, Pedrag Samarzic, Dimitrios Vlassis.

    SOP N° 21 P.9

    Aujourd’hui né au Ciel.

    In « Le messager orthodoxe » P. 56-57 N°77 Année 1977. Et pour la citation du Patriarche Élie : SOP N° 22, P 12.

    [6] Que nous avions annoncé prophétiquement dans notre ouvrage de référence sur ce sujet : « La papauté orthodoxe » Éd. Présence Paris 2003.

    C’est l’archevêque Serge qui demandera au Baron Basile de Tiesenhausen de  prendre la responsabilité du Secrétariat général de l’archevêché. 

    Fondée en 1972 par le patriarcat de Moscou et que ne reconnait toujours pas le patriarcat de Constantinople hostile à cette « diaspora » qui lui échappe, pourtant majoritairement largement composée d’Orthodoxes américains convertis.

    Paroisse de l’église de l’Institut Saint Serge à Paris.

    I Co, XII, 26

    Photios né en 810, Patriarche de Constantinople en 858- déposé en 867 puis  de nouveau intronisé en  877 où il dirigera l’église jusqu’à sa démission forcée en 886. Il décède à une date inconnue sans doute en 893.

    Le patriarche Ignacios, né en 797,   Fils de l'empereur Michel Rhangabé, moine de la mouvence de Saint Théodoros de Studios, devient patriarche de Constantinople le 3 juillet 847.  Il démissionne contraint par l’oncle de l’empereur Michel III le césar Bardas  le 23 novembre 858 et il est déposé le 2 juin 861 par un concile présidé par le nouveau patriarche de Constantinople et  ami de l’empereur Michel, Photios. Le 23 novembre 867, le basileus Basile qui viens de prendre le pouvoir en faisant assassiner son ami et bienfaiteur l’empereur Michel III, rétablit Ignacios au patriarcat de Constantinople où il préside en 869 un concile de Constantinople qui condamne son prédécesseur, le patriarche Photios. Il meurt le 23 octobre 877.

  • Guerre ou Paix

    Guerre ou Paix, les prochains choix  stratégiques et  géopolitiques du nouveau patriarche de Moscou Cyrille Ier.

    Par  le métropolite   Michel Laroche

     

    cyrill.jpgLe nouveau patriarche de toute la Russie vient d’être élu  à Moscou le 27 janvier 2009. Le concile qui a procédé à l’élection rassemblait non seulement tous les métropolites archevêques évêques de l’Eglise Russe mais les higoumènes de monastères masculins comme féminins, les recteurs des académies de théologies et des représentants du clergé et des laïcs de tous les diocèses aussi bien en Russie qu’à l’étranger soit 711 personnes et 64 nations.

    Deux candidats étaient en lice, le second étant le chancelier du patriarcat qui avait jusque-là  également  la charge du diocèse de Moscou, le métropolite Clément  qui était soutenu un partie de  la tendance conservatrice, sans doute majoritaire,  dans l’épiscopat de l’Église Russe.

    Le fait que le patriarche Cyrille ait été élu avec un vote positif de 508 voix contre 169 pour son concurrent lui donne en surface une très grande marge de manœuvre, mais il faut souligner que le nouveau chef de l’Eglise Russe a continuer d’affirmer dans sa première déclaration ce qu’il avait déjà dit durant la période pré-électorale qu’il ne procéderait à  aucune modification dans la tradition de  l’Eglise Russe. Il ne faut donc pas espérer des changements spectaculaire comme la réforme du calendrier Liturgique qui est actuellement selon le comput Julien avec quatorze jours de retard sur le calendrier civile, ni de l’usage dans la liturgie de la langue russe pour remplacer le slavon que les croyants ne comprennent pas toujours, ni le rétablissement pour demain matin de la communion avec l’Eglise de Rome

    Le nouveau patriarche a en face de lui de nombreux chantier qu’il connaît parfaitement puisqu’il a eu à les suivre tous en qualité de « ministre des affaires extérieures » du patriarcat de Moscou du précédent patriarche dont il était le collaborateur le plus influent.

    Les avancés de l’œcuménisme avec le nouveau pape Benoit XVI.

    On lui doit la brillante politique d’ouverture œcuménique en direction du Vatican que nous avions annoncé dans « diplomatie » dès l’élection du pape Benoit XVI que vient de souligner la presse occidentale commentant le décès du patriarche Alexis II, avec depuis quatre ans, ce qui est moins connu, la contribution d’un de ses plus jeunes et remarquable collaborateur âgé de vingt cinq ans le hiéromoine Alexandre Simiakov qui a su tissé des liens de collaboration et d’amitié avec de nombreux évêques et théologiens dans l’Église Catholique notamment avec le cardinal Roger Etchegaray, un proche de benoit XVI. Mais les mêmes dossiers sont suivis à Moscou par un prêtre tout aussi remarquable le Père Igor Vizanov.

    Le fait que dans sa position précédente le nouveau patriarche Cyrille ait rencontré cinq fois le Pape Benoit XVI dont deux lorsque celui-ci était encore le cardinal Joseph Ratzinger et trois fois comme pape, lui donne un avantage diplomatique que n’avait pas son prédécesseur qui n’avait jamais rencontré que des cardinaux importants, mais non le pape lui-même que ce fut Benoit XVI ou Jean Paul II.

    On savait que la condition d’une rencontre entre les deux primats reposait jusqu’alors sur un dossier ultra sensible situé principalement en Ukraine et dans une partie moindre de la Russie concernant la présence de l’Eglise Gréco-Catholique d’Ukraine  et celle en Russie de « Missionnaire » polonais chargé de convertir des croyants orthodoxes au catholicisme, les restes d’une politique prônée, non par le nouveau pape Benoit XVI qui a pris du recul sur cette question,  mais par son prédécesseur Jean-Paul II qui avait de très mauvaises relations avec le patriarcat de Moscou.

    Il faut être claire à propos de l’œcuménisme avec l’Église de Rome, qu’au–delà des discours laudatifs et des avancés théologiques réelles,  les évêques russes qui connaissent la réforme liturgique de Vatican II  pensent que celle-ci a aboutie à une désacralisation de la messe catholique et de la désertion d’une partie de ses fidèles, bien qu’ils reconnaissent les efforts du nouveau pape en faveur d’un retour à la tradition. Mais  il y existe, en réalité, un gouffre culturel entre une Église qui pratique une liturgie habituelle de trois heures chantée « a capella » la magnificence et les ors de son rite, et une Église dont la messe ordinaire dans son immense majorité durent moins d’une heures est plus proche par son dépouillement du monde protestant, et sauf à Rome et chez les traditionalistes  où elle a conservée la splendeur et son éclat du passé, que de l’Église Orthodoxe.

    Toutes ces questions, en dehors du débat théologique pourtant fructueux et  très avancé, sont essentielles. Le nouveau patriarche a été élu avec les voix les tenant de la tendance conservatrice de l’Église Russe pour qui la « divine liturgie » est synonyme d’ « orthodoxie ». Le rapprochement avec une Église qui ne célèbre plus, selon eux, de véritable liturgie est problématique, au-delà même des questions dogmatiques qui séparent encore les deux Églises, que nous n’abordons pas dans cet article.

    Il est clair qu’il sera dans un premier temps plus facile au pape Benoit XVI d’inviter à Rome le nouveau patriarche de Moscou qu’il appréciait comme métropolite, que le contraire, tant que la question dont nous parlions plus haut du prosélytisme en territoire canonique de l’Eglise Russe, ne sera pas en voie d’être résolu.

    Les conflits et les schismes que doit affronter en Europe le nouveau patriarche.

    En effet le nouveau patriarche a maintenant à résoudre de nombreux conflits et schismes qui concernent la politiques extérieurs du patriarcat de Moscou qui ne l’ont pas été par son prédécesseur et sur les quels il est attendu par l’ensemble de l’Eglise Russe. Le patriarcat de Moscou a perdu une partie de  l’influence qu’il détenait dans l’Empire soviétique auprès d’Églises qui se trouvaient alors dans le même empire et qui aujourd’hui font presque toute partie de l’Union Européenne où dont les nations sont en voie d’y adhérer. 

    L’adhésion déjà réalisée, ou en perspective de l’être,  de nations à majorité orthodoxe ou à forte présence orthodoxe dans l’Union Européenne a introduit dans celle-ci des questions qui peuvent devenir des sources de conflits et de revendications territoriales en Europe, ainsi que de situations auxquels les constitutions laïcs des anciennes nations Européennes Catholiques ou Protestantes ne les ont pas préparé.

    Donnons un chiffre global : sans compté la Russie, l’ensemble des orthodoxes en Europe est de 78.529.200 . 

    Afin d’illustrer notre propos examinons la situation d’une nation candidate à l’adhésion  à l’Union Européenne : l’Ukraine, et de deux nations à présence orthodoxe membre de l’Union Européenne, précédemment dans la sphère d’influence  de l’Empire soviétique : l’Estonie et la Roumanie.

    L’écharde ukrainienne dans la chair de la Russie.

    La situation de l’Ukraine sera pour longtemps pour la Russie une écharde plantée dans sa chair ; pour tous les Russes l’Ukraine est une province russe. Le président Ukrainien  Viktor Iouchtchenko  a invité à la fin du mois de juillet 2008 avec les honneurs dus à un chef d’état  le patriarche Bartholomée  de Constantinople, primat d’honneur de l’Église Orthodoxe, pour la célébration des 1020 années du baptême de la Russie Kiévienne. Le patriarche, aujourd’hui disparu,  Alexis était également invité mais avec un protocole simplifié. De grandes photos représentant ensemble le président Iouchtchenko et le patriarche Bartholomée ornaient toutes les principales artères de Kiev.  Cette invitation, était d’avantage  politique que religieuse avait pour but avoué de faire  enfin reconnaitre par le patriarche Bartolomée, qui y serait favorable, une Église Orthodoxe purement Ukrainenne dans ce pays au cœur de toutes les convoitises, non seulement par sa frontière avec la Russie, mais parce qu’il abrite en  Crimée la flotte russe, et dont une partie de la population derrière son président souhaite à la fois l’adhésion de l’Ukraine à l’Union Européenne mais également  dans le contexte brûlant de la Georgie, son adhésion à l’OTAN.

    Il est en effet pour le Président Iouchtchenko, dans ce contexte, inconcevable qu’une partie de l’église de la nation Ukrainienne continue de dépendre d’une autorité ecclésiastique,  le patriarcat de Moscou,  dont le siège est situé en Russie et qui généralement épouse les positions politiques de son gouvernement.

    Pour pénétrer  les préoccupations du Président Iouchtchenko il faut avoir à l’esprit que le Dniepr a toujours coupé en deux le pays, l’Ouest regardant précisément  vers l’Ouest et l’Union Européenne quand ce n’est pas les USA,  et l’Est, peuplé majoritairement d’une population russophone qui souhaite conserver de puissants liens avec la Russie.

    Une fois de plus, dans les nations orthodoxes le facteur religieux  est  fondamental.

    Pour le comprendre en ce qui  concerne l’Ukraine il suffit de savoir trois Églises sont engagées dans des directions géopolitiques antinomiques et irréconciliables.

    L’Église Autonome du patriarcat de Moscou très influente à l’Est du pays, minoritaire à l’Ouest,  regarde vers la Mère Russe.

    Le patriarcat de Kiev qui a soutenu ouvertement la « Révolution Orange » (alors que l’Église du patriarcat de Moscou soutenait officiellement le candidat pro-russe), et à laquelle se rend pour prier le Président Iouchtchenko, qui soutien ce dernier  dans sa politique d‘ouverture à l’Ouest.

    Une troisième Église plus minoritaire s’intitulant  l’église Autocéphale Ukrainienne a les mêmes  aspirations que le patriarcat de Kiev.

     

    L’Église nationale comme emblème de l’unité patriotique des nations orthodoxes.

    Le Président Ukrainien ne veut plus d’un Cheval de Troie dans son pays qui ferait campagne ouvertement contre lui et ses projets  concernant l’adhésion de son pays à l’Union Européenne, comme cela avait été ouvertement le cas lors des dernières élections présidentielles, dans lesquels le clergé de l’église moscovite avait appelé à voter contre lui. Cette problématique des Églises étrangères qui ont dans une autre nation que la leur, une hiérarchie qui leur est soumise, est antinomique du fonctionnement historique des rapports entre l’Église et l’État dans les nations orthodoxes dans la quelle l’Église nationale est un des éléments déterminent, non seulement du sentiment patriotique, mais du fonctionnement même des institutions, comme l’était l’Église de France sous la monarchie dans les plus belles heures du gallicanisme. Le plan avoué du président Ukrainien  est, en se référent à l’histoire récente des autocéphalies autoproclamées par les synodes les Églises nationales concernées et leurs Chefs d’États après la chute de l’Empire Ottoman fait que ce sont les Chefs  d’États qui dans les exemples des Église Roumaine, Serbe, Bulgare et Grecque, ont toujours demandé à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle,  voir exigé, que leurs Églises nationales deviennent autocéphales .  Cela signifie en clair que ces Églises qui dans le passé dépendaient d’une Église (Constantinople) située dans un empire (la Turquie)  dont il venait de s’arracher pour prendre leur souveraineté nationale, exactement comme dans l’exemple de l’Ukraine avec l’Empire Russe, n’en dépendent plus hiérarchiquement. Il était pour ces Chefs d’État, - et en général ce sentiment étaient partagés par toute la nation - malsain de continuer de voir leurs Églises nationales soumises à une Église sous le contrôle d’une puissance étrangère sous la domination de laquelle ils avaient eu à souffrir. A l’époque – il y a plus de cent ans -  le patriarcat de Constantinople avait le mauvais rôle, et  était exactement dans la position du patriarcat de Moscou aujourd’hui  qui ne reconnaît pas,  en le considérant comme schismatique, la partie de l’Église Ukrainienne qui s’est détachée de lui à la suite de la proclamation de la souveraineté du nouvel État Ukrainien avec, incontestablement,  l’aide de l’État. Le président de l’Ukraine, comme le patriarche Bartholomée, connaît parfaitement les mécanismes qui fonctionnent encore dans l’Église Orthodoxe, et comme Chef d’État, en synergie avec le patriarche Bartholomée, il se voit donner naissance, avant la fin de son mandat, à une Église autocéphale Ukrainienne reconnue. Nous voyons dans cette histoire un phénomène incompréhensible pour la mentalité occidentale si l’on ignore les relations étroites qu’entretiennent depuis des siècles les nations orthodoxes avec leurs églises nationales qui génèrent pour eux une conscience patriotique aussi forte que pour des Français de chanter la Marseillaise.

    Le nouveau patriarche de Moscou défendra jusqu’au bout son territoire : menace de schisme dans l’Église Orthodoxe.

    Le nouveau patriarche de Moscou  fera tout son possible pour que ce projet ne se réalise pas, car à terme, il perdrait son influence en Ukraine.  Une Église Ukrainienne reconnue par Constantinople verrait en cinquante ans disparaître l’Église du patriarcat de Moscou en Ukraine dont le nombre s’amoindrit déjà.   Mais il a en face de lui le patriarche Bartholomée qui a su conduire une politique moins ostentatoire que celle de l’Église Russe avec le Vatican, mais très efficace. Il ne faut jamais oublier que dans les chancelleries le nonce du pape est le doyen du Corps Diplomatique et qu’il est très écouté  dans les questions œcuméniques. En cas de conflits ouvert entre l’Église Russe et le patriarche Bartholomée, la position du Vatican pèsera aussi bien à Bruxelles que dans les chancelleries. Hors le nouveau  patriarche Russe a été élu avec les voix des traditionalistes, moins enclin au compromis. C’est  toute  la stratégie   d’arrangement avec le patriarcat œcuménique qui serait compromise. L’Église Russe - c’est peu connu -  a été par le passé dissuadée par le Vatican d’aller jusqu’au schisme avec le patriarcat de Constantinople, dans les affaires d’Angleterre  et d’Estonie. La nouvelle direction de l’Église Russe n’hésiterait probablement pas, si le patriarcat de Moscou était à nouveau défié et  humilié,  à une rupture de communion avec le patriarche Bartholomée. Nous en reparlerons plus loin.

    L’épine Estonienne.

    Une autre épine existe, planté depuis longtemps dans la chair de l’Église Russe. Le patriarcat de Moscou vient de subir un revers sérieux de la part du président français  du Conseil des Église Européenne (CEE) le Pasteur Jean-Arnold de Clermont qui  s’est résolu  d’y accepter  l’Église Orthodoxe Autonome Apostolique d’Estonie du patriarcat de Constantinople qui elle aussi a le soutient de l’État Estonien qui n’est pourtant pas orthodoxe, mais à cause du même facteur : ne pas avoir comme Église Orthodoxe nationale de référence dans son pays une l’église qui fut le symbole d’une occupation détestée. Celle-ci, existe, c’est l’Église autonome du patriarcat de Moscou majoritaire dans le pays. Mais l’État Estonien (qui n’est pourtant pas orthodoxe), comme l’État Ukrainien et avec l’ensemble des nations orthodoxes, soutient légitiment pour lui sa propre Église nationale qui a été reconnue officiellement  par le patriarche Bartholomée au grand désappointement du patriarcat de Moscou qui tient cette église comme schismatique.

    Le patriarcat de Moscou vient donc  de décider de se retirer de cette organisation œcuménique, à laquelle il participait depuis son commencement (1959) et qui rassemble  126 Églises orthodoxes et protestantes. En toile de fond du revirement du pasteur de Clermont qui, selon le patriarche Alexis avait dans un premier temps accepté de surseoir à l’adhésion de l’Église Estonienne (c’était avant l’invasion russe en Georgie) se profile donc toujours l’agression russe à l’encontre de la Géorgie.

    Les revendications territoriales Roumaines.

    Ces exemples sont loin  d’être les seuls  de conflit dans lesquels sont en cause l’Église Russe dans les nations orthodoxes européennes. La Roumanie entretient des liens très étroits avec la République de Moldavie située à la frontière de sa province nommée elle aussi « Moldavie » au Nord Est du pays. Ce petit État  majoritairement roumain de langue et de culture est incontestablement un territoire rattaché dans le passé à l’histoire de la Roumanie. Lors de la révolution Roumaine de 1989 qui renversa Ceausescu le patriarcat de Roumanie a reconnue dans cette république une Église Roumaine dissidente de l’Église Autonome de Moldavie dépendant, elle,  du patriarcat de Moscou.  L’union ecclésiale du patriarcat de Bucarest avec des territoires qui appartiennent à l’identité historique de la Roumanie, mais qui sont situés en dehors des frontières de la Roumanie, et qui ne peuvent lui  être rattachés par la force, le sont en réalités par le facteur religieux.  Les membres de l’Église Autonome Roumaine de la république de Moldavie dépendant religieusement de Bucarest se sentent pleinement Roumain par leur appartenance à cette Église, comme les basques vivant en France n’ont jamais reconnu la frontière qui les séparait  du pays Basque espagnole.    Là encore le patriarcat de Moscou est, sur cette question, en conflit  ouvert avec le patriarcat de Roumanie. Le quasi état de Transnistrie possède lui aussi son Église nationale qui le soutient dans son identité nationale russophone. Un autre exemple de cette logique de conquête territoriale « religieuse »,  c’est le projet qu’a aujourd’hui le patriarcat de Roumanie  de fonder sur le territoire de l’Ukraine (Bessarabie)  le long de sa frontière une église autonome Roumaine, en plein territoire dominé par l’Église autonome du patriarcat de Moscou (pro-Russe) d’Ukraine.

    L’Église est, nous le constatons dans ces exemples, dans toutes les nations orthodoxes le principal instrument non seulement de son sentiment national, mais également de toutes ses revendications historiques séculaires, porteuses de conflits larvés  et de questions identitaires et  territoriales. C’est sur ces questions qu’ont surgies, dans le passé, toutes les guerres. Les nations  occidentales de l’Union Européenne devront  apprendre à tenir  compte du facteur orthodoxe dans les conflits entre États qui surgiront dans les années avenirs et pour cela devront apprendre à connaître leur histoire.

    Le durcissement de la politique extérieur du nouveau patriarche.

    L’Église Russe qui a une représentation permanente à Bruxelles, jusque là  tenait compte de l’opinion tant de l’Église de Rome que de celles des nations Européennes avec lesquels elle était en constante discussion pour tenter d’apaiser les conflits inter-orthodoxes, sauf peut-être,  en ce qui concerne l’Ukraine qui est pour tous  les russes une terre russe. Jusque–là dans tous les dossiers qui ont opposés le patriarcat de Moscou au patriarcat de Constantinople, c’est l’Église Ruse qui a, après des menaces de rupture, à chaque fois  reculer, pour justement éviter un schisme majeur dans l’Église Orthodoxe.

    Le patriarche Cyrille sera contraint de ne plus accepter les compromis d’hier. Il ne se préoccupera que du seul point de vue de l’Église Russe et de la nation russe et il ne faudra donc pas s’attendre à ce qu’il recule, comme par le passé,  devant le patriarche Bartholomée. Le risque d’un schisme que  nous évoquions,  à propos des situations conflictuelles que nous avons exposé ci-dessus, sera majeur.

    En effet il faut savoir que derrière l’Église Russe il y aurait les Églises Bulgares, Serbes, et sans doute Georgienne, l’Église de Slovénie, l’Église (russophone) de Pologne l’Église autonome d’Éstonie du patriarcat de Moscou. Les églises qui suivraient le patriarcat de Constantinople seraient celles de Grèce, de Chypre, les patriarcats historiques d’Alexandrie, d’Antioche et Jérusalem ; l’Église d’Albanie, l’Église autonome d’Éstonie du patriarcat de Constantinople. Le patriarcat de Roumanie ne prendrait  probablement pas partie, mais il négocierait la reconnaissance de son Église de Moldavie et celle de Bessarabie pour apporter son soutien à l’un des deux camps.

    Le patriarche de Constantinople, principal interlocuteur orthodoxe de l’Union Européenne.

    L’élection du nouveau patriarche de toute les Russie aura bien une influence déterminante dans l’ensemble de l’Église Orthodoxe et donc en Europe. Nous évoquions dans un article précédent  l’influence des Églises nationale sur les gouvernants des nations orthodoxes dans leur politique étrangères. Une rupture de communion entre le patriarcat de Constantinople et le patriarcat de Moscou, au-delà du désastre pour l’Église Orthodoxe elle-même, rapprocherait la Turquie de l’Europe car nul doute que le patriarche Bartholomée deviendrait alors auprès des nations Européennes, l’interlocuteur principal  de l’Église Orthodoxe. Le patriarche Bartholomée pourrait alors fédérer sous son autorité, comme il a déjà commencé de le faire, une partie de la diaspora orthodoxe dans l’Union Européenne à partir de son siège situé dans  une Turquie promise a rentré dans l’Union.

    Le nouveau patriarche de Moscou n’est pas le successeur du métropolite Cyrille.

    L’histoire en général comme celle de la Russie nous apprend qu’il est très difficile de faire des pronostiques sur un changement de politique. Les fondamentaux sont connus, mais le nouveau patriarche n’est plus, absolument plus le « ministre des relations extérieures » qui pouvait prendre avec l’accord de son patron des initiatives pas toujours comprises ou approuvées par la majorité de l’épiscopat Russe. Ceux qui en déduirait que les prises de positions passées  du métropolite Cyrille  engagerait les futures décisions du patriarche Cyrille Ier feraient une aussi grave erreur que ceux qui pensaient que Louis XV continuerait les alliances militaire et diplomatiques de ses prédécesseurs, et avant lui le Régent qui changeât, lui aussi,  à la stupéfaction de l’Europe les engagements diplomatiques de Louis XIV. Mais c’est certainement les deux exemples d’Alexis Ier (1629-1676)   et de son fils le Tsar Pierre le Grand (1672-1725) qu’il faudra avoir à l’esprit pour  trouver dans l’histoire de la Russie une situation comparable à celle que vient de traverser ces quinze dernières années le patriarcat de Moscou. Le Tsar Alexis Ier s’était efforcé, en vain,  à signer avec son ennemi la Suèdes des traités de paix aussi inefficaces qu’humiliant, comme c’est le cas récemment nous l’avons vu plus haut, du point de vue de très nombreux membre de l’Eglise Russe sur la question des Eglises Estoniennes, Ukrainienne entre le patriarche Alexis et le patriarche Bartholomée. Ou entre le patriarche Alexis II et  pape de Rome et la question de l’uniatisme sur le territoire Ukrainien et Russe.  Pierre le Grand au pouvoir brisa ces traités de paix et passa progressivement à la guerre totale jusqu’à la libération du territoire nationale.

    Il n’est cependant pas du tout  inenvisageable que dans un premier temps le nouveau patriarche décide qu’il soit utile de se recentrer sur la nation et sur l’Eglise qui en Russie, quelques soient la constitution artificielle de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, sont en réalité, comme autrefois dans l’Empire Byzantin, consubstantielle.

     Dans cette hypothèse, au début il n’y aura rien de spectaculaire concernant l’œcuménisme avec Rome, mais tous les interlocuteurs connus de l’Église Russe à l’étranger, comme en Russie avec lesquels des amitiés s’étaient durablement établies changeront progressivement et disparaitront des circuits officiels. Les remplaçants seront tout aussi amicaux, mais en pratique aucun dossier n’aboutira. L’Église Russe expliquera alors qu’elle doit, avant d’aller plus loin dans un rapprochement avec le pape, résoudre ses propres difficultés internes, qu’elles partagent avec l’ensemble de l’Orthodoxie, et qui sont immenses.

     

    Les choix cornéliens du nouveau patriarche de Moscou.

    Le nouveau patriarche de Moscou doit faire face à deux choix cornéliens : soit  il se tient, comme par le passé récent, à des solutions de compromis, toujours jusqu’à présent faite à son détriment,  pour conserver la « pax ecclésia » vers l’œcuménisme et Constantinople. Et il n’est pas certain qu’à terme il puisse tenir longtemps ce cap si des résultats patents ne sont pas obtenus sur les questions brûlantes évoquées dans cet article. Soit il commence par donner immédiatement des gages  à la tendance conservatrice de son épiscopat, et comme nous l’avons mentionné plus haut ce ne sera pas une rupture spectaculaire, mais un recule progressif dans tous les dossiers, sauf avec Constantinople où un schisme sur la question Ukrainienne pourrait à terme se produire : La Russie, comme son Église, n’aime pas être humilié et elles ont toujours pris alors, dans leur histoire,  des décisions irrédentistes.

     

     

    Trois choses sont pourtant certaines dans la nouvelle politique que mènera patriarche Cyrille Ier.

    Le nouveau patriarche supervisera personnellement   tous  les grands dossiers jusque là confiés  au chef de la diplomatie de l’Église Russe. Celui-ci qui vient d’être nommé le 30 mars par le Saint synode du patriarcat de Moscou, Monseigneur Hilarion  Alfeyev, s’est fait une réputation d’un homme qui n’accepte pas les compromis déshonorant pour l’Église Russe en face des positions  mentionnées dans cet article du patriarcat de Constantinople. Sa nomination comme Président du département des Affaires Extérieures, ainsi qu’à ses côtés comme Vice-Président d’un proche du nouveau patriarche l’archiprêtre Nicolas Balachov est une indication qui renforce notre analyse concernant la nouvelle stratégie du patriarcat Russe. 

    C’est bien le patriarche Cyrille qui ira en première ligne lorsqu’il sera en face d’un dossier brulant. Le nouveau patriarche continuera, en réalité,  de diriger le service des relations extérieur de son patriarcat.

    A l’intérieur de la Russie s’amplifiera une intense activité catéchétique, déjà commencée, envers les jeunes adultes et l’apparition  d’un renouveau spirituel fondé sur une meilleur connaissance des auteurs spirituels russes de préférence aux auteurs byzantins sera prôné (évêque Ignace Brianchaninoff ; métropolite Philippe de Moscou ;  starets  Ambroise d’Optimo ; saint Séraphim de Sarov, etc.). Sans oublier  la lecture des philosophes russes comme Berdiaev et Illine.  

    A l’extérieur de la Russie c’est l’action diplomatique qui sera renforcé dans des prise de positions dans lesquelles le patriarcat de Moscou rappellera tant à l’Église Catholique Romaine qu’aux Églises sœurs orthodoxes, qu’il est l’Église Orthodoxe la plus nombreuse et la plus puissante du monde chrétien.  Dison les choses clairement l’Église  Russe montrera enfin sa force...

     

    Oui à terme  compte tenu des dossiers brûlants que nous avons mentionnés dans cet article, les trois prochaines années aussi bien dans les prochaines rencontre du nouveau patriarche Russe avec son adversaire de toujours le patriarche Bartholomée de Constantinople, qu’avec un homme de culture qu’il estime le pape Benoit XVI,  mais qui représente un système ecclésiale antinomique de celui de l’Eglise orthodoxe,  ce sera bien la guerre ou la paix.

     

    Métropolite Michel Laroche  mars 2009

     



    Noël est célébré par exemple le 7 janvier qui est pour l’Eglise Russe le 25 décembre de l’année précédente.

    Diplomatie N° 16 septembre-octobre 2005

    Les offices de la semaine sainte et de Pâques durent plus de six heures que les croyants même âgés suivent debout.

    Église d’Ukraine : 25 millions (ce chiffre est plutôt sous estimé car il faudrait rajouté 10 millions de croyants occasionnels); Église Tchèque ( les deux états Tchèque et Slovaque et l’immigration Ukrainienne):  374000 ; l’église Serbe :8 million ; l’Église Roumaine : 20 million, l’Église Bulgare : 8 million, l’Église Georgienne : 3 million ; l’Église de Chypre : 500.000 ; l’Église de Grèce 10 millions sans compté l’Ile de Crête ; l’Église de Pologne I million ; l’Église d’Albanie : 700.000 ; Église de Macédoine : 1.298.000 ; Église d’Estonie :97200( Eglise autonome Estonienne et Eglise autonome de Moscou confondues) Église de Finlande : 60000. L’Orthodoxie en France : 500.000 ( Il y a 20 ans l’on donnait le chiffre de 400.000 auquel il faut ajouter aujourd’hui l’importante immigration des nations Slaves et Roumaines. Nous n’avons pas comptabilisé, ici, les orthodoxes des républiques Moldaves et de la Transnistrie.

     

     

    Des statistiques trouvées sur le site Internet « russie.net » peut soupçonnables d’être favorable aux thèses Ukrainiennes donnent le commentaire suivant : « Officiellement, les paroisses du patriarcat de Moscou (11.330) sont bien plus nombreuses que celles du patriarcat de Kiev (4.000) et de l’Eglise autocéphale (1.180), mais, selon certains sondages, le nombre des fidèles du patriarcat de Kiev dépasse celui des orthodoxes ukrainiens soumis à Moscou. »

    Principalement les Églises Bulgares, Serbes Roumaines et Grecques.

    « Autocéphale » du Grec  Auto : soi-même Céphalos : Tête : « sa propre tête », se dit d’une Église qui est totalement indépendante et ne dépend pas d’une église Mère.

    Lire notre ouvrage sur cette question «  La papauté orthodoxe » Éd. Présence Paris 2004

    En Angleterre une partie importante de la communauté du patriarcat de Moscou avec son évêque Monseigneur Basile est passée dans l’Archevêché Russe du patriarcat Œcuménique d’Europe Occidentale (siège rue Daru à Paris).

    1923 : autonomie de l’Église d’Estonie accordée par le patriarcat de Constantinople. 1993 : le gouvernement Estonien reconnaît le Synode de l’Église en Exile d’Estonie,  bien que celle-ci n’est plus de représentant dans le pays. 1994 : 54 paroisses (sur 83) se séparent du patriarcat de Moscou pour Ressusciter l’Église Autonome d’Estonie dans le patriarcat de Constantinople. 1996 : le patriarche Bartholomée renouvelle l’autonomie historique de l’Église d’Estonie en synergie avec les autorités de l’État Estonien.

     

    Diplomatie N° 32 mai-juin 2008 P 48

    Renversement des alliances en faveur de l’Autriche négociées en secret par le futur cardinal de Bernie, et pour le Régent, renversements des alliances en faveur du second ennemi héréditaire,  l’Angleterre négociées par le futur cardinal Dubois.

    La délégation du Patriarcat de Moscou conduite par Monseigneur Hilarion avait quitté en octobre 2007  une cession de la commission mixte Catholique-Orthodoxe dans laquelle se trouvait une délégation le patriarcat de Constantinople,  après que ce dernier persistait à faire siéger à ses côtés es qualité  des représentants de l’ « Église Estonienne Apostolique», créée en 1996 par le Patriarcat Bartholomée sur le territoire canonique du Patriarcat de Moscou. C’était  à notre connaissance la première fois que le patriarcat de Moscou ne s’inclinait pas devant le patriarcat de Constantinople depuis des années.